CHAPITRE I
BN QUOI CONSISTE lA VERTU TUËOLOOA.LK OB LA fftil*
4. — L'Apôtre des nations nous a tracé un beau portrait de la foi théologale, et si nous le considérons avec les yeux de Tesprit nous ne pouvons jamais faillir dans nos appréciations de cette vertu. Fides est, nous dit-il, sperandarum substantia rerum, argumentum non apparentium. {Ad Hebrœos M, 1). Le Docteur angélique reconnaît toutes les parties essentielles de la vertu de foi dans cette belle et exacte définition. Par ces paroles U foi est la substance des choses que nous attendons, dit le Saint,
nous devons cnlendre (luc li foi osl le priucii>e de noire espé^ raïuo, iKirct' que de celte verlu tire son origine lu possession des biens infinis auxquels nous aspirons. Il est eu eûfet manifeste qu'on ne peut espérer un bien si ou n'y croit pas et qu'on ne l'obtient que quand on l'espère. Diciiur fides esse substanW rerum sperandarum : Quia scilkct prima inc/ioatio rerum spt randarum in nobis est per assensum fidei, quœ virtiite contint omnes res sperandas. (2. 2. Quœst. 4. art. 1. in corp. 1). Par ceC autres paroles que la foi est la preuve des choses qu'on ne voij pae, ou doit entendre, dit le même saint Docteur, l'assentiment ferme par lequel la foi appuyée sur l'autorité infaillible de la parole divine s'attache aux vérités qu'elle ne voit pas. Ipsa finna adhœsio intellectus ad vcritatem fidei non apparentent vocatur hic argumentum. Unde alia littera habet, convictio, quia scilicet per auctoritatem divinam intellecins credentis convincitur ad assentiendum. his quœ non videt. C'est ainsi que saint Thomas interprète la définitiou que saint Augustin donne de la foi en disant : Fides est virtus qua creduntur qucB non videntur. {Tract. 40. in Joan). Il en est de même pour celle qu'en donne saint Jean Damascène (Lib. iv. cap. 12) : Fides est non inquisitivus consensus. Toutes les autres définitions données par les docteurs pour expliquer la substance de cette noble vertu, reatrent dans celle de saint Thomas. Quant à nous, puisque nous devons nous accommoder à l'intelUgence de toutes les personnes qui liront ces pages, nous résumerons toutes ces définitions en termes plus clairs et les plus aisés à comprendre qu'il nous sera possible. C'est pourquoi nous disons : « La foi surnaturelle a et divine est une vertu théologale, qui élève notre âme à la c croyance très-ferme de tout ce que Dieu nous a révélé, et a qui nous fait croire tout cela par le seul motif de cette « révélation, parce que Dieu est infiniment sage et souveraine- « ment iniaillible. » Examinons à présent l'une après l'autre et avec attention chacune des paroles de cette définition, afin que l'esprit, même le moins cultivé, soit capable de comprendre l'essence d'une vertu si nécessaire pour mériter la qualité de chrétien.
5. — Nous avons dit que la foi est une vertu théologale, parce qu'en parlant de cette foi qui est permanente et fixée dans notre âme, soit durant le sommeil, soit pendant la veille, elle «st une habitude loi use dont Dieu nous accorde la faveur simul-
tanément avec la grâce sanctifiante; elle ne »e perd jamais, moins qu'on ne commette une prévarication contraire à cette même foi. Celle-ci étant donc une habitude permanente qui dispose l'àme aux actes d'une ferme croyance, on doit avec justice lui donner le nom de vertu. Nous avons dit qu'elle est une vertu théologale, parce que les actes de foi que l'on produit par cette habitude ont Dieu pour objet immédiat et ses attributs de sagesse et de véracité qui nous déterminent et nous portent à rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû, comme étant la première et infaillible vérité.
