I.e« noces Termcilles. Août 1.H
Le génie indomptable que Coligny avait déployé après Montcontour, où il partit d’une défaite pour courir la France en vainqueur, le dévouement tout personnel qu’il montra jeune à Saint- Quentin, où il couvrit la France de son corps, il les montra encore en juillet et en août 1572. De son corps et de sa personne, il couvrit son |)arti.
S’il eût seulement bougé de Paris , tout le Mord , qui avait les yeux sur lui , eût lâché pied. Élisabeth d’abord eût reculé; elle parlait d’abandonner Flessinguc, d’en rappeler ses Anglais. Le prince d’Orange eût reculé. S’il s’aventura dans les Pays-Bas, et fit sa pointe
hardie en Brabant, en Hainaut, c’est qu’il gardait l’espoir des douze mille arquebusiers que lui promettait Coligny. Toutes ces villes de Hollande et de Zélande qui venaient de se déclarer,avaient la confiance que les Français allaient serrer le duc d’Albe et le retenir au Midi.
Le seul séjour de Coligny à Paris, et l’atlente qui en résultait, donnait une force énorme au parti protestant. 11 avait perdu un millier d'hommes, il est vrai, devant Mons. Mais il triomphait en Hollande et dans les pays maritimes.
H ne faut pas s’y tromper, ces succès, cette ardeur volcanique qui saisit la calme Hollande, tinrent en grande partie au débordement du grand parti protestant français qui se répandit dans le Nord. Les nôtres sont alors partout. Et le premier secours que le prince d’Orange envoya à Flessinguc fut un corps de cinq cents Français.
Situation étrange! Le parti s’extravase au nord; le chef reste à Paris, à peu près seul.
Le prince d’Orange, si parfaitement informé, dit que l’amiral n’avait gardé à Paris que six cents gentilshommes. Plusieurs avaient des domestiques; quelques-uns qui étaient des grands seigneurs avaient leur maison. Ce n’était guère plus de deux mille épées qui restaient près de Coligny.
L’agent inlelligenl que Granvelle, alors éloigné, conservait à Bruxelles pour lui rendre compte de tout, le prêtre Morillon, lui écrit qu’on doute que Coligny envoie les siens contre le duc d’Albe, qu’il ne ferait finement de se tant désarmer. Finement? Non, sans doute. L’amiral ne lit pas finement. Le prêtre Morillon et le prêtre Granvelle auraient été plus fins. Ils eussent gardé une armée autour d’eux.
On voit que ces deux politiques, Granvelle et Morillon, ne regardent que la Belgique. Granvelle écrit (H juin) : « Tout l’espoir que nous avons est (jue ceiu'des Pays-Bas ne voudront pas être Français. » Prévision très-juste. A la déroute de Gcnlis, on vit les paysans du Hainaut tomber sur les vaincus, égorger leurs libérateurs; les prêtres faisaient accroire à ces idiots que nos protestants français venaient faire un massacre général des catholiques.
Mais, si les nôtres échouèrent en Belgique, ils réussirent à merveille en Hollande. Partout, dans ces villes du Nord, nos Français se jettent intrépidement, et ils ne contribuent pas peu <à ces résistances désespérées dont la Hollande étonna le monde. Elle commence dès lors, cette France Hollandaise, si glorieuse pendant cent cinquante ans.
lià échoua toute prévision ; le calcul de Gran-
velle, très-bon pour la Belgique, est faux pour la Hollande. De plus en plus, ces éléments s’associeront; il se fera un admirable mariage, de cet ardent ferment français, de la vive étincelle d’héroïsme méridional, avec la force hollandaise, l’héroïque persévérance du Nord.
Et c’est jxmrquoi la Hollande fut la pierre de la résistance, l’asile universel et le salut du genre humain.
Le sacrifice de Coligny porta ses fruits. Son sang n’a pas été perdu. Son obstination courageuse à rester à Paris en juin, en juillet et en août 1572, avec un tel fiéril que tout le monde voyait, fil l’espérance même, l’audace et l’élan du parti.
