‹ Guide ascétiqueChapitre 59 sur 89 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

évêqiie Martin ayant entendu parler avec les plus grands éloges de la grande pureté de cette personne, alla lui rendre une visite pour satisfaire le désir qu'il avait de faire connaissance avec une vierge si digne d'estime. A peine elle eut appris cela, qu'elle fit connaître l'intention où elle était de ne pas violer l'engagement pris et observé depuis longues années de ne pas voir une Dgure d'homme et de ne recevoir qui que ce fût dans sa demeure. A celte réponse , le saint évèque ne s'attrista, ni ne se troubla , il fut au contraire saisi d'admiration sur la sévère solitude à laquelle se condamnait cette vierge, et grandement édifié du soin jaloux avec lequel elle gardait le précieux trésor de sa virgiuilé. Après que l'auteur a fini le récit de ce beau trait /il conclut ainsi ; Aiidiant , qu^so , virgines istud exemplum , ut fores suas {si mali abire noluerint) etiam bonis claudant : et ne improbis sit accessus , ne vereantiir excludere sacerdotes. Totus hoc mundus audiat ; videri se a Martino virgo non passa est, {Dial. 2. cap. 18). Que les jeunes personnes écoutent avec fruit le récit de ce lait, dit Sévère Sulpice, qu'elles s'en pénètrent profondément, qu'elles tiennent les portes de leur demeure fermées même aux gens de bien , qu'elles ne fassent parS de difficulté de se tenir à l'écart même des ministres du Seigneur, afin que les méchsmts ne puissent point y avoir accès. Que le monde entier soit dans l'admiration en écoutant ceci : Une vierge se montra si jalouse de sa pureté qu'elle ne voulut pas être visitée même du grand évêque Martin.

427. — Quelqu'un pourra m'objecter que l'e veux en parlant de la sorte rendre impossible la société humaine. Je dirai que la charité exige sans doute que l'on converse avec les femmes, pour procurer leur bien spirituel et temporel. La nécessité en impose quelquefois l'obligation de concert avec la convenance. Se tenir donc éloignés complètement de ces personnes ne serait pas l'efiet d'ime prudence louable, mais d'une inconvenante rusticité. Je laisse à saint Cyprien le soin de répondre à celte objection. Il admet que les clercs eux-mêmes peuvent converser avec les femmes quand il s'agit de leur procurer quelque consolation charitable, ou leur adresser quelques avis spirituels. Snnt equidem nécessitâtes aliœ , quœ nos quoque vrivatim fœminas videre compellant , ut visitemus , ut solatia orœbeamîis , ut hortamenta vitalia salubriter intimemus. Mais pourtant il n joute ane ces devoirs officieux doivent être pratiqués par les ecclésias-

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tiqnos Je tt'llc manière qu'eu eux brille tonjours un rorlain lu:>tn' (le pureté, et qu'ils s'abstieuueut toujours de toute espèce de petite couliileuce lamilièn- d ' paroles, de gestes, de regards et d'actes de ga.lé, en moutraiit coustammeut une sévérité sans rudesse, et une mansuétude pleine de gravité; afin que ce soit, pour ainsi parler, une sorte de barrière qui empêche d'aller au delà des limites de l'hoiuièlete. et que les iemmes en recevant ces conseils et ces consolations spirituelles les acceptent avec des sentiments de respect et de déiérence pour le caractère du prêtre. C'est ainsi que peut se mettre en pratique le pr('cepte de l'Apôtre qui veut qu'eu tons nos procédés se manifeste ton jours une décence dont on ne doit jamais se départn'. Nec tamen in his ofjiciis minor cura agenda est j)ro moribus nostris, ut clarescant in nostra operatione indicia puritatis. Severitas non desit, quœ sub clerico /œminam possit astringere^ ut ipsa consolationem nostram suscipiat cum t remore , et ita sentiat visitationis affectum, et clcricum veneretur. Ac ne tardius sit evagariper singula, totum quidquid agimus , honestum esse potest , si signa honestaiis eluceant : sicut apostolus Paulus universa complexus est, dicens : Omnia vestra hjneste fiant. [De sing. Cleric.).

428. — De son côté saint Jérôme n'exige pas seulement que dans les visites des ecclésiastiques aux femmes, pour accomplir un devoir de leur charge, ils gardent une gravité convenable et une contenance digue de leur saint état; mais il veut encore que, quand pour de justes motils, ils sont obligés d'entrer chez elles, ils ne le fassent jamais seuls, et qu'ils ne s'entretiennent jamais ensemble, lète-à-tète, dans des conversations secrètes, mais qu'il y ait toujours une autre personne qui soit comme chargée de surveiller leurs mouvements, d'être témoin de ce qui se passe dans ces entretiens et qui puisse garantir leur bonne réputation. Si propter oflicium clericatus, aut vidua visiletur, aut virgo, nu?iguam domum solus introeas. Taies habeto socios, quorum contuberniis non infaineris. Solus cum sola, secreto, et absque arbitra vel teste, non sedeas. {Ad Nepotian.). Il confirme ce qu'il vient de dire par ces paroles de lEsprit-Saint : Cum muliere aliéna ne sedeas omnino. Telle était la règle que suivait saint Augustin , suivant l'auteur de sa vie, PossiJius : Si forte ab aliquibus fœminis, ut videretur, vel salularetur, rogabatuTj minquam sine clericis testibus ad eas intrabat, vel Siiliis cum solis nunquam est locutus, nisi secretorum aliquid i«-

ffj-efisct. Cet historien nous dit : Si Augustin était prié par que!» ques femmes de s'entretenir avec lui pour certains motifs de nécessité ou de convenance, il n'entrait jamais dans leur maison sans être accompagné de ses clercs. Il ne parlait jamais lète-àtète, seul avec elles. Si pourtant l'objet sur lequel on avait à lui parler était de nature à exiger le secret, il savait y condescendre. Celui donc qui a promis à Dieu de garder la chasteté, doit se comporter de cette manière et prendre toutes ces précautions dans les visites qu'il rend à des personnes du sexe, et, en agissant de la sorte, il sera à l'abri de toute crainte. Quand on s'approche du feu avec les précautions indispensables, on ne s'y brûle pas, mais on s'y réchauffe.

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