BLAIR’ S HOSPITAL UTILE DULCE
Un peu plus tard, une petite maison en pierre, n’ayant qu’un appartement, fut construite aux frais de M. Desportes, le résident français à Genève. Il y avait une petite plaque de marbre noir au-dessus de la porte, avec l’inscription : « A la Nature ». Lors de ma première visite à Chamonix, ceci était le seul édifice, mais bientôt un abri plus spacieux fut érigé par la commune de Chamonix, et on le loua au tenancier actuel, David Couttet, ainsi que le pâturage, pour la somme considérable de 1,400 francs. Travels amongst the Alps of Savoy, by James D. Forbes, F. R. S., Edinburgh 1843.
CHAMONIX. ET LE MONT-BLANC
pâturages que l’on y trouve, leur verdure contraste admirablement avec les horreurs de la vallée glaciaire. » M. C. Durier adopte une idée tout à fait différente h
La physionomie de la Mer de Glace , vue du Montanvert, doit être connue de tout le monde grâce aux photographies, aux dessins qu’on en a fait. La position occupée par l’Hôtel est une des meilleures que l’on puisse choisir pour contempler ce fameux glacier, et le coup d’œil offert des fenêtres supérieures par un beau clair de lune est réellement admirable. La plus grande partie du glacier est dans un flou léger, seules les crêtes des vagues de glace brillent et étincellent, il est donc facile de s’imaginer qu’on est devant une mer gelée. L’hôtel appartient à la commune et la location en est adjugée aux enchères. Le locataire est obligé de maintenir en bon état le chemin traversant la Mer de Glace et les sentiers autour des moraines, il doit employer un cantonnier à cet usage. Il a le droit de faire pâturer gratis un certain nombre de bêtes, et ne doit dans aucun cas, vernir son mobilier ! L’eau dont on se sert à l’hôtel est très bonne. Elle est amenée par des tuyaux de plomb, d’une source située un peu au dessus, « Les Ponts ».
Le vieux Montanvert 1 2 se trouve tout près de l’hôtel actuel (voir l’illustration de la page 95). Un temple dédié « A la Nature» est situé derrière.
La vue des fenêtres de l’hôtel embrasse la portion du glacier rendue classique par les travaux de Forbes et de Tyndall. En 1842, le Principal J. D. Forbes commença son étude sur le mouvement des glaciers et inaugura la méthode pour mesurer, par le moyen d’un théodolite, les mouvements de la surface de la glace.
Il en détermina la rapidité dans divers emplacements, au milieu et sur les côtés ; il découvrit que ces mouvements ne cessaient ni jour, ni nuit, et vit que la partie supérieure du glacier (la partie qui alimente le glacier de Léchaud), avait des mouvements plus lents, et que la partie basse allait beaucoup plus vite que les bords.
Les études de Forbes furent continuées par le Dr John Tyndall en 1857 et continuèrent jusqu’au 28-29 décembre 1859, par la mensuration des mouve-
1 Voyez son Mont-Blanc, chapitre IX.
2 Cette pauvre petite construction a reçu des visiteurs éminents, y compris l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie.
CHAMONIX ET LE MONT-BLANC
inents hivernaux du glacier, du côté opposé au Montanvert. En comparant les résultats obtenus par eux et par d’autres, Tyndall déclare : « La preuve que le milieu coule plus rapidement est
due un peu à Rendu, mais surtout à Agassiz et à Forbes ; la preuve que les bords vont moins vite est due à Forbes seul, tandis que la découverte du point de maximum du mouvement m’appartient, je pense. » Les « Travels through the Alps of Savoy » de Forbes, et les « Glaciers of the Alps » de Tyndall seront intéressants à lire pendant un séjour à l’hôtel.
Pour les excursions à faire dans la partie supérieure de la Mer de Glace, ou dans les bassins de ses tributaires, les glaciers de Talèfre, de Léchaux et du Géant, prenez le chemin qui passe par le « Vieux » Montanvert. Ce chemin s’élève d’abord et, en quelques minutes, on arrive aux « Ponts », série d’escaliers, coupés sur une paroi rocheuse très inclinée, et considérablement élevée au-dessus du glacier.
Des mains courantes en fer sont fixées. Le sentier descend alors sur la moraine latérale de la rive gauche, qui est suivie pendant quelque temps. Plusieurs rochers ne tiennent guère et il faudra faire attention. Le sentier, de ce point à la partie supérieure du glacier, est tracé sur la carte. On peut revenir au Montanvert par le centre du glacier et s’exercer en taillant et en contournant la glace crevassée, mais en général, les touristes reviennent par « Les Ponts ».
L’Aiguille du Dru, 3.755 mètres, sur le côté opposé de la^Mer de Glace, est incomparablement l’objet le plus frappant que l’on puisse contempler du Montanvert et c’est de là qu’on peut en avoir les plus beaux aperçus. L’aiguille est imposante de deux façons : elle 'paraît être le point culminant de Vautre massif de montagnes, tandis qu’en réalité elle n’est qu’un pinacle sur une des arêtes de l’Aiguille Verte (voyez les gravures des pages 112 et 129).
Le véritable sommet du Dru ne peut être aperçu de l’hôtel.
En se tournant vers le fond de la Mer de Glace, les cimes les plus élevées de l’hémicycle sont : les Grandes Jorasses, 4.206 mètres, la plus haute montagne du massif après le Mont Blanc lui -même, sur la gauche; le Mont Mallet, 3.988 mètres; vers le centre, le Pic du Tacul, en avant, 3.438 mètres et l’Aiguille du Géant, 4.013 mètres, à droite.