EFFETS P H Y S I 0 L 0 G 1 Q U E S
Si quelqu'un doutait encore de la consanguinité de la gravelle et de la goutte, une saison à Contrexéville l'aurait vite détrompé. C'est, par excellence, le pays des goutteux qui ont la gravelle et des graveleux qui ont la goutte. Sous l'inlluence de ce traitement, les accès de goutte s'éloignent et s'affaiblissent d'abord, puis disparaissent pour ne revenir que si le malade méconnaît à nouveau toutes les lois de l'iiygiène. Certains de nos clients, dont l'histoire détaillée serait trop longue à rapporter ici, n'ont pas eu d'accès depuis six, huit et même douze ans, alors qu'auparavant ils avaient chaque année un ou plusieurs accès de goutte, soit articulaire, soit viscérale, car ces manifestations redoutables de la maladie (goutte remontée) se trouvent, en particuher, fort bien de Contrexéville.
Voici, du reste, à ce sujet l'opinion de deux médecins compétents à différents titres : le premier, le professeur Charcot, dans ses leçons recueillies, en 1868 par le Bail, également professeur, s'exprime ainsi :
Les eaux de Contrexéville sont très-utiles dans la goutte chronique : administrées dans les cas de goutte ancienne avec dépôts tophacés, elles donnent des résultats favorables.
Le second, M. le D^" Potton, goutteux, et combattant, comme il le dit, pro domo sua, a, dans une étude comparative sur les effets spéciaux de quelques sources minérales dans la goutte, publiée i Lyon en 1869, écrit que, « dans la goutte viscé-
CONTREXÉ VILLE .
raie, son choix se porte plus spécialement sur les eaux calciques magnésiennes de Contrexéville ». Je ne connais pas, ajoute l'auteur, de médication plus sûre pour régulariser les fonctions dans cette sorte de goutte.
En résumé, nous dirons que Contrexéville, combattant efficacement la diathèse urique, convient à la goutte en général. Nous ajouterons que, ne présentant pas les dangers de la cachexie sodique, elles éviteront, surtout dans les cas de goutte chronique, les déceptions, malheureusement trop fréquentes, auxquelles donne lieu l'usage trop répété des antigoutteux ou celui des alcalins énergiques et du bicarbonate de soude, en particulier, si redouté de notre regretté maître. Trousseau.
Le catarrhe de la vessie, quoique se rencontrant aussi chez des hommes jeunes, est, par excellence, la maladie des vieillards, dont la prostate, toujours volumineuse, et une vessie peu contractile, occasionnent la stagnation de l'urine avant son émission et sa décomposition.
Il n'est peut-être point d'^ maladie contre laquelle on ait dirigé des médications plus multipliées que contre le catarrhe de vessie : l'arsenal thérapeutique a été épuisé en vain, et le nombre des préparations pharmaceutiques qui ont été préconisées demeure la meilleure preuve de leur inefficacité. A Contrexéville, après quelques jours de boisson, les urines, qui étaient troubles, épaisses, filantes, s'éclaircissent ; leur dépôt muqueux diminue, elles exhalent une odeur moins désagréable ; les envies
EFFETS PHYSIOLOGIQUES
d'uriner, qui réveillaient les malades sept ou huit fois par nuit, n'interrompent plus leur sommeil qu'une ou deux fois ; le sentiment de pesanteur du bas-ventre se dissipe; la miction devient plus facile, et les malades sont ravis de voir avec quelle force ils expulsent leur urine. Cette amélioration fait chaque jour de nouveaux progrès, et finit par se transformer en une guérison après une ou deux saisons.
(( L'eau minérale de Contrexéville, dit M, Civiale, a surtout pour elfet de ranimer la contractilité vésicale, presque toujours affaiblie dans cette mala* die. Plusieurs de mes malades affectés en même temps d'atonie et de catarrhe grave, auxquels j'avais conseillé les eaux de Contrexéville, en ont obtenu de si bons effets qu'ils y sont retournés de leur propre mouvement (1). »
Coliques hépatiques. — L'eau de Contrexéville a donné également des résultats remarquables dans les coliques hépatiques, surtout chez des malades débilités.
L'effet laxatif produit par l'ingestion de l'eau en rend l'indication précise chez les hépatiques dont les fonctions intestinales ne se font pas.
L'eau de Contrexéville, par ses qualités reconstituantes, compte ses principaux succès chez des malades que des crises nombreuses avaient rendus anémiques.
(1) Traité pratique sur les maladies des organes génito-urinaires, t. m, p. 425,
Diabète. — Notre expérience personnelle nous fait confirmer de tout point les résultats qu'a signalés, en 1876, après sa première année de pratique hydrominérale, le D"" Brongniart, dans un mémoire sur le traitement du diabète goutteux, à Contrexéville.
