‹ Guide aux eaux minerales des Vosges [electronic resource]Chapitre 58 sur 185 · L U X E LI 1 L · texte numérisé non relu

L U X E LI 1 L

Soas la dénomination banale d'anémie, il faut comprendre trois espèces morbides distinctes: Voligaimie, Yaglobulie et la chlorose.Un malade n'est pas anémique, parce qu'il est étiolé. L'oligaimie consiste dans la diminution brusque ou progressive de tous les éléments du sang. L'aglobulie ou anémie globujlaire est l'espèce la plus commune; on la définit, lune diminution notable dans la proportion normale des globules rouges du sang.

La chlorose est le dernier degré de l'aglobulie.

Ce qui frappe tout d'abo-rd dans l'aspect des sujets anémiés, c'est la teinte delà peau qui res- ' semble à de la cire blanche qui aurait vieilli et sur laquelle le trajet des veines se dessine en lignes violettes ou bleuâtres, mais sans reliefs. La décoloration des muqueuses visibles est plus ou moins complète; les mains et les pieds sont toujours glacés, souvent humides. Le manque de plénitude absolue des vaisseaux sanguins, la mollesse de leurs parois favorisent la rapidité avec laquelle le mmr se vide ; de là la fréquence des palpitations LTégulières ou tumultueuses, et des syncopes. Le jpouls est petit, mou, facile à comprimer. Une petite toux sèche, la facilité des essoufflements, présagent l'invasion prochaine de l'anémie. Dès que le sang 3'est appauvri, on voit se produire tous les dérèglements possibles du système nerveux, tels que .'exaltation ou la perversion de la sensibilité physique, les névralgies, les douleurs musculaires, "les paralysies locales, l'insomnie ou la somnolence, la migraine, des vertiges, des bourdonnements, des

illusions ou la faiblesse de la vue, des perversions de l'odorat et du goût qui donnent lieu à des appétits bizarres ou au besoin d'aliments d'une sapidité exagérée. Les digestions sont lentes, irrégulières, douloureuses, flatulentes, suivies quelquefois de vomissements. Comme la migraine et les névralgies, la constipation, avec ou sans coliques, est le supplice familier de presque tous les sujets anémiques. Quand l'anémie est ancienne et profonde, il arrive souvent que la peau se sèche, devient écailleuse et que les cheveux tombent.

Les menstrues manquent habituellement, ou bien elles sont d'un rendement misérable.

La sensibilité morale présente des troubles non moins singuliers.

La mélancolie, l'hystérie, le rire, les sanglots ou les pleurs faciles, les impatiences, les emportements, les attaques de nerfs qui éclatent sans motif apparent, sont autant de manifestations d'un état d'anémie pour lequel on est d'ordinaire cruellement avare d'indulgence.

Les signes extérieurs de la chlorose consistent en une teinte verdâtre de la peau, la décoloration complète des muqueuses, une légère bouffissure de la face et des pieds, l'haleine forte et les urines très-peu minéralisées. Les anémiques sont presque toujours maigres, les chlorotiques sont plus charnus, mais ils n'ont que le luxe mensonger de l'embonpoint. L'air vif et pur finit par colorer les anémiques; il ne produit rien de semblable chez les chlorotiques.

On retrouve dans la chlorose tous les symptômes généraux de l'aglobulie.

Les causes de l'anémie sont extrêmement nombreuses ; c'est de la connaissance de chacune d'elles que se déduit le besoin ou l'imitilité d'une cure d'eaux minérales ferrugineuses. Tous les anémiés peuvent guérir ou s'améhorer à Luxeuil, mais le lot qui revient tout spécialement à cette station se compose des anémies qui sont la conséquence de la dyspepsie, de la leucorrhée, des suites de couches ou de maladies chroniques de la matrice, du pourpre, du scorbut, de la dyssenterie et de la fièvre intermittente chronique, du séjour prolongé dans les pays chauds, des engorgements du foie ou de la rate et de la diathèse scrofuleusc.

La leucorrhée^ ou flueurs blanches, peut être idiopathique , c'est-à-dire due à un état maladif quelconque : elle peut être symptomatique d'une irritation locale ou d'un vice constitutionnel comme la scrofule; elle a son siège habituel dans la muqueuse du cul-de-sac du vagin, dans celle du col et de" la cavité de la matrice.