Par les lettres du prince d 'Orange, par la correspondance (inédite encore) de Granvelle, par les dépêches anglaises, etc., toute la situation est dévoilée. 11 y avait des raisons contraires, et Irès-équilibrées, pour espérer et craindre. L’amiral eût été ridicule à jamais s’il eût quitté Paris. En restant, il pourvut à son honneur, il servit grandement son parti, il agit, comme on doit, dans les circonstances douteuses, avec une prudence héroïque.
En août, on se remettait du petit échec de juillet. L’affaire de Mons paraissait, ce qu’elle était, minime. Malgré l’échec, la ville n’en avait pas moins été secourue.
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Charles IX, un peu remonté, était dclerminé à tenir sa parole, à faire le mariage de Navarre et à envoyer des tixmpes en Belgique. Il y avait un commencement d’exécution, Morillon l’écrit à Granvelle (H août) : « On fait de grands apprêts en Champagne. Il y a vingt-quatre pièces d’artillerie de foute pour venir sur Luxembourg, où il n’y a personne. »
Si les choses n’allaient ps plus vite, c’est que l’argent manquait; c’est qu’on craignait que D. Juan d’Autriche, au lieu d’embarquer ses Espagnols contre le Turc, ne les amenât par le chemin qu’avait suivi le duc d’AIbe, pr la Savoie et la Franche-Condé (Morillon). En tenant des forces en Champagne, Coligny répndait aux deux éventualités; ou il arrêtait D. Juan, ou il attaquait Luxembourg et secondait le prince d’Orange.
Les Anglais, rassurés aussi vite qu’ils avaient été effrayés, retombaient dans leur péché éternel .de nature, la sournoise et haineuse jalousie de la France : « Il est impossible, humainement parlant, que les Français ne réussissent ps, dit Walsingham. Mais les princes allemands y auront l’œil. Ils forceront bien la France de se contenter de la Flandre et de l’Artois. L’Angleterre aura la Hollande. Pour le Brabant et tout ce qui dépendait de l’Empire, on le donnera à quelque prince
d’Allemagne, qui ne peut être que le prince d’Orange. »
Burleigh (la pensée même d’Élisabeth) avait déjà écrit à Walsingham : « Il faut que les Pays- Bas s’affranchissent eux- mêmes et non par d’autres. » Enfin, un agent anglais avait dit sèchement à l’amiral lui-même : « Vous ne commanderez pas en Flandre ; nous ne le souffrirons j7as. »
Ce qui est bien plus fort, c’est que Guillaume d’Orange, à qui Coligny faisait envoyer de l’argent français, et que toute l’Europe croyait Valter ego de l’amiral, paraît très-froid pour lui. Il nous apprend dans une de ses lettres que Coligny le prie de ne pas combattre avant leur jonction , et ajoute : « En cela , j’agirai selon que je verrai les commodités et occasions. »
Telle était la situation de l’amiral pendant qu’il couvrait de son corps la cause protestante. L’Angleterre lui était déjà hostile, l’Allemagne jalouse, et ses amis très-froids. En revanche, ses ennemis d’une ardeur furieuse. A Paris, à Bruxelles, on se sentait perdu sans un assassinat.
Il n’y a pas à en douter. Les lettres de Morillon le disent assez clairement. « Le duc d’Albe est désespéré. Ou a mandé son fils. Son secrétaire
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n’ose pas rester seul avec lui ; à chaque nouvelle, on dirait qu’il va rendre l’âme. Ce qui me déplaît, c’est qu’il écoute les devins, la nécromancie. Ils disent qu’on va regagner tout par enchantement. On se vante qu’avant quinze jours on verra merveille. »
Ceci est écrit le 40 août. Ajoutez moins de quinze jours, vous avez le 24. C’est le jour précis du massacre qui fut cette mei'veille.
