‹ Guide critique du Salon de 1882Chapitre 24 sur 98 · JEAN-PAUL LAURENS · texte numérisé non relu

JEAN-PAUL LAURENS

M. Jean-Paul Laurens parvient rarement à m’attendrir. Quelque dramatique que soit son sujet : il le glace presque toujours par une sécheresse de facture qui paralyse toute émotion chez moi.

Cette année, il a pris pour thème une scène douloureuse au possible : Les derniers moments de Maximilien . II a tout fait pour que sa mise en scène inspirât la pitié et la sympathie. Il a représenté, conformément à l’histoire* l’empereur du Mexique plus calme, à cette heure suprême, que tous ceux qui l’entourent. Son aumônier fond en larmes, et c’est lui, la victime, qui console l’homme de consolation. Cependant, à la porte de la prison, un officier mexicain se présente. Il est temps de marcher au supplice. Encore un dernier adieu et... la mort !

Peut-être aurais-je les yeux humides en racontant cette sombre tragédie ou en l’entendant conter ; mais mes yeux restent secs devant le tableau de M.

Laurens. Mon attention est en effet incessamment distraite du drame par la sécheresse de la couleur et par la rudesse des lumières, qui se plaquent trop violemment sur les figures. Je ne puis me figurer que le soleil du Mexique, filtrant dans une prison, donne des

SUPPLÉMENT DU CLAIRON

teints aussi blafards à tous les personnages. Je me demande dans quel bois peu souple a été taillé l’officier qui vient chercher l’Empereur. Toutes ces inquiétudes artistiques tuent l’émotion.

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