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fermement, « que pour rien au monde ils ne voudraient entendre prêcher un faux prophète. » Ils le décidèrent à venir plutôt écouter leur ministre.
Tout le peuple catholique y vint le lendemain avec l’évéque, le prévôt, le procureur du roi, le prieur du couvent. Là , le ministre étant en chaire, l’évêque voulut parler le premier. Le ministre, rappelant son droit qu’il tenait de l’édit royal , dit qu’on pouvait écouter le prélat comme homme, non comme évêque, et qu’il ne l’était pas: « Pourquoi? » — « Vous ne prêchez pas, vous ne nourrissez pas votre troupeau de la parole de Dieu. Votre élection n’a pas été confirmée par le peuple. » Le prélat ré|)ondant par des risées, le ministre ajouta : « J’ai souvent exposé ma vie pour le nom du Seigneur Jésus, et je me sens encore prêt de la quitter à toute heure. Je scellerai de mon sang la doctrine que je donne à ce pauvre peuple dont vous n’êtes point pasteur. » L’évêque voulait dresser procèsverbal ; mais le prévôt était déjà parti, dans la crainte qu’il avait du peuple. L’évêque aussi partit , au milieu des cris populaires : « Au loup ! au renard ! » et d’autres : « A l’ûne I à l’école ! hors d’ici ! »
Cette scène, révolutionnaire plus qu’évangélique, aigrit les choses. L’évêque alla à Joinville,
morlific de sa déconvenue, el il y tnl accueilli par les brocards du duc d’Aumale. La vieille mère des Guises, Anloineüe, fui exaspérée ; Guise dil (ju’il saccagerait loul. Ou fil un procès-verbal qu'on envoya cà la cour sans eu tirer autre réponse sinon que toute voie de fait était défendue par le roi. Le 25 décemlire, malgré les avis qui venaient à A'assy, trois mille âmes de la ville et des environs y coid'essèrenl leur foi ; neuf cents prirent part à la Cène
Tout enragés qu’ils fussent, les Guises prirent jialicnce, jusqu à ce qu’ils fussent rassurés du c«‘)té du Rhin. Mais au retour^ ils se lâclièrent ; ils n’atlcudirent pas môme qu’ils arrivassent chez eux. Dès Saint-Nicolas (en Lorraine), ils firent étrangler en passant, à un poteau de la halle, un épiuglier qui avait fait hir-liser sou enfant à la mode de Genève. Soixante fermiers des terres du cardinal fuirent, comme devant un ouragan, (luise, arrivé à Joinville, instruit des affaires de A'assy, « commença à marmonner et à se mordre la barbe. » Il envoya ses archers, avec soixante hommes d’armes, l’attendre à Vassy.
Cet homme si calculé eût pourtant ajourné le couj» si la situation générale ne l’eût elle-même poussé à donner cours à sa vengeance. Il fallait relever Paris, qui, de[)uis près de ciiu] mois, n’entendaif plus parler des Guises, les accu-
sait, les croyait morts. 11 voulait se montrer en vie, fort et terrible, s’éveiller par un furieux coup de tonnerre qui troublât ses ennemis.
Toutefois, dans l’audace même, il gardait un esprit de ruse. Il emmenait un équipage à la fois de guerre et de paix : d’une pari, ses domestiques armés et deux cents aiajui busiers pour joindre à ceux qui déjà étaient à Vassy; d’autre part, un prêtre, son frère, le cardinal de Guise, sa femme enceinte, et son lils Henri, un enfant. De cette façon, il |iouvait dire : « La chose a été fortuite; autrement, y aurais-je mené ma femme? » Eu réalité, il ne l’amena [)oiul; elle n’eut point le si>ectacle de l’exécution, ayant attendu son mari dans la cam|)agnc, hors des murs de la ville.
Peut-être aussi su|)posa-t-il que, devant celte force, les gens de Vassy cniind raient de s’assembler et que le prévôt prendrait et lui livrerait quelques hommes à étrangler, comme on avait fait à Saint-Nicolas. Mais la petite communauté, le 1" mars, jour de dimanebe, se serait fait scrupule de ne i)oint aller au prêche. Guise prit celte heure jiour arriver. Sur la roule, entendant la cloche, il feignit de ne savoir ce que c’était, et le demanda. On lui dit (pie les huguenots sounaienl pour leur assemblée : « Marchons, dit-il, allons les voir. » Ses gens se réjouirent fort, disant :
« Ils vont être bien huguenolés. » Les laquais ne se tenaient d’aise, comptant bien sur le pillage; la petite ville ninrehande n’était pas à dédaigner.
Il y avait un nouveau ministre, récemment envoyé de Genève. L’assemblée était de douze cents personnes; à juger par les noms qui restent, la plupart étaient gens de commerce; il y avait cinq ou six drapiers, un boucher, un cricur de vin, un huissier, un maître d’école; le plus notable était le procureur syndic des habitants de Vassy.
A l’entrée, la troupe vit un jeune cordonnier, qui sortait de chez lui, proprement vêtu de noir. On l’entoure ; « Es-tu ministre? où as-tu étudié? — Nulle part; je ne suis pas ministre. » Alors on le laissa aller.
Le duc descendit chez les moines, y dîna, se promena sous la halle, avec leur prieur et le r — prévôt. On le regardait de loin; il semblait fort agité. Enfin, il fit dire aux catholiques qui éUiient à la messe du couvent de ne pas sortir de l’église. Il ordonna aux siens de marcher vers une grange où le prêche se faisait. Et lui-même les suivit.
