PREMIÈRE ET DEUXIÈME EXCURSIONS
Les Futaies du Banney et des Sept-Chevaiix.
Deux forêts nationales forment une verdoyante ceinture à la ville et offrent au promeneur trois mille hectares de solitude et d'ombrage. Les arbres séculaires ont en grande partie disparu; mais les hautes futaies du Banney et des Sept- Chevaux font encore l'admiration des étrangers. L'administration forestière^ de concert avec la municipalité, n'a rien négligé pour rendre facile la circulation. Cinq ou six larges tranchées coupent les bois en différents sens, et de nombreux sentiers, élagués avec soin et pourvus de poteaux indicateurs, offrent aux plus intrépides de quoi les satisfaire, puisque chaque tranchée a plusieurs kilomètres de long. De nombreuses fontaines sont disséminées dans la futaie et forment de charmants ruisseaux. Les baigneurs ont l'habitude d'aller s'asseoir sur leurs rives pour y faire un déjeuner champêtre dans lequel figurent les saucisses de Clément, les pâtés d'Hennequin, Tangélique de Cheviet, et quelques autres gourmandises confectionnées dans le pays.
TROISIÈME EXCURSION
Saint -Valbert.
La tranchée la plus fréquentée est celle qui conduit directement à Saint-Valbert. Elle est coupée en zigzag par une route faite exprès pour les voitures. Les vrais touristes font ce voyage à pied, ou encore ils se paient la location d'un âne pendant deux ou trois heures. Ce :dernier genre est plus pittoresque et plus conforme à la
LUXEUIL
tradition, qui veut que le célèbre abbé de Luxeuil, dont l'ermitage porte le nom, ait fait souvent cette course monté sur un baudet. C'était bien humble pour un brillant chevalier et un grand seigneur de cour, mais on n'est pas moine pour rien.
Saint-Valbert est un petit village de trois cent soixante habitants, perdu dans les cerisiers et les pommiers. C'est une ancienne métairie des religieux de Luxeuil, devenue pins tard commune rurale, et érigée en paroisse depuis quelques années. L'église est neuve, propre et jolie.
On montre dans une petite sacristie, à gauche du clocher, la pierre qui, d'après la tradition, servit de lit au célèbre ermite. Elle ressemble fort au couvercle d'un tombeau gallo-romain. Une ancienne statue de la Vierge et une autre de saint Biaise proviennent de l'abbaye de Luxeuil d'où elles paraissent avoir été sauvées au temps de la révolution. Ce sont les seules antiquités qui se trouvent dans cette église.
Les souvenirs du saint se rattachent surtout à l'ermitage qui se trouve à 900 mètres plus loin. On y arrive par un chemin serré entre les haies de noisetiers et les longues rangées de cerisiers qui entourent le village, laissant entrevoir la belle vallée de la Combeauté et les versants des Vosges. Bientôt on entre dans le bois et on se trouve devant la grille de l'Ermitage.
Toute la propriété a ce caractère de simplicité et de pauvreté qui sied si bien à un ermitage. De ravissantes terrasses communiquant l'une à l'autre par des sentiers rustiques sont abritées contre les rayons du soleil par des arbres qui poussent en toute liberté ; les eaux vives et limpides de deux fontaines contribuent encore à entretenir la fraîcheur et la vie. Elles vont se perdre dans le ruisseau qui murmure au fond de la vallée.
Sous ces frais ombrages, de grandes tables de pierre sont mises à la disposition des amateurs, et il ne se passe guère de jours dans la belle saison où quelque joyeuse société, apportant ses provisions depuis Luxeuil, n'y vienne prendre un repas. La joie n'est nullement;
EXCURSIONS AUX ENVIRONS
bannie de l'ermitage, on y proscrit seulement l'impolitesse et un sans-façon qui serait de fort mauvais goût devant les souvenirs historiques et religieux qui se rattachent à cette charmante solitude.
La promenade de Saint- Valbert est la plus fréquentée, et il n'est guère de baigneur qui ne la fasse au moins une fois pendant la saison.
QUATRIÈME EXCURSION
La route de Breuches. — Sainte-Marie-en-Chauœ.
