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CHAPITRE VII

ON Y PBOPOSE d'autres MOYENS POUR GÂRCER LA CHASTETÉ.

429. — Il est un moyen de la plus haute et de la plus indispensable nécessité pour conserver dans toute sa pureté ce beau Us, c'est la mortification du corps et une vigilance attentive sur les sens. N'exercer aucune surveillance sur ses yeux, les laisser divaguer sur toute espèce d'objet, ne sont point des choses qui. puissent s'accorder avec la chasteté. Fornicatio mulieris in extoUeniia oculorum cognoscetur. {Eccli, 26, 12). Une femme souillée d'impureté?, dit TEsp rit-Saint, se connaît par la liberté de ses regards , par l'impertinente vivacité de ses yeux. Quand on veut tenir des discours peu chastes, et qu'on ouvre les oreilles à des paroles nullement réservées, on ne saurait vouloir mettre ces choses en harmonie avec la sainte pureté ; car les paroles déshonnêtes, dit saint Jérôme, sont une preuve certaine des affections impures. Tarpe verbum, atque lascivum nunquam de ore virginis projeiyndum, quibus signis libidinosm animus ostenditur, per exteriorem interioris hominis vitia monstrantur. {Ad. Eustoch. de vita Paulœ). Écouter de semblables paroles, continue le Saint, c'est s'exposer aux atteintes qui, par ce moyen, sont portées à la pudeur d'autrui. ISunquam, verbum inhonestum audias. Perditœ mentis homines uno j t equenter , levique sermone tentant claustra pudiciiiœ. {Ad Demetriad.).

430. — Vitnlolr traiter délicatement son propre corps, ne ▼oiiloir lui ri't'ii.<«M' aucun plaisir et prôteiiilrc qu'il no po rc'-voitr» poiut, c'est une folie. Le proverlx' «litqu'à uu cheval trop anieut qui n'ol»éit pas au trein, il faut retiaucher mie partie de la nourriture {Alzare la restellicra) et vaincre sa longue par les coups de nerl ou de fotiet. C'est ainsi qu'il faut en user avec son cor[)S rebelle, pour qu'il ne se révolte i»oint contre l'esprit et ne, l'entraîne pas à des actes que désavoue la convenance. On ne peut dompter ce ttechair que parles jeùues ou du moins par l'abstinence des nii'ts trop recherchés, et Ton doit la subjncnor par le ciliée ou la discipline. Tel est le remède dont usait l'Apôtre saint Paul, comme il eu tait lui-même l'aveu : Castigo corpus meum, et in scrvitu/cm reâigo. (il AdCorinth.,^,Tl).ie châtie mon corps et je le tiens comme un vil esclave sous le joug de la raison qui doit le gouverner. C'est de ce remède qu'usait aussi saint Jérôme pendant les longues années où il fut cruellement tourmenté par les tenlations charnelles. Alors, dit-il en écrivant à Eustochium, je subjuguais ma chair récalcitrante à l'empire de mon esprit , en passant des semaines entières dans l'exercice des jeûnes les plus rigoureux. Repugnantem spiritui carnem hcbdomadarum i/iedia subjugabam. C'est encore un semlilable remède qu'employa saint Hilarion pour ne pas succomber aux assauts du mortel ennemi de notre salut, qui, s'étant ligué avec la chair, avait excité contre lui une terrible guerre, comme le rapporte saint Jérôme. Iratus sibi, et pectus pugnis verberans, quasi cogitationes vercussione manus posset excutere : ego, inquil, aselle, faciam ut non recalcitres : nec te hordeo alam, sed paleis;jame te conficiamet siti... Herbarum ergo succo, et panels caricis, posl tridinim, et quatriduum deficientem animant sustcntabat. {In vita sancli Hilarion.). Irrité contre lui-même, le saint solitaire, à cause du trouble où le jetaient les révoltes de sa chair, se frappant impitoyablement la poitrine, comme si, par ces coups, il pouvait chasser de son esprit les mauvaises pensées, disait à son corps : Animal audacieux, je t'empêcherai bien de te révolter, je ne te nourrirai pas d'orge, mais de paille; je te ferai mourir de faim et de soif. Et en effet, il laissait s'écouler trois ou quatre jours sans prendre aucune espèce de nourriture poui- restaurer son corpsafiaibli, et alors il ne se repni-^snit qned'hoibcs sauvages et d'une petite quantité du suc qu'il exi^ii-iuîail >\>: etjr- v::.''r.'<-< li.!-].,.;.

