‹ Guide dans les Musées de peinture et de sculpture du Louvre et du LuxembourgChapitre 3 sur 6 · MUSÉE DE PEINTURE · texte numérisé non relu

MUSÉE DE PEINTURE

£C0U ITAUEirilE.

Le nouveau catalogue du Musée du Louvre divise les œuvres des maîtres italiens en neuf écoles seulement, tandis que Lanzi en admettait quatorze. Bien que la classification de l'auteur de V Histoire de la peinture en Italie soit généralement acceptée par les critiques et par les amateurs, nous croyons devoir adopter celle du catalogue, qui nous semble moins confuse et moins arbitraire. On pourrait pourtant y trouver encore à redire, et nous ne la croyons pas parfaite ; mais comme il est impossible qu'un pareil travail soit jamais capable de contenter tout le monde, et comme d'ailleurs notre mission n'est pas d'écrire un ouvrage de haute esthétique, mais simplement un Guide exact, contenant des indications nettes et précises , il nous a paru inutile de venir, à notre tour, essayer d'inventer une troisième classification des maîtres italiens et de leurs œuvres.

Nous nous contenterons donc de copier celle du catalogue dans le catalogue lui-même, qui a mis les deux classifications en regard l'une de l'autre (1).

CbssileatioB ëe Laaxi. Classiflcatwn ëe la Mtice in losée du UiTre.

Ecole florentine

— siennoise

/ — ombrienne. (N*exisle pas dans

— romaine ) Lanzi. )

i Ecole florentine.

romame.

4) Nous adopterons, dans le cours de ce volume, le classement

Eir ordre de dates qui se trouve conforme au classement des taleaux eux-mêmes dans les galeries. La Table alphaliétiqae des noms

iS GUIDE DANS LE MUSÉE

Liui. iMtàn il Itsie H L«ni«.

École vénitienne. . . . Ecole vénitienne.

— de Mantoue..

— de Modéne.

— de Parme \ — lombarde.

— de CrémoDc...\

— de Milan j

— ferraraise . . . , — ferraraise.

— bolonaise....'. — bolonaise.

. = gor:":::i - ^-^-

— napolitaine.... — napolitaine.

Le Musée du Louvre, on le comprend, du reste, n*est pas très-riche en œuvres des maîtres primitifs de l'école de Florence , cette mère glorieuse des écolois d'ItaUe et du monde entier. Nous ne possédons rien d*Orcagna, d'Antoine de Messine, de Simon de Memmi, rien surtout du Masaccio , et de quelques autres moins illustres et moins dignes de l'être. En revanche, nous pouvons montrer une des productions les plus célèbres de

Cimabaê ou Onaltieri (Giovanni), peintre, architecte, sculpteur, né à Florence en 1240 (vivait en 1302). (Ecole florentine.) Cimabuë commence la liste des peintres italiens. Nous avons peu de détails biographiques sur ce maître, considéré jusqu'ici un peu légèrement comme le régénérateur de l'art en Europe ; mais Dante, en inscrivant son nom dans son poème, l'a rendu immortel, comme la Divine Comédie. Quoi qu'il en soit, il est certain que Cimabuë jouit, de son vivant, d'une réputation glorieuse et populaire, qu'il fut honoré de la protection et des éloges du roi de Naples Charles I*', et que son tableau de la Vierge aux anges (celui du Louvre) fut porté en triomphe , au chant des trompettes, jusqu'à l'église de Sainte-Marie la Nouvelle, la population entière de Florei)ce lui faisant cortège. C 'est peutrêtre au souvenir de son immense renommée, consacré par l'histoire, qu'il doit d'avoir été considéré

des peintres renverra aa passage relatif à chaque artiste et rendra les recherches faciles.

comme le véritable fondateur de Técole florentioe et d'avoir tiré la peinture de l'avilissement où elle était tombée entre les mains des artistes grecs, estimés pendant longtemps par la majorité des critiques comme des artisans vulgaires. Cette opinion est devenue moins générale, et il semble évident que les traditions de l'art byzantin étaient déjà en partie abandonnées avant l'apparition des ouvrages de Cimabuë. D'ailleurs, le style encore profondément hiératique de ce maître démontre qu'on ne peut pas trop le considérer comme un novateur bien audacieux^ et qu'on doit seulement le juger comme plus habile que ses contemporains restés inconnus.

— La Vierge aux anges (n® du livret 174).

Glotto di Bondone (1276-1336), peintre, sculpteur, ingénieur, poëte, né à Colle, aux environs de Florence. (Ecole florentine.) Giotto est» incontestablement le fondateur de l'école florentine. Le petit gardeur de chèvres que Cimabuë enleva à sa modeste condition , et auquel il ouvrit son atelier, est le premier peintre qui s'inspira directement de la nature et débarrassa l'art des langes hiératiques qui entravaient ses progrès. Avec lui le dessin s'assouplit, les draperies indiquent mieux les mouvements et la forme du corps humain ; il remplace les fonds d'or par des paysages ; et il passe pour avoir le premier réussi à faire des portraits. Comme Cimabuë, son maître, Giotto fut grandement honoré des puissants de cette époque, et il devint l'ami de ses contemporains les plus célèbres, Dante, Pétrarque, Boccace et Villani. Il voyagea beaucoup en Italie, et orna un grand nombre de villes de ses ouvrages. Le pape Clément Y le fit venir à Avignon. Le livret du Louvre consacre, à ce propos, une erreur longtemps accréditée par l'histoire et par la critique, à savoir, que les fresques qui subsistent encore dans le palais des papes sont l'œuvre de l'artiste florentin. Il est démontz^é aujourd'hui que ces fresques, dont une portion peut être plus sûrement attribuée à Simon Memmi, n'ont pu être exécutées par le Giotto, puisque la partie du palais où on les voit fut construite dix ans après le voyage de cet artiste sur les bords du Rhône. Giotto laissa.de nom<

ih GUIDE DANS LE MUSEE

breux élèves, parmi lesquels nous citerons Simon Memmi, Taddeo Gaddi, Campana, Ottaviano da Faenza, Poce da Faenza, Guglieimo da Forti.

— Saint François d* Assise recevant les stigmates (209). Giotto a peint au bas de la composition principale, trois autres sujets : la Vision du pape Innocent ///. — Saint François, suivi de ses douie premiers compagnons, reçoit du pape Innocent !lf, en 4210, l'habit et les statuts de son ordre. — Suint François parlant à des oiseaux.

Gaddî f Taddeo) ou Taddeo di Gaddo Oaddî (vers 1300-1366). (Ecole florentine.)

— Gradin d'autel divisé en trois comparliments (199).

Bartolo (Taddeo di), né à Sienne (1363-1&22). (Ecole florentine.)

— Retable divisé en trois compartiments : !• la Vierge et l'enfant Jésus; — 2*' saint Gérard; — 3° saint Paul , saint André et saint Nicolas, érêque de Myre (63).

Oentîle da Fabriano, né à Fabriano (marche d'Anc6ne), vers 1370, mort à Rome, en 1450. (Ecole ombrienne.) Elève, selon les uns, d'Alegretto Nuzi di Gubbio, et aussi de Fra Beato Angelico, selon Vasari. Gentile travailla à Sienne, à Pise, à Venise et surtout à Rome, où il fut appelé par le pape Martin V. Principaux élèves : Jacopo Bellini, Jacopo Nerito da Padua, Paolo da Siena, Gioviani da Siena.

— La Présentation au temple (202).

GKovani (Fra) da Fîesole, dit TAngeUco ou îl Beato Aagelioo, né dans la province de Mugello (Toscane), mort en 1455. (Ecole florentine.) Avant de se faire moine, avec son frère, il s'appelait Guido ou Guidolino. Son maître est inconnu. Les deux frères, forcés d'abandonner leur couvent de Fiesole, par suite des troubles qui agitaient l'Italie, se retirèrent à Foligno, d'où la peste les chassa à son tour. Ils revinrent successivemeut à Cortone et à Fiesole , où l' Angelico exécuta de nombreux travaux. Appelé, en 1436, à Florence, il y resta neuf ans ; puis il se rendit à Rome, où il peignit des fresques dans la chapelle du palais de Saint- Pierre. A cette époque, il avait atteint le plus haut

sommet de sa gloire ; mais ni les honneure , ni sa passion pour Tart , n'altérèrent jamais ses sentiments de piété profonde. Toute sa vie il resta le plus humble des moines de son ordre.