Cette excursion convient parfaitement à ceux qui veulent faire une promenade agréable et facile. Cette route n'est qu'une longue allée couverte tracée sur le bord du bois et offrant par intervalle un joli coup d'œil sur la vallée de la Lanterne et du Breuchin. Après 4 kilomètres de marche, on arrive à la filature de M. Bezanson et au bord delà rivière. 2 kilomètres plus loin, on trouve le petit village de Sainte-Marie-en-Chaux, ancien hospice des Templiers, dont les clochers et les fonts baptismaux remontent au xii^ siècle.
Le vieux château de ce village est aussi de cette époque. Bien que des réparations ou mutilations successives lui aient enlevé tout caractère, il offre encore quelque intérêt aux amateurs de l'antiquité féodale.
CINQUIÈME EXCURSION
Vallée des Roches.
Une charmante vallée, ainsi appelée à cause des blocs de rochers nombreux qui forment ses profondes ravines. Des sapins séculaires lui donnent cet aspect grandiose qui nous a saisi d'admiration au bord des lacs de la haute montagne, dans les gorges qui conduisent au saut de la Cuve, à Longemer et à Retournemer.
LUXEUIL
Rien dans l'histoire ne justifie les légendes plus ou moins diaboliques qui ont cours sur ce lieu sauvage, légendes dont le journalisme parisien s'est emparé. A l'extrémité Est, au bord du ruisseau, se trouvait l'ancien prieuré de Saint-Pancrace. La vieille église romaine a disparu depuis longtemps et les bâtiments claustraux, reconstruits au xyiii^ siècle, sont devenus une propriété particulière. Un charmant petit lac est situé près de là.
SIXIÈME EXCURSION
Vallée de Fougerolles et du Val d'AjoL
A 8 kilomètres au nord de Luxeuil, s'ouvre la riante vallée de Fougerolles et du Val d'Ajol, traversée dans toute sa longueur par la rivièré de Combeauté, embellie par trente mille arbres fruitiers, et encadrée dans de hautes collines que couronnent de noirs sapins. Le coup d'oeil qu'offrent au mois d'avril ces milliers d'arbres en fleurs est vraiment admirable, et rappelle à s'y méprendre l'aspect des vallées de la Suisse et des bords du haut Rhin.
Les six mille âmes qui composent la population de Fougerolles sont disséminées à travers la forêt d'arbres fruitiers qui couvre la vallée. Rien n'est animé et joyeux comme la cueillette des cerises, surtout si la récolte est abondante. On fabrique dans ces métairies un kirschvasser qui soutient fort bien la comparaison avec celui de la Forêt-Noire.
L'histoire de ce coin de terre est assez curieuse, et ses habitants ont un type particulier. Les anciens sires de Fougerolles habitaient un château situé sur une éminence qui commande la vallée, et était la clef du passage de France en Lorraine. Ils paraissent avoir été d'une taille gigantesque, et, il y a cent ans, on admirait au prieuré d'Hérival, où était leur sépulture de famille, la mâchoire de Jean III, un des derniers de cette race héroïque, mort en 1425.
EXCURSIONS AUX ENVIRONS
SEPTIÈME EXCURSION
La vallée du Breuchin.
La route de Faucogney et la vallée du Breuchin sont appréciées par les touristes. Si vous voulez faire une excursion, voir de près les Vosges et la vallée de la Moselle, prenez une voiture, partez de bon matin; vous pourrez déjeùner à Faucogney, remonter le Breuchin jusqu'au mont de Fourches, jeter un coup d'oeil sur les montagnes qui dominent la Moselle, et rentrer le soir à Luxeuil.
De Luxeuil à Faucogney on compte 17 kilomètres. La route suit constamment la rivière et longe les hautes collines couvertes de bois qui encaissent la vallée du côté du Nord. C'est le chemin que suivait saint Colomban pour aller de Luxeuil à son monastère primitif d'Annegray. A 4 kilomètres de Luxeuil se trouve la lie des Moines, lieu où le Breuchin baigne le pied de la montagne et devient plus profond. D'après d'anciens manuscrits de l'abbaye, c'est en cet endroit que se noya Drogon, fils de Charlemagne et abbé de Luxeuil, en poursuivant un énorme poisson.
