‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 15 sur 71 · LA "JONCTION,, DU GLACIER DES BOSSONS BT QU GLACIER DE TAÇONNAZ · texte numérisé non relu

LA "JONCTION,, DU GLACIER DES BOSSONS BT QU GLACIER DE TAÇONNAZ

(’IIAMONl \ ET LE MONT-BLANC

Balmat \ Dix ans plus tard, Chamonix fut encore mis en vedette par les études du professeur J. D. Forbes, sur le mouvement des glaciers, et surtout par la carte de la Mer de Glace, intercalée dans son ouvrage, carte qui donna pour la première fois, au public, un dessin intelligent du glacier si connu, et de ses tributaires 1 2.

Les expériences du professeur Forbes eurent lieu en 1842, entre le Montanvert et le Tacul ; « son aide unique fut un guide de Chamonix, très intelligent et de grande valeur, nommé Auguste Balmat, »

un homme exceptionnel, bon montagnard, guide excellent, dont le caractère admirable se pliait à tout.

Il était également capable d’escorter l’impératrice Eugénie, à travers la mer de Glace, et d’escalader les grandes Alpes. Son apparence ne l’aurait jamais fait prendre pour un paysan des Alpes. On aurait plutôt imaginé qu’il était docteur, avoué ou diplomate. 11 devint le guide favori de M. Alfred (maintenant M. le juge) Wills, et mourut dans ses bras. C’est Auguste Balmat, qui conduisit le futur magistrat au sommet du Wetterhorn.

Mais avant l’émouvant épisode de la mort de Balmat, M. Albert Smith, un littérateur énergique, conçut une idée qui attira l’attention sur Chamonix et le Mont Blanc ; il pensa qu’une ascension au Mont Blanc, représentée par des vues dioramiques, serait un spectacle excessivement populaire, et il ne se trompa pas. Son invention eut un tel succès, que sans doute elle serait toujours courue, s’il vivait encore. Jusqu’à ce moment l’escalade du Mont Blanc était, considérée comme une besogne très importante. Les hommes faisaient communément leur testament avant d’y aller et écrivaient de graves récits sur les dangers de l’entreprise, quand ils en redescendaient. Albert Smith trouva un nouveau régime. Entre ses mains, toute la chose n’était qu’une farce, un sport facile. Il s’égaya de ses difficultés, se moqua des personnages baroques qu’il rencontra et se mit à rire à propos du moindre incident. D’après le compte rendu qu’il a donné lui-même, il semble qu’il fut obsédé par l’envie d’aller au Mont Blanc, dès son jeune âge.

1 Dumas visita Chamonix en 1832. AI. Venance Payot, fils de Pierre Payot, qui fut le guide du romancier, me dit que la fameuse interview avec Balmat eut lieu au petit Hôtel de la Couronne, au coin de la place de l’Eglise.

2 Cette carte resta vingt ans, la seule exacte d’une portion quelconque de la chaîne, et n’est pas encore remplacée. La ligne de base de 2,992 pieds (911m94) de longueur qui servit à en établir l’échelle fut mesurée sur la route de Chamonix à Argent! ère, entre les hameaux des Praz et des Tines.

CHAMONIX HT LE MONT-BLANC

Quand il eut dix ans, il avait un petit livre, acheté au bazar de Soho, appelé Peasents of Chamonix , qui racontait l’histoire de la tentative que le docteur Hamel avait fait pour parvenir au sommet du Mont Blanc, en 1820. A cette occasion, trois vies se perdirent au milieu de la neige fraîche. Ce petit livre fade, publié pour la joie des enfants, impressionna profondément Albert Smith. « Je ne crois pas, » dit-il, « que le Pilgrim's Progress fut plus en faveur auprès de ma jeune personne. » Il s’amusa à reproduire un petit panorama animé, des horreurs du Mont Blanc. « Dans mon enthousiasme, je peignis ceux-ci avec une telle exagération, que ma petite

ALBERT SMITIl

sœur, qui composait mon unique, mais admirable auditoire, devenait pâle de terreur. »

