CHAMBRES VOISINES DE LA GRANDE SALLE
La chambre suivante.
788 (1034) Hermès de Théophraste.
Cet liermès se trouvait pendant le XVIe siècle au palais Massimi; de là il passa en Angleterre, où il appartint au Dr. Mead, après la mort duquel il fut acquis par le cardinal Albani.
D'après l'inscription gravée sur le fût, cet hermès représente ((Théophraste fils de Melantas, d'Eresos» (île de Lesbos), qui succéda à Aristote comme chef de l'école péripatéticienne. La tête a quelque chose d'imposant et le sourire trahit le sentiment de la supériorité; l'expression est celle qui convient à un professeur éminent et qui a conscience de sa valeur. Ce portrait nous prouve que Théophraste ne se rasait pas, comme ce fut la mode à partir d'Alexandre le Grand, mais qu'il était resté fidèle à l'ancienne coutume et qu'il portait toute sa barbe; c'est là -un détail qui mérite d'être observé, et dont il faut tenir compte lorsque l'on étudie la prétendue statue d' Aristote qui se trouve au palais Spada (n. 954). L'exécution de cet hermès ne manque pas de finesse; mais elle est un peu sèche.
Viseonti, Iconografia greca I T. XXI 1,2, p. 245. Schuster, Ueber die erhaltenen Portràts der griechischen Philosophen T. III 4, p. 19. Baumeister, Denkm. des kl. Altertums III, p. 1764 Fig. 1848. — Pour la bibliographie plus ancienne, voir Corpus inscr. graec. III n. 6064. Cf. Braun, Ruinen und Museen p. 651 n. 39. Berichte der sàchs. Ges. der Wissenschaften 1878 p. 137.
789 (1033) Tête de Sappho.
Restaurations: le bout du nez, la partie inférieure du cou, le fût hermétique. L'épidémie a beaucoup souffert par suite d'un nettoyage excessif.
Cette belle tête est bien le portrait de Sappho ; elle ressemble, par le profil comme par la coiffure, à une image de la poétesse reproduite sur des monnaies de Mytilène. En outre, elle concorde parfaitement avec l'idée que nous nous faisons de Sappho d'après ses poëmes et d'après les traditions les plus authentiques. Le crâne largement développé et les formes énergiques du visage dénotent une intensité de sentiment et de volonté peu commune.
L'expression sévère de la physionomie est adoucie par le regard langoureux des yeux en forme d'amandes ; l'œil gauche paraît un peu plus ouvert que l'œil droit. Le menton plutôt fort et la lèvre inférieure épaisse trahissent une vive sensualité. L'on a essayé tout récemment d'établir un rapport entre ce type et une statue de Sappho du sculpteur athénien Silanion (cf. n. 265). Jahrbuch des arch. Instituts V (1890) T. 3 p. 151 et suiv.
790 (1031) Bas-relief, Orphée et Eurydice.
Restaurations: les deux pieds d'Orphée, le pied droit d'Eurydice, la moitié de l'avant -bras droit et le mollet droit de Mercure (Hermès). Comme on peut s'en rendre compte en examinant d'autres répliques, sur lesquelles s'est conservée la main droite de Mercure, l'artiste moderne a restitué exactement le geste de cette main ; il aurait dû seulement lui donner moins de relief, pour mieux observer les lois qui présidaient pendant la belle période de l'art grec aux sculptures de ce genre (cf. n,759). — Marbre pentélique.
Comme la légende nous l'apprend, Orphée, après avoir perdu sa femme Eurydice, descendit dans les Enfers; il charma par les accords de sa lyre les souverains de l'Hadès, et obtint d'eux la permission de ramener son épouse sur la terre, mais à la condition qu'il ne se retournerait pas pour la voir, avant d'avoir franchi le seuil des Enfers. Orphée ne sut pas résister au désir de regarder Eurydice; il ne respecta pas la condition posée, et sa femme fut aussitôt ravie dans le monde souterrain. C'est précisément ce dernier moment qui est représenté sur notre bas-relief. Orphée, reconnaissable à sa lyre qu'il tient de la main gauche, et à son bonnet thrace, vient de se retourner. Eurydice lui met tendrement la main gauche sur l'épaule, tandis que de la main droite il lui saisit le poignet droit. Mais déjà Mercure (Hermès), le conducteur des âmes, s'approche et de la main gauche saisit le bras droit d'Eurydice, pour l'emmener de nouveau dans les Enfers. Dans la composition de ce bas-relief se reconnaît, à tous les points de vue, l'esprit du grand art attique. L'expression des sentiments est aussi atténuée que possible;