On trouve ensuite Raddon et Breuchotte, villages industrieux avec filatures et tissages de coton, puis une suite de villages et de hameaux formant la grande paroisse de Sainte-Marie-en-Chanois, — SaJicta Maria in Quercu, — ainsi nommée à cause des forêts de chêne qui l'environnent. C'est dans ces forêts que saint Colomban se retirait pour vaquer à la prière, c'est là qu'il commandait aux animaux sauvages. Au-dessus de Sainte-Marie, une ancienne chapelle marque l'endroit oîi il aimait à se retirer. C'était autrefois un pèlerinage fréquenté ; on y venait en procession depuis Luxeuil aux temps de calamités publiques, bien que la distance soit de 12 kilomètres.
A 3 kilomètres plus loin que la chapelle de Saint- Colomban, on se trouve en face d'un énorme rocher de
LUXE UIL.
grès qui semble fermer, la vallée. C'est le mont Saint- Martin de Faucog-ney, l'ancien castrum romain d'Anagrates, au pied duquel saint Colomban établit son premier monastère. Il n'en reste rien; les ruines mêmes ont disparu, et une croix de pierre, plantée dans un pré, indique le lieu où reposent les cendres des premiers moines qui défrichèrent la contrée.
HUITIÈME EXCURSION
La vallée de Servance.
La vallée de Servance offre au touriste un attrait particulier : ce sont les carrières de granit brun, avec toute leur installation de taillage, de polissage, etc. Les colonnes brunes qui forment la façade du nouvel Opéra ont été extraites et polies dans la vallée de Servance. La vallée présente en outre tout le charme de la fraîcheur et de l'ombrage.
BOURDONNE
LES EAUX CHLORURÉES SODIQUES THERMALES FORTES, BROMO-IODURÉES ET LITHINÉES DE BOURDONNE -LES-BAINS (hAUTE-MARNe) .
Les sources thermales de Bourbonne jaillissent des argiles bariolées, intermédiaires au grès bigarré et au muscheikalk, qui constituent le fond du vallon de Borne, à 256 mètres au-dessus du ni\'eau de la mer.
Jusqu'à ces dernières années, on ne comptait que trois sources : le Puisard romain, à l'établissement des bains civils; le bain Patrice, à l'Hôpital militaire thermal, et la fontaine Saint- Antoine, dite aussi la Matrelle , qui était renfermée dans un bâtiment en forme de temple, situé sur la place des Bains, et plus spécialement réservée pour la boisson et les usages journaliers des habitants.
Lorsqu'il s'agit de reconstruire les établissements thermaux, le gouvernement chargea M. Drouot, ingénieur en chef des mines, de faire les travaux nécessaires pour augmenter leur produit. De 1856 à
no
BOURBONNE
1875, treize forages furent pratiqués tant à l'établissement civil qu'à l'Hôpital militaire et sur la place des Bains; six, consacrés à l'étude des terrains, furent abandonnés; les sept autres, complètement terminés, tubés en cuivre ou en bois dans toute leur hauteur, sont aujourd'hui les seules sources à \ étudier.
Leur débit est, en moyenne, de 600 mètres cubes par vingt-quatre heures.
L'eau de ces forages se déverse dans deux puisards, d'où, au moyen de pompes mues par la vapeur, elle est montée dans des réservoirs construits dans la nouvelle partie du parc. Ces réservoirs, au nombre de huit, quatre pour les bains civils v^l quatre pour les bains militaires, contiennent chacuji 100 mètres cubes.
A mi-côte, au-dessus de l'établissement de { deuxième classe, se trouvent deux autres bassins alimentés, l'un par de l'eau thermale venant des bassins supérieurs, l'autre par une source d'eau douce venant du vallon de Montlétang. Ils sont spécialement alfectés au service de l'établissement
L'eau chaude de Bourbonnc est tout à fait incolore et d'une limpidité parfaite.
Son odeur, très-faible, va en diminuant à mesure que l'eau se refroidit ; elle ne sent ni l'acide suifhydrique , ni un composé sulfuré quelconque ,
BOURBONNE
comme on Ta cru pendant longtemps. Si, par hasard, elle exhale cette odeur, c'est purement accidentel et le résultat de la décomposition des sulfates par des matières org-aniques en contact avec l'eau.
