‹ Guerres de religionChapitre 23 sur 53 · II · texte numérisé non relu

II

chargé de racheter les domaines et les impôts aliénés.

Tous dirent qu’ils n’avaient pas de pouvoirs suffisants. On convint que, le 1" mai, chacun des treize gouvernements enverrait un député noble et un du Tiers, pour apporter réponse.

Les Guises, les tyrans, les voleurs, avaient eu belle peur devant la France. Mais, désormais, ils étaient quittes, sûrs d’escamoter les réformes.

La Justice d’abord les rassura. Le Parlement donna l’exemple de la mauvaise volonté. L’honnête chancelier espérait , par une ordonnance , sans toucher au passé, amender un peu l’avenir (ord. d’Orléans). Il rendait part au peuple, au bas clergé, dans les élections ecclésiastiques, réprimait la noblesse, rendait moins arbitraire l’assiette de la taille, protégeait le commerce. En meme temps il rognait les juges, les l’éduisant de nombre et de profits. Le Parlement , blessé de n’avoir pas été ménagé dans la réduction générale des gages , éclata honteusement par cette question d’argent. Il trancha du Caton, se montra gardien inflexible des libertés publiques, repoussa les réformes qui venaient de la cour, surtout la tolérance, garda sous clef les protestants qu’on devait élargir, d’après un vœu des États généraux.

la ligue des juges et des voleurs était pal-

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pable. Nul remède aux maux, si l’on ne commençait des justices sérieuses. Les États provinciaux de l’Ile-de-France (encouragés par Coligny) demandèrent une enquête des vols publics. — Et, pour que le Conseil n’empêchât pas, ils voulaient nommer le Conseil, enfin que le roi de Navarre devint lieutenant général et vrai chef du gouvernement (20 mars 1561).

Mémorable insolence ! Tous les voleurs s’en indignèrent, crièrent que tout était perdu.

Et il y eut en effet un grand bouleversement. Quel spectacle eùt-ce été si l’on eût remué les douze ans d’Henri II, pénétré les mystères d’Anet, de Chantilly, montré au jour l’horreur de l’antre de Cacus. A l’odeur de tout ce fumier, un monde de témoins se fût levé, fût venu déposer. Et de tant de houe soulevée, n’en eût-il pas jailli sur la Justice même, servante de cour en blanche hermine, par les mains de laquelle des tas d’ordures avaient passé ?

Il fallait vite sauver l’honneur public, le respect dû aux princes et aux honnêtes gens. Tous étaient d’accord là-dessus. Les Guises le sentirent, et qu’on aurait grand besoin d’eux. Ils s’éloignèrent ; l’ancienne cour , certainement , allait s’unir au clei^é pour les prier de revenir.

Diane, effrayée la première, sortit de son manoir d’Anet, remontra sa beauté ridée, et,

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magnanimement, sans rancune pour les Guises I ingrats, se mit à travailler pour eux. Elle alla trouver Saint-André, non moins effrayé qu’elle, et il alla trouver Montmorency, le pria de s’entendre avec MM. de Guise.

Trop facile n^ocialion. Le vieil oncle, jaloux de la grandeur de ses neveux, du jx)ids qu’avait pris Coligny, se sentait catholique et commençait à éprouver de grands scrupules religieux. Scrupules augmentés par sa femme, une dévote Savoyarde. Ce pieux personnage avait-il les mains nettes? Dès le temps de François l'', il avait vendu des procès, blanchi Châteaubriant. Il avait, de Philippe 11, reçu grâce et merci, dispensé par lui de payer une rançon de connétable, pas moins de 200,000 écus. Fort aimé des Granvelle, depuis longues années, il était (en tout bien, sans doute) un très-bon conseiller de la couronne d’Espagne.

Les choses en étaient venues au moment où

Montmorency devait se déclarer décidément pour le clei^é et pour les Guises , ou décidément contre.

En ce dernier cas, il perdait son inestimable joyau, l’amitié de l’Espagne, qui avait fait, autant qu’aucune faveur royale, la racine ignorée de sa permanente fortune.

Qui nous dit ce mystère qu’on n’eût point

soupçonné d’un fourbe si masqué de franchise, d’un vieux soldat paré de cheveux blancs? Qui le dit? C’est le duc d’Albe, dans la lettre secrète à son maître, que nous avons déjà citée.