— Le Couronnement de la Vierge et les Miracles de saint Dominique (214). Ce tableau à la détrempe peut être considéré comme une des meilleures pages de TAngelico, et suffit à faire connaître sa manière et son style à ceux-là mêmes qui n'iront jamais visiter ses grands travaux d'Italie. A voir l'ordonnance systématique de cette composition, on se croirait devant une œuvre contemporaine de Cimabuë. Le peintre n'a pas pu oublier qu'il était moine, et a imprimé à son œuvre un caractère hiératique qui semble emprunté aux traditions byzantines. Mais à côté du style gothique qui semble antidater cette composition du quatorzième siècle, quel sentiment exquis dans les têtes, quelle chas* teté rêveuse et sereine à la fois dans les attitudes ! et aussi, à côté de draperies roides et monotones, quelle délicatesse de modelé dans certains détails, et quelle élégance naïve dans les contours !

Sono ( Paolo di), dit Paolo Uoello ou Ueellî, né entre 1396 et 1402, mort en 1470. (Ecole florentine.)

— Portraits du Giotto, d'Ucello, de Donatello, de Brunelloschi et de Giovani Manetti (184).

Xiîppi ( Fra Filippo ), né vers l'an 1412, à Florence, mort a Spoleto, en 1469. (Ecole florentine.) Orphelin à l'âge de deux ans et recueilli dans le couvent del Carminé, il so fit moine. Les biographes ne sont pas d'accord sur les maîtres qui lui donnèrent les premières leçons de son art. Dans une promenade sur mer, il fut enlevé par des pirates barbaresqucs et resta plusieurs années en captivité en Afrique. En 1438, il était de retour à Florence, et chargé d'un grand nombre de travaux décoratifs pour les couvents et les églises. Il devint amoureux de Lucrezia Buti, religieuse du mtnastère de Sainte-Marguerite, qu'il enleva. On prétend qu'il mourut empoisonné par les parents d'une de ses maîtresses. Son fils Filippino fut son élève et celui de Masaccio. C'était un artiste de talent, même de génie

à en juger par le& peintures de la chapelle Brancacci del Carminé, à Florence, qui furent longtemps attribuées à Masaccio.

— La Nativité de Jêsm-Christ (233). Vasari prétend que la figure de la Vierge est i» portrait de Luerezia Buti. — La Vierge et l'enfant Jé8u$ adorés par deux saitits abbés.

Bellinl (Gentile), né et mort à Venise ( lâ21-l$»7), élève de son père Jacopo Bellini, de Gieolama Mattini et de Mantegna. ( Eeote vénitienne. ) Il travaiJBa à Padoue et à Venise avec son frère Giovanni, et fut ensuite ewfoyé par le sénat de cette république à Constantinople, sur la demande du sultan Mahmoud. De retour à Venise, il fit de grands travaux de décorations et fondit en broDze plusieurs médailles.

— Réception d*un ambassadeur de Venise à la cour de Constantinople (66). Cette toile curieuse montre quels progrès a accomplis la peinture, qui vise maintenant au naturalisme et à la couleur. — Portraits de Jean et de Gentile Bellini (69). Ce tableau fut longtemps attribué à Giovanni , mais le livret le restitue au Gentile. — Ecole de Giovanni Bellini : la Vierge et l'enfant Jésus (70).

Giovanni Bellini, dont malheureusement le Louvre ne possède aucun tableau , frère du Gentile , fut le véritable fondateur de la grande école de Venise, le maître du Giorgion et du Titien.

Mantegna (Andréa), peintre, graveur, architecte et géomètre, né à Padoue en 1431, mort en 1506. (Ecole vénitienne.) Comme le Giotto, il gardait les moutons, quand il fut adopté par Francesco Squarcione comme son fils et son élève. Il prit dans Tatelier de ce peintre le goût de l'antique. A dix-huit ans, Andréa était déjà célèbre , et nous le voyons travailler successivement à Padoue, à Florence et à Rome. Il vint aussi à Venise, où il épousa la fille de Jacopo Bellini. Andréa laissa plusieurs fils, Francisco, Ludovico-Bernardini et Giovanni-Andrea, qui Curent tous des peintres de mérite.

— Le Christ entre les larrons (249) , remarquable par l'entente des groupes, la vérité et le pathétique de

DU LOUVRE. i^

rexpreft&ion^ et le sentiment du naturalbme, qui annonce l'école vénitienne. — La Vierge de la Victoire (250), d'un grand style et d'une belle tournure. — le Pâmasse (251), un des plus charmants tableaux de Maiit^gna, tout imprégné d'un parfum antique, avec une roidcur et une sécheresse naïves caractéristiques de l'époque.— La Sagesse victorieuse de» Vices (252), dans te même style <][ue le précédent, et non moins important*

(Ugnor^li ai Gig;io ou !%îd«o ( Luca ), dit iMom da Gortona, né à Cortona, Vers 14^1, mort après 152^, ( Bc4^e florentine. ) Elève de Pietro délia Franceaca, et peintre émioent. U ne faut pas le juger au Louvre, mais sur ses fresques du dôme d'Orvieto, à% laSixtine, des églises d'Avezzo, de Pérouae, etc. 11 fut le premier qui imprima à son style ce cachet de véhémence et de recherche de la grande tournure, et ces préoccupations de la science de l'anatomie, qui sont la marque de l'école de Florence. Mîchel-Ange étudia ses ouvrages. — ïllèves : son fils Antonio, son neveu Francesco, Turpino Zaccagni et Angelo Barnabe!.

— La Naissance de la Vierge (402).

Mais voici venir, avec le Pérugin , l'époque où vont se décider les doctrines de l'art en Italie. Déjà nous avons vu, par les tentatives des Mantegna et des Bellini, la peinture chercher son but dans le naturalisme, le mouvement et la couleur; l'art se rapprocher du réel, en devenant plus profane, mais aussi plus humain. Pérugin parait devoir un instant l'arrûter sur cette route; il semble que cet artiste éminent soit venu juste au moment où allait se montrer Michel-Ange, pour résumer les doctrines du passé dans une manière déjà habile et plus expérimentée que celle des primitifs, leur grâce naïve et leur candeur. Cependant il combat contre l'invincible auteur du Jugement dernier, non plus déjà avec le style ultra^mystique de l'Angelico, mais avec un style plus tempéré et déjà plus mondain , quoi qu'e« aient dit se& admirateurs exclusifs.

VaB«e«i ( Pietro ), dit il Perugmî ou le Pérugîn, né près de Pérouse, en lA46,mort en 1524. (Ecole ombrienne. J Le» premiers maîtres du Pérugin sont restéf

IS GUrDE DANS LE HITSÉE

inconnus, malgré leaafllrinationset les conjecture» des biograplies ; mais nous savons qu'il étudia à Florence, sous Andréa dol Veroccliio. La popularité, la gloire et la fortune couronnèrent aea efforts. Ses tableaux se vircTit rectierchés dans louie l'Europe. Il travailla i Florence et il Rome ; mais ses plus remarquables travaux de décoration se voient k Piirouse, dans la salle du Gambio. Pérugin eut une nombreuse école, et compta parmi ses élèves un maître dont le nom elTace celui de

- La Vierge le-

nani Venfant Jéfus, adoré par deux gainiet et deux anges {kU2) ; un des beaux Pérugins qui existent, le plus beau de tous ceux qu'il y ait en France, après celui de Lyon, pourtant. (Payé 53,000 francs, avec les frais, k la vente du roi de HoHande Guillaume H , en 1850.) — La Vierge, l'enfant Jésus, saint Joseph et sainte Cu" Iherine (443).— 5am/ Paul {hkU). -^Combat de l'Amour et de la Chasteté (445) ; très-curieux , peint d'ailleurs dans lu manière expéditive adoptée par le maître après

Ohirlandigo (Benedetto) ou OrillMiâ^io (1458- 1499). (Ecole florentine.) Ce nom -de Ghirlandajo vient d'un bijou façonné en forme de guirlande, fort en usage à Florence, et que fabriquait Tommaso Bigondi, orfèvre de cette ville, père de notre artiste.

— Jésus-Christ si4r le chemin du Calvaire (203). Ghirlandajo ou Grilland«go (Domenico), peintre,

orfèvre, mosaïste (1449-1498). (Ecole florentine.) Travailla dans plusieurs villes d'Italie, et compta Michel- Ange parmi ses élèves.

— La Visitation (204).

Ohirlaiidi^o (Ridolfo), né à Florence, en 1482, mort à soixante-quinze ans, selon Yasari. (Ecole florentine.) Fils du précédent, ami de Raphaël, il étudia sous Fra Bartolommeo. Il jouit d'une grande renommée, et compta parmi ses élèves Michèle di Ridolfo et Pierino del Yaga.

— Le Couronnement de la Vierge (205).

Carpaecio ( Yittore), né en 1450, vivait encore en

1522. (Ecole vénitienne.)

— La Prédication de saint Etienne à Jérusalem (123).

Baîbolîns (Francesco), dit il Franeia, né et mort à Bologne (1450-1517), élève de Marco Zoppo et du Squarcione, peintre et orfèvre. Le Franeia est d'un des maîtres éminents dont l'absence se fait regretter au Louvre. Nous disons l'absence, malgré Taflirmation du livret qui attribue à cet artiste le magnifique portrait d'homme (318) du salon carré, longtemps donné à Raphaël, puis au Giorgion, puis à Sébastien del Piombo.

