CHAPITRE X
Royauti des Guises sous François II. 1559-1&60.
C’était le cérémonial de France qu’une reine veuve restât quarante jours enfermée sam voir soleil ni lune. Mais la situation ne le permettait guère. La reine mère et la jeune reine, avec les Guises, menèrent le petit roi au Louvre, s’y cantonnèrent. La tour et ce qui subsistait du vieux château en faisaient encore un lieu fort, à l’abri d’une surprise; Montmorency resta, cloué par sou devoir de grand maître, aux Tournelles, pour tenir compagnie au mort, pendant qu’au Louvre on réglait tout sans lui.
En trois ou quatre jours, chacun prit son parti. La grande foule des seigneurs et de la noblesse, chose imprévue, resta avec le mort, et du côté du
connétable. La solitude était extrême au Louvre, fjes Guises étaient réduits à quelques gentilshommes; leur armée ecclésiastique, populaire et populacière, était partout, nulle part ; elle ne se groupait pas encore.
Montmorency, rapproché de Diane aux derniers temps, brouillé avec la reine mère, ne pouvait s’appuyer que sur les princes du sang (Navarre, Condé). Il leur fait dire de venir en toute hâte. Puis, se voyant si fort et si accompagné, il laisse le cercueil, marche aux vivants, aux Guises, veut les faire compter avec lui. A travers tout Paris, une file interminable de gentilshommes montrait de son côté toute la noblesse de France. Sa famille imposante l’environnait, ses fils â l’âge d’homme, et, dans les grandes charges, ses neveux, l’amiral Coligny, le cardinal Odet de Ghâtillon, Dandelot, colonel général de l’infanterie. Superbe trinité d’une élite morale, où la diversité produisait l’harmonie ; l’aîné, le hon Odet, aimé de tous, l’ami de tous les gens de lettres et l’homme même de la Renaissance ; Dandelot, le plus jeune, loyal, bouillant soldat, plein de cœur et de conscience ; iis entouraient avec respect la figure triste et grave, sombrement résignée du héros, du futur martyr.
Des dessins admirables, et terribles de véiité,
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nous ont consené celle cour. Ils démentent généralement et les estampes, et les mémoires, les portraits par écrit. Ces dessins véridiques, inexorables, accusateurs, tracés aux trois crayons par une main émue, et devant les originaux, n’ont pas besoin d’inscription. Ils se nomment euxmêmes. C’est Guise, c’est le cardinal de Lorraine, c’est Coligny, c’est le connétable. Chacun d’eux fait crier : « C’est lui. »
Donc nous pouvons entrer, avec Montmorency, au Louvre. Nous sommes sûrs d’y voir les acteurs, dans leur vrai et naturel visage, comme on les voyait ce jour-là. Nous sommes sûrs aussi d’une chose, c’est que les hommes de toute opinion, sur la vue de ces masques, reculeront et seront effrayés.
Je ne veux dire ici qu’un mot des Guises. Ce qui alarme en tous les deux, dans François et son frère le cardinal de Lorraine, c’est 1a mobilité nerveuse de la face qu’on ne retrouve à ce degré nulle part. Le cardinal, d’un teint infiniment délicat, transparent, tout à fait grand seigneur, évidemment spirituel, éloquent, d’un joli œil de chat, gris pâle, étonne par la pression colérique du coin de la bouche, qu’on démêle sous sa barbe blonde; elle pince? elle grince? elle écrase?. . .
François, d’un teint grisâtre, plutôt maigre.
d’un poil blond gris, d’une mine réfléchie, mais basse, malgré sa nature fine et sa décision vigoureuse, n’a rien d’un prince. Figure d’aventurier, de parvenu qui voudra parvenir toujours. Plus on le regarde longtemps, plus il a l’air sinistre. Sa sœur Marie de Guise l’accusait de tirer à lui seul. Son frère Aumale ne recevait rien du roi que François n’en fût triste, ne l’en chicanât. Son visage dit tout cela. Il a l’air chiche et pauvre, et si mauvaise mine, que personne, je crois, n’oserait contre un pareil joueur jouer une pièce de trente sous.