Le 6 avril 4561, jour de Pâques, jour que l’histoire marquera d’un rouge sombre. Montmorency, Guise et Saint -And ré communièrent dans la basse chapelle de Saint-Saturnin à Fontainebleau, pendant que, près de là, dans une autre chapelle, priaient les protestants qu’on voulait égorger.

Ce qui précipitait les choses, c’est que le chancelier préparait un édit pour enjoindre aux bénéficiers de donner sous deux mois déclaration des biens et revenus des bénéfices.

Mot impie, qui toujours atteint le prêtre au cœur, déchire le voile du temple. Jamais il ne fut prononcé, sous l’ancienne monarchie, qu’un grand vent de tempêtes ne mugît et ne menaçât. Au dernier siècle, Machaull et les voltairiens d’Argenson furent disgraciés pour l’avoir dit. De l’idée seule périt Turgot. L’orage artificiel, le foudre de théâtre, fit peur aux rois, jusqu’à ce que lui et les rois fussent enlevés par le grand et réel orage.

Le 23 avril , l’évêque du Mans écrit pour excuser un tout petit massacre, que son bon peuple (littéral) vient de faire, mais sur des

impies. On apprend qu’à Beauvais un mouvement plus grave encore se fait contre l’évêque, le frère de Coligny.

Paris ne peut être en arrière. Aux derniers ! jours d’awil , les bandes sales de l’université, moines tondus et régents tonsurés, le noir peuple séminariste, commence à grouiller sur les places, par les profondes boues de la rue du Fouarre, des Mallmrins à Saint-Jean-de-Beauvais et jusqu’à Montaigu. De l’Aventin crotté, le peuple souverain des cuistres, dans sa force et sa dignité, s’achemine vers le Pré-aux-Clercs. 11 y avait sur le Pré même l’hôtel du sire de Longjumeau , qui avait ouvert sa porte aux protestants et protégé leurs assemblées. La bande marche à l’assaut, soutenue de bons pauvres, d’infirmes, d’aveugles clairvoyants. Pas un n’y manque. La maison était riche.

Longjumeau ne s’étonne pas. Il ferme, fait avertir le guet. Le guet, fort et nombreux sur le pont Saint-Michel, n’a garde de venir, ni de faire de la peine à la pauvre commune. C’est le nom charitable dont le Parlement qualifie cette foule dans sa remontrance au bon peuple.

En deux minutes, les carreaux sont cassés à coups de pierre par la jeunesse. Les hommes forts arrivent alors avec leurs bûches, enfoncent la grande porte, rencontrent le portier, le tuent.

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Iis en auraient tué d’autres s’ils n’eussent rencontré au museau les pointes piquantes des épées. Une panique les prend derrière. Un avocat, nommé Rusé, qui revenait du Parlement, et passait sur la place, vit cette cohue hurlante, et fut saisi d’indignation. Quoique avocat, il avait une épée (tous commençaient à en porter dans ces temps de péril). Quoique seul et fort désigné dans cette foule noire par un manteau rouge, il prit à deux mains cette épée et se mit à frapper les dos. Blessés ou non, sans oser regarder, ni se compter, les voilà qui détalent, et ils couraient encore aux Mathurins.

Que fait le Parlement? Il emprisonne l’avocat héroïque. Il envoie un ajournement au sire de Longjumeau, pour lui reprocher de s’armer, le réprimande, le bannit. A ces juges iniques, souteneurs de l’émeute, du meurtre et du pillage, il fit répondre avec un froid mépris que, sans doute, il vidait Paris, mais qu’à cette heure il était occupé, avec des gentilshommes armés, à garder les maçons qui réparaient les brèches, et le mort couché là, en son jardin, couvert de paille.

Gomment le Parlement eût-il puni l’émeute? Lui-même en faisait une contre le chef de la justice. Le chancelier, ayant adressé aux petits tribunaux l’édit de tolérance (si souvent repoussé

(lu Parlement), le Parlement lui lance un ajournement personnel. Le prévôt de Paris a l’impudence de défendre de publier l’édit du roi.

Quelle fut la punition de cet acte étonnant? aucune. Ce fut le Parlement qui se plaignit encore, et sa furieuse plainte, qui montrait la sédition aux portes, était faite pour la déchaîner.