Le traitement de cette infirmité, à Luxeuil, consiste surtout dans l'emploi des bains vaginaux avec l'eau siliceuse. Les irrigations peuvent donner lieu à de graves accidents, quand il y a une impressionnabilité excessive ou une irritation marquée des parties destinées à être baignées. L'emploi du spéculum grillagé est bien préférable, sous tous les rapports, à celui de la canule, laquelle constitue un engin détestable.

LUXE UiL.

Los eaux salines de Liixeuil sont remarquablement onctueuses au toucher, légèrement astringentes et doucement résolutives, qualités qui s'adaptent merveilleusement au traitement local de toutes les sécrétions muqueuses exagérées : aussi les succès sont-ils à peu près constants. En ce qui concerne le traitement général de la leucorrhée, le choix des sources à employer en boisson, en bains ou en douches,varie naturellement selon la nature de la cause de la maladie.

Le catarrhe vésical peut résulter d'altérations variées de la vessie ou des organes situés dans son voisinage. L'une des causes immédiates du catarrhe de la vessie, c'est la présence de graviers ou d'un calcul dans la cavité de cet organe. Le degré de minéralisation de l'urine a une importance considérable dans la production ou l'aggravation da catarrhe vésical. Un excès d'acide urique ou d'urates dans la composition de ce hquide provoque tôt ou tard une sécrétion plus ou moins abondante de mucosités. Le pus, mêlé à l'urine, qu'il provienne de la vessie ou des reins, irrite vivement la muqueuse vésicale, soit par ses propriétés intrinsèques, soit par les composés ammoniacaux en lesquels il se transforme. Dans ce cas, la miction est très-douloureuse et l'urine exhale une odeur insupportable.

L'hypertrophie de la prostate, un rétrécissement î fibreux du canal, l'atonie ou la parésie de la paroi musculaire, comme cela a heu dans la vieillesse et dans certaines maladies de la moelle épinière,doii-

LUXEUIL

nent lieu à une variété de catarrlie d'origine en quelque sorte chimique. En effet, comme dans tous ces cas la vessie se vide incomplètement, une certaine quantité d'urine reste toujours dans son basfond où elle se décompose ; l'urée engendre des produits ammoniacaux dont le contact provoque la sécrétion de mucosités épaisses, souvent mélangées de pus.

Les névralgies de la vessie, un mouvement fluxionnaire des liémorrhoïdes favorisent aussi la production du catarrhe vésical. Il en est de même de l'habitude de la bonne chère ou des aUments de haut goût, de l'abus des boissons alcooliques, des professions sédentaires, du séjour dans les pays froids éthumides, des vicissitudes saisonnières, delà sécheresse habituelle de la peau comme chez les vieillards, de l'exercice abusif de l'équitation, etc.

Le catarrhe peut être de nature diathésique, 3omme chez les goutteux, les rhumatisants et les iartreux, notamment chez ceux qui sont sujets à 'eczéma.

Quand il s'agit d'un catarrhe purulent ou d'origine iiathésique, quand les malades sont devenus anémiïues par suite de la souffrance et de l'épuisement, ï'est vers la station de Luxeuil qu'il convient de les icheminer afin de les y soumettre à l'usage de l'eau iilicieuse prise en boisson et surtout en injections ians la vessie.

J'ai été l'un des premiers à expérimenter les pro- )riétés anticatarrhales, antizymotiques et en quel- [ue sorte siccatives de la silice et de ses dérivés.

J'ai constaté, en effet, que ces agents neutralisent l'action du mucus sur l'urée et préviennent ainsi la formation des composés ammoniacaux, qu'ils décomposent le pus, qu'ils saturent l'acidité des sécrétions vésicales, et qu'ils tuent les organismes inférieurs si abondants et si variés qui pullulent dans ces sécrétions et qui jouent le rôle de ferment pour transformer le mucus alcalin en mucus acide et irritant.

La métrorrhagie ou hémorrhagie utérine ne guérit point à Luxeuil, quand elle résulte d'une tumeur fibreusp., d'un polype, de fongosités ou de déviations de la matrice ; mais celle qui dépend de l'anémie, d'une congestion passive ou d'un ramollissement de l'utérus, ne résiste guère à l'action des eaux salines et ferrugineuses prudemment employées.

