‹ Guide ascétique (volume 3)Chapitre 1 sur 75 · INTRODUCTION AU TRAITÉ · texte numérisé non relu

INTRODUCTION AU TRAITÉ

i . — Après avoir exposé dans le Traité précédent les moyens que doit prendre la personne spirituelle pour acquérir la perfection chrétienne, nous allons en ce moment examiner quels sont les obstacles qu'il est possible de vaincre par l'emploi de certains moyens pour arriver heureusement à cette perfection. Lorsqu'un général veut s'emparer d'une place environnée de fortes murailles, il commence par se procurer tous les moyens nécessaires pour venir à bout de son dessein. Il réunit un corps de vaillants soldats, se pourvoit d'armes, d'artillerie, de vivres pour mettre en bon état ses troupes. Après avoir fait ces préparatifs, il s'occupe de les mettre en œuvre pour vaincre les obstacles qu'on lui oppose et qui pourraient, s'ils n'étaient surmontés , faire avorter ses plans. Et comme ces obstacles sont un résultat des efforts que font les ennemis pour arrêter ses progrès par la force de leurs armes; comme ils lui sont opposés par la garnison chargée de défendre courageusement la place, ainsi que par les fortifications extérieures et intérieures, ce général emploie toutes les forces dont il peut disposer, il lance ses combattants, il fait louer son artillerie, il fait usage de ses munitions de rései-ve, il s'efforce en un mot de surmonter tous les obstacles, tantôt en dissipant lus bataillons ennemis, tauLôt ea T. II. 1

renversant les ouvrages avancés, tantôt en escaladant les remparL<?, tantôt en faisant un massacre impitoyable des soldats de la garnison. Puis, quand tous les obstacles sont vaincue, il entre triomphant dans la place et s'en rend possesseur. C'est aussi de Cfîttc manière que toute personne qui veut acquérir une charité parfaite envers Dieu et envers le prochain, en laquelle consiste, comme nous l'avons déjà prouvé par l'autorité de saint Thomas, la perfection à laquelle nous aspirons, cette personne, disons- Dous, doit faire toute son étude des moyens qui conduisent à cette fin. Elle doit armer son cœur de saints désirs , se choisir tin guide fidèle, s'adonner à l'exercice des méditations, des oraisons, à la iïcquoutaliou des Sacrement?, et à d'autres pratiques de même nature, dont nous avons méthodiquement parlé dans le Traité précédent , et à l'aide de ces moyens elle doit faire tous ses efibrts pour triompher de tous les obstacles que la concupiscence, le monde et le démon lui opposent pour l'empêcher de parvenir à la fin si sainte et si glorieuse qui est l'objet de .ses désirs.

2. — !Mais afin que le lecteur saisisse bien le plan de ce Traité, îl ne doit pas ignorer que parmi les empêchements qui nous barrent le chemin de la perfection, les uns sont on nous et les autres hors de nous. Ces empêchements ou obstacles qui sont en nous tirent leur origine, en partie de nos sens extérieurs qui, de leur nature, sont portés à la licence, et en partie de uos sens intérieurs, je veux dire de nos passions désordonnées qui ont leur siège dans l'appétit sensitif. Les ^ens extérieurs rnvtleut obstacle à l'œuvre de notre perfection , parce qu'entraînant la volonté vers certaines délectations qui leur sont propres, ils nous éloignent de Uieu. Les sens intérieurs viennent aussi se mettre à la traverse, parce que secouant le joug de la raison, par leurs mouvements déréglés, ils éloignent aussi de Lùeu et de sou saint amour. Les obstacles qui sont hors de nous proviennent encore de deux soiurces, parce que les uns retardent notre marche dans la voie de la perfection, en nous retenant par leurs charmes trompeurs, et les autres eu nous livrant do rudes assauts. Nous sommes retardés dans cette marche par des attraits séducteurs, pr.^micr émeut, parles biens terrestres ei lainnur des riclusseaj