Datons d’ici l’ère véritable des guerres civiles. Elles datent, non pas du tumulte d'Amboise ni du soulèvement armé, mais du jour où l’émeute fut sur les fleurs de lis, où les gens du I roi se mirent à plaider contre le roi et proscri- , virent l’édit de pacification.

Ce fut le premier pas. Et le clergé fit le second, Vappel à l’étranger.

Le 3 mai, jour où on lui présenta l’ordre de déclarer ses biens, le chapitre de Paris dit qu’il fallait attendre et que Dieu aideraii. Ce Dieu, c’était le roi d’Espagne.

On rédigea d’amples instructions, et, en même temps qu’on envoyait aux Guises , le clergé adressa à Philippe II un messager secret, le prêtre Arthur Didier (qui fut saisi à Orléans).

Dans une remontrance adressée aux États, il déclarait : « Que cette description odieuse qu’on demande du bien de l’Église, contre les libertés du royaume, cessât, selon le vœu du droit commun qui l’estime dure et inhumaine

atix républiques libres, où chacun jouit

du sien en pleine liberté, pour ne découvrir la vililé des uns et faire envier les facultés des autres. »

La liberté I Végalitél... Les amis des formules seront ravis ici. Quelle preuve plus manifeste que le clergé de France eut toujours la vraie foi révolutionnaire... I^a fraternité manque, il est vrai, au symbole.

Cet acte hypocrite et pervers pour mettre sous l’abri du droit commun le plus monstrueux monopole, est le point de départ et le digne évangile de la démocratie catholique que la Saint-Barthélemy va mieux révéler tout à l’heure et dont toute la Ligue nous donnera le commentaire.

Maintenant que les lettres secrètes (d’Espagne et d’Allemagne) ont été publiées, cette année 1561, jusqne-là incompréhensible, a pris quelque lumière. On voit parfaitement que le clergé et ses agents, les Guises, marchèrent d’un pas ferme à la guerre civile; que leurs actes, flottants et discordants en apparence, concordent admirablement, et (d’une extraordinaire roideur) les mènent directement au but.

La noblesse était divisée : pmir la bonne moitié, mécontente; pour un quart, protestante; un quart à peine du côté du clergé. Mais le quart

protestant, très-vaillant et très-aguerri , était de plus ardemment fanatique, prêt à donner sa vie.

De fanatisme, il n’y en avait parmi les catholiques que dans le petit peuple. Les nobles, amis des Guises, étaient des hommes d’intrigues et d’intérêts, très-froids dans les commencements.

Du premier jour, les Guises virent qu’ils n’avaient de salut que Philippe II. Faire venir l’Espagnol , et obtenir des Allemands luthériens qu’ils n’aidassent pas nos calvinistes, ce fut toute leur politique.

Philippe II, de lui-même, s’occupait de la France. Même du vivant de François II, il signifia qu’il ne voulait point en France de concile national , et il fut obéi. Nos prélats se rendirent à son concile de Trente. Après la mort de François II, les Guises, renonçant à leurs intrigues d’Angleterre, s’unirent à Philippe II de plus en plus. Son ambassadeur Ghantonnay, frère de Granvelle, agit de deux manières. D’une part, il travailla, gagna et corrompit le roi de Navarre, l’amusa de la folle idée de conquérir l’Angleterre, et d’épouser Marie Stuart, ^n répudiant Jeanne d’Albret. D’autre part, il tint en échec le faible gouvernement de Catherine et de L’Hospital; et c’est lui sans nul doute qui

leurfit faire des actes directement contraires àleur pensée.

Sans cette terreur de l’Espagne, il est impossible d’expliquer les deux faits qui suivent :

Le chancelier, naguère outragé par le Parlement, vient dans son sein, déclare que le roi veut avoir l’avis du Parlement sur la religion. Làdessus longue discussion qui aboutit au but voulu des Guises : Vinterdiction des assemblées protestantes. Énorme reculade, et bientôt prétexte aux massacres (juillet 1561).

L’autre fait, de même inexplicable sans la pression de l’étranger, c’est la subite réconciliation de . Giiise'et de Condé (août). Quelques fières paroles de Condé ne couvrirent pas la honte de cet acte, qui le rendit suspect aux siens, le paralysa pour longtemps.