6. — J'ai dit que cette vertu élève notre âme à la croyance djes vérités révélées, parce que nous ne saurions, malgré tous les efforts de notre libre arbitre, nous rendre capables de faire un acte de foi divine, mais qu'il nous faut absolument des secours surnaturels, par lesquels la grâce de Dieu illuminant notre âme, inclinant notre volonté , puisse les exciter à un acte si tort audessus de leur puissance naturelle. Cela est tellement vrai que les Pélagieus s'étant estimés capables de s'élever par les seules forces de la natiu'e à x\n commencement de foi, ou du moins, à certains efforts ou désirs, qui par eux-mêmes pourraient rendre l'homme digne de parvenir à une foi parfaite, leur opinion fut rejetée par les SS. Pères , et notamment par saint Augustin {De Prœdest. cap. 1], s'appnyantsur les paroles de saint Paul : Profecto non sumus idonei credere aliquid a no bis , quasi ex nobis ; sed sufflcientia nostra, qua credere incipimits, ex Deoest. Nous ne sommes certamemeut pas capables, dit le saint Docteur, de croire quelque chose par nous-mêmes , mais notre capacité par laquelle nous commençons à croire nous vient de Dieu. Finalement, l'opinion des Pélagiens fut condamnée comme hérétique par plusieurs Conciles, et spécialement par ceux d'Orange et de Trente.
7. — J'ai dit que cette vertu de foi élève notre esprit à la croyance de tout ce que Dieu a révélé. Arrêtons-nous un peu sur ce point , et pour bien comprendre ce que je dis et ce que je dirai ci-ai)rès, distinguons avec les tliéologiens les preuves de crédibilité des motifs mêmes de la foi. Les preuves ou argument! de la crédibilité , sont certaines raisons qui démontrent avec une évidence morale que les dogmes de la sainte Église, qu'où nous propose de croire, sont révélés de Dieu, et que conséqucmueut ou doit y accorder toute croyance. Mais ces raisons ne
êuflîsent pas pour faire un acte de loi, parce que je puis bien être, par exemple, convaincu cpie certaines vérités ont été révélées de Dieu, mais ensuite aveuglé par mes passions, je puis aussi l>ieu ue pas y croire, comme cela arrive tant de fois aux hérétiques qui sont convaincus de la vérité de quelque dogme catholique , mais qui soit par intérêt, soit par orgueil, soit en considération de quelque avantage personnel, n'y attachent paf leur croyance. Ainsi donc , quand je veux croire actuellemeri et faire un acte de foi théologale pour adhérer aux vérités catholiques, qu'indépendamment des preuves susdites, j'ai recoimu dignes de ma croyance, j'ai besoin de tirer cette conviction des motifs qui sont propres à la vertu de foi , comme je vais le prouver en peu de mots.
8. — Je veux pourtant d'abord exposer les preuves ou arguments qui nous montrent, comme révélées de Dieu, les vérités que nous propose la sainte Église, et qui nous en démontrent évidemment la crédibilité. Ces preuves sont au nombre de sept, et leur symbole figuratif se trouve dans les sept sceaux dont saint Jean fait mention dans son Apocalypse {Ca)3. 5). La première preuve se tire des prophéties. Pour prévoir les choses futures qui dépendent de la volonté de Dieu et de celle des hommes, pour les prédire plusieurs années avant leur réalisation, il ne faut rien moins qu'une puissance divine. Eh! bien, nous trouvons dans les saintes Écritures, prévus et prédits par les prophètes, les événements de la vie et de la passion du Rédempteur, jusqu'à leurs circonstances les plus intimes et les plus minutieuses. Ce lut donc Dieu qui les leur manifesta, et c'est par leur bouche qu'il daigna parler quand ils prophétisaient. Mais, s'il est prouvé que Dieu a parlé, il faut bien convenir aussi , que la foi pour laquelle il a voulu ainsi s'exprimer est solidement fondée sur la vérité. La deuxième preuve se tire de la sainteté de la loi chrétienne dans les préceptes qu'elle impose, dans les moyens qu'elle prescrit pour les accomplir, et parles saints et salutaires efî'ets qu'elle produit dans ceux qui l'observent. Comme Dieu est la source d'où découle toute sainteté, il ne peut résulter de lui qu'une loi, qui, de toutes parts, ne respire que la justice et la sainteté. Il suffirait d'un seul Saint dont on étudierait la vie pour se convaincre combien sont saintes la foi et la loi dont il a fait profession. Quelle preuve puissante sortira donc de l'examen que l'on lera
de la vie de tant de Saints, quelque rigoureux qu'on le suppose, en faveur de l'observation de cette loi et de la croyance catholique ? La troisième preuve se prend de la science et de la sagesse éminentes que l'on admire dans les docteurs de la sainte Église, qui ont trouvé les dogmes catholiques d'autant plus solidement fondés, qu'ils en ont sondé avec plus de profondeur les buses. C'est bien le contraire des autres sectes religieuses, dont les fondateurs étaient d'autant moins croyants , qu'ils en connaissaient la fausseté, et qui les ont propagées dans des intentions humaines et des fins perverses.