On a bonne grâce à prédire, quand on fait l’événemenll
Dès le commencement d’août, sous le pré- • texte des noces prochaines, l’armée des Guises est entrée dans Paris, je veux dire les bandes nombreuses que celle riche maison, du revenu de ses quinze évêchés, et dans ses terres, ses fiefs, ses innombrables seigneuries, nourrissait et gardait en armes. Quelques-uns étaient des bravi, comme Maurevert et Attin, pensionnés pour tuer Coligny et son frère. La grande masse étaient de pauvres gentilshommes, gueux nobles et mendiants bien nés, que les cardinaux de Lorraine et de Guise, les princes de la famille, Henri de Guise, Aumale, Elbeuf, etc., tenaient en meules, avec leurs dogues, pour les lâcher au jour utile. Ajoutez une grande clientèle de serviteurs volontaires et désintéressés de la famille, de gros corps de noblesse picarde et autre.
qui venaient d’amitié accompagner MM. de Guise et les garder. Un seul gentilhomme, Fervaques, un furieux Picard catholique, leur amenait de son pays un renfort de vingt ou trente épées.
Tout cela logé autour des, Guises, ou chez le clergé de Paris, les uns chez les chanoines, aux cloîtres Notre-Dame, Saint-Germain-l’Auxerrois ; les autres chez les moines, dans les grands bâtiments des abbés princes, chez les curés enfin, où ils se trouvaient en rapports avec les gros bourgeois et les meneurs des confréries.
Ils se trouvaient ainsi groupés d’avance, ayant appui dans la population.
Au contraire, les protestants, gens du Midi et de l’Ouest, logeaient où ils trouvaient logis, étaient fort dispersés, comme perdus dans la grande ville. Quelques-uns cependant s’obstinèrent à rester dehors, au faubourg Saint-Germain.
^ Dans une situation si menaçante, Coligny oserait-il exiger de son jeune roi la chose redoutée des catholiques, la chose épouvantable qui marquait la victoire du protestantisme, les noces de Navarre, le premier mariage miode entre les deux religions, la solennelle reconnaissance qu’un protestant est homme, et non un monstre, l’introduction hardie du petit prince de montagne, semi-paysan béarnais, dans l’al-
côve du Louvre , dans le lil de la Marguerite, qui aflichail très-haut son mépris, son dégoût..
Rien n’arrêta l’homme de bronze. 11 somma le roi de sa parole, et la lui fit tenir.
Les simples fiançailles (17 août) produisii’ent déjà une explosion dans Paris. Avec des hurlements terribles, l’armée des aboyeurs, décbaîuée dans toutes les chaires, cria que Dieu ne souffrirait pas cet exécrable accouplement, que la colère du ciel allait tomber, qu’on verrait des torrents de sang.
Quels étaient ces prédicateurs de la Saint-Barthélemy? La première place entre eux est due certainement à l’évêque Sorbin, à l’évêque Vigor, qui la prêchait de|)uis douze ans. La seconde aux jésuites, le vrai poignard de Rome; Auger, l'un d’eux, fit, à lui seul, la Saint-Barthélemy de Bordeaux.
Mais le plus véhément de tous, un prêcheur «le grande éloquence, plein de feu, plein d'esprit, puissant acteur, brûlant parleur, fut i(! cordelier Panigalora, dont nous avons les œuvres. C’était un jeune Milanais, un mondain effréné, connu/ par un duel douteux et fort sinistre d’où il sortit {)eu net en ceignant le cordon de Saint-François. Pie Y, le plus violent des papes, le plus fixe au massaa’e, et
qui en suit l’idée dans toutes ses lettres, ayant entendu Panigarola, crut que ce comédien terrible était l’homme même de la chose. Il fit pour lui ce que jadis on avait fait pour Loyola. Il l’envoya, comme étudiant, à Paris. L’étudiant ne fit qu’enseigner; sa chaire tonnante enseigna le massacre et professa l’œuvre de sang.