U Vle^,l'«iAiU<«H«i«lRieAuM(tfl).

Ce chef-d'œuvre, car c'est un véritable chef-d'œuvre, ne nous semble appartenir à aucun de ces grands artistes. Pourquoi ne pas supposer qu'il a été exécuté par quelque génie inconnu , mort avant d'avoir pu se faire un nom?

▼îne! (Lionardo da], peintre, sculpteur, architecte, ingénieur, littérateur, musicien, né au château de Vinci, près de Florence, mort au château de Cloux, près d'Amboise (1452-1519). ( Ecole florentine.) Elève d'Andréa del Verocchio. 11 fonda, à Milan, une académie , et peignit dans cette ville la fameuse Cène du couvent de Sainte-Marie. Chacun sait qu'il concourut, en 150/^, avec Michel-Ange, pour le célèbre carton de la Bataille d'Anghiari, et qu'il vainquit, du moins dans l'opinion des juges , son illustre rival. Après avoir habité, à plusieurs reprises, Florence et Milan, puis visité Rome, il vint en France, appelé par François I•^ Une tradition longtemps accréditée veut qu'il y soit mort entre les bras du roi ; mais il est démontré que celui-ci se trouvait à Saint- Germain quand expira, à Cloux, chargé de gloire et d'années, le peintre de Florence. Vinci mérite une place à part dans l'école italienne, non-seulement par son génie, qui fut incontestable, mais par l'originalité de sa manière et de son style , la prâce inimitable de son modelé, son extrême fini et l'absence de préoccupation de l'art antique, au moins dans les tableaux de chevalet, et surtout par un charme étrange et saisissant qui lui est propre, et que personne n'a jamais surpassé. Il fonda une nombreuse école, d'où sont sortis B. Luini , Beltroffio , Salai, Melzi, Cesare da Cesto, Credi, Ferrari, Janine, Marco da Oggione, Lomazo, ses élèves ou ses imitateurs.

— Saint Jean-Baptiste (480). — La Vierge» Venfant Jésus et sainte Anne (481) ; un des chefs^'œuvre du Vinci, qu'on lui a maladroitement contesté. II existe plusieurs copies ou reproductions de cet admirable morceau ; mais, comme l'auteur du catalogue du Musée, nous sommes portés à croire que le Louvre possède l'original. — La Vierge, l'enfant Jésus» saint Jean et un ange (482) ; — Portrait de femme (483) : celui de la duchesse

deMaMoue, selou le p<:r«Dan, historien de Fontainsblesu ; de la belle Féronnii^re. selon que opinion plus

accrédhée, mus pnrraitemenl r&usse; ou enfin de la célèbre maîtresse de Louis Srorce, Lucreiju Crivelli. — Portrait de Mona Lisa, connue sous le nom de la Jo- Toude iiH); ce portrait, qui en peul-^tie te chef-

U)ocwMle(t8t|.

d'œuvre dti Vinci, acheté par le roi François 1" pour la somme, énorme i cette époque, de 12,000 livres, est un morceau où se résument, de U façon la plus com-

Flile, les qualités du maître. On ne peut qu'admirer art merreilleui lui a su rendre la nature avec un Uni ■1 précieni qu'il (Ùpi^ lea h^itudes de la uûniature.

lea h^itu

et qui reste pourtant du grand art. « On remarque, dit Vasari, dans ce portrait un sourire si agréable, que cette peinture est plutôt une œuvre divine qu'humaine, et qu*on la tenait pour une chose extraordinaire et vivante autant que la nature même. » — Bacchus {US5)* — Vinci (d'après le), copie de la Cène (486).

Gredi (Lorenzo di), né à Florence, en 1453, vivait encore en 1536. (Ecole florentine.) Elève d'Andréa Veroccbio et son exécuteur testamentaire.

— La Vierge présente Venfant Jésus à l'adoration de saint Julien et de saint Nicolas (177). Le meilleur tableau du peintre, selon Vasari.

Vintnnechio (Bernardine di Benctto, dit ?/), né à Pérouse, en 1454, mort en 1513. (Ecole ombrienne.)

— La Vierge et V enfant Jésus,

Solari ou Solario (Andréa, dit il Ck>rI>o) (1458- 1509). (Ecole lombarde.)

— La Vierge et Venfont Jésus (403). Une des plus charmantes productions de Técole du Vinci , aussi re-> marquable par le charme aimable de Tcxpression que par la grâce et Télégance de la composition et du dessin. ^

liuîm ou iK>vmî da Iiumo (fiemardo), né vers 1460, vivait encore en 1530. (Ecole lombarde.) Elève, selon toutes probabilités, de Stefano Scotto, et Tun des plus habiles imitateurs du Vinci. Cet artiste est parfaitement représenté au Louvre par

■—La Sainte famille (240 h — /e Sommeil de Jésus (241) ; — et son tableau de Salomé, fille d'Hérodiade, recevant la tête de saint Jean-Baptiste (242).

Costa (Lorenzo), né à Ferrare, en 1460, mort en 1535, fondateur de l'école ferraraise.

— La Cour d'Isabelle d^Este (175).

Oarix> ( Raffaello del), dit U Aaffaellîno, né à Florence, vers 1446, mort en 1524. (Ecole florentine.) Elève et imitateur de Filippo Lippi, peintre un peu précieux, mais élégant et fin, comme le montre son

— Couronnement de la Vierge (200), un de ses meîK leurs tableaux.

AlbertinelU , né & Florence, vers 1467, mort vers

1512. (Ecole florentine.) Elève de Gosimo KoseHi, d*abord batteur d*or, puis peintre ; il se Ha avec Fra Bartolommeo, et imita sa manière. Nature passionnée et mobile à Texcès, il se livra avec ardeur aux plaisirs, abandonna un instant la peinture , se fit aubergiste et mena une vie de débauche, puis reprit sa palette et vint dans sa patrie mourir de fatigue et d'épuisement.

— Saint Jérôme et saint Zénobe adorant l'enfant Jésus (24). — Jésus apparaissant à la Madeleine (25).

BeltrofBo (Giovanni-Antonio) , né en 1467, mort en 1516. (Ecole florentine.)

— La Vierge de la famille Casio ( 71). Beltroffio fut plutôt un amateur qu'un peintre vivant de sa profession. Selon V Histoire de la peinture en Italie, de Lanzi, le tableau que nous avons au Louvre serait môme le seul authentique de cet élève de Léonard de Vinci, qui avait d'ailleurs un talent réel et imita la manière de son maître.

Bartolonmieo ( Fra ) del Fatlorîno , dit Baecîo délia Voita ou il Fraie, né à Savignano (Toscane), en 1469, mort à Venise, en 1517.(Ecole florentine. ) Bartolommeo fut élève de Gosimo Roselli, mais il étudia aussi les ouvrages du Vinci. Doué d'une àme ardente, il embrassa les doctrines de Savanarole, et s'en montra partisan si passionné, qu'après une prédication du réformateur contre les peintures indécentes, il brûla toutes ses études faites sur le modèle vivant. Le jour où les doctrines de Savonarole se virent proscrites et l'apôtre avec elles, l'artiste resta fidèle à la fortune du moine. Il s'enferma avec lui dans le couvent de San- Marco. Le couvent fut assiégé, et Savonarole tomba entre les mains de ses ennemis. Baccio fut tellement frappé des horreurs de cette lutte et de la fin tragique de Savonarole, qu'il prit l'habit des frères prêcheurs , et renonça pendant quatre ans à la peinture , qu'il ne reprit que sur les instances des moines de son couvent. Bartolommeo travailla à Florence, visita Venise, Rome, et revint mourir à Florence, à l'âge de quarante-huit ans. 11 fut l'ami de Raphaël et travailla beaucoup avec Albertinelli , qu*il s'associa pour plusieurs grands ou-

vrages. La manière et le style de Michel-Ange le séduisirent à leur tour, surtout vers la fin de sa vie, autant que Tavaient fait d*abord ceux du Vinci. Ce maître résume en quelque sorte, et sans rien perdre des qualités qui font Tartiste original, les qualités diverses des écoles de Florence et de Rome. On retrouve dans ses œuvres, à côté de Télégance de Raphaël, le sentiment naif et candide des maîtres primitifs, et plus tard le souffle puissant, mais chez lui plus contenu, la tournure épique du Ruonarotti, un coloris d'une grande intensité, sinon d*un grand charme, emprunté aux écoles de Venise , et une recherche et une entente du clair-obscur fort remarquables pour son temps et pour son pays.

