CHAPITRE VII
OBI T TRAITE DE l'aMOUR DOULOUREUX DE CONTBITlOiMt
205. — Une âme qiii est pénétrée de l'amour de Dieu, qui se complaît dans ce bien infini dont elle le voit riche possesseur, qui lui souhaite tout bien extérieur dont elle \é voit privé, qui le préfère à ses goûts, à ses intérêts, à son honneur et à sa vie, cette âme lorsqu'elle vient à songer que tant de fois elle lui a préféré ses volontés propres , ses caprices , ne peut s'empêcher d'en éprouver une vive douleur et un grand chagrin. Mais cette peine qu'elle éprouve est en même temps pleine de douceur et de tendresse; car si la douleur l'accompagne, elle marche néanmoins de pair avec la confiance en Dieu. Ce dard est constamment enfoncé dans son cœur, il le transperce continuellement, et lui fait toujours verser des larmes et pousser des soupirs. C'est ce qui se passait dans le cœur du saint roi David, ainsi qu'il en fait lui même l'aveu : Iniquitatem meam ego cognosco , et pec mtum meum contra me est sejnper. {Psalm. 50, 5). Je reconnais mon iniquité, dit le saint Prophète, elle est toujours présente à mon esprit , je l'ai perpétuellement devant les yeux , c'est une épine qui me pique sans cesse le cœur. C'est encore ainsi que parlait le prophète Isaïe au fond de son âme : Recogitabo tibi omnes annos meos , in amaritudine animœ meœ. [Is 48, 15). Je me reporterai vers mes années passées, et plein d'amertume je détesterai mes anciennes iniquités.
206. — Saint Thomas, en parlant du repentir intérieur du cœur, qui n'est autre que cet amour douloureux dont nous parlons en ce moment, dit qu'il doit durer autant que notre vie, parce qu'une âme aimante doit toujours se souvenir avec amertume qu'elle a déplu à l'objet aimé. Interior pœnitentia est, ^ua guis dolet de peccato commisso. Et ialis pœnitentia débet durare usque ad fènem vitœ, semper enim débet homini displieere <juod peccavit. {Parte 3, Quœst 84 , art. 8). Saint Augustin est ou même avis, que notre pénitence doit être perpétuelle et doit durer autant que notre vie sur la terre. Altéra pœnitentia est cujus actio per totam istam vitam. guu in carne mortali degimus, perpétua suppHcationis humititale subcunda est, {Lib. I, Ilom,
lîomilia ullhna , cap. 7). Il ajoute sonlement ensiiile, que si (luehiu'un n'a jamais souillé sa couscience d'une laute morlell-c, 1 doit copendanl (aire pénitenoe tous les jours pour les lautes légères qu'une ùme commet journellemont durant tout le cours le la vie : Sed etiam propter pulverem hujus mundi, qnotidianam debemus haberc pœnitentiam. Le saint Docteur on donne la raison, eu disant ijue si ces foutes légères ne portent pas à lïune mi coup mortel comme les péchés graves, néanmoins elles forment toutes ensemble comme une sorte de lèpre qui dépare la beauté de Tàme, et la rend indigne des doux et chastes baisers du divin Époux, si ces fautes ne sont pas efiacées par une pénitence quotidienne. Piget cuncta coUigere, quœ qidsque in seipso certius comprehendit , atque reprehendit, si divinanim scripturarum spéculum non négligente)' attendal. Quœ quamvis singula non lethuii vulnere ferire seniiantur , sicut homicidimn, adulterium et cetera hvius modi ; tamen omnia simnl congrcgata, velut scabies, quo plura sunt, necant, et nostrum. decus ita exterminant, ut ab illius sponsi speciosi prœ filiis homimcm. castissimis amplexibus séparent, nisi medicamento quotidianœ pœniientiœ defœceniur. {Eod. loco).