9. — La quatrième preuve se puise dans la propagation merveilleuse de la foi chrétienne, qui ne pouvait s'établir qu'en ruinant l'idolâtrie si grandement répandue et enracinée dans toutes les parties du monde, et qu'en fondant une croyance si contraire aux penchants déréglés des sens , si opposée aux instincts de la nature corrompue. Et ce qui prouve encore plus évidemment l'œuvre du bras de Dieu , c'est que cette doctrine a été promulguée par de pauvres pêcheurs, ignorants, hais et persécutés de tout le monde, malgré les contradictions des philosophes , la répugnance des hommes d'état , et la guerre implacable que leur faisaient tous les souverains. Le cinquième argument se tire des miracles que Dieu seul peut faire. Or, il s'en est o})éré d'innombrables en tout temps et en tout lieu, par des personnes vertueuses et irréprochables , en témoignage de la samteté de notre foi. On ne peut donc s'empêcher de reconnaître qu'ils furent de grands amis de Dieu , ces hommes dont Dieu s'est servi tant de fois pour déroger aux lois les plus inviolables de la nature, et que cette foi émanait bien certainement de Dieu en faveur de laquelle s'opéraient des prodiges si étonnants. Sixième preuve : Les martyrs dont le nombre est incalculable , et parmi eux tant de personnages illustres par leur naissance et par leur dignité, dans l'âge tendre, dans la vieillesse, dans le sexe faible , dans les personnes d'un tempérament délicat et élevées au sein de la mollesse. Mais ce qui ajoute encore une nouvelle force à cette preuve , ce sont et l'allégresse avec laquelle ces martyrs supportaient les plus (flroyables tortures, et les sentiments d'un vif amour pour Dieu et pour le prochain qui les leur faisaient endurer. Nouvelle preuve encore ajoutée aux premières et plus puissante qu'elles, ce sont les prodiges qui ont éclaté dans l^ur martyre, et l'on a
▼\i de ccsh(^ros chrétiens jetés dans des fonrnaises ardentes j^ dims des chaudières d'huile bouillante et de poix fondue rester impassibles dans ces ardeurs d'un feu dévorant. Ou en a vu , qui , exposés dans les arènes pour y être dévorés par les bêtes féroces, ne recevoir aucune morsure et sortir intacts de leurs grifîes. Mais ce qui donne un plus grand éclat à ces miracles, c'est de voir que des tourments si atroces^ au lieu d'effrayer les idolâtres et les éloigner de la foi chrétienne, les déterminaient au contraire bien souvent à l'embrasser, au prix de 1 ur sang et de leur vie. Le septième argument se tire de la durée constante de cette foi, qui, au milieu de si nombreuses attaques de ses ennemis du dehors , et de ses déserteurs dans son propre sein , ne s'est aucunement ébranlée et n'a subi aucune altération. Au milieu de tant de contradictions, de tant de chocs, de tant de fluctuations , cette foi est toujours restée la même dans ses dogmes , dans ses lois, dans ses rites. C'est \"e propre des choses humaines d'allertoujours en déclinant. Les empires périssent, les monarchies s'écroulent, les états sont sous le coup d'une décadence et tombent par la suite des temps. Les fausses sectes à leur tour, les hérésies disparaissent insensiblement, elles perdent leur croyance , elles perdent leurs sectateurs , et il ne reste d'elles que le souvenir néfaste de leurs abominables erreurs. C'est ainsi que le paganisme lui-même, qui s'asseyait triomphant sur les trônes des rois, des empereurs, des monarques, a aujourd'hui complètement disparu. Il n'en est pas ainsi de la. religion chrétienne, qui après tant de siècles, est toujours la même et telle qu'on la vit dans son berceau, et cette constante immutabilité démontre qu'elle est l'œuvre d'un Dieu immuable , et qui ne co nait point de changement.