— La Salutation angéliaue (64). — La Vierge, sainte Catherine de Sienne et plusieurs saints (65) ; un des beaux et des plus complets tableaux du FVate et de sa dermèi*e manière

BarbareUS (Giorgio), dit îlOîorgîone (1477-1511). ( Ecole vénitienne. ) Si nous ne possédons rien de Giovanni Rellini, le véritable fondateur de l'école de Venise, en revanche nous avons deux beaux tableaux de son illustre élève Giorgione , Témule et le condisciple du Titien. Et parmi ces deux tableaux d*un maître dont Tœuvre considérable, malgré la brièveté de sa vie, consistait surtout en peintures décoratives, en grande partie détruites aujourd'hui, nous en comptons un, le Concert champêtre, qui est un véritable chef-d'œuvre, et qui mérite bien les honneurs du salon carré.

— Le Concert ctiampétre (44) est à la fois une scène familière et une fantaisie : des personnages, vêtus du costume vénitien, conversent, au milieu d'un paysage, avec une femme entièrement nue, tandis qu'une autre femme, à peine couverte d'une draperie, verse de l'eau dans une auge en pierre. Voilà tout le sujet ; seulement, le paysage «plendide , doré par une chaude lumière , l'ampleur et la souplesse du dessin, la richesse et l'harmonie de la couleur, donnent à cette composition, dont il est impossible pourtant dedevii^erlesens, un charme ioexprimable de réalité poétique*^^ain/e famille, plu-

Mieur9 saints et un donateur (43). — Barbarelli ( attribué à ) : la Tête de saint Jean-Baptiste préuntée à Salomé{h^), ^Portrait de César Borgia (520). —Portrait d'un homme d*armes(â20 bis). Ce très-beau tableau, qui appartient certainement à l'école de Venise, nous semble dater d'une époque un peu postérieure à celle du Giorgion , où déjà le procédé et l'habileté de main remplacent l'exécution savante, mais plus naïve, des maîtres véritables.

▼eeellîo (Tiziano), né à Pieve, dans la province de Cadore, en 1477, mort de la peste, en 1576. (École vénitienne.) Notre cadre ne nous permet pas d'entrer dans de grands détails sur ce maître illustre, dont la vie de centenaire ne fut remplie que de gloire et de travaux. Elève, dès l'enfance, d'un peintre aujourd'hui inconnu, Antonio Rossi^ il entra ensuite dans l'atelier de Sebastiano Zuccato, puis dans celui de Gentile BelHni, et enfin dans celui de Giovanni, où il rencontra le Giorgion; dont il devint le rival. Il le prit même pour modèle, si tant est que l'on puisse dire que le Titien eut jamais de modèle; ou plutôt la vue des ouvrages de son condiscijile lui ouvrit les voies nouvelles où jamais il ne fut dépassé. Personne, parmi les contemporains du Titien, n'arriva à une gloire plus haute, à une renommée plus retentissante et aussi plus légitime. Honoré dans son pays à l'égal des patriciens, créé chevalier et comte palatin par Charles^}uint , qui le mettait audessus de tous les peintres de son temps, il peignit pour presque tous les souverains d'Europe, et orna Venise de chef&Kl'œnvre.

Dans sa jeunesse, Titien avait travaillé à Vicence; mais lorsqu'il fut tout à fait célèbre, il ne quitta guère son pays que pour aller à Home, à Inspruck et à Trente. 11 laissa de nombreux élèves, parmi lesquels son fils, .Orazio Vecellio; son neveu, Marco Vecellio. Au reste, presque tons les artistes de Venise fréquentèrent son ^cole.

— La Vierge^ l'enfant Jésus, saint Etienne, saint

Ambroise et saint Maurice (458). — Sainte Famille

459), connue sous le. nom de la Vierge au lapin, -r

La Vierge , Venfai^i Jésus, smnie Agnès et smni Jemn (460). — Sainte Famitte (461). — Les Pèlerins d'Emmans (462) ; un des beaux et justement renommés ta^ bleàux du Titien, Tin de eeux où il a le mieux montré la largeur et la beauté de son exécution, la puissance et Tharmonieuse richesse de sa palette. — Le Christ entre un soldat et un bourreau (463), souvent attribué an Bordone ou à Schiavone, à notre avis, au moins avec autant de raison qu'au Titien. — Le Couronnement d'épines (464) est assurément de ce grand maître , puisqu'il est signé de son nom, et que, d'ailleurs, on y remarqiie des qualités de puissance et de force auxquelles peu d'autres artistes pourraient prétendre. Mais nous sommes loin cependant d'admirer sans réserve ce tableau, exécuté par Titien à l'âge de soixante-seize ans. L'abus des tons laqueux donne à cette composition une harmonie de convention, et l'exécution, malgré son côté grandiose, senrt le procédé et la recette. Toutefois, le dessin reste héroïque et magistral. — Le Christ au tombeau (465). Là, il n'y a plus qu'à admirer ; sentiment, forme, couleur, poésie, tout concourt à faire de ce tableau un chef-d'œuvre. Michel-Ange reprochait aux Vénitiens de ne point savoir dessiner. Il comprenait le dessin autrement que le glorieux élève du Bellini ; mais pourtant il nous semble impossible de croire qu'il n'eût

Eas loué le dessin du Christ, si savant, si souple et si trge, que jamais, depuis Phidias, personne n'a compris ot rendu la forme d'une plus belle manière. Les critiques partisans exagérés des classifications, et qui veulent bien reconnaître le don de la couleur aux Vénitiens, n'ont pas assez ru que le Titien était an des plus grands dessinateurs qui eussent existé.

— Saint Jérôme à genoux devant un crucifix (466).

— Une Session du concile de Trente (467), aussi eurieux sous le rapport historique qu'au point de vue pittoresque; un chef-d'œuvre, d'ailleurs, de finesse de couleur et d'exécution. — Jupiter et Antiope (468). Cette composition, plus connue sous le nom de la Venus del Pardo, bien qu'un peu décousue et gâtée par éé* HiwéhéSi if'en eét pas moias ub é&i beaux mor-

DU IflUVRE. »

eeaxa du Titien. — Portrait de François I" (160), 6vYdemment r»)t, non d'aijrts nature, comme on l'a cru pendant longtem)», mais d'aprbs uni> médaille; d'ailleurs, belle et B^re peinture, module singulièrement flatta. — Porirailt d'Alpiionse d'Aïaios, niar<|uis de Gutut, et d'une jeune (emme (A10). Les critiques se sont plus d'une fois évertués à cliercher le sens de cette composition aHé((ori(|ue ; mais ils ne l'ont pas pu trouver, pas plus qu'ils n'ont pu se mettre d'accord sur la question de savoir si l'admirable tâte de femme rpprësentéo dans ce tableau était celle de la femme ou de la maltmssc d'Alpiionse d'Avalus. — Porirail d'une jeune

TIllMeliaHallrcfuitTls .

3l GUIDE DANS. LE MUSÉE

femme à sa toilette (471). On a longtemps appelé ce tableau : Titien et sa maitresse , mais sans donner à Tappoi de cette dénomination aucune preuve sérieuse. D'autres croient y voir le portrait d'Alphonse 1*^ duc de Ferrare, et de Laura Dianti, sa maîtresse ; liypo*thëse plus vraisemblable. Quoi qu*il en soit, ce tableau est une des merveilles du Titien, une de ses œuvres où son génie se montre au complet. — Portrait d'homme (474). — Portrait d'un commandeur de l'ordre de Malte (475). — Portrait d'homme (476j, que le catalogue, sans en dire le motif, semble vouloir refuser au Titien. — Portrait d'homme (477). Cette fois, le doute du catalogue nous semble tout à fait injustifiable. Jamais le Titien n'a rien produit de supérieur à ce portrait, connu sous le nom de V Homme au gant; peutêtre jamais rien d'égal, sÎQon les Vénus de la galerie de Florence. S'il n'était pas dangereux d'essayer une classification des chef^'œuvre de la peinture, nous dirions que ce portrait est le plus beau de tous ceux, non-seulement du Titien, mais de tous ceux que renferme le [jouvre.

VeeelUo (D'après Tiziano).

— Portrait du cardinal Hippolyte de Médicis (478). — SainU Famille (479).

l>oMÎ (Dosso) (1479-1560). (Ecole ferraraise.)

— Sainte Famille {IS5),

Uggione ou Oggîone (1480-1530). (Ecole lombarde.)

— Sainte Famille (430).

Valma ( Jacopo), dit il T^chio ou le ▼îev^i "<^ vers 1480, mort en 1548. (Ecole vénitienne.)

— U Annonce aux bergers (277). Cette superbe peinture, longtemps attribuée au Titien, dont elle porte la signature évidemment fausse et mise après coup, est digne de ce grand maître par la puissance et l'harmonie de la couleur, comme par la fierté de l'exécution.

IêxAXo (Lorenzo) (1480-1560). (Ecole vénitienne.)

