CHAPITRE XV
Massacre de Vassy. 1562.
Nous avons indiqué, mais non expliqué l’on- Irage personnel que Guise croyait avoir reçu des gens de Vassy.
Entre les Guises et Vassy, la guerre datait de fort loin. Celte petite ville champenoise était tout près de Joinville, érigée pour leur père en principauté, quand il épousa Antoinette de Bourbon. Vassy, qui était un siège royal, perdit à celte occasion une trentaine de villages qui étaient de son ressort et qui formèrent celui de Joinville. Enfin les Guises tout-puissants obtinrent la ville elle-même en usufruit, comme douaire de leur nièce Marie Stuart, quand elle épousa le Dauphin. D’autre part, Vassy, étant du diocèse de
Chàlons, relcvail ecclésiasliquement de l’arclievêo!ic de Reims, donc du cardinal de Lorraine.
Sous celle double sujétion, temporelle et spirituelle, les habitants n’en restèrent pas moins fort indépendants, étant la plupart des marchands ou des hoii.mes de petits métiers, participant à l’esprit industriel et démocratique de leur voisine, la {rrande ville de Troyes. Le 12 octobre, après le colloque de Poissy, les ministres de Troyes entreprirent de créer une église à Vassy et y envoyèrent l’un d’eux. Les principaux de Vassy l’avertirent qu’il était sur terre des Guises, qu’il y avait grand péril. Le ministre n’en agit pas moins, commençant sa petite église dans la maison d’un drapier; il s’y trouva cent vingt personnes, et le lendemain six cents (dans une ville de trois mille âmes). Il fallut prêcher en plein air, dans la cour de l’Hôtel-Dieu. Guise, averti j)ar les moines de Vassy, envoya en novembre quelques soldats pour aider le prévôt de la ville à étouffer la petite église, et ne réussit à rien. D’autre part le cardinal-archevêque de Reims envoya (17 décembre) l’évêque de Châlons, avec un moine ergoteur, fort célèbre, armé jusqu’aux dents des armes de la scolastique. L’évêque appela les notables, et leur dit d’inviter le peuple à venir le lendemain entendre son moine. A quoi ils répondirent doucement, mais