« Dieu aidera, » avait dit le clergé de Paris. Et il y paraissait.

Le parti catholique, ayant derrière lui et pour lui cette ombre menaçante, ce monstre, la puissance espagnole, se trouvait maître du terrain. Le prêtre Arthur Didier, envoyé du clei^é à l’Espagne, saisi avec ses lettres et toutes les preuves, est livré par le chancelier au Parlement. Ce corps, si cruellement sévère pour les moindres délits, indulgent tout à coup dans ce cas de haute trahison, prononce la peine dérisoire d’une amende

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honorable contre le messager, supprime les lettres et n’en fait nul usage, respecte le nom des vrais coupables, et par sa connivence s’associe à la trahison (14 juillet).

Toute la pensée du chancelier et de la reine, battus sur ce terrain, était au moins d’agir sur celui des finances, de faire composer le clei^é.

Il fut convoqué à Poissy, où il forma une sorte de concile, tandis que, conformément au plan bizarre adopté aux derniers États, treize députés nobles des treize gouvernements furent appelés à Pontoise, et treize aussi du Tiers État. Le célèbre discours du magistrat d’Âutun (l’homme du chancelier) ne proposait pas nâoins que de prendre tous les biens du clergé, sans, disait-il, qu’il y perdît, puisqu’on lui en payerait la rente. Ces biens vendus auraient donné une énorme plus-value, qui aurait payé la dette publique et libéré l’État.

Plan admirable, mais si peu exécutable alors que je ne puis le considérer ; que comme une menace pour amener le clergé où on voulait. Elle produisit une transaction. Le domaine engagé montait à seize millions. Le cardinal de Lorraine les offrit. Et, à ce prix, le roi révoqua l’ordre qui obligeait le clei^é à déclarer ses biens.

Le cardinal de Ghâtillon (frère de Goligny, el, je crois, son organe) parla pour cet arrangement; c’est dire assez qu’il était seul possible.

L’hisloire s’est méprise entièrement selon moi sur la situation réelle, à ce moment. Elle a cru que le clergé avait accepté malgré lui la demande, souvent faite par les protestants, d’une discussion publique, d’un colloque à Poissy. actes publiés montrent très-bien que cette discussion le semit fort, qu’elle était dans son plan, que les Guises l’avaient ménagée et en tirèrent un grand parti.

On sait maintenant qu’ils regardaient vers l’ÂUemagne, voulaient gagner les luthériens, et les séparer de nos calvinistes. Parents et amis de l’un des princes luthériens, du duc de Wurtemberg, qui avait longtemps servi dans nos armées, ils voulaient le constituer répondant de leur bonne foi par-devant ses compatriotes, par lui garder le Rhin.

Geux de Genève virent-ils le guet-apens où on les attirail? Je l’ignore. Quand ils l’auraient vu, ayant tant demandé une discussion, ils n’auraient pu la décliner.

Les protestants eux-mêmes, dans leur sincère et violent fanatisme, ne pouvaient deviner l’excès d’indifférence où les grands prélats catholiques

étaient de leur propre doctrine. C’étaient deux mondes séparés l’un de l’autre par une mutuelle ignorance, plus profonde que celle où notre planète se trouve sur les habitants de Sirius.

Ces innocents qui, de Genève et de toute la Fiance, à travers les malédictions et les pierres de la populace, venaient confesser leur foi à Poissy, étaient fort loin de deviner qu’on les faisait acteurs dans une farce religieuse, arrangée pour brouiller la grosse intelligence des reîlres et lansquenets du Rhin.

L’Espagne n’y comprenait rien. L’idée d’un tel colloque avait saisi d’horreur Philippe II. Sa femme, Elisabeth, en écrivit à Catherine; et, celleci s’excusant sur sa faiblesse et son isolement, Philippe II répliqua que, pour la foi, il donnerait secours à quiconque le demanderait.

Ce ([uiconque était tout trouvé. C’était le clergé de France qui lui avait écrit déjà ; c’étaient les Guises, tellement dépendants dès lors du secours de l’Espagnol, qu’ils lui sacrifiaient tout projet personnel sur l’Angleterre, et désiraient que leur Marie Stuart épousât l’infant 1). Carlos, pour renverser Élisabeth. Si l’on en croit de Thou, ils eussent même désiré que Philippe 11 vint en personne en France; le jésuite Lainez, envoyé alors à Poissy, eût été en Espagne, comme oi'ganc des Guises et du clergé de France, pour le sommer

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au nom de Dieu. Mais Ghantonnay, l’ambassadeur d’Espagne, qui connaissail son maître, savait bien que diilicilement il quitterait sa table, ses papiers, son silence, son antre de Madrid.