Les voix bruyantes de ces enfants perdus ne donnent pas le dessous des choses. Quels étaient ceux qui travaillaient Paris, qui informaient Bruxelles, qui donnèrent à l’Espagne la première nouvelle du massacre? Sans nul doute, ceux qui, dès 1560, sollicitaient l’assistance de Philippe II (V. p. 248). Parti riche, à lui seul énormément plus riche que le roi, la cour et le gouvernement, et qui les emportait légers comme une paille, qui entraînait tout par l’argent, par la force d’un patronage immense. Parti qui précipitait Guise, et l’animait par la concurrence d’Henri d’Anjou; parti qui rassurait le duc d’Albe et lui promettait le massacre au plus tard pour le 24 août. {MoriUon, lettre du 10.)
Le roi même était menacé. Sorbin disait en chaire que, .s’il faisait les noces, il en serait de lui comme d’Ésaû, que Dieu dépouilla de son droit d’aînesse pour le transférer à Jacob.
D’aulre pari, Coligny le tenait, ne lâchait ()as prise. 11 agissait sur lui par l’honneur, par la confiance excessive et illimitée. Ayant rendu les places de sûreté, il avait tiré sur le roi (si le roi était gentilhomme) une lettre de change qu’il fallait payer ou mourir.
On disait de tous les côtés à Coligny qu’il se perdait en exigeant cela. Il répondait froidement : « Je suis assez accompcujné si je n’ai affaire qu’à MM. de Guise. »
Charles IX, alarmé, fit venir au Louvre le chef de la famille, Henri de Guise, et, Coligny présent, pria et somma le jeune homme de se réconcilier sincèrement avec cet illustre vieillard, ce grand homme en cheveux blancs, qui toujours avait protesté qu’il n’avait pas fait tuer son père. Henri, sans hésiter, donna la main à Coligny, et prouva ce jour-lù sa descendance maternelle, la parenté des Borgia.
On disait dans le peuple « que les noces seraient vermeilles, » qu’elles n’auraient pas lieu, ou seraient marquées d’un combat. Elles se firent paisiblement à Notre-Dame.
Charles IX affirma ({ue le pape donnait la dispense, qu’elle allait arriver, et le cardinal de Bourbon n’osa plus résister. La cérémonie se fit sous le ciel, sur un échafaud magnifique qu’on avait dressé au Parvis. Marguerite, qui
appartenait de cœur aux Guises et à son frère Anjou, s’obstina (dit-on) à ne pas dire : Oui, et ce fut Charles IX qui , d’un mouvement brusque, lui fit baisser la tête et consentir en apparence. Pendant la messe, Coligny et le roi de Navarre restèrent à l’Évêché. Après, ils entrèrent dans l’église. De Thou, alors enfant, vil et entendit Coligny, qui, voyant aux murailles les drapeaux de Jarnac et de Montcontour, disait : « Nous en mettrons d’autres à la place, |)lus agréables à voir, » parlant des drapeaux espagnols.
miracle infaisable s’était fait cependant, et l’on s’était passé du pape. Le parti papal, espagnol, étiu't poussé à bout. Dans son exaltation furieuse, la coterie des futurs Ligueurs dit, le jour même à Notre-Dame, aux protestants restés hors de l’église : « Vous y entrerez bientôt malgré vous. »
Le massacre était arrêté certainement, que la cour le voulût ou non. Du reste, la reine mère ne refusait nul acte préalable. IjB soir des noces, on fit signer au roi une lettre aux gouverneurs, pour arrêter tout courrier ou tout antre qui passerait les monts auant six jours. Capilupi allirme que celle lettre fut envoyée à tous les gouverneurs, dans toutes les directions. On dut faire croire à Charles IX, à l’amiral
peul-êlre, qu’il était important que D. Juan d’Autriche , l’Espagne, l’année espagnole, qui d’Italie nous mena<;ait, ignorassent le départ de nos troupes pour les Pays-B;is.
Le massacre pouvait-il se faire, sans le roi, malgré lui, ]>ar l’audacc des Guises, appuyé d’un si fort parti? Je dis hardiment oui, on pouvait soulever Paris et tenir le roi dans son Louvre. Coligny avait peu de monde , six cents épées , le reste, des valets.
