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CHAPITRE VIII

AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LB SUJET TRAITÉ PANS LE PRÉSENT ARTICLE.

439, — Premier avertissement. En admettant que sur d'autres matières un directeur se montre partisan d'opinions indulgentes et modérées , en ce qui touche la conduite de ses pénitents, il ne doit pas agir de la sorte , en ce qui regarde la matière qui vient d'être traitée dans cet article. Un cavalier qui guide sa monture sur la pente d'un chemin glissant , ne lui lâche pas la bride, mais il la retient fortement, parce qu'il craint que son coursier ne lasse quelque faux pas et ne le jette dans un bourbier. Or, il n'y a pas de vice dont la pente soit plus glissante que celui de l'impureté ; il n'est point de passion plus mal aisée à réprimer que la concupiscence. Si donc le directeur ne serre point le frein à son pénitent, en lui appliquant les opinions les plus rigides de la morale théologique , et lui donnant les conseils les plus sévères, il le verra bientôt se fourvoyer de la bonne route, et tomber dans la fange de quelque faute grave. Il doit leur rappeler constamment cette maxime très-commune parmi les théologiens, qu'en ce qui regarde ce vice , il n'existe pas de matière légère ; il doit en bien pénétrer l'esprit de ses pénitents. Tout manquement en cette matière est grave, toute chute est mortelle. Il doit se montrer sévère pour que les femmes vivent retirées dans leur maison, se tiennent à l'écart de la fréquentation et de la familiarité des hommes, parce que l'expérience nous prouve tous les jours que les femmes en vivant dans la retraite mènent une vie pure, et que quand elles s'exposent à vivre familièrement dans la société des hommes, elles sont très-fragiles. On peut comparer les femmes à la neige, qui, cachée sous la terre, se conserve dans toute sa candeur , mais quand elle est exposée au contact de l'air et mise à découvert, elle se iunJ et perd sa blancheur.

Les fommes rcsscmlilent à un cristal, qiii, enformé flans une armoiro, y j::arde tout son éclat cl toute sa pure diaphanéité j mais si on le tire de l'endroit où il (Uait caché, qu'il passe sous les yeux de tout le monde, aussitôt il se brise et perd la beauté dont il était paré. Écoutez ce que saint Jérôme écrivait à Salvine , illustre dame romaine , qui à la fleur de sou âge était devenue veuve. Le saint Docteur ne se borne pas à lui défendre de converser avec des hommes qui lui sont étrangers, mais encore avec ses propres serviteurs, et il lui conseille de choisir parmi eux un chef qui soit un des plus âgés et de mœurs frèsirréprochables par l'entremise duquel les ordres de la maitres.se de la maison seront communiqués aux autres hommes qu'elle a à son service. Quid jacit viâua intcr j.imiJiœ mnliitudinem ? inter ministrorum grèges ? Qiios nolo conlemnat ui famulos , sed utviros erubescat. Cert' si ambitiosa domus hœc officia flagitat prœficiat his senem honestis moribus, n'/us honor dignitas Domiuit sit. C'est ainsi qu'ont jarlé les Saints les plus célèbres de la sainte Eglise. Le directeur doit voir par ceci, avec quelle sévérité il convient de procéder en cette matière.

440. — Deuxième avertissement. Le directeur doit recommander à ses pénitents qui aiment la sainte chasteté, une grande promptitude à repousser les premières tentations, parce que, comme dit saint Grégoire, quand la tentation débute dans le cœur, si l'on n'a pas soin d'y résister tout de suite, le retard lui donne une grande vigueur. Si autem tentaiioni in corde nascenti jestine non resistitur, hœc eadem qua nutritur , mora roboratur. Lorsque cette tentation s'est développée et a pris dans le cœur une racine profonde , combien il est difficile de f'en extirper! Le directeur doit donc dire à son disciple, que certaines mauvaises pensées auxquelles s'arrête son esprit sont comme des étincelles du feu infernal que le démon lance dans son cœur, comme sur un objet, qui, de sa nature, est tout prêt à s'enflammer,et si l'on n'a pas soin d'étouffer de suite ces étincelles, il en résulte bientôt une flamme intense qui brûle une âme infortunée et la réduit, pour ainsi parler, en cendres. Il doit donc engager son pénitent à taire comme quand on est près d'un grand feu, et qu'il s'en élance une étincelle sur les vêtements. Ou se garde bien de l'y laisser un seul instant, et on s'empresse de la secouer. C'est ainsi que l'on doit se hâter de se délivrer proœptemeut de ces étincelles du feu infernal. Si on

les laisse môme un très-court instant s'arrêter dans l'âme, elles brûlent la précieuse robe ^de sa pureté et lui font à ellemême une mortelle blessure.