La reine mère a fait faire d’elle-même un grand et magnifique médaillon italien {Trésor deNum.), pièce admirable qu’il faut rapprocher des dessins de la bibliothèque du Panthéon. 11 nous donne et met en saillie le trait essentiel, le mufle traditionnel des Médicis, la forte face intelligente, mais bestiale pourtant par une bouche proéminente qu’offrent leurs plus anciens portraits. Ce mufle est conservé, quelque peu adouci, dans la dernière de la famille, la petite reine Margot, provocante pourtant par de joli yeux de catin.
Les autres tenaient aussi de ce trait de la famille, étaient tous Médicis. Dans leur enfance surtout, la bouffissure héréditaire se surenflait d’humeurs mauvaises, trop visiblement
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héritées des deux grands-pères, François I", malade dès seize ans, Laurent qui meurt à vingt, consumé jusqu’aux os. Ce mal épouvantable sautait parfois une génération ; indulgent pour Henri II et Catherine, il retomba d’aplomb sur les petits-fils, qu’il mina sous diverses formes, il nous délivra des Valois.
François II et sa jeune reine Marie Stuart faisaient un grand contraste. C’était im petit garçon qui ne prit sa croissance que six mois après. Pâle et bouffi, il gardait ses humeurs, ne mouchait pas. Bientôt, il moucha par l’oreille, et dès lors il ne vécut guère. Un nez camus complétait cette figure royale.
Il n’avait pas fallu moins que la violence des Guises, leur féroce impatience, pour marier cet enfant malade, que sa mère défendit en vain. On a vu qu’ils le mirent avec leur dangereuse nièce Marie Stuart (pour le gouverner? ou le tuer?), comme on jette une cire au brasier. Non formé, misérable de ce don ravissant, il se mourait pour elle. Il n’y eut jamais pareille fée. Sa beauté, célébrée par les contemporains, était la moindre encore de ses puissances. Les portraits sérieux nous la montrent fort rousse, de cette peau fine, transparente et nacrée qu’avait son oncle le cardinal; l’œil vif, mais brun, qui par moment dut être dur. Étonnamment instruite par les
livres, les choses et les hommes, politique à dix ans, à quinze elle gouvernait la cour, enlevait tout de sa parole, de son charme, troublait tous les cœurs.
En cette merveille des Guises (comme en eux tous) il y avait tous les dons, moins la mesure et le bon sens. Chimérique, malgré son intrigue, avec tant d’apparence de ruse et de finesse, elle donna dans tous les panneaux.
Tout le monde voyait qu’à cette flamme l’enfant ropl aurait fondu bientôt, qu’on passerait au second enfant (Charles IX), qui, si l’on croit l’ambassadeur d’Espagne, n’était guère moins malsain, — que du second on irait au troisième (Henri 111) et au quatrième. Les Guises parfois s’en lamentaient, déploraient cette race lépreuse; on se faisait à l’idée d’en changer.
A chacun donc de se pourvoir. La traversée terrible de cinq minorités de suite avait anéanti rÉcosse. Une seule, la folie de Charles VI, avait comme assommé la France. Bon temps qui allait revenir. La fameuse garantie de l’ordre, la forte unité monarchique (qui fut toujours une république de favoris) allait nous en donner une autre, une république de nourrices, de mères et de garde-malades. Que deviendrait la loi salique qui excluait les femmes du pouvoir? Le salut de rfilat posé dans un individu, l’État tombait fa-
talement aux mains conservatrices par excellence, qui répondaient le mieux de cet individu, aux mains de la mère. Une étrangère allait régir la France.
Le petit roi malade, assis entre les femmes, la Florentine et l’Écossaise, souHlé par elles, dit très-bien sa leçon. Il remercia le connétable avec bonté, et, quand il lui remit le sceau, le prit et le garda, reconnaissant de ses services et voulant soulager son âge, bref, le chassant avec honneur.