— La hemme aduUère (238).

MaCTollhii (Ludovico) (1481-1530). (Ecole ferraraise.)

— Sainte Famille (335).

Tîsio (Benvenuto), dît !1 Oarofalo ou Ckirofblo, du

nom de sa patrie Garofolo, dans le Ferrarais (liiSl- 1539). (Ecole ferraraise.) Le Garofalo, Tami du Giorgion, du Titien, de Raphaël et de Michel-Ange, en un mot,' de tous les maîtres illustres de la renaissance, fut un de ces praticiens exercés dont les œuvres reflètent tour à tour toutes les écoles et tous les styles, ou les confondent dans une manière éclectique généralement fort admirée de leurs contemporains. Cependant, malgré sa science de dessinateur, sa facilité a produire et à exécuter, ne saurions-nous le mettre au même rang que les fondateurs d'écoles.

— La Circoncision (418). — Sainte Famille (419). — Sainte Famille (420). — Madone (421).— Lf Mystère de la Passion (422).

Nous arrivons maintenant à la gloire la plus incontestée de Tart moderne, c'est le nom de Raphaël, du maître divin , que lui donnaient ses élèves et ses contemporains, et que la postérité a confirmé, qui se trouve sous notre plume. Celui de Michel-Ange manque à la collection de peintures du Louvre ; mais nous le retrouverons dans les salles de sculpture. Aussi bien, quand apparaît Raphaël, Tart est à son apogée; les maîtres s'appellent Michel- Ange, Giorgion, Titien, Léonard de Vinci, Pérugin : il semble qu'il n'y a plus place pour un nouveau génie entre les écoles qui, comme celle de Venise, cherche la fin de l'art dans une sorte de réalisme splendide et poétique ; ou , comme celle de Florence, dans la science et dans la force, et ne veut emprunter à la nature que son côté héroïque, terrible ou grandiose, ou enfin comme celle du Pérugin, qui parait vouloir arrêter ces tentatives audacieuses, au nom des traditions du passé; école réactionnaire qui devait succomber en face des écoles ennemies et du progrès d<t l'esprit humain, malgré la grâce naïve de son chef éminent, dernier souffle du moyen âge, expirant au complet épanouissement de cette glorieuse saison de l'histoire qu'on appelle la renaissance. On peut dire de Raphaël qu'il imposa à l'art de son temps une sorte d'éclectisme, et que ce grand génie, tour à tourpréoc-

cupé da style de son maître Pérugin et du style de Michel-Ange, se fit une manière individuelle, celle de la troisième époque de sa vie, où se retrouvent résumées les tendances de tous les maîtres ses contemporains, à Texception de ceux de Venise ; encore rinflucnce de cette école se fait sentir cependant, pour un observateur attentif et instruit, dans ses derniers travaux.

Sanzio (RafTaello), peintre, architecte, né à Urbino, le vendredi-saint 1483, mort à Rome, le vendredi-saint 1520. ( Ecole romaine.) Nous n'entreprendrons pas de raconter la vie de Raphaël, cette vie si courte et si pleine de gloire et de chefs-d'œuvre. Les principaux événements en sont connus de tout le monde. Tout le monde sait quMl fut élève de Pérugin (son premier maître est resté inconnu), qu'il étudia ensuite les œuvres de Masaccio, qu'il devint l'ami de Fra Bartolommeo et de Francia, et que l'influence de ces artistes ne contribua pas peu à lui faire quitter sa première manière pour une manière plus large et plus libre. Quand il fut mandé à Rome par le pape Jules II, il était déjà célèbre dans toute l'Italie. Léon X ne protégea pas moins que son prédécesseur le peintre des Slanze, qui devint, à la mort de son oncle Bramante, directeur des constructions du Vatican. C'est alors qu'il dessina les compositions des Loges, peintes par ses élèves ; car il ne pouvait suffire à exécuter seul les immenses travaux dont il était chargé et les innombrables conceptions de son génie. Non content, en effet, de travailler pour le pape, nous le voyons occupé des admirables décorations de la Farnésine, peintre de portraits et d'histoire. Aussi, quand il mourut, à l'âge de trente-sept ans, non d'excès amoureux comme on l'a prétendu, mais d'épuisement et de fatigue, il avait déjà rempli une tâche qui semble au-dessus des forces humaines.

Raphaël fonda l'école de Rome , dont l'influence effaça celle de toutes les écoles rivales. Parmi ses élèves, on doit citer Jules Romain, Polidoro Caldara, Pierino del Vaga, Giovanni da Udine, Penni, etc.

— La Vierge, l'enfant Jésus et le jeune saint Jean (375). Cette composition, plus connue sous le nom de

l)U LOUVHE. 33

la Belle Jardinière, appartient, comme le fait remarquer le livret, à la deuxième manière du maître ; c'est une 4e ses productions les plus célèbres dans ce genre, une de celles que la grâce, Télégance et la pureté du s^le, du dessin et de la composition, rendent le plus dignes d'être signées du peintre d'Urbin.— La Vierge, l'enfant Jésus et saint Jean (376), première manière. — Sainte Famille (377). 11 y a, sur cet admirable chefd'œuvre exécuté en 1518, c'est-à-dire deux ans avant la mort de Raphaël, une tradition fort répandue et que le livret du Louvre détruit avec raison. On a coutume de croire que cette Sainte Famille, afnsi que le saint Michel peint à la même époque, et que nous allons citer tout à l'heure, avaient été commandés directement à l'artiste par François V et payés si généreusement par le monarque, que Raphaël, ne voulant pas se laisser surpasser en grandeur d'âme, même par un roi, avait fait don à ce dernier d'un troisième tableau. La vérité est que cette anecdote, qui aura ses partisans jusqu'à la fin des siècles, à cause de sa couleur romarnesque, est complètement apocryphe. Les deux tableaux dont il s'agit ont bien fait partie de la précieuse collection formée à Fontainebleau sous François 1**', mais ils ont été donnés en présent à celui-ci par Côme de Médicis. Quoi qu'il en soit, ce tableau est un des plus précieux qu'aient produits le génie et la main de Raphaël. Peutrétre n'y i-etrouve-t-on pas la naïveté à la fois si élégante et si pure des premières Madones exécutées par l'élève de Pérugin : peut-être la composition, d'une ordonnance si savante dails son apparente simplicité, n'offre-t-elle pas ce charme do spontanéité qui marque d'un caractère si frappant presque toutes les créations du maître , et voit-on trop le calcul et l'arrangement dans l'harmonieuse combinaison des lignes ; mais le dessin a une grandeur inimitable, et la manière du peintre s'y montre avec une fierté, une largeur et une puissance souveraines. Des admirateurs, dont l'enthousiasme dépassait l'intelligence, ont prétendu que la couleur de ce tableau pouvait se comparer à celle des maîtres de Venise ; c'est là une ap-

U Sainte Famille (3TT).

montre préoccupé de la couleur plus qu'il ne le fut jamais; mais cette pi^occuputioii, qui aurait peut-être

amené chez lui une quatrième manière, se traduit bien plus par la recherche de l'intensité du ton que par la richesse et le charme de la palette. Jamais ce grand génie ne fut un coloriste, et il ne serait très-certainement jamais devenu un émule du Titien et du Giorgion dans cette importante partie de l'art. — La Vierge, sainte Elisabeth, l'enfnnt Jésus caressant saint Jean (378). Suivant certains critiques, cette composition n'aurait pas été peinte par Raphaël lui-môme , mais exécutée, d'après son esquisse, par Garofolo. — Sainte Marguerite (379). — Saint Michel ( 380 ). — Sainl Georges (381). Tous deux exécutés dans la manière florentine du maître, -r- Saint Michel terrassant le Dragon (382). Ce tableau, dont nous avons parlé plus haut et qui est un des plus célèbres de l'artiste, est un de ceux qui excitent, à notre avis, les admirations les plus intempestives. Certaines gens veulent y retrouver à la fois les beautés les plus sublimes de la composition, de la couleur et du dessin. La vérité est qu'on ne saurait trop admirer la grande allure de la composition, l'expression d'héroïsme à la fois plein de dédain pour son ennemi et de majesté qui anime la figure de l'archange; mais que le dessin et le modelé, tour à tour ronds on secs, les incorrections choquantes de détails, auraient dtk faire reconnaître depuis longtemps la brosse ignorante et sacrilège des rcstaurateure. Ce ij'cst pas à Raphaël, en effet, qu'il faut attribuer les maladresses et les fautes grossièj-cs que nous venons de signaler, il ne reste du divin peintre que la composition, et, pour ainsi dire, les linéaments de ce tableau, réparé d'abord par Primatice, « rétabli, » c'est-à-dire, selon un document incontestable, refait par un'peintrc inconnu du dix-septième siècle, et rentoilé plusieurs fois. — Portrait de Balthazar Castiglione (383). On a plus d'une fois, nous ne savons trop pour quels motifs, contesté à Raphaël ce portrait, qui doit être considéré comme un de ses chefs-d'œuvre. Jamais l'artiste, en effet, n'a poussé plus loin la science et la puissance du modelé, la fermeté et la finesse du dessin, et montré à un plus haut degré le don de transporter sur une toile