Fortement salée au g"oût, elle a une saveur légèrement amère qu'elle doit au chlorure de magnésium.
D'abord douce et onctueuse au toucher, elle ne tarde pas à donner à la peau un peu de sécheresse et de ridigité qui disparaît bien vite.
Elle ne dissout pas le savon.
Elle exerce une action corrodante très-énergique sur les objets avec lesquels elle est en contact : le fer, le cuivre, le bronze, le plomb, le verre, la pierre, etc.. (1); sa vapeur possède la môme propriété.
Elle ne se décompose point à l'air libre et ne forme de dépôt que par l'évaporation.
Sa densité est de 1006, o.
Sa température varie de 58 à 68° centigrades, suivant les sondages.
Quant à sa composition chimique, elle a été l'objet des travaux de Jean Lebon, de Tibault, de du Clos, Geolfroy, Bacot, Gautier, Baux, du Fay, Juy, Baudry, Charles, Venel, Monnet, Navier, Bosc et Bézu, Athenas, Fodéré, Desfosses et Roumier,
(1) Voir, à ce sujet, le remarquable travail de M. Daubrée, de l'Institut, sur la Formation contemporaine de diverses espèces minérales cristallisées dans la source thermale de Bourbonne-les- Bains. — Paris, Dunod, 1876. Broch. in-8.
BOURBONNE
Bastien et Chevallier, Figuier et Mialhe, Bompard, Grandeau, Béchamp (1).
La dernière analyse a été faite, en 1860, par M. Pressoir, alors pharmacien en chef à l'Hôpital militaire.
En voici le résultat pour un litre d'eau :
Chlorure de sodium 5g 800
— magnésium 0 400
Carbonate de chaux 0 100
Sulfate de chaux 0 880
— potasse 0 130
Bromure de sodium 0 065
Silicate de soude 0 120
Alumine 0 130
Iode traces.
Arsenic traces.
Peroxyde de fer 0 003
Oxyde mangano-manganique 0 002
Total 7g 630
Nous y signalerons, en outre, la présence du cuivre, signalée, en 1860, par M. Béchamp, de Montpellier; les chlorures de potassium, de csesium et
(1) Consulter pour plus amples renseignements : 1" Les Eaux salées chaudes de Bourbonne-les- Bains {Haute-AIarne) , par le D-- E. Bougard. Paris, A. Delahaye, 1863, in-12.
2» Bibliotheca Borvoniensis , ou Essai de Bibliographie et d'Histoire, par le Dr E. Bougard. Chaumont et Paris, 1866, in-8 de 728 pages, avec ligures.
3o Les Eaux chlorurées sodigues thermales de Bonrbonne-les- Bains et les Eaux similaires d'Allemagne, par le D'' E. Bougard. Paris, A. Delahaye, 1872. Extrait des Annales de la Société d'Hydrologie médicale^ t. XVII.
BOURDONNE
de rubidium, et la lithine, découverts, en 1861, par M. Grandeau. « Cette source, dit le savant chimiste de Nancy, est de beaucoup la plus riche en ces nouveaux corps,' comme me l'écrivait M. Bunsen luimême, après avoir examiné le sel de platine que j'en ai retiré. Je doserai également la lithine qui existe dans ces eaux en proportion très-notable.»
Dans une lettre adressée à M. le président de la Société d'Hydrologie et lue dans la séance du 2 novembre 1868, noQs disions que le moment nous semblait favorable pour fixer définitivement la science au sujet des nouveaux éléments signalés depuis quelques années dans l'eau thermale de Bourbonne et pour entreprendre une analyse sérieuse à l'aide des moyens nouveaux que possèdent la chimie et la physique. La Société, prenant notre demande en considération, après un rapport favorable de sa commission d'analyse, décida, dans sa séance du 19 avril 1860, qu'il serait procédé à cette analyse Nous sommes toujours en attendant.
Maintenant que nous connaissons les éléments qui entrent dans la composition de l'eau chlorurée sodique thermale forte bromo-iodurée et lithinée de Bourbonne-les-Bains, nous pouvons, en étudiant leurs propriétés, nous rendre compte, jusqu'à un certain point, de son mode d'action. On ne peut, en effet, se refuser d'admettre une analogie incontes-
BO URBONNE .
table entre les résultats physiologiques et patliogéniques obtenus par une eau thermale et ceux auxquels donnent lieu les principaux éléments qui la minéralisent. C'est donc le cas, avant d'aller plus loin, de dire quelques mots des principaux éléments qui constituent l'eau thermale de Bourbonne.