A vingt-cinq pas, on tira aux fenêtres de la grange deux coups d’arquebuse. Ceux qui étaient près de la porte la voulurent fermer, ne pu-
rent. Tous entrèrent, l’épée tirée, en criant ; « Tue! tue!... A mort! »
Trois hommes furent tués tout d’abord, avant l’arrivée de Guise.
Les catholiques soutiennent que les protestants jetèrent des pierres. Guise présent, la tuerie continua à coups d’épée, de coutelas, de poignard. On tira, à coups d’arquebuse, ceux qui étaient de côté sur les échafauds. Quelques-uns percèrent le toit, échappèrent et sautèrent môme dans les fossés de la ville. Plusieurs restèrent sur le toit; le duc criait ; « A bas, canailles! » Un seul de ses domestiques se vantait d’avoir à lui seul abattu six de ces pigeons.
La duchesse qui attendait hors des portes entendit pourtant ces horribles cris; elle fit dire à son mari : « Sauvezdu moins les femmes grosses.» Et dès ce moment, en effet, les femmes ne furent plus tuées.
Le ministre Morel, qui d’abord était resté dans sa chaire, échappait dans le tumulte, et il était près de la porte, quand il heurta un cadavre, tomba, fut pris, reconnu, fort blessé et mené à Guise. Le duc lui demandant comment il avait séduit ce peuple, il eut la force encore de dire :
« Monsieur, je ne suis pas séditieux, mais j’ai prêché l’Evangile. » Guise lui tourna le dos, et le laissa aux laquais, qui s’en firent un horrible
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jeu. Les dévoies de la ville vinrent par-dessus pour le tuer, disant : « 11 est cause de tout. » Ce ne fut pas sans peine qu’on l’arracha de leurs ongles, pour pouvoir lui faire son procès.
Le jeune cardinal de (luise était resté appuyé contre le mur du cimetière, et regardait le massacre. Le duc lui donna le livre (jn’on avait trouvé dans la chaire. Le cardinal regarda et dit : « C'est la Sainte Écriture. »
Cinquante à soixante cadavres furent ramassés, f en terrés. Les blessés étaient innombrables.
L’événement se répandit avec une rapidité inouïe, et saisit tout le monde d’horreur. Partout on en fit des gravures, infiniment j)opulaires , d’un caractère fort et terrilde , qui , sur-le-champ, furent calquées, imitées par les .•Ulemands. Un genre nouveau commença, VilluS' trution des légendes historiques, pamphlets en dessin, plus puissants que tous les pamphlets écrits.
Guise, dès l’heure même, se sentit solitaire. Sa femme même et si>n frère ne l’approuvaient pas. 11 regarda autour de lui, et rien dans sa situation ne lui parut plus utile que d’aller d’abord chez lui à Nanteuil, d’y inviter le vieux connétable, d’opposer son nom respecté à l’explosion de la haine publique, et d’écrire, et faire éciire le cardinal de lx)iraine à son ami redouté, le due
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‘le Wurtemberg, qui [ ourrail plaider ^a cause auprès des Allemaiids, et peul-èlrc [mrvieiulrail à les empêcher de venir secourir leurs l'rèrcs eu danger.
Mais Montmorency viendrait-il dans colle maison, dès ce jour à jamais sanglante? U vint. Guise était sauvé. A la reine qui le priait de venir à Saint-Germain, il répondit cyniquement qu’il faisait une fête h Nauteuil pour traiter quelques amis.
Le connétable, avec un monde immense de gentilsliommes armés, conduisit Guise à Paris. Coudé y tenait encore, mais fort jieu accompagné. Le frère du prince de Coudé, le cardinal de Gourbon, un idiot qui avait le litre de lieutenant général du roi, lira parole de l’un et de l’autre qu’ils sortiraient de Paris. Coudé partit, mais non Guise. Son avocat, le connétable le mena au Parlement, et dit que ce ii’élait leur faute, mais que le bon peuple de la \ille les obligeait de rester.
Guise avait la tôle très-basse. En arrivant dans la ville, il avait trouvé un froid glacial. Au coin de certaines rues, des hommes hors d’euxmèrnes, sans s’inquiéter de cette armée qu'il menait avec lui, disaient qu'ils voudraient être morts et leur dague dans son ventre. Au parlement, deux magistrats, Harlay et Séguier,
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avaient laissé leur place vide, fui l’aspect de riiomme de sang.
Il dit assez piteusement « qu’il n’avait rien fait à Vassy que pour sauver son honneur, ses enfants et sa femme grosse, qu’il voyait bien qu’on le tuerait, qu’on avait envoyé à Paris contre lui trente assassins, qu’il priait qu’on en informât. Il n’avait jamais abusé de la force qu’il avait. Et maintenant il n’en a plus; il l’a toute remise au roi, dans les mains de son connétable. Il ne demande qu’à passer par la justice; il se constituera prisonnier, si on l’ordonne. S’il a failli, qu’il soit puni, ainsi qu’il l’aura mérité. »
Humbles paroles d’hypocrisie choquante, quand on voyait les forces dont il tenait la ville et entourait le parlement, quand on voyait près de lui leconnétable et le roi de Navarre, enfin le roi d’Espagne. Je veux dire Chantonnay, le frère du cardinal Granvelle, l’ambassadeur de Philippe II, (|ui, jetant tous les masques et tout respret de convenance, planta seul à Monceaux le petit Cliarles IX pour suivre dans Paris ce roi du meurtre et de la guerre civile.
Dès ce jour, en revanche, les protestants prenant la couleur blanche, alors nationale, Guise et les siens, sans pudeur, adoptèrent celle de Philippe II, le rouge, la couleur de l’Espagne et du massacre de Vassy.