GVIUË DvVNS LE MUSEE

Texpression de la vie et du caractère. — Portrait de Jeanne d'Aragon (384). Quelques écrivains ont prétendu que la draperie de ce portrait avait été exécutée par J. Romain. En ce cas, jamais Jf. Romain n'aurait dessiné d'une manière plus large et plus souple : aussi persistons-nOus à penser qu'il faut attribuer à Raphaël le portrait tout entier. — Portrait d'un jeune homme (385), longtemps appelé portrait de Raphaël enfant, ce qui était absurde, puisque cette œuvre, une des plus charmantes du maître, est exécutée dans sa dernière manière, c'est-à-dire à la fin de sa vie. — Portrait d'homme (386). Le personnage du premier plan, selon quelques auteurs qui ne s'appuient sur aucun document sérieux, serait le maître d'armes de Raphaël, et le second personnage Raphaël lui-même, ce qui n'est pas soutenable. On a d'ailleurs contesté l'attribution même de ce portrait à Raphaël. D'aucuns en ont fait une œuvre de Sébastien del Piombo, d'autres ont prétendu y voir l'ouvrage du Pontormo.

Sanûo (Ecole de Raffaello). —L'Abondance, modèle pour une fontaine (387). Ce tableau pourrait bien être de G. Nanni da Udine, qui peignit souvent des ornements dans les compositions de Raphaël. — Portrait d'homme (388).

Sanzîo (D'après Raffaello). — La Vierge de la maison de Loreto (389). —L'Ecole d'Athènes {390).— La Messe (391). — La Bataille de Constantin (392). — La Dispute du saint sacrement (393). — Une Femme posant le pied sur un agneau, allégorie (394).

iMiciano (Sebastiano di), dit fira Battiano del Piombo, né â Venise en 1485, mort à Rome en 1547. (Ecole vénitienne.) Nous ne possédons qu'un seul tableau de ce maître, élève de Jean Bellin , mais qui s'éprit à Rome de la manière de Michel-Ange et travailla souvent avec ce grand artiste. Du reste, les ouvrages à l'huile de Sébastien sont rares, et nous devrions nous estimer heureux de posséder sa Visitation (239), si elle n'avait eu à subir l'outrage d'une restauration , devenue d'ailleurs nécessaire, par l'état de délabrement où ce morceau, d'un si grand style et d'une si belle manière, était tombée

d (Andréa), dit Andréa dcl 8aHo, de la

profession de son père, qui était tailleur, né et mort à Florence (1488-1530). (Ecolo florentine.) Tout le monde connaît la triste histoire de ce grand peintre. Elève d'un artiste médiocre, Giov. Barile, André s'enthousiasma bientôt pour la manière de Michel-Ange et devint rapidement un maître. Il se rendit «n France sur la demande de François l", qui le reçut magnifiquement et lui fit une pension considérable (1518); mais il ne demeura qu'un an dans notre pays, et retourna à Florence , appelé par une lettre de sa femme Lucrezia , dont il était passionnément épris. Il avait promis au roi de revenir promptement, et s'était chargé de lui rapporter des statues antiques et des tableaux des maîtres les plus célèbres. Au lieu de remplir ses engagements, il dissipa, pour satisfaire au luxe de sa femme, l'argent qu'il avait reçu de François I*'. Il travailla avec ardeur à Florence, et était arrivé à une éminente réputation, d'ailleurs juste et méritée, quand il fut atteint de la peste, et mourut à quarante-deux ans, abandonné de tous ses amis et même dé sa Lucrezia, à qui il avait sacrifié pourtant jusqu'à son honneur môme.

— La Charité (437). Ce tableau, où brillaient les plus grandes qualités du peintre, une manière et un style élevés et fiers comme ceux de Michel-Ange, une exécution souple et large, une coloration harmonieuse, et ce sentiment de mélancolie profonde et sereine à la fois qui se retrouve empreinte dans presque toute son œuvre, a beaucoup souflTert, à notre avis, de divers nettoyages et restaurations. — Sainte Famille (438). — Sainte Famille ( 439 ), encore plus défigurée que ta Charité.

▼annucchî (D'après). — V Annonciation (440).

Garruccî (Jacopo), dit il Pontormo ( 1493-1558 ). ( Ecole florentine, ) Le Pontormo fut un de ces praticiens habiles dont le nom ne saurait être mis à côté de celui des grands maîtres, malgré le talent incontestable qui éclate dans leurs œuvres. Bien que de son vivant il ait joui d'une grande renommée, légitime d'ailleurs

sur plus d*un point, il eut le tort, après s'être montré un artiste consciencieux , de tomber dans le pastiche, et de changer de naanière et de style suivant les caprijces de la mode et les intérêts de sa fortune.

— Sainte Famille (157). — Portrait d'homme (158).

Garrueeî (D'ajH^s). — La Visitation (150).

Il semble impossible qtt*après les grands noms et les grandes écoles que nous avons déjà cités, il y ait désormais place pour un génie nouveau, pour une ma^ nière nouvelle. Qui pourra désormais lutter avec Giorgion et Titien, pour la couleur et la vie ; avec lés maîtres de Florence ou de Rome, avec Michel-Ange, Andréa del Sarto, Raphaël, pour la majesté, l'élégance ou la hauteur du style, la grandeur, la force ou la pureté du dessin ? Celui que nous allons nommer ne lutte pas^ il atteint aux plus hauts sommets de l'art par des chemins nouveaux. Sans doute le Corrége, car tel est le nom illustre qui se rencontre sous notre plume, vit les ouvrages des maîtres de Venise ; il est de la famille des coloristes. On peut également trouver que son procédé de peinture a de l'analogie avec celui du Giorgion, et qu'il dessine les raccourcis avec une audace qui rappelle les Florentins. Mais qu'importent ces ressemblances ou ces points de rencontre entre ces glorieux génies? Çorrégeest coloriste plein de charme, dessinateur habile à vaincre les difficultés les plus redoutables, cela est vrai ; mais il l'est à sa façon , avec un sentiment qui lui est propre, et a le don d'une grâce que personne n'a jamais égalée. Malgré le roman imaginé par Vasari, sur les malheurs et la pauvreté de ce grand homme, il paraît acquis aujourd'hui qu'il fut très -considéré de son temps, qu'il jouit d'une honnête aisance, sinon d'une grande fortune , et qu'il ne faut pas chercher dans les misères de sa vie intime un contraste avec le radieux sourire de ses œuvres.

Allegri (Antonio), dit U Gorregîo (1494-153^). (Ecole lombarde.) On ignore, malgré tous les commentaires et les commentateurs, le nom de ses premiers maîtres, et même s'il eut des maîtres. Après en avoir jait un misérable, Ips biographes l'ont fait naître d'un

gentilhomme, tandis qu'en réalité il était le fils d'un honnête marchand de Corregio (duché de Modène), fort à son aise. Vasari prétend qu'il mourut de la fatigue d'avoir porté de Parme à son pays natal une somme de soixante écus qu'on lui avait payée en monnaie de cuivre, et qu'attendait sa nombreuse famille pour ne pas mourir de faim. Or il est démontré que Corrége n'avait que quatre enfants, que son père lui avait laissé un héritage assez considérable, et que d'ailleurs ses tableaux étaient largement payés. D'où il suit que cette anecdote est parfaitement apocryphe selon toute vraisemblance, et qu'on aurait tort d'ajouter le nom du Corrége à la liste déjà trop nombreuse des génies méconnu)».

— Mariage mystique de sainte Catherine dAlexandrie (27). Vasari appelle ce tableau «un ouvrage divin, » Cette épithëte appliquée à un chef-d'œuvre où éclate, à un degré jusqu'alors inconnu, un sentiment de grâce plein de chasteté assurément , mais assurément profane , montre mieux que tous les raisonnements où en est arrivé l'art en ItaUe. Combien sont abandonnées les tendances mystiques et hiératiques qu'on a essayé de faire revivre en plein dix-neuvième siècle! Du reste, cette toile est un des morceaux les plus estimés du Corrége, et une de celles où il se montre le mieux avec toutes ses qualités originales d'exécution, d'esprit, de poésie et de sentiment. — Pourtant le tableau suivant, le Sommeil d'Antiope (28), est encore plus complet. Dans ce sujet mythologique, traité avec une gr&ce plus séduisante, non la même, assurément, que celle de la statuaire antique, avec une largeur, une habileté d'exécution et un charme de couleur merveilleux, le Corrége n'avait pas à lutter contre les exigences de la poésie sacrée.