Le chlorure de sodium ou sel marin est un des condiments les plus indispensables de notre alimentation ; il entre dans la composition de la plupart de nos humeurs. Introduit dans l'estomac, à dose thérapeutique, il augmente l'appétit, excite la mu- | queuse gastro-intestinale, active les sécrétions des | glandes salivaires, des glandes de l'estomac, du foie j et du pancréas. Son action sur le sang et sur la nutrition est des plus remarquables; il retarde la coagulation du sang et le rend rutilant; il augmente les globules sanguins et en retarde la destruction, ., tandis que l'eau et l'albumine diminuent ; enfin, il active les combustions. Il contribue à dissoudre et à ' liquéfier les combinaisons fibrineuses et albumineuses ; il décompose le phosphate de chaux et favorise sa pénétration dans le sang et son dépôt dans le tissu • osseux. Il n'est pas non plus sans action sur la sécrétion urinaire, dont il augmente l'élimination des composés azotés ; les principales voies d'élimination de ce sel sont, en effet, les reins et les glandes sudoripares. En somme, le sel marin fournit de l'acide chlorliydrique à l'estomac, de la soude à la bile, favorise la métamorphose des tissus et dépure le sang.
Il est employé avec succès comme excitant et pur-
BOURBONNE
iVÔ
gatif. On l'a vanté surtout comme excitant du système lymphatique, comme fondant dans les engorgements du foie et de la rate et surtout dans les affections scrofuleuses, dans les anémies et les cachexies constitutionnelles où les ferrugineux sont loin de réussir toujours.
MM. Martin-Solon, Contant, Bouchardat, Otterbourg, l'ont administré avec succès dans le diabète. Rien d'étonnant à cela, si, comme il y a tout lieu de le croire, les bicarbonates alcalins n'agissent, dans cette maladie, qu'autant qu'ils se transforment dans Festomac en chlorure de sodium, lequel, en activant les oxydations, change le sucre en acide carbonique, rend au malade les forces qui lui manquent, et donne au sang le sel qui lui fait défaut le plus souvent. Trois cas de diabète, observés par nous l'année dernière et grandement améliorés, appellent sur ce point de nouvelles études.
Chacun connaît les propriétés du fer et du manganèse, toniques analeptiques, dont l'action reconstituante vient s'ajouter à celle du chlorure de sodium.
Le brome, l'iode et l'arsenic ont des propriétés altérantes bien connues; nous ne rappellerons que pour mémoire leur emploi thérapeutique dans la scrofule et dans la syphilis.
Nous avons vu plus haut que l'eau de Bourbonne contenait de la lithine en proportion très-notable. Ne serait-ce point là, en dehors de sa température élevée, le secret d'un grand nombre de guérisons obtenues dans l'arthritisme, depuis le rhumatisme
BOURBON NE
articulaire chronique jusqu'à la goutte chronique, en passant par tous les états intermédiaires?
La propriété la mieux connue de la lithine est de favoriser l'élimination et de diminuer la production de l'acide urique. N'y aurait-il pas lieu aussi de lui faire jouer un certain rôle dans la dissolution et la rétorption de certains produits plastiques de l'inflammation?
Que dire des chlorures de cœsium et de rubidium qui « semblent jusqu'ici plus abondants dans les eaux de Bourbonne que partout ailleurs? 11 est impossible d'établir aujourd'hui leur juste part d'efficacité, mais il ne serait pas rationnel non plus de les croire étrangers ou indifférents à cette action sérieuse des eaux de Bourbonne dont restent frappés tous ceux qui en observent les vertus thérapeutiques (1). )>
A côté des principes chimiques dont nous venons de passer en revue les principales propriétés thérapeutiques, il est d'autres éléments de la cure thermale qui, sans avoir la valeur des premiers, n'en jouent pas moins un rôle important. Nous voulons parler des différents modes d'administration de l'eau.
L'eau de Bourbonne se prend en bain et en dou-
(1) Millon. Annales de la Société d'Hydrologie, t. XIV, p. 370.