207. — C'est pourquoi la séraphine du Mont-Carmel, sainte Marie Madeleine de Pazzi, avait bien raison de dire que ce qui convient le mieux à la vie présente, c'est l'amour douloureux de contrition, tandis que pour la vie future, c'est l'amour délectable de complaisance ; parce qu'il convient mieux à ceux qui sont parvenus à l'heureux terme d'aimer avec délices , et que quant à nous, qui sommes encore voyageurs dans le pèlerinage et loin de la céleste patrie, il nous sied mieux d'aimer avec tristesse, d'aimer avec les larmes de la contrition. Saint Jérôme nous dit que sainte Paule avait fait de ses yeux deux fontaines de larmes pour pleurer amèrement les fautes légères, et qu'à l'exemple du saint roi David, elle baignait son lit de ses pleurs. D ajoute que sa douleur sur ces petites imperfections était si amère, qu'on l'aurait considérée comme coupable des plus grands excès. Le saint Docteur l'exhortait à se tranquilliser, à laisser tarir ces abondantes larmes qui coulaient constamment de de ses yeux. Mais elle répondait qu'il lui fallait laver de cette manière le fard dont elle avait usé pour embellir son visage, affliger un corps flatté par tant de recherches et châtier ainsi les joies désordonnées de son ancienne vie. Mollia etiam in
vt mmp vij]oiii -du nnaiouB nos sp sagnnopjosop sstofsai
Tsmc J9i}Bqo %o soqoajooj ap :>ui3; jcd gii^p sdjoo un jaSi^jB
'aSBsiA nos jiipqrao lod asn ;ibab g^a îcop pjBj aj ajameni
8tt80 8p laABï îiBncj H n.i^I^ ;repuod9i ana sibi\[ -xvidÊ sas ap
sp rtiamniBisnoo :^^^Iplo^ inb sanuBj sa:tuBpnoqB sao jtjbj
J9SSTBI B 'jasiinnbiiHj; s B iTB^Joqxaj jnapoQ ;nTBs aq «gaoxa
spnBjS sn|Js9p aiqBdnc aramoo aaaapisnoo ïTBinBjuo^nb 'aiaure
is ;TB}a suoTpajjadrai nn8d sao jns jiiapiop bs ani) apioîe jj
•sjnaid sas ap ^\ nos :iTiSiBq ajp 'piabq toi %u]v.s np ajdraaxaj
B.iil) 19 'sajaSai sauiBj aj ;uainaianiB jama^d jnod saniJBy ap
santBîuoj xnap xnai s; ap^rej ;ibab apiBj a^nres anI) in? snon
oraojaf %u\VQ -uoiiuixid v\ ap samjBy sa| oaAB jarare^p ^ assa;
-SU} oaAB jaraiB^p xuait pais snon n ^au^Bd aisapo b[ ap nioi %9
9SBnTjayad a^ soBp sjnasioA ajoona samnios mb ^snou b -juBnb
9nb }a ' saoqap oaAB aaiiB^p araja^ xnajiiaqj b snnaAJBd ^nos
mb xnao b xnaira luaijoo ]yib aaied i aonBstB]dnioo ap ajqB?
-oaïap juoniBj ^sa^o ^aa;nj aiA bj jnod anb sypire; 'nopTJîuoa
9p xn9jno]nop jnoraB,]î9^o 'gjnasajd aiA By b xnaira aj inaiAno»
inb ao anb aiip ap nosu naiq ^ibab 'tzzbj ap amajapBiç auBj^
©jnres 'ianiJB3-;noK npniqdejas bj loub.niod isa.o — «ios
•{oooj -po^) •Jnju9;)s)j9p aojfUQf
U3or7 anfviptjonô ojmn^jpsia mu 'juQMcIds snqtxdjdmv sim
^snsvj lunmmoii m/ij ud isopdds isuods snij]t qv fn '}mmm
p vn sïu>dp mmjsoua 'fuvodu 'funs vjnjd onb 'sdiqnos fnjsa
\6d.ifmoo pums vnm -^mj^ f jpoiu sntaii nudjdo p umudjjnpi)
^tamppimoii jnois ' jnyï ,. js duudj dudujna i^v^gj nouppiOuts
^ttaîU7j/i:'> am() -inpudnv ^jugôijôdu uou 7/mjnodds WTUvmfduos
nuivnnp ts 'fipu9y9ua dnôfv ' }ipu97/9jdmoo smu9D osdps m
^^jmb 'ddarnjjoo i mno pôij -anuaipiionb aona^inad ann
^K^^^M|^SBd }uos ai sajuBj sao ts 'xnodg niAip np sjasreq
^^B ^^ttop SDD oTTHr i pnaj Bt fa '9raB ■[ ap a^nsaq bj aiBdap
^^f ninoo aiqniasna sa^no^ inanijoj sajj"'
nuioo ppont dnoo nn omnj
j -30 is anb inBsrp na ^nosiB.i B[
'twipidfîuaod ojoqvy sniugqap unm
' uafdojcl îuvip pdç; : aiA bj a^.
