INTRODUCTION
Ou a souvent imprimé que notre Musée national datait de François I*' ; c'est vouloir faire remonter trop loin dans le passé, et pour des considérations dont je n*ai à examiner ni la valeur ni le motif, l'origine do cette admirable collection. La vérité est que notre M uséc date de la Convention française. A cette assemblée seule revient Thonncur d'avoir, au milieu des plus grands événements qui ont agité le monde moderne ,
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k GUIDE DANS LE MUSÉE
fine de Médicis et le ministère de Richelieu. Ce n'est pas des Noyers,>cet autre ministre de Louis XIII, qui eût jamais songé à augmenter cette collection, lui dont le bigotisme imbécille lit brûler la Léda de Micbel-Ange, provenant du cabinet de François 1*'.
Quand Mazarin arriva au pouvoir, la France n'était donc pas riche en tableaux, malgré la protection dont Marie de Médicis avait entouré Rubens, et malgré les travaux que le maître d'Anvers avait exécutés d'après ses ordres. Les quelques peintres nationaux qui s'étaient fait un nom depuis la renaissance, avaient enrichi de leurs œuvres plutôt les couvents et les églises que le Louvre et les Tuileries. Il serait injuste cependant, — on l'a fait trop longtemps, — d'oublier les travaux des Fréminet et des Dubois dans le palais de Fontainebleau ; mais c'étaient là, comme dans la galerie Médicis, des décorations pittoresques, et non des tableaux de musée.
Mazarin , qui n'avait pas , comme son illustre prédécesseur, la passion de la tragédie, avait apporté de son pays le goût des arts ; il mit tous ses soins à former un cabinet de tableaux, de statues et de curiosités digne d'un prince, qu'il augmenta encore par la suite, en achetant la magnifique galerie du banquier Jabach, que sa passion de collectionneur avait ruiné. Cette galerie, estimée par Jabach 381,025 livres, ne fut payée par le ministre que 200,000 livres.
Colbert aclieta pour le roi la collection de Mazarin^ et fit rechercher, en Italie, les œuvres des maîtres qui ne se trouvaient pas représentés dans cette collection. Toutes ces richesses furent placées au Louvre, où elles occupaient sept pièces, près de la galerie d'Apollon, et à Thôtel de Grammont, où elles en occupaient quatre. Lebrun, chargé par le ministre du classement et de la direction du cabinet du roi, s'acquitta de cette tâche avec un grand succès, et mérita, paralt-il, les compliments de Louis XIV, qui, se piquant d'être connaisseur en tout, devait admirer la peinture. Il parait que Colbert avait eu dessein de faire servir le cabinet du roi, devenu, par ses soins, comparable à ceux des premiers souverains, à l'étude des arts, c'est-à^ire d'en ouvrir
l'entrée à tout le monde ; mais Louis XIV en devait autrement décider. Le monarque, qui pensait absorber en lui la nation tout entière, pouvait bien se croire le privilège de jouir seul de la vue de tant de chefs-d'œuvre et d*un si grand prix. Par ses ordres, presque tous les tableaux du Louvre allèrent garnir les appartements de Versailles et les autres résidences royales. Un grand nombre, — et on pourrait citer parmi ceux-là des merveilles, — avaient des dimensions qui s'accordaient mal avec les exigences du local où ils furent placés. Les arrangeurs ne s'inquiétèrent pas pour si peu, et les voilÀ rallongeant ou rognant les panneaux et les toiles an gré de leur fantaisie de décorateur ou de tapissier. Les œuvres des maîtres les plus illustres, entre leurs mains, s'étaient changées en meubles «meublants; » il fallait à tout prix qu'elles remplissent leur destination.
Sous le régent, qui fut pourtant un amateur véritable, les choses restèrent dans le même état; aussi sous Louis XV ; sous Louis XVI , elles s'aggravèrent Il résulte d'un inventaire fait, en 1710, par Bailly, garde des tableaux du roi, que le chiffre des peintures disséminées dans les résidences royales s'élevait à 2,403. Ce nombre s'augmenta encore, surtout de tableaux flamands que le roi-soleil n'aimait pas, comme chacun sait. Mais toutes ces richesses étaient perdues pour le public, et, pour la plupart, abandonnées à Tineurie de surveillants incapables de les apprécier. Un grand nombre étaient enfouies^ dans les greniers noirs, dans les caves, exposées aux outrages trop souvent irréparables de 1^ poussière ou de Thumidité.