\J aménorfhée des anémiques, la dysménorrhée spasmodique ou membraneuse, réclament, la première, l'eau ferrugineuse en bains et en boisson ; la seconde, les irrigations vaginales d'eau saline, les! douches dérivatives, et l'eau de la source des Dames pour boisson.

Les névropathies générales, l'hystérie particulièrement, se calment d'habitude sous l'influence des bains salins pris à une température de 26*^ suivis dei douches écossaises dirigées particulièrement sur la |j colonne vertébrale et la région sacro-lombaire.B L'eau ferrugineuse n'intervient que dans les forme» anémiques. 1 '

LUXE QIL

La stérilité. Chaque année, un certain nombre de dames, après une cure à Luxeail, débutent dans le rôle de la fonction maternelle qu'elles attendaient depuis plus ou moins longtemps.

Il ne faut pas croire, cependant, que toutes les femmes stériles se guérissent, à Luxeuil, de leur inaptitude physiologique à la génération. Cette bonne fortune n'est point réservée aux cas de stérilité qui dépendent d'anomalies anatomiques ou de lésions pathologiques graves ; mais le succès est extrêmement probable quand l'obstacle à faire disparaître est tout simplement un état général d'anémie, un manque local de vitalité, un catarrhe utérin continu, des menstrues ou des métrorrhagies d'une abondance excessive tenant à la laxité des tissus, ou bien encore une congestion passive avec gonflement de la portion cervicale de la matrice. Les bains de mer sont dans ce cas un utile complément d'une cure à Luxeuil.

La dyspepsie. Que cette maladie soit salivaire, gastrique, intestinale, hépatique, pancréatique, nerveuse, rhumatismale ou névralgique, on obtient invariablement d'excellents elîets du traitement qui lui est appliqué à Luxeuil. Ce traitement consiste à faire usage successivement, comme boisson, de l'eau de la fontaine d'Hygie, de la source des Dames ou du Grand-Bain et de la source Ferrugineuse. Les bains, s'ils sont jugés utiles, varient pour leur durée, d'un quart d'heure jusqu'à trois heures; chacun d'eux est suivi d'une douche en arrosoir

LUXEUIL

dirigée pendant quelques minutes sur la région épigastrique et abdominale.

Chacun de ces bains est précédé d'une douche ascendante, surtout quand il y a de la constipation.

Les ulcères chroniques des jambes se cicatrisent promptement par l'application des dépôts filamenteux dont j'ai parlé, à moins que l'ulcère ne soit le symptôme d'une intoxication virulente.

L'eczéma et l'acné arthritiques ne résistent presque jamais aux bains savonneux pris dans la piscine des Bénédictins.

A quel âge les enfants peuvent-ils être soumis à une cure de Luxeuil? J'ai vu de jeunes malades, anémiques, débiles, cliétifs, se transformer de la façon la plus heureuse sous l'intluence des bains ferrugineux de piscine prudemment mitigés par l'eau alcaline. Je puis rassurer, et en termes formels, les médecins et les familles sur les dangers que l'on redoute pour les enfants du jeune âge qui seraient mis en traitement aux thermes de Luxeuil.

On a dit, etavec raison, que l'air pur estle meilleur de nos aliments; s'il est profitable pour tout le monde il est particulièrement utile comme auxiliaire des eaux de Luxeuil. Il est bon que ceux qui l'ignorent apprennent que cette localité, contiguë aux premiers chaînons des Vosges, environnée de forêts immenses dans lesquelles sont ménagées de nombreuses promenades ombragées, ne le cède en rien, quant aux qualités de l'air, aux contrées de la Suisse que lian-

LUXEUIL

tent les valétudinaires. On peut dire, en outre, de Luxeuil, que chaque chemin qui en sort ou qui y ahoutit est une promenade agréable et fertile en distractions.

L'amélioration obtenue dans l'état des malades soumis à l'asage des eaux ferrugineuses manganésiennes s'arrête quelquefois et ne peut franchir certaines limites. Si l'on recherche la cause de ce temps d'arrêt, on la trouve presque toujours dans l'indocilité des baigneurs, ou dans la concomitance d'une lésion organique, latente jusque-là.