1 Î9mnioo oniç aun^nb sajaSay
L Fiajniad aaiBj lUBpnadao îiop
^ t;s «ninos sibuibÇ b n nn.nbjanb
^^ [1 (i -dvo ' vmmn minuon
eer de l'î^me toute souillure, iion-seuloment en ce qui roste de la otiulpe, mais encore en ce qui regarde la peine (jui doit l'expier. Il avait eu , au nombre des personnes qui assistaient à ses sermons, une lerame publique richement parée, et qui était venue non pas pour entendre la parole divine , mais ni:i(}uemeut pour attirer les regards de ses impudiques amants. Mais, pendant que le saint orateur tonnait du haut de la chaire avec ce zèle énergiqne qui lui était si ordinaire, cette pécheresse commença peu à peu à sanglotter. puis à pousser de profonds soupirs, puis à taire entendre de bruyants gémissements; enfin, elle resta comme immobile de douleur, et, oppressée par ses remords, elle rendit le dernier soupir. Une mort si subite dans une personne dont la vie avait été si scandaleuse, excita, dans l'àme des auditeurs, un sentiment de compassion très- vive, et Ton entendit dans Tauditoire des lamentations universelles. Le saint orateur calma toute son assistance, en leur disant de ne pas s'émouvoir, car cette iemme était morte de l'excès de sa contrition. Et puis encore tous les auditeurs furent encore mieux rassurés, lorsqu'on entendit une voix du ciel qui garantissait la vérité des paroles du prédicateur : Ne priez pas pour elle , mais recommandez-vous plutôt à son intercession, car elle est montée au ciel. Or, voici comment je raisonne sur ce fait. Si une contrition véhémente a été capable de purifier une âme aussi souillée d'iniquités, et si elle a pu lui rendre son innocence baptismale sans lui laisser la moindre tache de péché et a pu lui remettre la peine, combien plus encore sera-t-elle puissante pour orner de la pureté la plus parfaite une âme en qui régne déjà la grâce sanctifiante, en qui habite déjà la charité, si cette amertume de cœur est souvent excitée par une pratique et ua exercice damour afflictif et douloureux !
"210. — Cette douleur ne doit pas cependant suffire à une âme remplie d'un ardent amour de Dieu. Une épouse qui aime ielui auquel elle s'est unie , ne s'afflige pas seulement de toute espèce de tort qu'elle a pu commettre à son égard, mais toute offense qui est faite par d'autres à son époux lui cause du chagrin. Elle sent vivement toutes les injures qu'il reçoit comme si elle-même en était l'objet, et si elle ne peut pas y mettre obstacle autrement, elle est disposée à sacrifier sa vie. De même, une àme qui aime Dieu , non-seulement éprouve de la douleur à la vue de ses péchés, mais encore en voyant les prévarications
— VÔO —
de ceux qui l'euvironneut, parce qu'elle y voit des ofieiises faites à son Uieu qu'elle aime. C'est ce que faisait sainte Madeleine de Pazzi, dont l'Église a pu dire qu'elle déplorait amèrement les crimes des pécheurs et des infidèles, et s'offrait à Dieu pour leur salut, comme une victime d'expiation. Jn/îdelium, et peccatorum perditionem amare deflens, se ad quœlibet pro illorum sainte tormenta paratam offerebal. {In festo 25 Maii). C'est encore ce que faisait sainte Thérèse, qui, selon les expressions qu'emploie la sainte Église, laissait couler de ses yeux une source inépuisable de larmes pour pleurer les péchés de tant d'âmes infidèles et rebelles à leur Dieu irrité, et qui, pour leur mériter le salut éternel, livrait son corps aux plus rudes macérations. Infidelium, et hœreticorum tenebras perpetuh defiebat lacrymis , atqiie ad placandum divinœ. ultionis iram voluntarios proprii corporis cruciatus Deo pro eorum salute offerebat% {In festo 15 octobris). Ainsi ont agi, ainsi le pratiquent journellement ces âmes qui aiment sincèrement Dieu. C'est sur leurs traces que nous devons aussi marcher, s'il y a dans notre cœur quelque étincelle de l'amoui' divin.