En 1838, quand il eut vingt-deux ans, Albert Smith, alla à Chamonix ; peu après son retour, il pensa qu’il pourrait faire une grande conférence sur les Alpes. « Je copiai, » raconte-t-il, «toutes mes images à une assez grande échelle, environ trois pieds de haut, avec des lumières et des ombres si audacieuses, et de tels effets de coucher de soleil, qu’en les regardant plus tard, je frémis de ma témérité. Fabriquant alors, avec un charpentier, un mécanisme très simple, pour les faire rouler, je fis une conférence, qui dans la ville (Chertsey) fut regardée comme un coup de maître...

Pendant deux ou trois ans, ayant mes Alpes dans une boîte, j’allai dans diverses institutions littéraires. Je me rappelle avec

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plaisir ces premiers efforts d’un exposant et me souviens comment mon frère et moi, nous conduisions notre cabriolet à traveis le pays, avec le Mont Blanc sur le siège de derrière. » En 1851, Smith contenta son désir longtemps caressé, il parvint enfin au sommet du Mont Blanc. Neuf mois après, le littérateur produisit ai the Egy'ptian Hall , Piccadilly, un spectacle représentant son ascension ; elle « saisit le monde comme un ouragan » et devint l’exposition la plus populaire qui se fut jamais vue. L’effet eut un résultat immédiat.

Tandis qu’en soixante-quatre ans, de 1786 à la fin de 1850, il n’y avait eu que cinquante-sept ascensions au Mont Blanc, dans les années 1852 à 58, soixante- quatre ascensions eurent lieu. Avant 1851 (l’année d’Albert Smith) souvent, plusieurs saisons se succédaient sans qu’on touchât le sommet ; depuis 1851, il ne s’est pas passé d’année sans qu’on ait fait une ou plusieurs ascensions. Cette importance que prit Chamonix, provint en partie, de l’extension des voies ferrées, qui rendaient la bourgade plus accessible, mais il faut rendre justice à Albert Smith et reconnaître que son influence s’étendit bien au delà de Chamonix et du Mont Blanc. Beaucoup de personnes font dater leur première envie de voir les Alpes de l’époque où elles entendirent cet habile conférencier, où elles virent ce génial exposant 1; parmi elles, je crois qu’on peut placer quelques-uns des touristes qui effectuèrent la première ascension du Mont Blanc sans guides. Cette première ascension, via Saint (Servais, fut accomplie par une caravane d’Anglais. Deux de ses membres, Hudson et Kennedy, publièrent en 1856 un livre donnant la description de leur course ; l’ouvrage s’intitula Wlnere there's a Will there's a Way, an ascent of Mont Blanc , by a new route , and without guides. Les alpinistes partirent le 13 août, emmenant six porteurs et trois chasseurs. Les porteurs furent renvoyés quand on atteignit quelques cabanes situées à l’Aiguille du Goûter, qui dataient de 1853-54, des chasseurs accompagnant Bourrit 2 les avaient construites. Du Dôme du Goûter, la caravane d’Hudson et de Kennedy descendit sur le Grand Plateau encore escortée par des chasseurs : Cuidet et Hoste ; le premier indiquait la route du Corridor 3, mais le reste de l’ascension et la descente sur Chamonix par le Corridor, les Grands Mulets et Pierre Pointue, eut lieu sans guides. Quoique ceci fut appelé une nouvelle route, aucune de ses parties n’était neuve. Le Dôme du Goûter, ainsi qu’on l’a déjà vu (p. 18), avait été atteint du côté de Chamonix par Jacques Balmat et ses associés en 1786.

1 La note de vin d’Albert Smith a étonné et instruit plus d’une génération de touristes. Il prit cent trois bouteilles de vin et d’autres liquides, et dut payer cinquante francs le plaisir de jeter ses bouteilles. Le vin ordinaire paraît avoir coûté un franc la bouteille, à cette époque, et les grosses volailles 2 fr. 75 pièce. Les prix ont monté depuis !