43 ï, — On a vu d'autres saints personnages dompter îes révoltos de la chair par les plus exorbitantes fatigues. Teî tut jMaraire, abbé d'Alexandrie, qui, pour calmer les rébellions de la concupiscence^ se chargeait les épaules d'un très-lourd sac rempli de sable pour abattre sous ce fardc-au, qu'il portait pendant longtemps et en parcourant de grands espaces, les aiguillons d'une chair qui ne voulait point se soumettre. Un jour, comme on lui demandait pourquoi il agissait de la sorte, il répondit : Yexatorem meum vexo ; Je vexe celui qui me vexe. (ManiL, lib. m, cap. 9). Nous pouvons encore citer une Euphrasie, supérieure d'un monastère de religieuses, dans la Thébaide, qui, pour émousser les aiguillons de la tentation, transportait avec une énorme fatigue, et toute inondée de sueur, une grosse pierre d'un endroii àun autre. {Idem, lib. m, cap. 10). D'autres ont voulu briser une énergie trop vive dont leur corps était doué en se livrant à de fatigantes occupations intellectuelles, comme le fit saint Jérôme dans les solitudes de la Chalcide où il mena la vie cénobitique après son premier départ de Rome. Là, pour se défendre des pensées perverses et des bouillonnements de la concupiscence qui ne lui laissaient pas un instant de repos, il se livra à l'étude de la langue hébraïque, sous la direction d'un moine, Hébreu d'origine, qui la possédait parfaitement. En somme, pour conserver sans tache la chasteté est totum corpus casti g andum, dit saint Basile, ac fercB cnjusdam instar cohibendum, et ab ipso adversus animam tumultus orientes ratione veluti flagella comvescendi, ne frœmmi voluptati omnino laxando mens, veluti anriga ab equis contumacibus et minime obtemperantibus misère jtratur ac rapiatur. Il est nécessaire, dit le saint Docteur, de châtier tout le corps comme si c'était un animal indompté; il tant le tenir dans un état d'assujettissement et avec la verge de la mortification réprimer tous ses mouvements désordonnés. Si l'on relâche un peu le frein de la mortification, et que l'on condescende à qiiebpic indulgence, il nous arrivera la même chose qu'aux conducteurs d'un cliar qui, laissant flotter les rênes sur le cou des chevaux indomptés, sont entraînés par eux dans quelque abîme. La chasteté est comme un cinnamome (cannelle) qui naît au milicui des rochers arides et parmi les ronces ; elle ne saurait non plus pousser in terra suaviter viventium, sur un terrain biea cultivé et au sein des délices J

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elle 110 pi<isp(^re que sur le sol Apre de la mortification et 80 nourrit au milieu des piiinanti'S t'|)iiios de la jK'^.iiilence.

43"2. — Ici Cassien î'joiile d'autres moyens [tropres à ce but, et il nous dit que pour conserver intacte la vertu de ehasteté, il ne sufiît pas de vaquer à des jeûnes et à d'autres macératious corporelles, mais qu'il laut encore une profonde luiniililé sans laipielle d'abord on ne saurait triompher d'aucun vice et sans laqiudle aussi il n'est pas possiMe de surmonter celui de l'impureté qui est opposé à la chasteté autant que les ténèbres sont en contraste avec la lumière. l\on sitfficit solum jejniuum corporale ad conquirendam, et possidendam perfecta custhnoniœ puritatem... ISisi unie omnia jundalasit humiîUas vera, sine gua nuîlius venitus vilii unquam triumphus acquiri potest. {/nst. lib. VI, cap. 1). Si vous demandez à saint Augustin pourquoi l'humilité est si nécessaire pour se maintenir dans une contnniclle chasteté, et surtout dans une peri)étuelle virginité, il vous dira que c'est parce que l'orgueil est le poison qui corrompt et lue ces belles vertus qui ornent si maguifiquenieiit la sainteté, et que, par conséquent, celui-là doit se préserver de toute espèce de présomption, quelque minime qu'elle puisse être, qui souhaite par-dessus tout de se maintenir dans un étal de pureté. Hoc bonum quanlo magnum video, lank) ei ne pereat fuluram superbiam pertimesco. Non enim custodit bonum virginale nisi Deusipse, qui dédit. {Lib. de Virginifate, cap. 51). Saint Grégoire, \ son tour, l'ait connaître ses motifs, et il nous dit que l'orgueil corrompt les lis de cette vertu et leur enlève la gracieuse blancheur dont ils sont parés. Car, nous dit-il, de même que Dieu ne saurait agréer une humilité impure, il ne pourrait non plus agréer une chasteté supeibe. Chacune de ces vertus, la chasteté et l'humilité, doit se rencontrer dans celui qui veut être agréable au Seigneur. Si casliiatem humilitas deserat, vel humilitatem caslitas relin^ guat, apud auctorem humilitatis, et munditiœ prodesse quid prcevalet, vel superba castitas, vel humilitas inquinata ? {Mo' rai., lib. xxi, cap. 3).