Les Guises pensèrent que le secoui’s d’Espagne serait peu de chose, et que son apparition aurait un grand effet, un air menaçant de croisade, que les hommes du Rhin, depuis longtemps sans guerre, et n’ayant pas perdu la mémoire de nos vins, pouvaient être tentés d’en venir boire. La grande pépinière de soldats était toujours l’Allemagne, féconde et redoutable, si elle s’ébranlait une fois contre l’Espagne épuisée, tarissante.

Donc il fallait élever sur le Rhin un solide brouillard, qui empêchât l’Allemagne de voir la France, qui présentât nos calvinistes sous un taux jour, les fit méconnaître par les luthériens.

C’est à quoi servit le colloque.

Les cardinaux se distribuent les rôles. Lorraine dispuleur insidieux, Touruon violent interrupteur, Au lieu de'cliscuter le Credo par articles, on fait tout porter sur un seul, la présence réelle, le seul point essentiel sur lequel Genève différait de l’Allemagne.

» Bèzc, ,un grand esprit littéraire, éloquent, cha-

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leureux, senlil si peu le piège, qu’il leur Ibumil ce qu’ils voulaient, un mot où ils pussent crier : Blasphemavit. Le cardinal de Tournon se voile la tête, et ne peut plus en entendre davantage. Pour que le coup s’enfonce, on lève la séance. Cependant, là derrière, étaient les docteurs luthériens que le cardinal de Lorraine tenait cho^ lui, repaissait, abreuvait de vins français et de mensonges.

Pour terminer la comédie, arrivaient, de Rome et d’Espagne, des ambassades solennelles pour faire rougir la reine mère d’avoir permis une telle scène. L’Espagnol Maurique d’une part, le jésuite Lainez de l’autre, conspuent, renversent tout, gourmandent Catherine, chassent les ministres; Lainez, pour toute discussion, les appelle des porcs et des singes.

Dans un esprit plus doux, le nonce romain, cardinal de Ferrare, issu des Borgia et oncle des Guises, venait surtout pour gagner le roi de Navarre. Il réussit eu lui donnant pour secrétaire et conlideut un ami du jésuite Lainez.

Toute l’Europe croyait, et même jusqu’ici l’on a cru, que Philippe 11 était déjà dans cette ligue. Un acte du 25 octobre prouve qu’il n’était pas engagé. Sa pénurie le rendait lent. 11 croyait, bien à tort, ainsi que la gouvernante des Pays-Bas, que le roi de Navarre était le maître de la situation, cl

il envoyait un agent obscur, Courteville, « pour découvrir (\\\&\% amis S. M. pourait avoir de son côté, et s'il n'y a pei'sonne en France sur qui on pût faire fondement et qui le premier voulût montrer les dents à Vendôme (au roi de Navarre). » (Gr., VI, 433.)

Courteville découvrit les Guises, qui surent montrer les dents par le massacre de Vassy.

La Gouvernante des Pays-Bas et Granvelle avaient reçu en septembre ce budget confidentiel de Philippe II où il prouve qu’il n’a pas un sou, et ils reçurent en novembre la nouvelle de cette mission dans laquelle on voyait très-bien qu’il allait prendre en main l’affaire épouvantable de France et d’Angleterre. Leur sang en fut glacé. Marguerite rappelle à son frère les échecs de leur père Charles-Quint et du connétable de Bourbon, « si peu aidé des catholiques, » qui s’offrent maintenant. Si l’on trouble la France, il faut le faire par les Guises, à l'aidedu Parlement, avec plainte de la tyi'annie, et pour les libertés de la natioü. Surtout ne pas parler de religion; ce mot pourrait armer les protestants. » (Gr. VI, 444, 431, 13 déc. 1561.)

Ce qui frappe le plus dans cette curieuse lettre, c’est le mot d’ordre donné dès lors dans tout le parti catholique: Liberté, résistance à l’oppression protestante. L’ambassadeur Vargas à Rome

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