2 Voyez page 18.

3 < Les deux chasseurs restants, Cuidet et Hoste, nous accompagnèrent pendant quelques cents mètres en bas de la pente douce qui mène au Grand-Plateau, et alors nous fîmes halte. Cuidet montra deux larges crevasses à l’extrémité supérieure du Plateau, nous disant que le chemin de Chamonix était entre elles. Cette indication fut utile. » Whrro there’s a Will, thcre’s a Way, p. 48.

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

Le récit de la course n’explique pas clairement pourquoi cette route originale fut suivie, mais d’après les remarques, il semble que la caravane partit avec le désir, sinon l’intention de faire une ascension par la route des « Bosses », et qu’en arrivant au pied de la Bosse inférieure, à peu près à l’endroit actuellement occupé par l’observatoire Vallot, ses membres trouvèrent l’arête des Bosses trop difficile. La caravane prêta une attention spéciale à la Bosse du Dromadaire, la conviction unanime fut qu’aucun obstacle n’empêcherait d’atteindre le sommet par ce côté. « Nous n’essayâmes pas la Bosse du Dromadaire ce jour-là, parce qu’un vent du nord très froid soufflait violemment et nous aurions été exposés à son effet glacial, pendant plus de deux heures... De plus, quelques-uns des nôtres étant obligés de rentrer en Angleterre dans peu de jours, nous ne voulûmes pas mettre en danger le succès de leur dernière tentative, en essayant un chemin qui aurait pu se terminer par une déception. » Quand ils fuient sur l’arête du sommet, deux touristes allèrent à la pointe occidentale pour mieux voir les Bosses, « et comme leur regard les explora rapidement, ils ne purent rien discerner empêchant l’ascension du Mont Blanc, par cette route. »

La première ascension du Mont Blanc, qu’on connaisse par l’arête des Bosses fut exécutée par le Rev. Charles Hudson, avec les guides Melchior Anderegg, F. Couttet et d’autres, en 1859. Depuis lors, cette route a conquis de plus en plus l’estime générale : à présent elle est peut-être plus fréquentée que celle du Corridor. L’opinion publique, dans le cours du dernier siècle, s’est déclarée en faveur du chemin primitivement proposé, et que Jacques Balmat et ses associés essayèrent de suivre en 1786. La visite que Napoléon III fit en 1866, après l’annexion de la Savoie, eut beaucoup d’importance pour l’avenir de la Vallée. Elle réunit le plus grand concours de gens qui ait jamais été vu à Chamonix, avant ou après, et amena la construction de la belle route du Fayet, via Châtelard et les Montées, qui remplaça la vieille et mauvaise route par Servoz. L’accès devenant ainsi plus facile, le résultat naturel se produisit. Quoiqu’à cette époque, il devint visible pour les Chamoniards (cela se voyait depuis longtemps déjà), que le Mont Blanc était une mine d’or pour la Vallée \ ils ne parurent pas s’apercevoir qu’il y avait d’autres mines dans la chaîne, d’une nature analogue, et qui pourraient un jour, devenir aussi lucratives. En dehors de l’expérience acquise en cherchant du cristal et en chassant les chamois, les villageois avaient peu de pratique des hautes régions, sauf celle qu’il était possible d’avoir en passant le Col du Géant ou en faisant l’ascension du Buet et du Mont Blanc. C’est grâce à cette circonstance

1 Le capitaine, M. Sherwill, certifie que de Saussure paya ses guides pendant l’ascension du Mont-Blanc six francs par jour. Sherwill semble avoir obtenu cette information d’un des Couttet qui accompagna le professeur.

En 1820, le prix d’un guide pour le Mont-Blanc était de 48 fr. M. Jackson, dans le récit de son ascension, faite le 4 septembre 1823, raconte que les guides étaient payés 00 fr. chacun. « A mon retour », dit-il, « je leur fis cadeau d’une pièce additionnelle de ü fr. dont ils furent enchantés. »

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que jusqu’en 1860, peu de sommets secondaires 1, et aucun des hauts pics du massif du Mont Blanc n’avaient été escaladés ; aucun des passages à travers la chaîne principale n’était connu sauf les Cols du Géant, du Miage et du Tour2. L’exploration des parties peu connues de la chaîne fut faite en majeure partie grâce à l’audace et à la curiosité des étrangers.