Un ami des arts, un critique éclairé, dont le nom n'est pas encore assez connu, et à qui pourtant l'auteur de la nouvelle notice du Musée a rendu dignement justice, Lafont de Saintr-Yenne, jeta un cri d'alarme qui ne fut pas entendu du pouvoir, et que les artistes eux-mômes, — qui le croirait? — accueillirent avec des sarcasmes et des railleries. A Lafont revient pourtant l'honneur d'avoir le premier formulé nettement le projet de réunir les tableaux, les statues, et tous les objets précieux possédés par le roi de France, dans le pal&is
da Louvre, et d*ouvrir cette galerie à Tétade et à la contemplation des artistes et da public. Non-seulement, comme je Tai dit, le critique ne fut pas écouté, non-seulement les artistes, si empressés à rechercher les louanges de la presse, si impatients de ses conseils ou de ses blâmes, tournèrent son projet en dérision ; mais Vatelet, ce paysagiste amateur, que Lafont avait peut-être mis au-dessous de Ruysdaël ou du Lorrain, grava à Teau- forte une caricature de l'homme de lettres, où il était représenté en aveugle. En aveugle! parce qu'il avait montré les tableaux de la galerie Médicis, et quelques autres toiles remarquables, rongés chaque jour par les morsures du soleil ; en aveugle ! parce qu'il avait prédit que les chefs-d'œuvre dea maîtres, perdus pour tout le monde dans les appartements privés de Versailles et des Tuileries, étaient menacés d'une complète destruction.
M. d'Angivillier, nommé surintendant des bâtiments pendant le règne de Louis XVI, conçut, lui aussi, le projet de créer un musée au liOuvre. Comme M. d'Angivillier était un personnage, ce projet fut fort goûté par ceux-là mêmes qui avaient traité de folie les idées de Lafont de Saint- Yenne ; néanmoins l'on se garda bien de rappeler le nom du critique. Toutefois, il se trouva des gens qui contestèrent au surintendant la paternité de son idée, mais pour en faire honneur à M. de la Gondamine. Quoi qu'il en soit, elle ne fut pas exécutée; le public se vit même privé de l'embryon de musée établi au Luxembourg, la galerie de Rubens ayant été, d'après les ordres de Louis XVI, enlevée de ce palais et transportée dans celui de Versailles. En même temps, le peintre Durameau, chargé de dresser un inventaire de toutes les richesses artistiques appartenant à la couronne, évaluait le nombre des tableaux â 1,122 seulement, dont 369 appartenant au cabinet du roi, et 753 conservés en magasin, c'est-à-dire, pour parler exactement, enfermés pour la plupart dans les greniers et dans les caves signsîlés par Lafont de Saint- Yenne.
Enfin éclate la Révolution. L'Assemblée nationale rend d'abord un décret pour la formation d'un musée au
Louvre, nomme ensuite une commission conservatrice des monuments chargée du classement et de la conservation de tous les monuments appartenant à la chose publique. Le 26 août 1791, un second décret fait de nouveau un Musée du Louvre, mais cette fois encore le projet reste sans exécution. 11 ne devait se réaliser qu'en 1703, à la suite d'un troisième décret rendu par la Convention nationale le 27 juillet. Pour Texécution de ce décret, une commission fut nommée sous le titre de commission temporaire des arts. Le 18 frimaire, cette commission fut remplacée par un conseil ad" ministratif conservatoire du Musée national ( ainsi devait s'appeler le Musée du Louvre), et le 7 prairial an 2, l'un des membres du conservatoire adresse au ministre de l'intérieur un compte-rendu des opérations de cette société et des observations sur le but du Muséum, sur l'influence qu'il doit exercer sur les arts, sur le meilleur mode de classement des collections, et sur les moyens d't^proprier le Louvre à la destination nouvelle. Chose admirable! tout est prévu dans ce rapport, et aucune des améliorations qui se sont réa- Hsées depuis n'y est oubliée.
On comprend bien toutefois que le Musée ne présenta pas une organisation parfaite dès ses débuts. Il fallut d'abord inventorier les richesses artistique»* éparses sur tous les points du territoire, les classer et les réunir un peu à la hâte, surtout confusément. Puis se rencontrèrent des» résistances locales difficiles à vaincre et à surmonter. Par exemple, la commune de Versailles réclamait énergiquement contre l'enlèvement des tableaux et des statues du palais de Louis XIV, et il se trouva des gens qui, pour concilier les intérêts de l'art et ceux de la ville de Versailles, demandèrent que le musée des maîtres des écoles étrangères fût établi dans cette localité, tandis que le Louvre serait consacré aux maîtres de l'école française. C'est le contraire qui fut, et justement, décrété.
