BAINS ET DOUCHES
nous l'avons déjà dit, d'une immense réputation.
Le caplage gallo-romain, mis à nu à l'époque des nouveaux travaux, a été en partie respecté et remplacé seulement dans ses points faibles , par un captage nouveau.
Le parc naturel de la source est la forêt de la Voivre, distante de 50 mètres seulement.
Son débit est de 90 litres par minute; sa température est de 11° centigrades.
Les personnes qui ne veulent pas quitter le parc de l'établissement trouvent l'eau de la source Salée dans un pavillon où elle est distribuée chaque matin.
Bains et Douches.
Les bains, qui laissaient autrefois à désirer, viennent d'être restaurés à. neuf et ne présentent plus cet état d'inforiorité qui pouvait, à juste titre, leur être reproché.
Bien que les bahis ne soient, en général, employés que comme adjuvant du traitement par la boisson, le malade et le médecin n'en sont pas moins sensibles à une installation complète et soigneusement entretenue.
Les douches qui présentaient à Vittel, il y a quelques années, un état absolument rudimentaire, sont aujourd'hui installées avec la dernière perfection. Douches froides, chaudes, écossaises, latérales ou en pluie, ascendantes, bains de siège à eau cou-
rante, etc. , etc., lieii ne manque au système installé d'après les dessins de M. A. Boulouinié, directeur de l'établissement, après une étude <^)profondie des améliorations qu'il était possible d'apporter aux installations de nos plus grands établissements.
La Journée du Buveur d'eau.
Le buveur se lève entre cinqlicures et sept lieures, descend aux sources (;t boit ses verres d'eau de quart d'beure en quart d'heure généralement, en causant, se promenant et jouant.
Le jeux ])référés à Vittel et le plus en harmonie avec les nécessités du traitement, sont : le croquet, les boules, les quilles, le tir au pistolet et à la carabine, le billard.
Le dernier verre d'eau est pris à neuf heures alin de pouvoir déjeûner à dix heures.
Après le déjeûner, chacun dépouille sa correspondance et y répond; les uns lisent les journaux, quelques-uns font la sieste, d'autres se donnent rendez-vous à la salle de jeu.v.
A trois heures l'animation dans le parc recommence, le traitement repi'end ses droits, traitement facile, car il consiste à boire encore quelques verres ou demi-verres d'une eau agréable et rafraîchissante.
Les aniiiteurs du tir aux pigeons se donnent deux fois par semaine rendez-vous sur la piste.
Les exciirsiomiistes, qui se sont mis en règle avec le docteur, manquent à Tappel et ne rentrent qu'à six heures pour le dîner.
Les promenades et excursions se font, au gré de chacun, à pied, à cheval ou en voiture.
Après le dîner, une promenade d'une heure environ, soit sur la terrasse du parc, soit en ville, soit sur la route de la forêt, précède généralement l'entrée dans les salons.
Deux ou trois fois par semaine, l'excellente troupe de M. Guidon, exclusivement attachée au théâtre de l'établissement, donne les plus charmantes représentations. L'opéra comique, l'opérette, la comédie et le vaudeville se disputent les sulfrages d'un piihlic distingué.
Le bal réclame les soirées que le théâtre lui laisse et en cède avec peine quelques-unes aux concerts et aux représentations extraordinaires données par les artistes de passage. A onze heures au plus tard, toutes les lumières sont éteintes et un sommeil profond, premier et immanquable bienfait du traitement, vient préparer les forces nécessaires à une journée nouvelle.
Excursions aux Environs.
Les environs de Vittel présentent la variété la plus charmante de souvenirs historiques, de ruines et de sites pittoresques, en un mot, tout ce qui peut charmer le touriste et reposer l'esprit du malade. De bonnes
voitures roulant sur de belles routes le transportent chaque joui* à Chèvre-Roche, à Bonneval, à la Hutte, à Droiteval, au Chêne des Partisans, aux ruines de Lamothe, à Domrémy-la-Pucelle, à Lorima, à la vieille forteresse de Montfort, aux tours de Seychelles, ali château de Saint-Baslemont, au château de Houécourt , aux houillères de Norroy, de Mandres et de Saint-Menge, à Mattaincourt, etc., etc.
Nous allons emprunter ici une partie de nos descriptions à un ouvrage plein d'intérêt dù à M. l'abbé Chapiat, curé de Vittel (1).
PREMIÈRE EXCURSION
Chèvre-Roche, les tours de Seychelles, l'église de Relange.
Jolie route montant insensiblement une vallée agréable, longeant au nord la forêt de Battreau, dont les ombrages protègent les voyageurs contre les ardeurs du soleil, puis atteignant la crête des monts Faucilles et offrant tout à coup à l'œil ravi du voyageur un magnifique panorama : d'immenses forêts dont les sombres })rofondeurs, baignées dans les brumes du matin, ont l'aspect grandiose et mouvementé de l'océan ; çà et là des villages blanchissent comme des récifs ; au fond bleuit le sommet incertain du ballon d'Alsace.