BOURBON NE
ches ; on la boit, on s'en sert pour fomentations, pour injections, pour collyres, pour garg-arismes, etc..
La cure a lieu le matin de préférence ; sa durée est de vingt à trente jours.
Bue à petite dose et chaude, l'eau de Bourbonne stimule les fonctions de l'estomac et réveille l'appétit; à dose plus forte, elle procure une diurèse plus ou moins abondante ou une moiteur générale, suivant les malades. Elle provoque parfois quelques selles dans les premiers jours, mais le plus souvent elle produit de la constipation. C'est principalement dans la scrofule, dans l'arthritisme, dans la syphilis et dans les anémies constitutionnelles que l'eau chaude en boisson, à haute dose, trouve son application.
Tiède ou froide, elle fait l'effet d'un laxatif. Prise par verres de quart d'heure en quart d'heure, à la dose de 1 à 2 litres, elle purge légèrement sans fatiguer l'intestin. Cette propriété est largement mise à contribution dans les embarras saburraux de l'estomac, dans la dyspepsie gastro-intestinale, dans les engorgements des viscères abdominaux et dans la constipation qui accompagne si souvent la chlorose et les alfections des centres nerveux.
Le plus ordinairement, la boisson de l'eau a lieu à la sortie du bain et de la douche. Si le malade doit en prendre plusieurs verres, il est bon de mettre un intervalle entre chacun et de faire un tour de promenade. L'eau aime à être promenée ; elle opère plus vite et mieux.
BOURBONNE
Le bain se prend en baignoire ou dans la piscine. Sa durée est de trente à soixante minutes. Nous* préférons le premier; la température ne peut être, en effet, la même pour tous, elle doit varier suivant les maladies et les résultats que le médecin veut obtenir; or, dans une piscine, on ne peut la régler au gré de chacun.
A une température de 36° à 40° centigrades et même plus, le bain réveille la vitalité de la peau, la congestionne même ; il impressionne vivement le système nerveux cutané, agit, à l'aide d'une action réflexe, sur les diverses fonctions de l'organisme et détermine une excitation générale. Ces bains chauds trouvent leur emploi dans les rhumatismes musculaires et articulaires chroniques, dans le rhumatisme noueux; dans certaines paralysies, celles où les centres nerveux ne sont pas en cause, dans la névralgie sciatique, dans les congestions des organes internes, dans la scrofule à forme torpide, dans la syphilis, soit dans le but d'appeler à la peau les manifestations de la maladie, soit pour restituer à l'enveloppe cutanée ses fonctions supprimées, cause fréquente de répercussion sur les organes internes.
De 28° à 30° centigrades, non-seulement le bain n'est pas stimulant, mais il a une action sédative bien marquée sur le pouls; il calme l'excitation nerveuse, il tonifie et produit au bout de quelques jours un sentiment général de force et de bienêtre.
Les bains d'étuve viennent d'être réinstallés; ces
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bains, situés dans le sous-sol du nouvel établissement, alimentés par la vapeur du sondage n° 13 (temp. 65° centig.), sont bien éclairés et parfaitement aménagés.
La douche constitue un des éléments les plus énergiques de la cure de Bourbonne. Sa durée est habituellement de quinze à trente minutes. Son action est d'autant plus profonde que les parties du corps qui doivent la recevoir sont moins contractées; aussi le malade doit-il chercher à mettre ses muscles dans l'état de relâchement le plus grand possible, afin de les rendre plus dépressibles et de permettre à la douche de les pénétrer plus ou moins profondément. Le mode d'administration de la douche ayant sur ses effets ultérieurs une influence considérable, le malade doit se garder de demander au doucheur une modification quelconque aux prescriptions que le médecin a faites à ce sujet. Une douche trop longue, trop forte, mal administrée, peut amener des accidents très-graves dans un grand nombre de cas.
Pour ce qui regarde la pression, chaque cabinet est muni d'appareils qui correspondent aux réservoirs établis dans le coteau du jardin des bains, à des hauteurs différentes, à 18 mètres (douches fortes), à 8 mètres (douches faibles).
