‹ Guerres de religionChapitre 40 sur 53 · II · texte numérisé non relu

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hautaine, put, par quelque beau jour d’orage, rencontrer et forcer la Muse; la capricieuse, qui fuit les sages, se laisse parfois surprendre aux fous.

Ta lyre, qui ravit par de si doui accords, T’asservit les esprits dont je n'ai que les corps. Elle t’en rend le maitre et te sait introduire Où le plus fier IjTan ne peut avoir d'empire.

Tous deux également nous portons des couronnes. Mais roi, je les reçois; poète, tu les donnes.

Ce qui est sûr, du reste, c’est qu’il n’eut rien de la bassesse de sa mère, rien des sales amours des Valois, des égouts de son frère Henri. Il aima, et la même. Il l’a aimée jusqu’à la mort.

L’objet de cet unique amour était une demoiselle un peu plus âgée que lui, Marie Touchet, Flamande d’origine, petite-fille par sa mère d’un médecin du roi, et fille d’un juge d’Orléans.

Deux choses avaient force sur lui, la musique et cette calme Flamande. C’est en elle qu’il se réfugia aux deux moments les plus terribles. Le seul enfant qu’il laissa d’elle fut conçu dans le désespoir, au jour où on lui fit dire qu’il avait voulu le massacre. Et peu après, quand il mou-

rut, parmi les ombres et les visions de la Saint- Barthélemy, il la fit venir encore, chercha en elle le suicide, et s’extermina par l’amour.

Revenons. Dans le danger visible où le mettait son frère, Charles IX, quoique demi-fou, fit deux choses qui n’étaient pas folles. Il se maria, et il négocia pour marier son frère et le mettre hors du royaume.

En novembre 1570, Charles IX épousa (malgré la secrète opposition de Philippe II) la fille cadette de l’Empereur, dont Philippe épousait l’aînée.

En janvier, il apprit que la reine d’Angleterre parlait d’épouser le duc d’Anjou.

Cela dérangeait fort les plans de Catherine. Elle écrivit en hâte (2 février) à notre ambassadeur à Londres que son fils d’Anjou n'en voulait à aucun prix, à cause des mauvaises meeurs d’Elisabeth, qu’elle prît plutôt le plus jeune, Alençon. Mais, le 18, tout change. Catherine récrit qu’Anjou désire infiniment ce mariage. Évidemment elle eut peur du roi Charles. Anjou, s’il refusait, é'tait en grand danger.

Élisabelli envoyait son portrait. Anjou, amoureux malgré lui, fut forcé d’envoyer le sien. Catherine laissait aller les choses, feignait de les hâter; mais elle arrêtait tout par ce mot à l’ambassadeur :

« Faites connaître aux catholiques anglais le bien que ce sera pour eux. » Sûr moyen d’exciter l’inquiétude des protestants et de susciter au mariage des obstacles insurmontables.

Élisabeth était bien haut. Elle tenait sous sa clef la reine d’Écosse, et dominait l’Écosse réellement. Elle avait profité de la ruine des Pays-Bas. Cent mille hommes, et des plus actifs, ouvriers ou marins, avaient fui devant le duc d’Albe. Ceux-ci se firent corsaires, n’eurent plus de patrie que la mer, insaisissables désormais entre la Rochelle et Portsmouth. La course commença contre l’Espagne, par vaisseaux d’abord, puis par flottes (dépêches de Fénelon). Les mines du Mexique se trouvèrent travailler pour Londres. Les galions, attendus à Cadix, entraient à la Rochelle. Contre Anvers ébranlée, contre Rotterdam saccagée, Élisabeth ouvrit à grand bruit la Bourse de Ixmdres (1571), parmi les fanfares prophétiques qui d’avance sonnaient le naufrage de V Armada.

Philippe II, au contraire, déjà embarrassé, se trouva tout à coup dans une complication nouvelle. Ce fut encore cette fois l’odieux, l’impie, le détesté mahométisme, qui fut le salut de l’Europe.

Le prince d’Orange l’avoue dans ses lettres. C’est la révolte des Maures contre Philippe II

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qui changea la face des choses. Poussés au désespoir, ils armèrent, fuirent aux montagnes, se firent un roi de leur race. Et, en même temps, les Vénitiens venaient dire au roi d’Espagne que le sultan attaquait Chypre, que les Turcs reprenaient leur immuable plan de conquérir la Méditerranée. De l’Occident, Philippe fut reporté vers l’Orient. Toute sa pensée \ fut la formation de la Ligne sainte, où entrèrent le pape, Venise, les princes italiens par leurs contributions. Il eût voulu aussi y faire entrer la France, qui, dans cette croisade, lui eût été subordonnée.

Charles IX haïssait Philippe II , et pour sa sœur Élisabeth, morte, disait-on, de poison, et surtout pour la préséance que l’Espagne avait prise récemment sur lui et chez le pape et dans l’Empire. Le mépris que les Espagnols faisaient de nous paraissait et en Italie, où ils saisirent Final qui était sous notre protection, et en Amé- , rique, où ils massacrèrent la faible colonie que ‘ nous avions à la Floride.