On ne réussit pas toujours à changer l'état constitutionnel d'un malade en trois semaines de traitement. Il est donc absurde de limiter à vingt-un jours la durée absolue de la cure pourtoutes les alïections morbides indistinctement, d'autant plus que, à Luxeuil, la saturation minérale est toujours très-tardive.Il arrive assez fréquemment qu'une seule saison ne suffit pas pour obtenir une guérison complète et définitive, il convient alors de renouveler la cure Fannée suivante; c'est aussi une sage précaution que de continuer chez soi, même après guérison, l'usage de l'eau ferrugineuse, à la dose d'un verre par jour, pendant six semaines ou deux mois.

J'ai tenu à dessiner par quelques exemples, dans cette courte notice, les limites exactes de l'action thérapeutique des eaux minérales de Luxeuil. Instruit par une longue expérience de l'importance particulière de cette station, je n'ai pas voulu en exagérer les avantages par un luxe mensonger de

LUXEUIL

promesses décevantes, car, selon moi, le médecin doit rester, en toutes circonstances, le tuteur de la santé et des intérêts du malade,

D^" Champouillon.

DESCRIPTION

Luxeuil est situé au pied des montagnes des Vosges, au flanc d'une colline ayant 300 mètres d'altitude. Antique à la fois et moderne, Luxeuil a su toujours conserver avec respect les restes d'un passé glorieux et magnifique, mais en lui arrachant le secret d'une coquetterie gracieuse qu'aucune ville de ses voisines n'a partagé avec elle.

L'impression première du voyageur qui arrive à Luxeuil par un beau jour est celle de la satisfaction et de l'espérance : de l'air, de la lumière, de la gaieté ; quel malade résisterait à tant d'attraits réunis et ne laisserait pas son esprit abattu s'ouvrir à de réconfortantes perspectives !

Nous avons admiré à Plombières les splendeurs de l'art et les merveilles du travail humain ; nous avons salué à Luxeuil la grâce sans apprêt.

L'histoire de Luxeuil est très-ancienne; son origine se perd dans la nuit des temps. De tous les travaux qu'il nous a été possible de consulter, le plus intéressant et celui qui nous paraît mériter le

DESCRIPTION

plus de confiance est modestement signé par (( un liabitant du pays ». Nous lui ferons de nombreux emprunts (1).

Le jour commence à se faire dans l'histoire de Luxeuil vers l'époque de l'invasion romaine ; une inscription, retrouvée le 23 juillet 1755 dans les décombres des anciens bains, nous apprend que Labienus, général romain, répara les thermes de Luxeuil par ordre de Caïus JuHus Gsesar, imperator.

LIXOVII THERM.

REPAR. LABIENVS IVSS C IVL C^S IMP

Cette pierre nous apprend que Labienus, général de cavalerie, exécuta, par ordre de César, des travaux de réparation aux thermes, tandis qu'il hivernait en Séquanie vers l'an 56 avant J.-C.

Les thermes de Luxeuil devinrent le centre d'une ville considérable.

La confiance des Romains dans les eaux de Luxeuil fut très-grande, si on en juge par les nombreux ex-voto et statuettes de bronze offerts par la reconnaissance des malades guéris ou soulagés. Il faut en dire autant de la confiance des Celtes, si on admet que les deux ou trois cents figurines de chêne découvertes en 1865 étaient des ex-voto. Ces

(1) Guide de VÉtranger et du Baigneur à Luxeuil, par un « habitant du pays ».

LUXEUIL

témoignages de reconnaissance conservés par différents amateurs sont très-expressifs et indiquent précisément les espèces de maladies pour lesquelles on recommande les eaux de Luxcuil.

La ville fut détraite par Attila.

Pendant cent quarante ans, le silence se fit autour de son nom ; la ville thermale n'est plus qu'un amas confus de ruines au milieu desquelles les animaux sauvages semblent seuls avoir élu domicile, et c'est seulement en 590 que la lumière se fait de nouveau et que nous trouvons des documents historiques aussi nombreux qu'ils sont précis et dignes de foi.