▲lleffri (Ecole d'). -^ Le Christ couronné d'épines (29).

Galdara (Polidoro] , dit Vohdore d« Garavage (1495-1543). (Ecole romaine.) Les ouvrages de cet artiste, élève de Jean d'Udine'et de Raphaël, qui l'employa dans les travaux de peinture des Loges, sont trèsrares et presque toujours monochromes. Cette rareté

ft*explique par ces deux motifs : qu'il peignit d'abord pour l'illustre chef de Técole romaine, et qu'il s'occupa ensuite , à Florence et à Naples , où il séjourna après la mort de Raphaël, à peindre des façades de maisons. Il fonda ensuite une école à Messine, où il mourut assassiné par un de |^s élèves, Tonno Calabrese.

— Psyché reçue dans l'Olympe (96), peinture à la détrempe.

Rotto del Rotto, dit maître Roux (1606-1554). (Ecole florentine.) Cet imitateur de Michel- Ange vint en France mandé par François !•', et travailla aux décorations de Fontainebleau, avec l'aide d'un grand nombre d'artistes d'Italie qui formèrent le noyau de l'école dite de Fontainebleau, dont l'influence fut si considérable et si persévérante dans notre pays. Aujourd'hui, les peintures exécutées par le Rosso dans le palais de François I*"", d'abord dégradées, puis restaurées à outrance, sont en petit nombre, la plupart a^ant été détruites pendant les dix-septième et dix-huitième siècles. Le Rosso eut aussi une fin tragique : il s'empoisonna,, poursuivi par le remords d'avoir accusé injustement de vol le Pellegrino son ami.

— Le Christ au tombeau (368). — le Défi des Piérides (369). Le premier de ces tableaux est exécuté avec le maniérisme qui caractérise l'artiste florentin ; en revanche, le second, à cause de son exécution sèche et naïve, a été longtemps attribué au Pérugin , dont il rappelle le style.

Pippî (Giulio), ditOmlioRomano (1499-15/16). Cet élève de Raphaël, de tous le plus illustre, jouit de son vivant, après la mort de' son maître dont il avait été le collaborateur préféré, d'une réputation et d'honneurs presque pareils à ceux qui avaient récompensé les œuvres et le génie du divin peintre. Raphaël, du reste, l'avait institué son héritier avec le Penni, et tous deux furent chargés d'achever ses travaux. Pourtant entre le maître et l'élève la distance est grande ; et la réputa^ tion de Jules Romain est aujourd'hui bien déchue. Cependant cet artiste possédait des qualités éminentes : il lut un habile et un savant homme. Mais la préoccu-

kk GUIDE DANS LE MUSEE

pation constante de se tenir dans la voie tracée par le fondateur de Técole romaine, un esprit plus porté à l'imitation , à l'archaïsme , qu'à chercher ses inspirations dans un sentiment individuel et original, une préoccupation constante de remplacer l'étude de la nature par celle des monuments antiques et des œuvres du Sanzio, expliquent la froideur avec laquelle sont accueillies aujourd'hui les productions de Jules Romain, œuvres de professeur et non de maître, si l'on peut s'exprimer ainsi, où la science se montre trop souvent uniquement pour se montrer.

— La Nativité (293). — Sainte Famille (294). — Le Triomphe de Titus et de Vespasien (295). — Vénus et Vulcatn (296). — Portrait de J. Romain (297).

Nous passons rapidement devant les tableaux de plusieurs maîtres de la fin du quinzième siùcle, soit parce que leur mérite, d'ailleurs reconnu, les place trop audessous des maîtres véritables, soit parce qu'ils sont mal représentés au Louvre dans les œuvres qui leur sont attribuées, pour arriver à un habile homme qui commence, pour notre Musée, la série des peintures du seizième siècle.

BoBvîeîao (Alessandro), dit il Moretto (1500-1560) (école vénitienne), dont les compositions sont remarquables par leur style élégant et gracieux, une couleur harmonieuse et claire, a deux tableaux à Paris :

— Saint Bernardin de Sienne et saint Louis de Sicile (85). — Saint Bonaventure et saint Antoine de Padoue (86).

Bonîfazîo (1500-1552). (Ecole vénitienne.)

— La Résurrection de Lazare (81). — Sainte Famille (82). — Sainte Famille (83). Ces trois toiles représentent bien le talent d'un maître dont les ouvrages furent plus d'une fois confondus avec ceux du Titien.

Bordoae (Paris) (1500-1570). Autre peintre célèbre de l'école de Venise, qui ne saurait être justement apprécié sur les tableaux suivants :

— Vertumne et Pomone (88). — Portrait'd'hommQ (89J, pourtant remarquable. — Portraits de Philippe II et de son précepteur (90).

(Angiolo) (1502-1572). (Ecole florentine.) Nous pos^sédons de ce maître, élève de Pontormo, un grand tableau :

— Le Christ apparaissant à la Madeleine (93), où se retrouvent très-frappante les qualités et les défauts particuliers à ce maître : un grand sentiment de la tournure, avec un dessin sec, dur et maniéré, mais savant et éneri^que. — Un admirable portrait placé dans le salon carré, sous le n** 9/i, est aussi attribué à ce peintre. II a été longtemps donné à divera autres artistes, par exemple à Sébastien del Pionibo. Nous avons de la peine à admettre le Bronzino pour Tauteur de ce chefd'œuvre remarquable, surtout par la grandeur et la majestueuse simplicité du dessin et du style, une souplesse de modelé qui n*est pas commune dans Técole de Florence, et à peu près introuvable dans l'œuvre du peintre à qui on veut faire honneur de cette belle toile. On a dit aussi que ce portrait retraçait les traits du sculpteur Baccio Bandinelli , ce misérable rival de Michel-Ange, qui mit en pièces le carton de la Guerre' des Pisans ; mais cette opinion est abandonnée à peu près aujourd'hui par tout le monde, attendu que le portrait n'offre pas la moindre ressemblance avec des portraits plus authentiques du Bandinelli.

Maxxola (Francesco). dit il Parmîgîano (1503- 1540). (Ecole lombarde.) Nous ne possédons du Parmesan, de ce praticien habile et précoce , et dont la manière éclectique reflète plus ou moins celle des grands maîtres de la renaissance, que deux peintures de dimension moyenne, représentant deux Saintes Familles (260, 261).

Haniele de'Tolterre, Biccîardî (Daniele), dit Baniele da Tolterra (1509-1566). (Ecole florentine.) Le célèbre, peut-être trop célèbre auteur d'une Déposition de croix de l'église de la Trinité-du-Mont, ne nous est également connu que par une seule œuvre : David tuant Goliath (347). Cette peinture, exécutée sur les deux côtés d'une ardoise, donne une juste idée du talent de l'artiste, talent patient et minutieux, malgré la violente exagération des formes anatomiques.

Ponte (Jacopo da), dit il Bm ano (1510-1593). (Ecole vénitienne.) Ce maître éminent, qui commença par imiter le Titien, mais qui, obéissant aux impulsions de son génie, se créa bientôt une manière libre, originale et pittoresque, et l'un des premiers, après le Coi^ rége, qui aborda les effets tranchés d'ombre et de lumière, aimait à placer dans ses compositions des animaux qu'il excellait à représenter et à qui il donnait une importance égale à celle des personnages de l'histoire sacrée ou profane; ou plutôt il ne prenait le plus souvent prétexte de sujets élevés que pour avoiràpeindre des animaux. Nous avons au Louvre un grand nombre de ses tableaux, parmi lesquels une magnifique Mise au tombeau (303), qui semble à M. Viardot appartenir plutôt à sou frère Léandre. Un autre tableau, d'une superbe exécution et d'un grand caractère, est le portrait du sculpteur français Jean de Bologne (307).

— L'Entrée des animaux dans l'arche (298), — le Frappement du rocher (299), — l'Adoration des bergers (300), — lesNocesde Cana (301), — les Travaux de la campagne pendant la moisson (305), — les Travaux de la campagne vendant la vendange (306), ne sortent pas de la manière nabituelle duBassan. — Jésus sur le chemin du Calvaiie (302). — Les Pèlerins d'Emmaiis (304).