On fut fort étonné quand on vit, en décembre 1570, la cordialité avec laquelle Charles IX reçut une grande ambassade de l’Empereur et ’ des princes d’Empire, réclamant pour les protestants. Ceux-ci se rassurèrent et vinrent trouver le roi. L’un des envoyés était le jeune Té-

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ligny, cl l’autre Lanoue bras de fer. Clioix habile; il n’y a jamais eu d’hommes plus aimables, plus estimés. Lanoue fut le Bayard du temps, non moins irréprochable, net entre tous. Dans ces horribles guerres, il garde un cœur de paix, l’immuable cœur du viai brave. La gaieté innocente de ce bonhomme (dans ses Mémoires) étonne et attendrit; elle dit que la nature, l’humanité, ne sont pas mortes encore.

Le jeune roi fut tout d’abord gagné. Ils lui dirent qu’il avait les Indes à sa portée; que, dans l’embarras de l’Espagne, il n’avait qu’à étendre la main pour prendre les Pays-Bas, qui désiraient d’être pris. Que, pendant que Philippe II était aux mains avec les Turcs, les Bochellois dresseraient le pavillon français en Amérique. Louis de Nassau, déguisé, vint lui dire les mêmes choses, s’offrir et se donner à lui.

Une chose arrêtait Charles IX, c’est que celle belle guerre eût été conduite encore par le duc d’Anjou. La première chose était de le mettre hors de France.

Contre la Ligue du Midi qu’organisait Philippe 11, Élisabeth méditait une alliance avec la France. Elle venait de faire sa déclaration au duc d’Anjou. Je ne crois pas qu’elle mentît

alors. Elle était femme, et on ne parlait que du prince et de ses deux batailles, de sa grâce et de son esprit, surtout « de sa belle main. » Les semi-catholiques poussaient fort à la chose. Le grand ministre, Burlcigh, n’y contredisait pas. Il laissait faire Elisaheth, sachant bien qu’après tout elle était fort prudente et qu’elle se raviserait. Le Français, moins âgé qu’elle de vingt ans, n’eût épousé la tneille que pour servir de eentre au parti catholique, pour se faire veuf peut-être, pour épouser Marie Stuart.

Les catholiques déjà écrivaient au duc d’Anjou : « Passez la mer, et ne disputez pas; acceptez toute condition; vous vous trouverez ici bien plus fort que vous ne pensez. »

Tout au contraire, en France et en Espagne, les catholiques avaient peur de ce mariage. Le clergé de France, tellement que, pour l’empêcher, il offrait au roi de lui donner par an quatre cent mille écus. Charles IX en rit : « Nous sommes ravi, dit-il, d’apprendre que notre clergé est si riche. »

L’Espagne eriit n’avoir pas de temps à perdre. Tout en négociant avec Élisabeth, elle agit pour la détrôner, appuyant en dessous l’intrigue de Marie Stuart avec le plus grand seigneur d’Angleterre, le duc de Norfolk. Du fond

de sa prison, celle Hélène, poursuivie de tant d’amants ambilieux, et qui fut la perte de tous, tourna la faible tête de Norfolk, et en fit un traître. Il le paya sur l’échafaud.

En tout cela, la France était contre l’Espagne, mais timidement, sournoisement. Elle aurait voulu décider Venise à s’arranger à tout prix avec les Turcs plutôt que de s’engager dans une guerre qui allait la faire vassale de Philippe H. I.es Vénitiens n’écoutèrent rien; ils firent la sottise de gagner, pour la glorification des Espagnols, la grande bataille navale de Lépante (7 octobre i571).

Mais la France, du moins, accéléra la paix. Les Turcs, reconnaissants, firent un triomphe à notre ambassadeur, et poussèrent vivement les Français à profiler des embarras de l’Espagne }M)ur s’emparer des Pays-Bas (Charrière, 111, 232).

Voilà ce que révèlent les pièces les plus secrètes, aujourd’hui publiées. l.a cour de France travaillait réellement contre l’Espagne.

Que voulait Catherine? La grandeur de ses enfants, rien de plus. Dans sa parfaite indifférence à tout le reste, elle eût vu volontiers le duc d’Anjou é|)oux de Marie Stuart et chef des catholiques, roi d’Écosse (et bientôt de France?). D’autre part, le duc d’Alençon époux d’Élisabeth et chef des protestants.

Chose curieuse! Aulanl les calholiques de France craignaient le mariage du duc d’Anjou avec Élisahclh, autant le craignait Coligny, pour une raison, il est vrai, opposée. Il pensait qu’un tel mariage mettrait la guerre civile en Angleterre, que les catholiques anglais en tireraient une audace extrême pour .Marie contre Elisabeth. 11 ramena à son opinion son frère l’ex-cardinal Odet, qui avait d’abord donné aveuglément dans cette idée.

Ce qu’aurait voulu Coligny, c’eût été de faire épouser à Elisabeth le petit Henri de Navarre, de marier le protestantisme français au protestantisme anglican. La difficulté était l’àge, tellement disproportionné. Elle âgée déjà, lui enfant.

La cour de France, inquiète cependant, renouvela une idée d’Henri H, celle de marier Henri de Navarre à Marguerite , sœur du roi. Charles IX était très-ardent pour ce mariage. Sachant que l’obstacle était Henri de Guise, aimé de sa sœur, il dit froidement : « Nous le tuerons. » Et il en donna l'ordre. Guise eut peur, et épousa une autre femme le lendemain.

La sincérité de Charles IX parut encore à une chose. Les moines ayant lancé la populace de Rouen contre les protestants, dont plusieurs

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