Après avoir traversé le village de Thuillière^ jadis enclave de la France avec Monthureux et Valleroy au sein des terres Lorraines, on arrive à Chèvre-Roche.
Chèvre-Roche doit son nom à un énorme bloc errati-
(1) Vittel, par M. l'abbé Chapiat, membre de Tlnstitut historique, deFAcadémie lorraine de Stanislas, chevalier delà Légion d'honneur.
EXCURSIONS AUXENVIRONS.
que de grès bigarré au sommet duquel se trouvent les ruines d'une chapelle dédiée à Notre-Dame de Consolation. L'ermite, gardien de la chapelle, nourrissait quelques chèvres dont le lait suffisait à sa subsistance.
A côté de Chèvre-Roche se trouve Saint-Antoine habité autrefois par un ermite. Imaginez-vous une longue vallée bordée d'un côté par une route pittoresque tracée au milieu dune forêt de chênes et de hêtres séculaires, de l'autre, tantôt par des rochers abrupts sur lesquels poussent des genévriers et des bruyères, tantôt par des massifs de sapins. Un ruisseau d'eau limpide coule discrètement sous l'herbe au fond .de la vallée ou bondit écumeux en cascades bruyantes. Dans la forêt sont tracées de nombreuses promenades conduisant à l'extrémité de la vallée et permettant au piéton et au cavalier de découvrir successivement tous les trésors de ce délicieux petit coin de terre.
Je dois à mes lecteurs un conseil : ne partez pas de Vittel sans aller un jour déjeùner à Chèvre-Roche.
Pour rentrer à Vittel, prenez la route de Darney, et vers l'extrémité de la forêt vous rencontrerez à votre droite les tours de Seychelles détruites presque complètement aujourd'hui : ces tours faisaient partie de la commanderie des Templiers d'Esley ; c'est dans leurs I sombres cachettes que se réfugia, pendant les troubles de la Fronde, le cardinal de Retz et qu'il écrivit une partie de ses mémoires.
En passant à Relanges, n'oubliez pas de visiter son antique église romane, bâtie par les moines bénédictins en 1049.
Vous continuerez par la forêt en suivant la route de la vallée de la G-abiole, tracée hardiment comme celle de la Schlucht dans les flancs abrupts de la montagne ; vous suivrez la route de Provenchères et Lignéville où vous pourrez en passant visiter l'ancienne chapelle castrale de la famille des Lignéville, autrefois un des grands chevaux de Lorraine.
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UErXIlblK EXCURSIO.N.
Bonncval, la Belle-Rodie, Saint-Baslemont.
Même route que pour Chèvre-Roche ; les piétons peuvent prendre le sentier dit : Chemin des bourriques. Arrivés dans la forêt des Thuillières, vous laisserez à votre gauche la vallée de Chèvre-Roche et vous suivrez celle de Bonneval, charmante aussi et pleine de fraîcheur et de mystère. La tranchée débouche sur un riant vallon bordé au midi par une ligne de sapins plusieurs fois séculaires et arrosé par l'eau d'une source abondante. C'est à l'ombre de ces sapins que vous installerez le couvert, si vous avez emporté votre déjeùner; c'est dans cette source que vous ferez frapper le Champagne. A quatre pas de là vous trouverez dans un moulin du beurre, des œufs, du lait, une bonne friture, du cidre et ail besoin une franche hospitalité, si le mauvais temps vient à vous surprendre.
L'intérêt de l'excursion pour les historiens et les archéologues se concentre sur les ruines de l'ancienne abbaye des Augustins du bienheureux père Fourrier. — A une faible distance dans la forêt, en suivant le chemin creux taillé dans le rocher, vous arriverez à la Roche, dans laquelle un pauvre maçon du dernier siècle sculpta avec une naïveté conforme à la nature sauvage du lieu les scènes de la Passion.
A votre retour, arrêtez-vous un peu au château de Saint-Baslemont, donnez un souvenir à Alberte d'Hernecourt, la Jeanne Hachette de la Lorraine. Née à Neuville, en Verdunois, en 1607, elle épousa Jacques d'Haraucourt, seigneur de Saint-Baslemont. Pendant que son mari guerroyait au service du duc de Lorraine, elle défendit seule son château et ses terres ; vêtue de la cotte de mailles du soldat, fière sur son cheval de bataille, l'épée au côté, les pistolets à l'arcon, elle marchait à la tête de ses vassaux. Un jour elle trouve seule
EXCURSIONS AUX ENVIRONS
rois cavaliers qui dételaient les chevaux de sa charrue, îUe s'élance, leur fait lâcher prise et les met en fuite. Dans une autre circonstance, acculée dans une chambre par dix-sept assaillants, elle se défend avec courage et parvient à se dégager. Dans les assauts elle est la première à la brèche. Un officier l'ayant provoquée en duel, elle accepte, se rend à pied sur le terrain, et trouve son adversaire caracolant sur un cheval magnifiquement caparaçonné. A sa vue, il met pied à terre ; elle le salue courtoisement, saute sur son cheval en disant: « Une honnête femme ne se bat pas en duel », et, avant qu'il fût revenu de son ébahissement, elle avait piqué des deux au milieu des éclats de rire des témoins et avait disparu.
