INTRODUCTION AU TRAITÉ
\. — Après trois journées de chemin, voici que nous appro» choDs du terme de notre voyage, et ce terme de la vie clirétienne est la charité parfaite. L'éloignement des obstacles dont nous parlons dans le deuxième traité, les vertus morales parfaites qui font le sujet du troisième traité, les moyens propres à éloiguer les obstacles et à faire pénétrer les vertus dans l'âme dont nous nous occupons longuement dans le premier traité, sont les voies qui conduisent à l'heureux terme du divin amour. Ayant donc, grâces au ciel, terminé ces trois traités qui sont comme les trois routes du voyage que nous faisons, nous voici arrivés enfin à parler de la charité parfaite qui est le but de la perfection chrétienne et en constitue intégralement Tessence et la substance. C'est en effet, par la charité que nous nous unissons pleinement à Dieu notre dernière fin et notre parfaite béatitude, c'est elle qui fait paisiblement reposer notre esprit dans Dieu .»mme dans sa sphère et l'y fixe comme dans sod centre.
2. — Mais comme la perfection du chrétien consiste aussi en quelque sorte dans les vieux vertus de foi et d'espérance et qu'elles nous unissent pareillement à Dieu d'une manière immédiate par le concours de l'inteUigence et de U
volonté, en nous y faisant voir notre fin suprême, bien qu'ellei agissent différemment, ces deux vertus sont inséparablement unies à la charité. On ne peut pas, eu efiet, aimer Dieu sans l'avoir «ionnu par la foi comme pariaitement bon, et sans a'itendre de lui les secours nécessaires pour l'aimer. ïl est donc juste que nous traitions en même temps de ces deux vertus, et cela avec d'autant plus de raison qu'elles portent le nom de vertus théologales aussi bien que la charité, et qu'elles ont Dieu pour objet immédiat de leurs actes, ce qui ne convient à aucune des vertus morales.
3. — Ainsi donc, après avoir exposé dans les traités précédents ce qui se réfère à la perfection instrumentale du chrétien, nous allons parler dans le présent traité de la perfection essentielle ; laquelle, comme nous avons eu l'occasion de le répéter tant de fois avec le Docteur angélique, consiste principalement dans la charité envers Dieu et secondairement dans la charité envers le prochain. Et puisque encore la foi et l'espérance appartiennent eu quelque sens, comme je l'ai dit plus haut, à la jHibstauce de notre perfection, no as débuterons par une disser- ^atiou spéculative et pratique sur vàs (ieux vertus.