La reine mère, qui avait besoin des Guises contre le roi de Navarre, premier prince du sang et tuteur naturel, se montra vive contre le connétable. Elle lui reprocha d'avoir dit au feu roi que pas un de ses enfants ne lui ressemblait : « .le voudrais, lui dit-elle, vous faire couper la tête. » Pendant qu’elle flattait ainsi les Guises, elle recevait contre eux des lettres secrètes des protestants, à qui elle laissait croire qu’elle était touchée de leur sort, point ennemie de leurs doctrines. Plus tard, en mainte occasion, elle affecta d’écou - 1er Coligny.
Maîtres de tout, les Guises n’étaient que plus embarrassés. Leur guerre sous Henri 11 avait mené la France à bout. Le plus liquide de la succession était quarante-deux millions de dettes. Somme énorme 1 Nul moyen de créer des
ressources. Les états, si on les assemble, commenceront par chasser les Guises. Le cardinal de Lorraine n’y sut d’autre remède que de ne plus payer les troupes, de désarmer. Dès lors on devenait bien faible, humble devant l’Espagne, et, au dedans, en grand péril, avec tant d’éléments de troubles. Quant aux créanciers importuns et aux solliciteurs, le cardinal sut s’en débarrasser. 11 afficha aux portes de Fontainebleau : « Toutdeman- ' deur sera pendu. »
Nous sommes à même aujourd’hui d’apprécier la politique des Guises. I^es lettres de Granvelle et du duc d’Albe établissent : 1* que leur brillante guerre, qui nous donna Metz et Calais, n’en eut pas moins pour résultat de mettre la France aux pieds de l’Espagne; 2* que les chefs des partis, les hommes considérables qui menaient tout, dépendaient de Philippe II ; leur concurrence tournait au profit de son ascendant.
Le connétable fut toujours espagnol. Le cardinal de Tournon, homme spécial de la reine mère, l’était également. 11 en était de même de Saint-André, le riche favori d’Henri II. (Granv., VII, 275.)
Les Guises l’étaient-ils à cette époque? En Écosse et en Angleterre, ils se portaient pour chefs des catholiques, en concurrence de l’Espagne. Mais, en France, telle était leur misérable
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position, que, sans l’appui moral de Philippe II, ils n’eussent pu se soutenir.
Le plus dépendant de l’Espagne était Henri de Vendôme, roi de Navarre. Sa femme, Jeanne d’Albret, une sainte du parti protestant, fortifiait sa position de premier prince du sang par la faveur, les vœux d’un grand parti prêt aux plus extrêmes saêrifices, qui, par-dessus son zèle ardent et fanatique, aurait porté dans l’action toute l’énergie du désespoir. Mais ce prudent Henri suivait peu des conseils de femme; ses conseillers étaient deux traîtres, un d’Escars et un jeune évêque bâtard du chancelier Duprat. Ils le menaient au gré de ses ennemis. Sous leur direction, il joua un jeu double, faisant boune mine aux protestants d’une part, de l’autre négociant à Madrid. Les Espagnols le leurraient de l’espoir de l’indemniser pour la Navarre espagnole. Point de roman, de rêve, dont on n’ait amusé cet homme crédule. Une fois, on lui donnait la Sardaigne; une autre fois, la Sicile, la Barbarie. Lui-même, par une idée encore plus folle, il offrit à Philippe H, au pape, de leur conquérir l’Angleterre, qu’il aurait tenue d’eux en fief.
Dès 1559, au moment où Montmorency l’appelait à venir en hâte prendre la direction des affaires, lui, il r^ardait vers l’Espagne, implo-
mit Philippe II pour son indemnité. Cette Navarre lui fit manquer la France.
Voilà le chef du parti protestant, et l’une des causes de sa ruine. La république religieuse eut cette contradiction fatale d’aller chercher pour chef un roi.