AH. — Un frère convers demanda à saint François la permission de retenir auprès de lui , comme sa propriété, un psautier. Non, lui répondit le saint patriarche, car si vous ne surmontez pas cette tentation, bientôt vous voudrez retenir aussi le bréviaire tout entier, puis vous désirerez d'avoir d'autres livres et ainsi en vous persuadant que vous y entendez quelque chose, vous éprouverez le désir insensé >ie paraître sur une chaire comme si vous étiez un grand théologien. [Chronic. Franc, lib. ii, cap. 20). Le Saint, voulait faû-e ainsi comprendre combien les tentations se dilatent , s'accroissent, envahissent totalement une âme, si l'on n'a pas soin de les étouffer lorsqu'elles sont encore , pour ainsi dire , au berceau. {Quanclo è bamhina). Cela est d'autant plus vrai dans le sujet que nous traitons , que les tentations contre la chasteté sont, comme il a été déjà dit, de véritables étincelles infernales, qui, si on n'a pas soin de les étouûer à l'instant même, peuvent promptement allumer un violent incendie , où périra malheureusement une âme qui hésite et met de la négligence à s'en délivrer.

442. — TnoisiÈME avertissement. — Le directeur ne doit pas se borner à exiger que son pénitent lui découvre toutes les fautes qu'il a pu commettre contre la pureté, mais il doit aussi l'engager à lui découvrir toute sorte de pensées et de tentations qu'il a pu avoir contre cette sainte vertu, en y joignant les occasions auxquelles ce pénitent s'expose imprudemment j car il n'y a pas de moyen plus puissant que ces aveux détaillés pour le mettre à l'abri de toute espèce de danger pour son âme. Tel est le conseil que donne Gassien: {Collât. 2, cap. M). Ilabet (homo) non adversus visibiles , sed invisibiles , atque immiles hosies diurnum , nocturnumque confiictnm ; nec contra unutn , seuduos, sed contra innumerabiles catervas spirituale certamen: cujus casus tanto periculosior cujicfis, quanio et infestior mimicus, et congressus occultior. Et ideo semper seniorum summa cautione sunt sectanda vestigia, atque ad eos cuncta, quœ in nostris cordibus orientur , sublalo confnsionis velamine defe» renda. Nous avons, dit-il, à soutenir un combat continuel de jour et de nuit, contre des ennemis d'autant plus iormiJablcs

qu'ils sont invisibles, et le combat est à livrer, non pas contre uu on deux, mais contre d'innombrables et terribles adversaires; et ce qu'il y a de pire, c'est que la déiai'e est d'autant plus dangereuse, que la rage de ces ennemis est excessive, et que leurs assauts se lontà l'oinVire. C'est pourquoi nous devons accepter les couseils (pie nous dorment nos pères spirituels ef leur ilécouvrir en secouant toute honte les pensées mauvaises qui s élèvent au fond de notre cœur. Ce grand écrivain ascétique nous assure qu'en agissant ainsi, nous serons en sûreté contre les embûches et les assauts de nos ennemis de l'enter. Qua institutione formatas, non modo ad perfectam discrelionis rationem quisque perveniet verum etiam munitus, a cunctis insidiis inimici iutissimus mrmanebit. {Eod. cap. 14). Un peu auparavant il avait dit que celui qui ne se laisse pas entraîner par la honte à cacher quelque mauvaise pensée ou quelque désir pervers à son directeur, ne pourra jamais devenir le jouet de l'ennemi infernal, quelles que soient les astuces qu'il pourra employer à son égard. Non valebit ignorationi ejus callidus hostis illudere, qui universas cogitaiiones in corde nascentes periciilosa verecundia nescit ohtegere. ( Id. cap. 20 , ejusd. collât.). Les raisons sur lesquelles il s'appuie sont celles que j'ai exposées ailleurs, en disant que le démon se comporte comme le voleur qui, quand il est découvert, s'enfuit et se cache, et puis encore parce que l'àme elle-même, par le secours des conseils et des exhortations qu'elle reçoit de son directeur, et surtout par les grâces abondantes dont Dieu veut bien la gratifier pour la récompenser de ses aveux sincères , acquiert plus de force et d'intrépidité pour combattre et devient par conséquent ainsi plus assurée de remporter la victoire.