40. — Tous ces arguments sont si clairs et si évidents, qu'un seul pourrait convaincre l'intelligence la plus rebelle, et forcer de reconnaître que les lois, dont la religion nous prescrit d'observer les préceptes, én.anent de Dieu, et que les vérités qu'elle enseigne ont été parlai révélées. Quelle puissante iorce devront donc avoir à plus jus le titre tous ces arguments rémiis pour persuader avec une pleine certitude notre intelligence ! Saint Jean Damascène , qui était né au sein du Judaïsme, fn se livrant tout seul à T: : ;men de ces preuves si convaii lautes, parvint à connai'. ^ucun secours étranger que imire foi
est la seule vraie et que les vérités qu'elle nous enseigne ne peuvent qu'être divines. Il l'embrassa avec une si grande ardeur qu'il devint tout d'un coup cet illustre Saint que nous honorons sur nos autels.
H . — Avec tout cela , ces arguments ou marques de crédibilité , bien qu'ayant pour base la certitude et l'évidence, ne fournissent pas un motif suffisant pour former un acte de foi théologale, mais ils sont uniquement une disposition à un acte de cette nature, parce qu'ils ne démontrent autre chose que la vérité de la religion catholique et que les dogmes de cette foi ont été révélés de Dieu, c'est ce qui fait qu'on doit les croire. Mais parce que je crois qu'où doit adhérer à la croyance de ces vérités, je ne fais pas pour cela un acte de foi, mais seulement un acte qui prépare mon esprit à former un acte de loi sur ces vérités. L'acte de foi divine consiste en ce que la personne, après avoir formé sa conviction, d'après les solides preuves que lui fournissent les arguments plus haut exposés, savoir queles dogmes delà sainte Église ont été révélés de Dieu, y adlière par un motif unique et le voici : C'est qu'un Dieu, infiniment sage les a révélés , et que ce Dieu ne peut pas se tromper dans ses pensées; ensuite que ce Dieu est infiniment et souverainement véridique et qu'il ne peut pas tromper dans ses paroles. Cela se fait par le commandement de la volonté qui enjoint efficacement à l'intellect de donner un assentiment ferme à ces mêmes vérités catholiques , pour rendre hommage à la souveraine sagesse, à l'infinie véracité de Dieu qui a daigné nous les faire comiattre.
12. — Les démons eux-mêmes, dit l'apôtre saint Jacques, croient et tremblent: Dœmunes credtmt et contremiscunt. {Jaûob. 5, 9). Et pourtant ces esprits rebelles , malgré leui croyance, ne font point des actes de foi théologale, parce que, comme dit saint Thomas , ils ne croient point par un efïet de leur libre arbitre à la parole d'im Dieu sage et infaillible, qui ne peut ni tromper ni se tromper, mais parce qu'ils croient par des signes certains qui leur prouvent manifestement que la doctrine de l'Église émane de Dieu. Vident enim multa mani' [esta indicia, ex quibus percipiunt doctrinam Ecclesiœ a Deo esse, (2. 2, Quwst. 5, art. 3, in corp.). C'est pourquoi, dit le Saint, leur foi n'est pas un acte de leur volonté i)our rendre hommage à la première, à rinlaillible vérité, pour lui rendre , dis- ]e, un hommage digue d'éloges, mais parce que pour eux c'est
une pure nécessité de leur intelligence qui est forcée de croire à causf lit' révicloiicii des preuves ot dos signes irrécusables de la vérité. Dwi/iunut/t fuUs est quodammodo coacta ex sUjno cum tvidentia: et ideo non pertinct ad laudeni voluntatis ipsorum^ guod credunt. [In respons. ad \). Cette évidence, continue le saint Docteur, n'est pas un don de la grâce qui l(>s rende hurableincnt soumis et dociles à la religion divine, mais c'est une contrainte que l'évidence naturelle exerce sur leur intelligence. tnde fidcs , gitœ est in dœmonibus, non est donum gratiœ, scd magis coguntur ad credendum ex perspicacitate naturalis intellectus. {In respons. ad 2]. Concluons enfin avec l'Apôtre, que la foi est un assentiment à la vérité , non point parce qu'il est l'œuvre de la nature humaine et que les signes en sont la cause motrice , mais parce que cet assentiment est un don de Dieu, souverainement sage et véridique. Quoniam cum accepissetis a nobis verbum auditus Dei, accepistis illud non ut verbum ho- 7ni7ium, sed {sicut vere est) ul verbum Dei, qui operaiurinvobis, gui credidistis (i ad Thessal. 2, 13).