Les Guises étaient terrifiés, s’imaginant que ce parti voyait et voulait son vrai rôle, une grande république à la Suisse. Ils essayèrent souvent d’en arracher l’aveu aux réformés, très-éloignés de cette idée.
Les Guises, sans argent, et partant sans soldats, devaient attendre que le roi de Navarre, avec ses lestes bandes d’admirables marcheurs gascons, arriverait à Paris vingt jours après la mort d’Henri, balayerait le gouvernement, mettrait la main sur François II, convoquerait les étals, et se ferait par eux lieutenant général, régent, tuteur, vmi roi au nom du petit roi. A cela il n’y eût eu aucun obstacle. El les Guises n’y opposèrent rien qu’une lettre de Philippe II.
Pendant que celle dupe, le mou, l’ineple Navarrais, voyage à petites journées, les Guises, à qui ses conseillers vendaient leur maître jour par jour, et qui savaient ses moindres pas, font écrire par la reine mère à Madrid une lettre touchante et maternelle, où elle prie son bon gendre, Philippe 11, d’aider et appuyer le jeune Age de son
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nis. Le voudrait-il? on eu doutait. 11 hésitait à soutenir en France les Guises, qui en ÂngleteiTe se portaient ses rivaux.
Même avant la réponse de l’Espagne, le Navarrais s’était perdu. Les Guises le virent, et l’eufoncèrent par des outrages publics. Us lui laissèrent ses malles à la porte de Saint-Germain, en pleine route, sans les laisser entrer, le logèrent sous le ciel. Saint-Àndié l’hébergea par la charité. Il alla à Paris, pour sonder les parlementaires, prudemment et timidement. La nuk, il courait chez eux déguisé. 11 trouva tout de glace. Les Montmorency et les Ghâtillon se gardèrent bien d’aller à lui.
Alors la lettre de Philippe 11 arriva, l’assomma. Cette lettre, lue en conseil devant lui, était une terrible menace d’intervenir, de faire entrer eu France quarante mille Espagnols, d’employer sa vie même, s’il le fallait. Le Navarrais fut tué du coup. A partir de ce jour, on le vit courtisan (les Guises, les suivre, dédaigné d’eux, n’en tirant pas même un regard.
Voilà le commencement du règne de l’Espagne en France. Règne facile. Sur tous, il lui suffisait de souiller.
Les Guises, en même temps, par un coup imprévu, étaient prosternés aux pieds de l’Espagne. Leur violence étourdie les avait perdus en Écosse.
Malgré leur sœur, la reine douairière, qui connaissait mieux le péril, ils avaient entrepris de faire en ce royaume une razzia des protestants et le séquestre de leurs biens. Projet fou qui était la base d’im autre encore plus fou, l’établissement sur ces biens de mille gentilshommes français qui, obligés au service militaire, eussent tenu le pays en bride ; une miniature enfin du grand établissement de Guillaume le Conquérant en Angleterre. Ce beau projet réconcilia l’Écosse ; tous les partis s’unirent. Maîtres d’Edimbourg le 29 juin, le jour de la mort d’Henri II, ils dépouillent Marie de Guise de la régence.
Ils ont l’appui d’Élisabeth, et d’une armée anglaise, qui chasseraà la fin les Français. LesGuises, d’autre part, étaient appelés en Angleterre; les catholiques anglais leur offraient l’île de Wight. Qui les arrêta? qui garda Élisabeth et lui permit d’assurer en Écosse la victoire du protestantisme ? On en sera surpris, ce fut le roi d’Espagne qui défendit aux Guises d’accepter.
Ainsi partout l’Espagne. C’est elle encore qui empêche les Guises de tenir en France un concile national, les oblige d’envoyer au concile général qui se tient à Trente, sous le bâton de l’Espagnol.
Donc l’Espagne faisait la terreur de l’Europe.
On se fût rassuré si l’on eût su l’état réel de
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Philippe II comme nous le savons aujourd’hui, pouvant lire dans ses lettres et celles de ses ministres sa misère et son impuissance.