■443. — Quatrième AVERTISSEMENT. — Le directeur doit faire sentir à son pénitent combattu par des tentations contraires à la sainte pureté, le besoin de pratiquer certaines mortifications discrètes, telles que des jeûnes, l'emploi du ciliée ou de la disciplijie, en se conlormant à ce que nous en avons dit dans le chapitre septième, parce que ces macérations corporelles sont d'une grande utilité pour réprimer les rébellions de la chair et pour obtenir de Dieu des grâces abondantes, afin de pouvoir résister à ces aiguillons d'incontinence. C'est ainsi qu'agissait la mère de saint Edmond, lorsque son fils étudiait dans une ville éloignée. Chaque lois qu'elle lui envoyait du Imge ou des vèt6-

ments, elle avait soin d'y cacher tantôt nn cilice, tantôt une discipline, afin que son jeune fils, mortifiant son corps par ces divers instruments de pénitence, pût facilement conserver dans foute sa blancheur le lis de sa pureté. Et en eflet, Edmond, en macérant ainsi son corps innocent , conserva sa virginité jusqu'à l'heure de sa mort. Le directeur doit donc mettre en œuvre auprès de ses pénitents ces saintes industries.

444,. — Cinquième avertissement. — Le directeur ne doit pas oublier que si la virginité est plus digne d'estime que la chasteté conjugale, néanmoins une personne mariée peut être plus parfaite et plus vertueuse qu'une vierge. C'est ce qu'enseigne saint Thomas, parce que la personne mariée peut avoir plus de disposition et plus de promptitude à garder la continence, si cela est plus expédient pour le service de Dieu, que toute autre personne qui possède actuellement le trésor de la virginité, car en ce cas le sentiment de la chasteté gravé dans le cœur qui est rempU de cette aûecliou pure est préférable même à l'état de virginité, quoiqu'en cette personne celle-ci ne soit pas eflective et réelle. Licet virginitas melior sit, quam continentia conjugalis , potest tamen coniugatus melior esse quam virgo, duplici ratione: jjtimo quidem ex parte castitatis, si scilicet ille, qui est covjngntus, haheat animum magis paratinn ad virginitatem servanduin , si oporferef , quam illo qui est virgo. (2, 2, Qu. 152, num. 4, nd 2). Le saint Docteur s'appuie sur l'autorité de saint Augustin, dans l'endroit où instruisant une vierge , il la lait pai*ler ainsi : Ego non sum melior quam Abraham. {De bono conjug. cap. 22). Quoique je garde le célibat, je ne suis pas meilleure qu'Abraham, et il lui explique la raison pour laquelle ce langage lui convient : parce que la vie que je mène, lui fait-il dire, il l'aurait menée d'une manière plus parfaite que moi, s'il avait jugé devoir vivre dans cet état, et la vie qu'Abraham mena, je ne l'aurais pas menée avec une aussi grande perfection que lui, si j'avais trouvé à propos de vivre dans la même position. Et rationem postea subdidit dicens: Quod enim nunc ago , melius ille egissety si tune agendum esset. Quod autem illeegit, sic ego non agerem, etiam si nunc agendum esset. En outre, saint Augustin établit un parallèle entre le célibat de saint Jean Baptiste et l'état conjugal d'Abraham, et dit que tous les deux, selon les différents temps où ils vécurent , ont été des soldats du Christ, avec celte diiïé-

n-<i — o.iJ

rencc qno Jean poss(^aa la roiitiiu'iicc dans los œnvros, tandis qn'Abrahani la posséda par la disposition habituelle de son esyril. Augustinus dicit in lif>roJe bono conjugali, quod Joannis cahhatus r( Abrahœ connubium pro femporum dispositio7ic pro C/tristo militaverunt: scd Juannes continentiam in opère , Abraham vero in solo habita habuit. {Eod. locoin respons. adi). J'ai mis tont ceci sous les yeux du directeur, afin de lui iaire comprendre qu'il ne doit pas se contenter de cultiver la belle fleur de la virginité dans le cœur des jeunes personnes des deux sexes , dans celui des veuves et des ecclésiastiques, mais qu'il doit s'appliquer aussi beaucoup à la faire fleurir dans le cœur des époux; car ils sont capables de s'élever à un très -haut degré de periection dans la vertu de chasteté, s'ils observent ce que j'ai exposé dans cet article , et surtout si leur âme possède un grand détachement et s'ils conservent toute la continence qui convient à leur position.

AUTIGLE X.

I^B M VERTU DE DOÏÏCEVE»

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