deftîièmeraent, par les honneurs et les dignités; troisièmement, par les objets flatteurs cjui dissipent notre esprit; car, en nous inspirant l'amour de nous-mêmes , ils nous détaclient de l'amour que nous devons à Dieu. Nous sommes retardés encoru par les assauts que nous livrent les démons qui nous circonviennent de leurs perfides suggestions et qui, parvenant quelquefois à nous vaincre, nous empêchent de faire la conqncîe du divin amour à laquelle nous aspirions. A tous ces obstacles vient s'enjoindre un autre qui a sa racine quelquefois en nous^ et d'autres fois hors de nous : ce sont les scrupules qui peuvent tirer leur origine de notre naturel mélancolique, sombre, étrangement timide et trop pensif, et puis aussi des démons jaloux de nos progrès spirituels. Ces obstacles nuisent beaucoup à l'œuvre de notre perfection, parce que, plaçant notre âme dans un état d'insubordination, notre esprit dans le ti'ouble, ils nous ravissent cette paix intérieure dont nous avons un si grand l)esoin pour rester unis avec Dieu par le doux lien de la chaiité. Ces prémisses ainsi établies, nous exposerons en détail, dans ;g présent Traité, tous ces ciupCchements, en suivant Tordre que nous venons de leur assigner, et nous proposerons les nid^'i-ns

les plus utiles pour en triompher, afin quel'àme, victorieti^-r* ue tous ces obstacles, parvienne enfin à goûter le repos dans le sein de Dieu, et à s'unir étroitement avec lui par le saint amour : Qui adhœret Domino, unus spiritus est, comme dit l'Apôtre (1, Ad. Corinth., c. 6. 17).

3. — Il faut observer que le Ti-aité précédent s'adresse à toutes les personnes spirituelles, en quelque état qu'elles se trouvent, parce que les moyens dont on y parle doivent être mis en pratique, non-seulement par les commençants et par ceux qui marchent déjà dans la voie de la perfection, mais encore par ceux qui se mettent en devoir d'entrer dans la même voie. Le présent Traité s'adresse principalement et d'une manière spéciale à ceux qui débutent, parce que, selon la remarque de saint Thomas, ciiez eux les obstacles sont beaucoup plus considérables et plus difficiles à vaincre. Dans ceux-ci les sens ont moins de rclenue, les passions sont plus ardentes et rebelles. Dans ces personnes l'allachement aux biens terrestres, ajix

honneurs et aux autres olijt;is .-etliiL'-.ants a plus d'empire. Les démous font ordinairement à ces personnes une guerre acharnée par les tentations qu'ils leur suggèrent, et, comme par le passé, l'esprit impur les avait tenues courbées sous sa puissance, il use de toutes sortes de perfidies pour les reconquéiir et les enlacer de nouveau dans les pièges qu'il tend sous leurs pas. Dans ces âmes enfin, de même qu'on le voit dans une terre qui est longtemps restée inculte, comme le prouve l'expérience, se reproduisent et pullulent les épines des scrupules et les troubles fâcheux qxi'y fait naître une pusillanimité déplorable. Je ne veux }»ourtant pas que l'on vienne conclure de mes paroles que les commençants et les parfaits ne rencontrent aucune difficulté dans leur progrès spirituel; bien loin de là. ils ont à surmonter encore bien des obstacles. Tant que nous vivons sur cette misérable terre, nous sommes comme dans un champ de bataille, entourés de toutes parts d'ennemis, et tous, par conséquent, nous devous, pour ainsi dire, avoir continuellement 1 epée à la main pour nous tenir prêts au combat. Militia est vita hominis super terram {Job., cap. vu, \). 11 n'est personne, eu ce pèlerinage de notre malheureuse vie, qui ne rencontre sur sa '•oute plusieurs pierres d'achoppement qui l'arrêtent et re lardent sa marche vers la perfection. Je me borne à dire que ces obstacles sont moins sérieux daus ceux qui commencent, et se réduisent à peu de chose dans les parfaits. C'est pourquoi donc je n'ai point prétendu dire que ce Traité regarde exclusivement les commençants, mais j'ai voulu dirp. au plus, qu'il leur est priiicipaVment adiesséé

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