Nous apprenons d’abord du duc d’Albe que toute l’inquiétude de l’Espagne, pendant quatre ans, fut d’empêcher que la machine (de la France) ne se disloquât, n’étant pas encore en mesure de profiter de ses débris. (Granv., VII, 181.)
On voit par les lettres de Granvellc sa grande inquiétude, qu’il n’arrivât la moindre chose en Europe, par exemple une tentative de la Savoie sur Genève ; Berne enprendrait prétexte pour s’ emparer du Milanais ou de la Franche-ConUé, que, dit-il, nous ne pourrions jamais reprendre. Philippe Il lui répond qu’il est de cei avis, et qu’il y faut bien prendre garde, retenir la Savoie. L’Espagne est si malade, qu’elle a peur du canton de Berne. (Granv., VI, 103, 104, 153, 195; juin 1560.)
« Que deviendrions-nous, dit Granvelle, s’il y avait quelque trouble ici, aux Pays-Bas.^» (Gr., VI, 41, 43.)
Cette misère datait de loin. Déjà, en 1556, Gharles-Quint, ayant abdiqué, resta des mois aux Pays-Bas, sans pouvoir passer en Espagne, fatde d'argent. La scène de l’abdication, qui inaugurait le nouveau règne, se passa dans une salle encore tendue du deuil récent de Juana, la mère
de Gharles-Quiiil. Pourquoi? l'argent manquant. On garda le noir par économie.
En janvier 1561, l’aident du roi manque pour envoyer un courrier à Rome; Granvelle le dépêche à ses frais. Il manque même pour arrêter un grand hérétique qui d’Angleterre arrive aux Pays-Bas. (Granv., \I, 247.)
L’Espagne a une littérature qui manque ailleurs, celle des gueux. Mais elle n’a rien, en tous ces livres, de comparable à la conversation lamentable qui se tient par écrit entre Malines et Madrid, entre Granvelle et Philippe II. Celuici, dont les Pays-Bas sont la mine véritable (lui rapportant cinq fois plus que les Indes), veut que Granvelle et Marguerite fassent un effort désespéré pour tirer encore quelque argent. Pour cela, il ne cache rien, montre sa nudité; il leur écrit, leur confie de sa main le secret de la monarchie, son budget déplorable. Pour cetle année, dépense dix millions, et recette un million (le reste est épuisé d’avance) ; donc, neuf millions de déficit.
La pièce est curieuse. Entre autres détails importants, on voit que l’armée se débandait, qu’elle eût laissé les garnisons frontières s’il n’était venu un peu d’argent des Indes, qu’on devait deux ans de solde, que les soldats espagnols pourraient bien se vendre à la France; même la mai-
son du roi ne louche rien, etc. (Gr. VI, 146, 156, 183.)
11 ne peut plus payer les pensions aux chefs des reîtres, aux princes faméliques de l’Alleiiiagne. Rien au prince d’Orange, dont la nombreuse maison meurt de faim. Rien au beau-frère de ce prince, Schwarzbourg, que la misère réduit à vendre ses trois filles (Gr. VI, 167, 550). Philippe II voudrait payer ses Allemands, il les payera plus lard, Granvelle peut le leur dire. En altendanl, que faire? «A l’impossible nul n’est tenu. » (Gr. 167.)
Toute la ressource que voit Philippe II pour le moment, c’est de vendre ce qu’il a dans les mains, des indulgences papales; il propose à Granvelle de publier un jubilé.
Le ministre répond avec bon sens que les Flamands qui viennent d’avoir un jubilé gratis se garderont bien de payer celui que le roi voudrait vendre. Il peint, déplore sur tous les tons l’épuisement des Pays-Bas. El, en réalité, la Hollande (Wagenaar) avait, aux derniers temps, payé par an deux ans d’impôt.
Enhardi par celte confiance surprenante de Philippe 11, Granvelle se hasarde à lui dire qu’Anvers ne « veut pas croire la détresse de l’Espagne, sachant par le commerce les sommes que S. M. a dans les mains et pourrait réaliser