Il y a la douche verticale, ascendante, latérale, écossaise, en pluie, en arrosoir, demi-canal, plein canal, en lame; on doit aussi installer dans le nouvel établissement des douches utérines et vaginales et des douches auriculaires.
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La température de la douche est généralement un peu plus élevée que celle du bain ; elle s'administre de préférence après celui-ci. Indépendamment de son action stimulante et résolutive sur un point déterminé et des effets produits par sa température, elle agit par la percussion plus ou moins énergique qu'elle exerce sur les tissus, par le massage en un mot; elle ajoute à l'action du bain en activant la circulation, en augmentant la chaleur et l'influx nerveux, en déterminant à la peau une rougeur plus ou moins vive, une congestion sanguine qui pénètre jusque dans la profondeur des tissus. Aussi est-elle d'une grande efficacité dans les cas où il est besoin de donner du ton et de la souplesse aux tissus ; dans les accidents consécutifs aux fractures, aux foulures, aux luxations, aux entorses, aux blessures par arme à feu, aux arthrites rhumatismales et autres; dans les ankyloses incomplètes ou fibreuses, les rétractions tendineuses ; quand il faut ramener la vie dans un membre paralysé depuis longtemps.
Les cicatrices récentes, les plaies, les ulcères, les abcès en voie de formation, les douleurs ne permettent pas toujours d'avoir recours à ce moyen; c'est le cas alors d'employer les fomentations d'eau thermale. D'autres fois, au contraire, le médecin pourra utiliser la douche pour provoquer une légère excitation, faire aboutir un abcès, aider à la sortie d'esquilles osseuses ou de corps étrangers.
Les injections sont utilisées avec grand avantage
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dans les clapiers purulents et dans les trajets fistuleux, consécutifs aux blessures par armes à feu, ou qui sont du domaine de la scrofule, pour exciter la vitalité des tissus et favoriser la cicatrisation.
Il n'est pas rare de voir survenir chez nos malades, dans le cours de la cure, des phénomènes qu'on s'accorde généralement à considérer comme de bon augure; nous voulons parler de la fièvre thermale, de l'exaspération des douleurs et de la poussée.
La fièvre thermale est assez fréquente, sa durée dépasse rarement quatre ou cinq jours. Très-légère chez les uns, elle acquiert chez d'autres une intensité plus ou moins grande. On voit alors survenir f insomnie, la courbature, la chaleur à la peau, l'excitation du pouls, l'inappétence. En général, quelques jours de repos suffisent pour faire disparaître tous ces symptômes.
Le réveil et l'exaspération des douleurs se montrent surtout chez les névropathiques, les rhumatisants, les paralytiques et les ataxiques. Ils peuvent se présenter seuls ou bien accompagner la fièvre thermale.
La poussée se manifeste par une éruption vésiculeuse, pustuleuse, quelquefois même furonculeuse. Il n'est pas rare non plus de voir dans le cours du traitement réapparaître des éruptions depuis longtemps disparues ; d'autres, indécises, prendre un caractère plus net, plus tranché, et venir ainsi en aide au diagnostic.
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Les considérations dans lesquelles nous venons d'entrer, nos observations personnelles et la tradition ne laissent aucun doute sur les propriétés : 1° excitantes, toniques et fortifiantes; 2° altérantes et résolutives ; 3° purg-atives des eaux de Bourbonne, suivant leur mode d'administration et leur température, propriétés qui les rendent si utiles dans les maladies constitutionnelles et, en particulier, dans la scrofule et dans toutes les maladies qui reposent sur un fond lymphatique. Nous inscrirons donc en première ligne, parmi les maladies qui réclament l'emploi des eaux de Bourbonne :
1° La scrofule avec toutes ses manifestations; 2'^ L'arthritisme ; 3° La syphilis ;
4° Les paralysies — hémiplégies, paraplégies, paralysies partielles ;
5*^ L'ataxie locomotrice progressive ;
6° Les névralgies et plus spécialement la névralgie sciatique;
7° L'état saburral des premières voies, la dyspepsie gastro-intestinale, les engorgements abdominaux, les anémies constitutionnelles, la chlorose, l'aménorrhée et la dysménorrhée, les affections utéro-vaginales de nature scrofuleuse ;
8° L'atonie, la faiblesse chez l'enfant et chez le vieillard ;