‹ Guerres de religionChapitre 26 sur 53 · IX · texte numérisé non relu

IX

ne pas \oir où lendail cette grande aU’ectation de simplicité.

Dans sa réponse, il cacha peu ses motifs de déliaiice ; « Comment se fait-il qu’à Poissy on ait fait porter la discussion sur un seul point, la sainte Cène? » Cependant il ajouta que, si Gui se voulait s’instruire, les livres qu’il lui avait envoyés l’éclaireraient; qu’au surplus, s’il avait quehpie question à faire, il y répondrait voUmtiers.

C’est ce mol que Guise attendait : « Les ministres à Poissy nous appelaient idolâtres. Mais qu’est-ce qu’ idolâtne'f

« C’est adorer d’autres dieux que le vrai Dieu, (le chercher d’autre salut que son Fils.

« Alors je ne suis pas idolâtre, dit Guise. Je n’ai (le Dieu que Dieu, et je sais que je ne puis être sauvé que par son Fils, non par mes propres mérites. »

Ici , le sage Allemand , trop sensiblement flatté, perdit la sagesse, et crédulement : « J’entends cela avec joie Puissiez-vous persé-

vérer 1 »

Sur la messe , le rusé disciple ne manqua pas également d’être d’accord avec le maître. Christophe, entraîné j)ar la douceur de dogmatiser, lit cependant un effort pour se tenir sur 1a pente d'une séduction qu’il sentait, tout en

y cédant. Il reprit, avec un peu de cette rudesse apparente epii couvie souvent la douceur intérieure de rAllemaïul ; « On dit pourtant que c’est vous et votre frère le cardinal qui, sous le dernier loi et après , avez fait périr nombre ele personnes qui sont mortes pour leur foi? »

Alors, avec de grands soupirs : « On nous accuse de cela et de bien d’autres clioses, dit Guise, mais on nous fait tort. Avant le départ, nous vous ex[)liq\ierons tout cela. »

Le bon Allemand continua ses explications de ilogme, et entendit avec bonheur Guise, vaincu par son éloquence, s’écrier : « S’il en est ainsi, c’en est fait, je suis lulliérien. »

Le cardinal de Lorraine, dont l’élément propre et naturel était le mensonge, vint à bout bien plus aisément de se démêler des ministres. 11 leur disait hardiment que, dans ses Trois Evêchés, il ne souffrait plus rie messe, à moins qu’ 1 n’y eût des communiants; qu’il allait bientôt abolir le canon de la messe; qu’il fallait, non adorer, mais vénérer Jésus dans l’Eucharistie; qu’après tout il suffisait de lui faire la révérence, etc., etc. Les Allemands étaient stupéfaits.

Mais ce qui était bien doux et consolant pour Christophe, c’était de voir les progi’ès du néo-

pliyte François. Il lullail bien encore un peu, avait quelque scrupule ; ses agilalions parfois l’empêchaient de dormir la nuit. Mais sa conversion était sûre, et n’en était que plus touchante.

La chose fut menée vivement, comme le siège de Calais. Du 15 au 18 février, tout était fini. Les deux partis étaient d’accord. L’éloquence, l’aplomh, l’audace du cardinal de Lorraine avaient tout simplifié. Le théologien Brentz crut l’emharrasser en lui disant que l’Écriture ne parle pas des cardinaux : « Eh! qu’importe cela? dit-il. Si je n’ai une robe rouge, j’en porterai une noire, et bien volontiers. »

Mais le point où il insista le plus avant de partir, ce fut le reproche d’avoir fait mourir des protestants. 11 fut indigné qu’on en eût l’idée; il nia, repoussa la chose avec des serments épouvantables ; « Au nom de Dieu, mon créateur, et sur le salut de mon âme, je u’ai pas fait mourir un seul homme pour cause de religion. Loin de là, quand il s’agissait au Conseil de tels accusés, je m’excusais, je m’en allais, je les laissais au bras séculier. » ^

Guise fit le môme serment. Les Allemands en auraient pleuré de joie : « Je suis ravi, dit Christophe, de vous entendre ainsi parler. Si vous voulez, j’en ferai part à tous mes amis d’Allemagne...

Mais, je vous en prie encore, ne persécutez pas ces pauvres chrétiens. »

Les Guises lui donnèrent la main, ils lui jurèrent, foi de princes, et sur leur salut, de ne faire le moindre mal aux réformés publiquement ni secrètement. De plus, ils lui proposèrent de ménager une conférence des deux partis eu Allemagne, qui, mieux que le concile de Trente, pourrait assurer la paix. L’Empereur s’y serait prêté pour balancer l’influence de ce concile tout espagnol.

En gagnant du temps ainsi, on était sûr que Chrislopbe, par lui et ses gendres, les landgraves, empêclierait quelque temps tout mouvement militaire et s’opposerait à l’embaucbage que nos protestants menacés essayeraient de faire sur le Rhin.

Cotte très-longue comédie, ce mensonge pendant trois grands jours, ces faux serments prodigués, avaient aigri, fatigué Guise. Il revint fort sombre à Joinville, séjour de sa vieille mère et de si famille. Et il n’y trouva que de mauvaises nouvelles ; Condé maître de Paris, le parlement de Paris ébranlé et presque forcé à subir l’édit de tolérance que tous les autres parlements enregistraient. Peut-être même il trouva l’ordre précis de l’Espagne pour tirer l’épée.

L’excessive pénurie de Philippe II aurait dû

le retenir. Mais l’étal des Pays-Bas le poussait à la guerre. En allcniiant qu’il y i)ûl mettre l’inqviisilioii espagnole, il avait enlrepris d’y faire dix-sepl évêques, gens à lui, qui balanceraient l’influence des granils. Ceux-ci s'appuyaient sur un élément populaire, sur le flot monlani du prolestanlisme. Ils avaient envoyé en France consuller sur la légalité du projet le premier jurisconsulte de l’Europe, Charles Dumoulin, que nous avons vu dans celle grande revue des protestants à Popineouil. En t oit sens, la résistance des Pays-Bas s’appuyait sur la France. C’était en France d’abord que Philippe II voulait combattre ses sujets.

Voilà comme politiquement on explicpie sa conduite. El lui-même sans doute se croyait un grand politique. En réalité, il était poussé par derrière , instrument fatal du parti qui ]>artoiit se sentait périr, ijui déjà avait donné sa démission de la polémique cl ne comptait que sur la force. Un de ses plus dignes soutiens interdit la discussion, «qui, dit-il, nous réussit mal. »

Restaient les souterrains d’Ignace : l’administration habde de l’aumône, des eonfi éries et des écoles, la captation du peuple.

Restaient la violence, la police de l’inquisilioii, enfin restait l’épée des Guises.

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