L'auteur qui nous a raconté l'âge d'or du Luxeuil monastique est un des écrivains les plus recommandables du vii° siècle, et, de l'aveu des critiques les plus sévères, il mérite toute la confiance que l'on peut accorder à un contemporain bien informé de ce qu'il raconte. A la fin du vi^ siècle, il nous présente Lixovium dans la désolation, avec les débris des thermes, des colonnes et des statues, qui redisaient sa gloire et son opulence d'autrefois. Quelques rares habitants errent aux environs de ces ruines. Les uns, encore païens, rendent un culte idolâtrique aux statues éparses dans les bois ; les autres reçoivent les soins spirituels d'un prêtre nommé Winicosus ou Vinodocus.

A ce moment, une colonie de moines irlandais quittait les florissants monastères de la verte Erin, et venait prêcher l'évaugile à des peuples redevenus païens. Les rois francs accueillirent .ces mis-

DESCRIPTION

jionnaires avec bienveillance, et Colomban, leur îlief, obtint sans peine un lieu pour s'établir dans les solitudes où les princes mérovingiens venaient îhasser l'ours et l'auroch, ou bœuf sauvage. La iolonie s'était fixée auprès des ruines du château i'Annegrai, près Faucogney, à 18 kilom. est de :.uxeuil. Bientôt connue et appréciée par ses bien- ■aits, elle obtint l'autorisation de se fixer à Luxeuil. :'est de cette époque que date la renaissance de la dlle et de ses bains.

En 1791, les moines durent se disperser, et, depuis iette époque, c'est de l'État seul que dépend l'admilistration des sources et des thermes.

Visitons maintenant les principaux monuments, témoins respectés de splendeurs évanouies.

Dirigeons-nous d'abord vers l'ancien hôtel de ^ille et la tour du beffroi au sommet de laqueUe [a milice bourgeoise faisait le guet dans les temps de troubles et de guerre.

Au xv^ siècle (vers 1420), « noble homme ■ Perrin Jeoffroy, bourgeois de Luxeuil », qui s'était enrichi dans le commerce du change et devint gouverneur de Besançon, voulut avoir une demeure en rapport avec sa fortune ; il fit construire la maison que vous apercevez en face, et, comme il était riche et noble, il voulut avoir une belle tour, signe distinctif de la noblesse et de l'opulence, en ces temps où Jacques Cœur bâtissait son palais de Bourges et où les banquiers faisaient déjàlaloi aux princes. Sa maison se trouvait le long du rempart, près la porte Saint-Nicolas. La tour dominait la ,

LUXEUIL

ville et la campagne par sa position ; de là, les tourelles qui étaient aux quatre coins et servaient à faire le guet. Les héritiers de Perrin Jouffroy ne firent pas de si bonnes affaires que lui; leur maison fut saisie, et, en 1532, les bourgeois de Luxeuil, ayant besoin d'un lieu de réunion, achetèrent cette tour Jouffroy moyennant 635 livres. Ne trouvant pas encore l'édifice assez haut, ils voulurent, comme leurs concitoyens de Flandre et de l'Artois, avoir leur clocher municipal. Il est à croire qu'ils prirent modèle sur quelque construction de ce genre , et le beffroi de l'hôtel de ville de Luxeuil ressemble fort à celui d'Arras , dont Jean Jouffroy fut évêque.

Ne vous effrayez pas, il n'y a que 146 marches dans l'escalier. Pour vous distraire, lisez le mot sculpté au-dessus de chaque fenêtre ; en arrivant an sommet vous aurez dit l'Ave Maria, prière accoutumée du bourgeois montant au guet. Quand vous arriverez au terme, usseyez-vous sur le plancher qui recouvre la charpente et qui est fait exprès pour reposer les visiteurs : vous pourrez do là embrasser un vaste horizon du côté du midi et de l'est. Vous avez à vos pieds l'ancienne terre de Luxeuil avec sa plaine fertile, ses deux rivières et ses nombreux villages. A l'est, les montagnes des Vosges et de la Haute-Saône, connues sous le nom de Ballons, forment une barrière granitique de 1 ,200 mètres de haut. Derrière cette muraille qui est devenue la frontière française après la malheureuse guerre de 1870, se trouve la plaine

DESCRIPTION

lo7

i'AIsace s'étendant jusqu'au Rhin. Un peu plus bas, ^ous apercevez la trouée de Belfort, les montagnes de Montbéliard, le Jura suisse, et, si le temps est rJair, on voit sans difficulté les Alpes dominées par le Mont-Blanc et le Mont-Rosa. Au sud-ouest, des coteaux plantés de vignes bordent la plaine; le nord et l'ouest sont couverts d'épaisses forêts.