Mais les Guises n’avaient de chef que ce jeune homme de vingt ans qui avait si peu brillé à la guerre. Le très-prudent cardinal de Ixirraine avait pris le chemin de Rome. La vraie tête des Guises était une femme italienne, Anne d’Estc, la mère d’Henri de Guise, hésitante certainement par instinct maternel.
Parti de feu, tête de glace. Pour suivre son parti et hasarder l’exécution, le jeune Guise voulut un ordre de l’autorité , sinon du roi , au moins du lieutenant du roi, qui était le duc d’Anjou.
Jamais Anjou, jamais sa mère n’auraient pris ce courage. Ce fut Coligny qui le leur donna, en les poussant au désesjioir.
Nos envoyés dans le Levant et autres avaient écrit de longue date que le trône de Pologne allait vaquer. Ouverture vivement saisie de Char-
les IX pour éloigner Anjou. Catherine aussi, pour gagner du temps, fit semblant de le désirer.
Mais, en juillet, voici la vacance de Pologne, voici une ambassade polonaise, voici l’insistance de Coligny qui veut chasser Anjou ou le faire expliquer. La chose est poussée à l’extrême par un mot fort et décisif de l’amiral : « Si Monsieur, qui n’a pas voulu de l’Angleterre par mariage, ne veut pas non plus de la Pologne par élection, décidément qu’il déclare donc qu’il ne veut pas sortir de France. »
Henri d’Anjou était mis en demeure de résister en face à Charles IX, de dire franchement qu’il aimait mieux sa situation d’héritier qu’aucun trône du monde; héritier d’un frère de son âge; héf'itier futur, improbable, d’autant plus menaçant, pouvant être tenté de faire du futur un présent, de se garnir les mains, d’abréger ce frère éternel et de le mettre à Saint-Denis.
Charles IX sentait tout cela. Il pénétrait fort bien ce mignon de Catherine, avec ses airs de femme, bracelets, boucles d’oreille et senteurs italiennes. Un trop juste instinct lui disait qu’en ce cadet, docile, doux et resjiectueux , il avait son danger, sa perte. Et c’était trop vrai en effet.
Dans un récit très-vraisembable , attribué au duc d’Anjou, il dit : « Comme j’entrai im jour
dans la chambre du roi, sans me lien dire il se promena furieusemenl à grands pas , me regardant souvent de travers et metlant la main à sa dague, de façon si animeuse, que je m’attendais à être poignardé. Je fis si dextrement, que , lui se promenant et me tournant le dos , je me retirai vers la porte que j’ouvris, et, avec une courte révérence , je fis ma sortie , qui ne fut quasi aperçue que quand je fus dehors, et toutefois pas assez vite qu’il ne me lançât encore deux ou trois fâcheuses œillades. Je crus l’avoir échappé belle. »
Cette frayeur du fils passa augmentée à la mère. Dans le récit que j’ai cité, le progrès de leur peur est marqué admirablement. Elle alla jusqu’à leur faire faire la démarche qui autrement leur eût été la plus antipathique, une alliance avec les Guises.
Ceux-ci avaient besoin extrêmement de l’assassinat. Pourquoi? Parce que Henri de Guise, ' leur héros, ayant tellement échoué à la guerre, il leur fallait un coup pour se relever.
Le crime fut débattu entre deux femmes. Catherine fit venir la veuve de François de Guise (alors duchesse de Nemours), la mère de Henri de Guise. H n’y eut, avec le duc d’Anjou , que deux témoins , probablement Gondi (Retz) et Birague. On demanda à la veuve de
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Guise si elle ne voulait pas , ayant si belle occasion, exécuter enfin cette vengeance dont elle faisait bruit, qu’elle affichait depuis dix ans.