Pour varier votre route, revenez par Monthureux-le- Sec et Valleroy, Entre ces deux villages, vous laisserez à votre droite le château de Grésil illustré par une cause célèbre.
TROISIÈME EXCURSION
Le Chêne des Partisans et le Chêne Henri,
Le chêne des Partisans est situé sur le bord de la forêt, près du village de la Vacheresse. C'est un arbre gigantesque et remarquable par son étendue, sa hauteur, ! sa belle végétation. Il a treize mètres de circonférence à sa base, trente-trois mètres de hauteur et vingt-cinq mètres d'envergure ; son tronc, quoique conique, n'est point caverneux^ et l'on ne voit pas une branche sèche dans son dôme immense. C'était sous cet arbre que les partisans lorrains se réunissaient pendant le siège de Lamothe pour inquiéter les troupes ennemies (1).
On admire aussi dans la même forêt un arbre plus beau peut-être que le chêne des Partisans, c'est le chêne Henry;
(1) Gley. — Géoçjrophie physique et historique des Vosges.
L'excursion étant un peu longue, vous pourrez partir le matin à neuf heures, arriver vers dix heures et demie et déjeùner à Fombre des branches du géant.
Si vous voulez revenir par Bulgnéville, vous traverserez toute la forêt, après avoir longé le champ de bataille où Antoine, comte de Vaudemont^, battit et fit prisonnier j René d'Anjou, duc de Lorraine. Vous passerez sur le pont Bg^rbazan. Barbazan (( qu'estait moult valeureux » commandait le contingent français envoyé par le roi au secours de René d'Anjou. Comme Bayard, il soutint seul le choc de l'ennemi, à la tête du pont, pendant que les débris de l'armée cherchaient un refuge dans la j forêt ; il tomba enfin mortellement blessé, victime de son ' dévouement à ses soldats.
QUATRIÈME EXCURSION
Lorimn. — M ont for t.
Voici une excursion facile dans les environs de l'établissement même. Je pars en voiture, je suis la route de Haréville, je traverse la forêt Maximoy, et, après avoir gravi la rampe un peu rapide qui longe les vignes de Laneuveville, j'arrive au sommet de Lorima dit: le poi?it de vue. Si je préfère la route à pied, je prends, en partant de l'établissement, le sencier des vignes et, parvenu au sommet, le sentier de la forêt qui n'est autre que la voie romaine, je fais ainsi environ trois kilomètres au milieu des bois avec des échappées sur les vastes plaines qui s'étendent au pied de la colline.
De Lorima, j'aperçois très-nettement la ligne bleue des montagnes des Vosges: à l'extrémité à droite Belfort avec ses deux monts d'avant-garde, ensuite le Honeck, Gérardmer,le ballon d'Alsace, le col du Bonhomme, la grosse Pierre, le champ du Feu, le Donon, l'Ormont, etc., etc., et, en avant de cet admirable fond de tableau, les immenses plaines fertiles des Vosges entrecoupées
EXCURSIONS AUX ENVIRONS
de nombreuses forêts; enfin, au dernier plan, près de moi, la ligne des Faucilles. A mes pieds coulent les affluents des trois grands bassins de l'Est, la Meuse, la Moselle, la Saône. D'innombrables villages, à demi cachés dans la verdure des vergers, tantôt couchés au fond des vallées, tantôt accrochés au flanc des coteaux, [donnent au paysage l'animation la plus charmante.
En face et tout près de moi est Montfort, aux flancs barnis de riches vignobles ; si je descends la pente caide de Lorima pour remonter celle de Montfort, je vois les ruines du célèbre château fort qui défendait la vallée et le village de Laneuveville réfugié à ses pieds. Laneuveviile fut bâtie avec les ruines de Sugènes, ville romaine détruite par les Barbares.
Avant mon départ, j'entre à la ferme de Maxim oy où ie bois un bol de lait délicieux.
CINQUIÈME EXCURSION
La Hutte, Droiteval, la Flanchotte.
Par un beau jour, alors que votre esprit léger aura des dispositions vagabondes, faites en sorte d'avoir bu votre dernier verre d'eau à 9 heures précises, montez immédiatement en voiture enayanteu soin de demander la veille au maître d'hôtel de vous préparer un solide 'dejeùner froid, sans oublier les écrevisses de la Meuse jfortement épicées, et dirigez-vous vers la vallée de la Hutte, Droiteval, la Planchotte. Vous prendrez la route de Darney, que vous connaissez déjà, en passant devant IChèvre-Roche, Saint-Antoine, les tours de Seychelles. [Après être sorti de la forêt, vous serez dans dix minutes à Darney, jolie petite ville traversée par la Saône naissante, dont la source esta 6 kilomètres au Nord-Est. Au sortir de Darney la route passe devant le Calvaire du célèbre Gerdol, pour s'engager de nouveau dans les grandes forêts de hêtres qui protègent de leur ombrage