Une seule salle occupe toute la tour, on a eu le bon esprit d'en conserver les anciennes dispositions; c'est là que les notables de Luxeuil ont délibéré pendant 250 ans.

Au-dessus d'une porte basse regardant le nord, vous verrez les anciennes armes de Luxeuil. La ville porte : de gueules, au soleil d'or.

L'enceinte de la ville romaine finissait près de l'hôtel de ville, et non loin de là se trouvait le Campus niger ou cimetière gallo-romain. A toutes les époques on a trouvé de nombreux tombeaux en cet endroit. Suivant la coutume païenne, ce cimetière est placé près de la porte et le long de la voie ; il devait s'étendre assez loin, si on admet avec certains savants que la population de l'antique Luxovium a pu atteindre quarante mille âmes.

La place actuelle qui a succédé au champ Noir se nomme place Saint-Martin ; elle fut occupée pendant plus de onze cents ans par une église dédiée au grand évêque de Tours, et qui, sans être parois- Isiale, servit de chapelle de secours aux Luxoviens jusqu'à la Révolution. Saint Valbert y fut enterré (665), ses reliques y restèrent longtemps, et il nous

semble que, dans un temps où l'on est si prodigue en statues, la ville de Luxeuil réparerait un oubli regrettable et ferait acte de bon goût en en dressant une dans ce lieu où fut le tombeau d'un de ses hommes les plus illustres.

Toutes les maisons qai longent la rue, au-dessous de la place Saint-Martin, sont d'anciennes habitations des bourgeois de Luxeuil. Elles formaient le centre de la ville. La plus remarquable est du xvi° siècle et conserve les seules arcades voûtées qui restent encore debout. La loi sévère de l'alignement condamnait cette maison à être démolie ; l'empereur Napoléon III l'a jugée assez remarquable pour ordonner cj[u'elle restât comme spécimen d'architecture civile du temps de la domination espagnole.

Visitons maintenant l'église et le vieux palais abbatial qui lui est contigu.

La vieille église est simple et dépourvue do sculpture, comme l'étaient généralement les éghsos monacales ; elle a été dépouillée des verrières, des statues et des tombeaux qui en faisaient l'ornement. On n'y voit plus le beau jubé construit au xv^ siècle, ni le chandelier à sept branches reposant sur des lions de cuivre doré, ni le mausolée d'Angelome, ni les tombes historiées et les monuments funèbres des hommes marquants : la Révolution a passé son triste niveau sur tous ces souvenirs, brisé tous ces ornements, et, si les stalles du chœur n'avaient servi à asseoir les membres du club, il est probable qu'elles auraient servi à faire du bois de chauffage.

DESCRIPTION

comme les in-folio de la bibliothèque servirent, dit-on, à fabriquer des gargousses pour l'armée de Sambre-et-Meuse.

Le seul ornement qui trouva grâce devant la Révolution, quand elle fit de l'église un magasin à fourrage, est le buffet d'orgue. L'abbé Antoine de la Baume dota l'abbaye de cet instrument dans les premières années du xvii"^ siècle, et ce fut bien plus tard qu'on y ajouta cette gracieuse tribune que supporte un Hercule pliant sous le faix.

Près du bénitier se trouvait un énorme saint Christophe de pierre portant l'enfant Jésus sur ses épaules. Au moyen âge on croyait être préservé de mort subite pour la journée où l'on avait pu apercevoir la statue du saint. Gomme on allait régulièrement à l'église, on plaçait l'image de ce géant vers la porte d'entrée afin que chacun pût l'apercevoir en entrant.

Sortons de l'église par la porte de la nef du midi qui nous conduira dans les cloîtres.

Nous sommes dans l'ancienne cour d'honneur de l'ajDbaye. Le cloître qui l'entoure de trois côtés, malgré les mutilations stupides qu'on lui a fait subir, est encore fort beau et rappelle les meilleurs jours de l'architecture ogivale. D'après les anciens manuscrits de l'abbaye, il a dû être construit en 1279.11 porte, du reste, sa date de construction aux clefs de voûte, sur l'une desquelles on voit figurer les lis de France à côté des clefs de l'abbaye, en vertu du traité de partage fait avec les comtes de

LUXEUiL.