Mais maintenant que la question était vue de si près, la mère de Henri de Guise eût bien voulu que l’allaire se fît par les hommes du roi, ou d’Henri d’Anjou. Elle proposa un Gascon, épée connue et sûre. On le fit venir et causer. Mais le duc d’Anjou n’eut garde de le prendre. Il insista pour que cette vengeance de famille se fil par la famille, jiar l’homme qu’elle nourrissait exprès, l’assassin patenté, Maurevert. En d’autres termes, sa prudence laissait tout sur le dos des Guises.
Ceux-ci réfléchirenl qu’après tout , ayant à commandement . outre leurs bandes jiersonnelles , cette grosse ville , sa milice de cinquante à soixante mille hommes contre les six cents gentilshommes de Coligny ; ayant, par le duc d’Anjou , lieutenant général du roi , les Suisses royaux , tous catholiques , et la garde royale , ils étaient plus de cent contre un ; que d’ailleurs, très-probablement, il n’y aurait point de bataille. ; que, Coligny tué, tout se disperserait.
Donc ils prirent tout sur eux : ils fournirent l’assassin ; ils fournirent le logis d’où l’on devait
tirer ; ils foiirnirenl le cheval qui devait sauver l’assassin. L’intendant de Guise, Chailly, alla chercher Maurevert et le logea chez le chanoine Villemur, ex-j)récepteur de Guise, au cloître Saint-Germain-l’Auxerrois. Ce fut des écuries des Gui ses qu’on tira un cheval d’Es[)agiie, qui, sellé, bridé, attendit dans l’arrièrc-cour, près de la |K)i*te de derrière. Trois jours durant, derrière un treillis de fenêtre masqué de vieux drapeaux, se tint patiemment l’assassin, l’arquebuse chaigée de balles de enivre, appuyée et couchant en joue.
Cependant les noces de Navarre et de Condé, qu’on maria aussi , continuaient. Des bals , des farces plus ou moins indécentes, remplissaient toutes les nuits, et le jour on dormait ; toute affaire ajournée, le roi perdu dans les amusements avec sa furie ordinaire ; protestants, catholiques, tout mêlé et dansant ensemble. Cependant, dans ces fêtes folles, on distingue fort bien la malice du duc d’Anjou et sa griffe de chat. C’est lui, sa mère, les Italiens, qui, sans nul doute, se donnèrent le plaisir de ridiculiser le jeune paysan béarnais, d’en faire un sot devant sa femme, de faire jouer aux dujies même une comédie du futur crime, de rire avant d’assassiner.
Ce fut, en mascarade, le Mystère des trois
momies, comme on le lil jadis à Florence au |)onl de l’Arno. Au |)aradis, rempli de nymphes, voulaient entrer des chevaliers (Coudé, Navarre) ; mais il était gardé par d’autres chevaliers, par le roi et ses frères qui rompaient la pique avec eux et finissaient par les traîner du côté de l’enfer, où les diables les enfermaient. Cependant les vain- (jueurs allèrent chercher des nymphes et dansèrent avec elles toute une grande heure, longueur imj)ertinente, ennuyeuse pour les vaincus. Navarre dut rester en enfer pendant qu’on fit danser sa femme. Le combat reprit ensuite , (^t des traînées de poudre qui éclatèrent de tous côtés, remplissant le palais de fumée, d’cxleur sulfureuse, mirent en fuite toute l’assistance.
Damnés, vaincus et ridicules, ce fut le sort des deux maiis. Le jour suivant, on les fit Turcs, c’est-à-dire vaincus encore ; les Turcs venaient de l’ètre à la bataille de Lépaute. Dans un tournoi en mascarade, lè roi de Navarre, avec les siens, parurent vêtus en Turcs, avec des turbans verts. Ces Tu rcs de carnaval furent battus par deux femmes, deux amazones, qui n’étaient autres que le roi et sou frère.
La Majesté royale en jupe courte I Sjiectacle honteux, baroque î Mais plus choquant encore était Anjou, impudique figure qui se complai-
sait dans ce rôle et dans sa grâce infâme, couvrant de honteuses folies les apprêts de l’assassinat (jeudi 21 août 1572).