En attendant, voilà le Musée formé. Les salles s'ouvrent les unes après les autres. Les armées républicaines, victorieuses sur tous les champs de bataille de
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l'Europe, rapportant à Paris, ivec Ici dmpekux pris sur l'ennemi, les chefs-d'œuvre les plus rautés de l'Italie et des Flandres. Titien, Haphaël, Vérontee, Michel-Ange, Rubens, Ccrrége, Dembrandt, trouvent sous les voûtés du Louvre camme une seconde patrie, en compagnie des plus admirables productions de la statuaire antique. L'empire ajoute encore à ces richesses, et, quand arriva l'heure ds l'invasion, notre
Gnsde Gilerle.
musée, enrichi des dépouilles de tous tes mnséea d'Europe, offrait un assemblage pour ainsi dire inouï des plus sublimes créations de 1 art. Toutes les écoles y ét^ent représentées au grand complet, à l'eiception ^ cependant de l'école anglaise, dont nous n'avons Jamais, Je crois, possédé un seul tableau.
On sait ce qu'il arriva Ji notre Musée après l'iovasion. C'est une liistojre trop navrante peur que nous paissions nous y arrêter plus longtemps. L'dpéc de nos
ou LOUVRE.
' alliés nous repfrit ce que Fépée de nofi pères sftâi conquis sar reonemi. En yain le conservateur du Musée, M. Denon, fit>il entendre une protestation courageuse; en vain M. de Choiseul et Louis XVIII lui-même essayèrent-ils à leur tour de rappeler que ces chefsd'œuvre, achetés par le sang de nos soldats, étaient le prix glorieux de la victoire, et que des traités solennels nous en avaient rendus propriétaires légitimes : rien ne fut écouté ; les marbres précieux, les tableaux sans prix, empilés dans des fourgons, reprirent le chemin de la frontière.
Il nous reste peu de chose à dire. Sous la restauration et sous le règne de Louis-Philippe, Tadministration de la liste civile fit peu d'acquisitions dignes d'être notées et n'essaya pas même de doter le Musée des améliorations projetées sous la république^ Les tableaux restèrent exposés sans aucun ordre méthodique. Dans la grande galerie du Louvre, les toiles les plus remarquables restaient privées de lumière; il fallut l'avènement d'une seconde république pour réaliser complètement les projets conçus sous la première.
En 1848t M. ieanron, nommé directeur des musées, se mit à la besogne avec un zèle, une activité et une intelligence dont l'histoire lui tiendra compte. En quel* ques mois, il entreprit et réalisa des améliorations aux** quelles les administrations précédentes n'avaient pas paru songer pendant trente-quatre ans. Le Louvre, fermé pendant l'espace seulement de quelques jours, se rouvrit bientôt et montra aux visiteurs, à la fois surpris et charmés, tous les tableaux classés dans un ordre méthodique, par ordre de dates et par écoles. Ce classement provisoire devint, sauf quelques modifications, définitif, et c'est celui qu'on admire encore aujourd'hui.
Depuis, des améliorations notables et des plus importantes ont encore en lieu. Le grand salon d'honneur a reçu une riche décoration, — trop riche même; la grande galerie a été éclairée dans toute sa longueur par des jouts pratiqués dans la toiture ; la salle des Sept-Gheminé€9, consacrée aa& œuvres les plus re-
rqnsbloi de l'école française, n été embellie comme laion carré 1 l'archilecte, M. Duban, a. restauré la galerie d'ApnlIon d'une façon splendide. De nouveaux musées ont été créés, et quelques acquisitions importantes, au moins par leur prii, ont été faites dans le but de combler les lacunes trop regrettabl(« que nous aurons à signaler dans le cours de cet ouvr^. En at-
Gilerte d'ApoUop.
tendant, pour terminer cet historique fort incomplet du Musée du Louvre, nous n'hésitona pas k dire que ce musée est le premier du monde. On lui a contesté ce titre sous le préteile, d'ailleurs fondé, que les autres galeries contenaient des chefs-d'œuvre plus rares que
ciiiie ne présente un ensemble aussi complet des productions de toutes les écoles et de tous les temps, comme nous aurons occasion de le montrer en parcou- .
rant avtc le lecteur les salles et les galeries du palais de François V et de Henri II, devenu le palais de Raphaël, de Titien, de Rubens et du Poussin.