Champagne, dont les rois de France devinrent les héritiers en 1274.

Le hâtiment du fond et l'aile de gauche appartiennent au séminaire. Les arcades murées qui sont à l'extrémité de cette aile sont les anciennes écuries du monastère.

La vraie magnificence du bâtiment est toute dans la façade qui ouvre sur le jardin. De ce côté, la vieille abbaye a un aspect vraiment monumental. Cent huit fenêtres prennent jour sur la terrasse, et le chevet de l'église, qui semble former le prolongement de l'aile gauche, donne un caractère religieux et grandiose à l'ensemble des constructions.

Dans le jardin inférieur passe un ruisseau dont l'origine est une curieuse légende. Jusqu'en 1350, la ville de Luxeuil n'avait pas d'autre cours d'eau que le petit ruisseau des bains et le mince filet venant de l'étang Saint-Valbert ; un homme condamné à mort s'offrit à faire passer un bras du Breuchin sous les murs du monastère. L'abbé Fromond de Corcondray y consentit, le condamné exécuta sa promesse, et, en retour du service qu'il avait rendu, le prélat lui fît grâce de la vie. Voilà pourquoi ce canal porte encore aujourd'hui le nom significatif de Morbief, c'est-à-dire bief de l'homme condamné à mort, ou ruisseau du mort.

L'Établissement.

L'établissement offre l'incomparable avantage d'être situé au milieu d'un parc planté d'arbres

l'établissement.

plusieurs fois séculaires et entrecoupé d'eaux vives.

Les bâtiments en grès vosgien rouge sont d'aspect peut-être un peu triste ; aussi le jardinier intelligent qui a dessiné le parc les a-t-il entourés de Ilots d'arbustes et de fleurs. Dès que vous aurez franchi le seuil, cette impression froide s'évanoaira, et vous serez charmé par la disposition joyeuse de l'intérieur.

En entrant, on trouve à gauche le bain des Bénédictins et le baiii des Dames; derrière le promenoir vitré, le bains des Fleurs et le bain Gradué. Vient ensuite un grand vestibule éclairé largement par le haut et donnant accès au Grand-Bain, au bain des Capucins et aux bains ferrugineux.

Le bain des Bénédictins est alimenté par trois sources. C'est une piscine circulaire coupée dans son diamètre par une séparation qui constitue ainsi deux compartiments, un pour les dames, l'autre pour les hommes.

I Le bain des Dames se compose d'une piscine I sans compartiment, de cabinets et d'une douche écossaise.

Le bain des Fleurs^ d'une structure des plus gracieuses, renferme dix cabinets pourvus de systèmes complets de douches. Par une heureuse ! disposition des baignoires, à demi enfoncées dans i le sol des cabinets, le malade peut facilement entrer dans le bain et en sortir.

LUXEUIL

Chaque baignoire est munie de trois robinets distribuant : l'eau cVRygie, l'eau gélatineuse q.ï l'eau des Dames.

Le hain gradué se compose d'une vaste piscine carrée divisée en quatre parties égales formant deux compartiments pour les hommes et deux pour les dames ; elle est entourée de onze cabinets dont deux renferment des douches.

Le Grand Bain ne comprend pas de piscines ; il se compose, comme le bain des Fleurs, de dix cabinets de bains pourvus d'appareils de douches.

Le bain des Capucins comprend deux piscines de forme ovale et quatre cabinets de douches.

Le bain ferrugineux, plus coquettement décoré que les voisins, est divisé en deux parties : la première constitue une salle dont les murs sont garnis de glaces ornementées et comprend dix cabinets : deux à baignoires ordinaires, huit à piscines de famille; la seconde partie est le bain Impérial, composé aussi de dix cabinets plus luxueux, précédés chacun d'un vestiaire et munis d'appareils à douche.

Les buvettes sont alimentées par l'eau ù'Hygie, par les Cuvettes, les Dames et l'eau gélatineuse. Elles sont gratuites.

On admire beaucoup un hôpital splendide construit aux frais de M. le marquis de Grammont et donné par lui à la ville de Luxeuil.

EXCURSIONS AUX ENVIRONS. 163

Les Excursions aux Environs.

Page 1