433. — Celui-là donc qui désire se maintenir dans un état de pureté, doit reconnaître que par lui-même il ne peut ni acquérir, ni conserver cette vertu. 11 doit comprendre que de sa chair vile et corrompue ne saurait pousser et fleurir une piaule auàii belle et aussi pure. Il faut que Dieu la sème dans

le cœur, qu'il l'y cultive par sa grâce, afni qu'elle nf. dépéri s^e point dans les souillures sensuelles. Il doit constamment se méfier de la fragilité, se défier de ses forces, mettre toute sa confiance en Dieu qui n'abandonne jamais les humbles qui espèrent en lui et ne comptent nullement sur eux-mêmes, et qui ne permet jamais qu'ils tombent dans une ruine déplorable. Cette humble défiance de soi-même, cette ferme confiance en Dieu, nous rend forts pour combattre avec succès nos passions lorsque les tentations viennent nous assaillir. Quand le vent devient impétueux, les abeilles prennent dans leurs pattes quelque petit caillou qui leur sert comme de lest pour rafiermir leur vol et leur permettre de se maintenir assez fermement dans l'air pour ne pas en être emportées au gré de son souffle et en devenir le jouet. De même, dit saint Ambroise ILib. de Virginit.), pour ne pas se laisser emporter par les vents de la tentation à quelque excès, il faut se maintenir sohderaent dans une humble estime de soi-même, dans la connaissance de sa propre iragilité, et s'appuyer fermement sur la confiance que l'on a pour Dieu.

434. — Les annales ecclésiastiques nous font connaître quelques chutes iuncstes de certains serviteurs de Dieu qui ne durent les attribuer qu'à leur peu d'humilité. Ils placèrent en euxmêmes une vaine confiance et s'exposèrent témérairement au danger, et Dieu, pour les punir de leur présomption, permit qu'ils tombassent dans des iautes graves. Je choisis un de ces faits parmi plus de mille que je pourrais citer et qu'on lit dans les livres des anciens Pères, afin que nous en apprenions à pratiquer l'humilité, et que les chutes des autres nous précautionnent nous-mêmes. {De fornic, num. 12). Un vieux moine lut attaqué d'une grave maladie, et voyant que ses confrères se donnaient beaucoup de peine })0ur le soigner, il prit la résohition de quitter le désert et d'aller s'occuper de sa guérison dans l'Egypte, afin de délivrer ses confrères des grandes peines qu'ils se donnaient pour lui. Ne partez pas, lui disait l'abbé Moyse, car ce serait vous exposer à quelque déplorable chute. Le malade se moqua de cette charitable admonition, se confiant su! ses années et sur sa vertu , et il répondit à son supérieur qu'il ne craignait aucun danger, parce que, disait-il, à cet âge avancé il ne restait plus en lui aucun foyer de concupiscence, et que les bonnes habitudes d'une chasLelé longtemps gardée le mettaient