En 1861, M. Stephen Winkworth passa, le premier, le Col d’Argentière ; en 1863 MM. Buxton, George et Macdonald, découvrirent le Col de la Tour Noire, MM. Brandram et Reilly trouvèrent le Col du Chardonnet. Cette dernière course fut faite pour relever la carte du Mont Blanc, que M. Reilly s’était engagé à tracer. La publication de cette carte donna une impulsion aux explorations dans la chaîne du Mont Blanc. Les deux extrémités du massif avaient été peu visitées ; pour lever les plans, il fallait de nombreuses courses. M. Reilly m’invita à me joindre à lui, et le 8 juillet 1864, nous traversâmes le Col du Triolet, le 9 nous escaladâmes le Mont Dolent, le 12 l’Aiguille de Trélatête, le 15 l’Aiguille d’Argentière 3. Le choix de ces points était complètement déterminé par des considérations topographiques, le but était d’atteindre les hautes positions dominant les parties les moins connues de la chaîne.

L’année suivante, je m’occupai de quelques-uns des pics les plus élevés, et je cherchai un passage à travers le massif central, capable de rivaliser ou de remplacer le Col du Géant. Le 24 juin 1865, je fis les Grandes Jorasses, le 26 juin, je traversai le Col Dolent, le 29 juin, j’atteignis le faîte de l’Aiguille Verte, et le 3 juillet, je passai le Col du Talèfre 4. Le 28 juillet de la même année, mes amis, MM. Buxton, Grove et Macdonald conquérirent l’Aiguille de Bionnassa.y, et M. Fowler, le 20 septembre, escalada l’Aiguille du Chardonnet. Les pics inférieurs ont tous été vaincus depuis lors. Les derniers qui cédèrent furent l’Aiguille du Dru (12 septembre 1878), l’Aiguille du Géant (29 juillet 1882), l’Aiguille Blanche de Péteret (31 juillet 1885).

Quelques-unes de ces courses sont devenues populaires, mais aucune d’elles ne rivalise sous] ce rapport avec le giand. Mont

1 L’Aiguille du Midi fut conquise en août 1856 par Alexandre Devouassoux et Ambroise Simond (guides) et par Jean Simond, un garçon de 17 ans (porteur), tous trois employés par le comte Fernand de Bouille. A 24 mètres sous le sommet, le comte et le reste de sa caravane furent laissés derrière pendant que les trois hommes montaient. Ils demeurèrent une heure absents et à leur retour refusèrent catégoriquement de conduire M. de Bouillé au sommet. Devouassoux, entre autres choses, dit : « Monsieur le comte, votre drapeau flotte à la cime, l’ascension est faite, mais pour toutes les richesses du monde, je n’v retournerai plus. » Simond ajouta : « Il n’y a aucun de vous capable d’aller là-liaut sans y laisser sa vie ; mon esprit ira peut-être après ma mort, mais mon corps jamais. La besogne est faite, personne ne m’obligera d’y retourner. > (Les Fastes du Mont-Blanc, par Stephen d’Arve, Genève 1876). Ce fut dur pour le comte qui avait pris à cette occasion huit guides ou porteurs et un mineur, et qui avait fait plusieurs autres tentatives pour escalader l’Aiguille.

2 Le passage du Col du Géant est probablement le premier qui fut effectué à travers la principale chaîne du Mont-Blanc.

3 Voyez Scrambles amongst the Alps, chapitre XI.

* Scrambles amongst the Alps, chapitres XVI-XIX.

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Blanc, la grande Montagne Blanche. Le temps augmente sa renommée, chaque année des foules croissantes font des pèlerinages au sommet, attirées par la majesté frappante du panorama, l’intérêt de sa tradition, par son élévation supérieure à celle des autres Alpes.

Table des ascensions, destinée a montrer combien de

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