13. — Le lecteur voit donc que les preuves, plus haut par nous exposées , sont des motils de crédibilité , mais non point des motils de foi. Ce sont des raisons qui convainquent évidemment que la doctrine de la sainte Église a été révélée de Dieu, mais ce ne sont point des motils qui nous déterminent à croire actuellement (selon le langage de l'école) une pareille doctrine. Les motifs qui déterminent à croire sont uniquement les révélations faites à l'Église par un Dieu très-sage et très-véridique. Ces motifs produisent dans l'acte de loi deux nobles eûets Ils le rendent d'abord plein de certitude et d'infaillibilité ; car de même qu'on doit considérer comme ne pouvant tomber dans l'erreur la parole de l'être, dont la suprême sagesse ne peut errer et dont la véracité ne peut non plus être en défaut, quand ^I parle, de même aussi il est certain que la foi de quiconque ionne son assentiment à de telles paroles est appuyée sur un fondement inébranlable. Ensuite ces motifs procurent au troyaut d'insignes mérites , parce qu'en soumettant notre entendement à la parole d'un Dieu souverainement sage et véridique, nous l'honorons pour ce qu'il est essentiellement, je veux dire la vérité infaillible et nous lui faisons hommage de la plus précieuse de nos facultés, je veux dire Tintelligence, en lui sacrifiant pour lui rendre bouueur et gloire notre propre juge-
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ment. Et Dieu, en récompense de cette soumission, nous promei une éternelle félicité et veut que pour prix de notre toi environnée d'obscurités ici-bas, nous puissions jouir de lui dans le ciel sans aucun voile et tace à face.
14. — Venons maintenant aux moyens pratiques de tout ce qui vient d'être dit. Quiconque veut donc se livrer à l'exercice des actes de foi divine, doit commencer par l'examen attentif des signes et des preuves de crédibilité, du moins si d'autres fois il n'a pas négligé de pareilles considérations, jusqu'à ce qu'il reste persuadé et convaincu que les articles proposés par l'Église ne sont point une invention des hommes, mais qu'ils émanent de Dieu ; ensuite , il ne doit pas s'arrêter à croire ces articles à cause de ces raisons ; par exemple , parce qu'ils ont été recomms comme vrais par des docteurs; parce que cette croyance a été confirmée par les miracles des Saints et le témoignagedes martyrs qui, pour elle, ont versé leur sang; ou encore parce qu'elle est l'objet de la foi des autres fidèles au milieu desquels on vit, car cela ne différerait pas de la croyance naturelle et forcée des démons , comme nous l'avons dit avec saint Thomas. Mais il faut aller plus loin, et il faut professer cette croyance, parce que les articles en ont été révélés à l'Église par un Dieu qui ne peut pas se tromper en ses pensées et qui, étant véridique, ne peut pas tromper dans ses paroles; puis il laut déclarer qu'en témoignage de la fermeté de sa foi à des articles aussi authentiquement révélés de Dieu, on est prêt à donner sa vie et mille vies, si cela était possible. Voilà une loi qui# selon saint Augustin, est plus estimable que tous les trésors, que tous les honneurs et que toutes les grandeurs de la terre. JSullce sunt majores divitiœ, nulli thesaiiri, nulli honores, nulla mundi hujus major substantia, quant est (ides catholica. Le saint Docteur en donne la raison : c'est qu'une foi de cette nature est le salut des pécheurs, le flambeau des aveugles, la santé des infirmes, la régénération baptismale des catéchumènes; c'est elle qui justifie les fidèles, remet en grâce les pénitents, fait arriver les justes à la perfection et couronne les martyrs. Hœc peccatores hommes salvat, cœcos illuminât, infirmos curât, catechumenos baptizat, fidèles justificat, pœnitentes réparât, justos augmentât, martyres coronat. [Scrm. 1, de Ver. apost.).