Beaucoup de goutteux sont atteints de diabète qui ne s'en aperçoivent que lorsque la maladie est devenue assez grave pour en rendre la guérison problématique. Parmi les cas que nous avons observés, nous signalerons seulement les deux plus importants dans lesquels deux malades, dont les urines contenaient 400 et 120 grammes de glycose par litre, ont vu celui-ci disparaître rapidement sous l'influence de la cure et sa7is régime alimentaire spécial. Chez Tun d'eux, l'année suivante, le sucre n'avait pas reparu ; nous n'avons pas revu l'autre, mais d'autres exemples de diabète goutteux avec des quantités moindres de sucre ont été suivis par nous, et le traitement avait toujours, très-heureusement, modifié la constitution. Lorsque les malades, qui échappent à notre observation dans l'intervalle des cures, revenaient à Contrexévifie, le glycose, s'il persistait, y était toujours en quantité de beaucoup inférieure à celle de l'année précédente.
Parmi les maladies qui viennent encore faire appel à Tefficacité de Contrexéville, on doit encore citer certaines dyspepsies, les maladies de la prostate, l'uréthrite chronique, la spermatorrhée, le catarrhe utérin; mais nous craindrions, en rapportant les excefients résultats que nous avons obtenus
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dans ces maladies, de surcliarf,'-er le cadre nosologique de notre station et d'embarrasser Je praticien aussi bien que le malade. Nous terminerons donc ce court exposé des maladies traitées à Contrcxéville en signalant, pour chacune d'elle, les bons effets de l'action tonique et reconstituante de cette eau minérale, si précieuse à ce point de vue chez notre génération anémiée.
D"" Debout d'Estrées.
DESCRIPTION
Gontrexéville est situé dans la vallée du Vair, sur les confins du grand massif de forêts connu des étrangers sous le nom générique de Forêt de Bulgnéville.
Son aspect est celui d'un village plus propre et mieux bâti que ses voisins. Aux flancs des collines qui l'enserrent de toutes parts, sont dessinés de nombreux jardins dont quelques-uns renferment des chalets ou des kiosques rustiques. Il est traversé par un petit cours d'eau, le Vair.
Le Vair a sa principale source dans le village ; cette petite rivière, après avoir reçu dans le parc un affluent, le ruisseau de Surianville, continue son cours vers le Nord pour aller se jeter dans la Meuse, près de Domrémy-la-Pucelle.
CO^TREXEVILLE.
Contrexéville ne possède pas d'histoire; on sait seulement que le village fut brûlé par les Suédois pendant la guerre de Trente ans : seule, la tour de Téglise échappa à l'incendie ; elle paraît remonter au xi° siècle; quant à l'église elle-même, elle n'a aucun caractère. Les maisons du village, qui toutes sont bâties d'après le type adopté de longue date en Lorraine, font place peu à peu à des hôtels modernes, en rapport avec les habitudes des visiteurs ; les hôtels de la Providence, de Paris, des Apôtres, de France, se sont récemment élevés sur remplacement de maisons de cultivateurs.
Quoique la première cure, à laquelle Contrexéville doive sa célébrité, date de 1759, ce n'est qu'en 1774 que le D"" Thouvenel, médecin de Louis XVI, fonda l'établissement, capta les sources et analysa leurs propriétés dans son Mémoire chimique et méclecinal sur les Eaux de Contrexéville en Lorraine (1).
Pendant la période révolutionnaire qui suivit \ 789, la source délaissée fut vendue et devint la propriété d'un particulier dont la plus grande richesse était une famille nombreuse (2) Après avoir passé par les mains de divers propriétaires, Contrexéville fut, en 1864, acheté par une société de financiers qui y apportèrent de notables améliorations, créèrent l'établissement actuel et firent reprendre le captage des sources du Pavillon, du Prince et du Quai.
(1) Paris, chez Valade, libraire, 1774,
(2) Un mot sur les Eaux' minérales de Contrexéville. Épinal, 1837, p. 13 et 14.
CONTR EXÉVILLE .
L'Établissement.
L'Établissement dans lequel existent les trois sources dont je viens de parler est placé au couchant du village, dans la presqu'île formée par le Vair et le ruisseau qui vient de Suriauville.
Les bâtiments qui se trouvent à gauche en entrant sont occupés, au rez-de-chaussée, par les bureaux, par la lingerie, par la salle à manger, qui a été considérablement agrandie, par le chauffoir, etc. Aux étages supérieurs sont les appartements destinés aux buveurs.
Ceux de droite, au rez-de-chaussée, sont affectés à la salle de billard, au salon de lecture, au salon de conversation. Au premier étage sont de magnifiques appartements destinés à de riches étrangers.
L'établissement peut disposer de 104 chambres. A ces bâtiments de droite et en arrière sont annexés les salles de bains et les cabinets de douches.
Des deux côtés de ces bâtiments partent deux galeries circulaires, aboutissant au pavillon vitré, où se trouve aménagée la source dite du Pavillon, et qui est exclusivement destinée à l'usage interne.
Enfin, derrière la source du Pavillon se trouve le parc, peuplé d'arbres séculaires.
A gauche du parc, dont ils sont seulement séparés par une route, on rencontre les coteaux touffus de la Glacière et de Bellevue, qui donnent aux buveurs la liberté d'étendre leurs promenades sans