à l'nliri (Itî tout pi'ril. Tl p.iilit tlDiic. Le lieu où il se relira lui olli'it une t;iaeieiise lu)>pil;ilil(' de la iiart de ceux (jui rhabitaiful, et on pourvut avec soin à tout ce (jui lui était nécessaire. Cependant une jeuni' tille, par un sentiniciit de |»ure charité , se dévoua à son service. Peu à peu ce premier sentiment lit place à l'allection, et celle-ci dégénéra en passion. La passion fit naître une confiance mutuelle et une liberté de manières telle, qu'à la lin, le vieux moine (pii se croyait impeccable, tomba dans une iaule honteuse. Ce qu'il y eut de pire, c'est qu'au péché fint se joindre le scandale public, puisque la ieune fille devint enceinte. Mais le moine fut assez heureux pour savoir remédier par une prolonde humilité au mal dans lequel son orgueil excessif l'avait fait tomber. La jeune fille, en efiet, sous le poids de Tignominie dont elle s'était couverte, lui remit l'eniant qu'il prit dans ses bras et qu'il apporta au désert. Un jour que tous les moines étaient réunis dans l'église, il se prosterna à genoux devant eux, exposa à leurs regards le corps du délit dont il s'était rendu coupable, et fondant en larmes, il dit : Voilà le Iruit de mon orgueil et de ma désobéissance, et tels sont les excès dont ma vieillesse s'est souillée.- Apprenez, mes frères, par cet exemple, à ne pas avoir confiance en vous, et à vous montrer beaucoup plus prudents que je ne l'ai été moi-même. Après avoir ainsi parlé, il se retira dans sa cellule pour faire pénitence, laissant au monde un mémorable exemple de cette vérité, que se confier en soi-même, à quelque âge que l'on soit parvenu, à quelque état qu'on appartienne, à quelque degré de pericction qu'on soit arrivé, c'est la même chose que s'appuyer sur un Irèle roseau qui se brise à l'instant.

435. — On tire de ce qui vient d'être dit cette conséquence très-légitime que, pour acquérir la vertu de chasteté, il faut avoir nécessairement recours à la prière et à l'oraison. Lorsqu'on reconnaît que, par ses propres forces, on ne peut point acquérir cette vertu, et que l'on comprend que c'est un don gratuit de la miséricorde divine, on doit rester convaincu qu'L est indispensable de la demander à Fieu, la lui demander du fond du cœur, la lui demander sans cesse. Ut scivi, quoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det... adii Domiman^ et deprecutus sum illiim ex totis prœcordiis meis : Dcus putrum meorum, etc. [Snv. 8, 21). Aussitôt que j'ai reconnu, dit le Sage, que je ne pouvais garder la continence, si Dieu ne m'en aecor-

dait la grâce, l'e n'ai mis aucun retard à faire les démarches nécessaires, mais j'ai été sur-le-champ me jeter à ses pieds, et je lui ai demandé cette vertu du fond de mon cœur. C'est ce que faisait pareillement saint Augustin, comme il nous le déclare dans ses confessions : Continentiam jubés ; daguod jvhes, et jubé quod vis. [Lib. 10, cap. 29). Vous m'ordonnez, Seigneur, d'être chaste, disait ce Saint, avec un grand sentiment de ferveur, donnez le-moi donc, ô mon Dieu, puisque c'est un don qui vient de vous.

-436. — Ceci, me direz-vous, est un moyen nécessaire, nonseulement pour obtenir la vertu de chasteté, mais encore pour toute autre vertu. Pourquoi donc ici en faire une mention spéciale? C'est vrai, répond à cela Cassien, car pour acquérir toute sorte de vertus et pour extirper toute espèce de vices, on a besoin d'une assistance continuelle de la grâce de Dieu. Néanmoins, pourvaincrele vice qui tend à souiller la pureté, on a besom d'un secours tout à fait spécial de Dieu, comme renseignent les SS. Pères et comme l'apprend l'expérience de ceux qui ont possédé à rm degré parfait la vertu de chasteté .11 s'ensuit donc que pour cette vertu, plus que toutes les autres, on a absolument besoin de recourir à la prière : Rêvera cum in omnibus virhitum profectibiis et cunctorum expugnatione vitiorum Domini opus sit gratia, algue Victoria; in hoc prœcipue peculiare beneficium Dei, ac spéciale donum, et patrum sententia, et expérimenta purgationis ipsius, manifestissime declaratiir his qui eam meruerint possidere. [Inst., lib. m, cap. 6). En effet, quand l'Apôtre des nations se sentait tourmenté des aiguillons de la chair, et assailli par l'esprit infernal des plus pressantes tentations, la première chose qu'il faisait, c'était, de se recommander à Dieu de tout son cœur et de renouveler à plusieurs reprises ses prières et ses supplications. Datus est mihi stimulus carnis me œ Angélus Satance, gui me colaphizet. Pr opter guod ter Dominum rogavi, ut discederetame {i\y Ad Corinth., il, 7). Ses prières ne furent pas vaines, puisque le Seigneur lui donna l'assurance de sa grâce, et non-seulement il lui fut possible de préserver de toute souillure la robe blanche de sa chasteté, mais elle en dtwint encore plus belle et plus éclatante de blancheur. Sufficit tibi gratia mea, nam virtus in infirmitate perficitur.

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