15. — Il connaissait parlaitement l'immense avantage que procure à l'àme le dou précieux de la foi , ce glorieux mo-
Darqne de Frauce, saint Louis. {ISic. Egidi. Petrus Mathei et Franciscus Belforesti in vita S. Aloysii reg.). Il avait coulnmo de résider dans son château de Poifsy, où par le saint baptême il avait reçu la sainte loi, et il disait que, dans tout sou royaume, il n'existait pas de lieu où d'aussi grands honneurs lui eussent été rendus que dans cet humble et modeste village. Une lois, pendant qu'il parlait de la sorte, un de ses courtisans lui fit ol>server qu'il avait reçu encore de bien plus grands honneurs dans la ville de Reims, où il avait été couronné roi de France. Quant à moi, reprit le sage mouarque, je crois avoir été encore plus glorifié à Poissy, qui m'a donné la foi, qu'à Reims, qui m'a donné la couronne royale.
i6. — n ne se glorifiait pas moins de posséder ce don de la toi, ce très-pieux prince de la Carinthie, nommé Hugon. [Sabelli., lib. in, /Eneas Silvhis, cap. 20; Europœ, anno 790). Ayant tait préparer un splendide festin, il invita les principaux seigneurs de ses États, tous distingués par leur illustre naissance, mais professant la religion païenne. Il ordonna ensuite qu'on choisit des hommes du peuple en égal nombre, mais tous appartenant à la religion catholique , pour prendre part à ce festin. L'heure du repas étant arrivée, ce prince fit asseoir les barons à une table plus basse et leur fit servir des mets communs et mal apprêtés; puis invita les gens du peuple à s'asseoir à sa propre table, en leur offrant des vins exquis et des viandes délicates et recherchées. Tous ces nobles chevaliers turent indignés et regardèrent cette préférence donnée aux gens du peuple comme une injure qui leur était faite et un manque d'égards à leur illustre origine Ils ne purent s'abstenir d'en faire de vives plaintes à leur souverain. Le pieux prince leur répondit qu'ils n'avaient point à s'étonner de ce qu^il avait accordé une préférence si honorable à ces hommes du peuple; que, si par leur naissance ils ne pouvaient prétendre à la noblesse, ils étaient cependant encore plus nobles et plus estimables que les grands seigneurs, à cause de la foi qu'ils avaient reçue dans le saint baptême. Tout cela s'harmonise très-bien avec ce que dit saint Augustin, que la foi est mie vertu dont on doit faire un plus grand cas que de toutes les richesses et de toutes les dignités de la terre.
17. — Il faut cependant remarquer que l'habitude ou vertu de la foi, dont nous pailons, peut aussi bien accompagner la
charité qu'elle peut s'en séparer. Dans le premier cas, la foi se nomma, dans Técole, formata, formée; dans le second cas elle prend le nom de in for mis, informe. Le Docteur angélique en doane la raison, en disant que la charité est une forme divine qui. unie à la foi , la perfectionne en lui donnant plus d'éclat et le complément qui lui manquait. Caritas dicitiir forma ftdei, in quantuyn per caritatem actiis fidei pcrficifur , et formatur. (2. 2, Qut£st. A, art. 3). Il faut observer attentivement ici que, quand même par le péché mortel se perd la grâce de Dieu, et que par lui s'anéantissent toutes les habitudes des vertus infuses, né.uunoins l'habitude de la foi et de l'espérance ne se penl pas toujours. Ces deux vertus jouissent d'un privilège particulier qui fait qu'on ne les perd que par des actes qui leur sont diamétralement opposés, tels que les péchés d'infidélité ou d'abjuration et de désespoir. Si donc, l'habitude de la foi reste unie à l'habitude de la charité et de la grâce, on la nomme formata, formée, c'est-à-dire revêtue d'une belle forme. Si ensuite cette habitude de foi est séparée de k charité et de la grâce, à cause d'une grave prévarication, pourvu que celle-ci ne soit point commise eu matière de foi, on la nomme informis, difforme ou informe, parce que cette habitude de loi est dépouillée de sa forme ou beauté. On dit encore que la foi demeure vivante si elle est efficace, c'est-à-dire si l'on accomplit les préceptes imposés par les vérités que l'on croit; on la nomme morte si elle reste dans un état languissant, et si elle n'agit pas conformément à ce qui est l'objet de la croyance. Mais nous parlerons de celle-ci dans le chapitre quatrième. Pour le moment, je me borne à dire que la foi qui sauve et perfectionne l'âme est celle qu'accompagne la charité et que, par le moyen de cette vertu et de toutes les autres vertus infuses, elle opère de grandes choses dans le service de Dieu, comme dit saint Paul : Fides qiiœ per caritatem opcraiur . {Ad Galat., 5, 6). Saint Grégoire vient confirmer cette vérité en disant que la foi véritable est ceUe qui pratique ce qu'elle croit. Ille vero crédit qui ejoercet opérande quod crédit. {In Evang. Joann., 29|).