▼asari (GJorgio) (1592-1574). ( Ecole florentine. ) Elève de Michel-Ange, d'Andréa del Sarto. L'historien célèbre des peintres de la Renaissance est représenté au Louvre par quatre tableaux : la Salutation angetique (453). — Saint Pierre marchant sur.les eaux (454). — La Cène (455). — La Passion de JésusrChrist, Les tableaux de chevalet de ce maître, qui fut tout à la fois peintre, sculpteur et architecte, sont rares; ceux que nous possédons montrent bien en lui ledisciple de l'école de Florence, xlont il a toutes les exagérations et aussi quelques qualités, un maniérisme élégant, des formes d'une longueur excessive, et en mCme temps du style et un sentiment décoratif très-réel.

lUbutti (Jacopo), dit îl Tintoretto (1512-1594), élève du Titien, qui, dit-on, ne voulut pas conserver dans son atelier un élève où il voyait un rival. Tin-

h^ GUIDE DANS LE MUSEE

toret mérite une place à part dans l'école de Venise , non -seulement pour son génie, qui est incontestable, pour la science et la beauté de sa couleur, mais pour le caractère particulier de son dessin, véhément, passionné et souvent empreint de la grande manière de l'école de Florence. On ne peut pas juger le Tintoret à Paris, où nous n'avons de lui que quatre tableaux. Pourtant il n'y a qu'un grand génie, et extraordinaire, capable de concevoir et d'exécuter la prodigieuse esquisse du Paradis (351), son Portrait (352), Suuinne au bain (349), tableau incomplet, mais fière et solide peinture d'une rare puissance de ton, et le Portrait d'homme (353).

Galiari (Paolo), ditPaolo Teronete, né à Vérone en 1528, mort en 1588. (Ecole vénitienne.) Comme celle du Titien, la vie de Véronèse est peu fertile en incidents dramatiques. Malgré des assertions contraires, il est certain que ce grand artiste fut l'objet de l'admiration de ses contemporains, et que s'il n'arriva pas aux grands honneurs et à l'immense fortune du favori de Charles-Quint, c'est qu'il s'^n montra médiocrement soucieux et qu'il rencontrait sa meilleure récompense dans les joies d'un travail sans relâche et dans l'exercice de son art. Jamais, en effet, il ne se trouvait chargé d'assez de commandes, et nous le voyons exécuter des travaux immenses pour une rémunération qui aurait semblé insuffisante à un artiste vulgaire. C'est ainsi qu'il peignit pour le couvent de Sainte Georges Majeur, à Vemse, son fameux tableau des Noces de Cana, son chef-d'œuvre et l'orgueil de notre Musée, pour une somme de 072 francs, dont la valeur actuelle serait de 3,000 à peu près; or ce tableau ne mesure pas moins de 36'",66 de haut, sur une longueur de 9"',90. Véronèse doit être mis au premier rang des maîtres de Venise et dé tous ceux d'Italie. Est-il le premier véritablement où le second , c'est là une question qu'il ne nous appartient pas de résoudre. Les partisans des classifications minutieuses lui reprochent de n'avoir vu dans les sujets les plus augustes et les plus élevés qu'une matière à des compositions

pompeuses et décoratives , de manquer de pathétique et de sentiment, en un mot, de s'adresser toujours aux yeux et à Tesprit, jamais à Tâme. Ce reproche ne nous semble pas fondé. Que Véronèse ait traité certains sujets de l'histoire sainte d'une façon profane , c'est qu'il n'avait pas d'autre occasion de montrer les magnificences de sa palette, de son style et de son dessin. Mais chaque fois qu'il a voulu être pathétique et passionné, il a porté au plus haut degré le sentiment et l'expression. Les preuves de ce don de son génie abondent à Venise, et il suffît, pour en être convaincu, dn voir le petit tableau du Louvre, Jésus-Christ sur le chemin dur Calvaire (105). Nous ne voulons pas faire un parallèle entre les grands coloristes de l'Italie, mais nous n'hésitons pas à affirmer toutefois que Véronèse n'a personne au-dessus de Jui dans cette importante partie de l'art. Personne n'a jamais dépassé ni même atteint la puissance et la richesse de sa palette, et sa savante harmonie. Personne n'a rendu la lumière avec plus de vérité et d'éclat. Quant à ses procédés de peinture, ils sont admirables ; chez lui le savoir égale l'audace, et la franchise de l'exécution dépasse tout ce qu'on peut imaginer, sans jamais arriver à faire parade de tours de force. Dans les Noces de Cana, par exemple, la lumière est limpide et argentée, elle a une pureté et une douceur qui n'enlève rien à son intensité ; à ce point que cette admirable page, qui semble, au premier coup d'œil, entièrement peinte dans des tons très-clairs, est en réalité d'une gamme plus montée que les Titiens les plus riches et les plus dorés. •

— Loth et ses filles (97). — 5wftanwe au bain (98). — L'Evanomssewent d'Esther (99). — Sainte Famille (100). — 5amfe Famille (101). — Jésus guérit la bellemère de Pierre (102). — Les Noces de Cana (103). Dans ce chef-d'œuvre,^ l^s invités sont pour la plupart des personnages historiques, (Contemporains du maître. Les deux époux, pai: exemple, ne sont autres qu'Alphonse d'Avalos, marquis de Guast, et la reine Éléonore^ femme de François I*', assise à côté de son époux. La reine Marie d'Angleterre, vêtue en jaune,

musiciens, nous voyons Véronèse lui-même en robe blanche et jouant do la viole, ainsi que Tintoret, placé derrière lui ; Titien joue de la basse, et Bassan de la flûte. — Le Repas che% Simon le Pharisien (lO/i). — Jésus-Christ sur le chemin dit Calvaire (105, voir plus haut). — Le Christ entre les larrons (106). — Les Pèlerins d'Emmaûs (107). — Portrait de femme (108). Cet admirable portrait devrait, ce nous semble, occuper une place d'honneur au salon carré. Les portraits de Véronèse sont rares, et on en rencontrerait difficilement un plus merveilleux que celui-ci par le sentiment de la vie qui y éclate, la simplicité de l'arrangement, la grandeur et la puissance calmes de l'exécution, et la beauté du coloris.

Quand nous arrivons aux Carrache, les écoles d'Italie sont en décadence.^ Leurs derniers disciples exagèrent, si l'on peut s'exprimer ainsi, les exagérations mêmes des grands maîtres. Ils ne semblent plus poursuivre d'autre but que celui d'une exécution facile et expéditive. Les Vénitiens cherchent l'éclat plutôt que la vérité, l'harmonie ou la puissance de la couleur ; les peintres de Flprénce ne regardent plus guère la peinture et le dessin quecomme un prétexte à faire étalage d'une fausse science. On en peut dire autant des disciples de l'école de Rome, continuateurs de Jules Romain plutôt que de Raphaël. En un mot, le métier remplace presque partout l'art véritable, comme le culte servile de la tradition remplace l'étude sérieuse et l'inspiration originale. Toutefois, au milieu de cette décadence, se rencontrent des talents réels presque toujours d'une habileté incontestable. L'Italie est toujours une terre féconde en œuvres d'art, plus féconde même qu'au commencement de la renaissance, mais stérile en son abondance même ; la saveur manque aux fruits de ses moissons.

L'école de Bologne fut une école éclectique. Elle essaya de ranimer le culte des vieux maîtres, sans trop marquer de préférence pour les uns ou pour les autres. On le lui a durement reproché de nos jours, sans songer qu'il ne pouvait guère en être autrement. L'époque où vivaient les Carrache était trop rapprochée de celle

des Michel-Ange, des Titien et des Raphaël , pour ne pas être encore tout éblouie de la gloire, de renseignement et des exemples de ces illustres génies.

Carraeeî (Ludovico) (1555-1619). (Ecole bolonaise.) Louis Carrache, tih d'un boucher, d*abord élève de Fontana, est un exemple do ce que peuvent la persévérance et le travail assidu joints à ufi amour sincëro de Part. Il n'est pas un biographe qui n'ait raconté à quel point ses commencements furent pénibles, et que ses camarades, voyant ses hésitations et ses tâtonnements, le surnommèrent le Bœuf, par allusion à co qu'ils appelaient la paresse de son intelligence. Co bœuf creusa vigoureusement son sillon. Avec l'aide do ses cousins, Augustin (dont nous ne possédons malheureusement aucun tableau au Louvre) et Annibal, il fonda l'école de Bologne, où ils essayèrent de faire revivre l'étude dos grands maîtres, celle de la nature et de l'antique.

— U Annonciation (124). — La Nativité de Jésus- Christ (125). — La Vierge et l'enfant Jésus (126).— Jésus mort sur les genoux de sa mère (127). — Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus à saint Hyacinthe (128). Ce très-beau tableau, un des plus remarquables de Louis , bien qu'il ùe puisse être comparé aux chefsd'œuvre des grands maîtres doués d'un génie plus individuel et plus original, est d'une exécution puissante et large, d'une coloration très-énergique et très-intense, sinon très-séduisante et très-riche, d'un effet saisissant, d'un dessin ample, et d'une poésie très^Ioquente et très-pathétique.

CarrcMeî (Annibale) (1560-1609). (Ecole bolonaise.) Fils d'un tailleur qui le destinait à sa profession, Annibal reçut les leçons de son cousin Louis , et fit bientôt de rapides progrès. Il parcourut ensuite l'Italie, s'attachant à étudier les œuvres des maîtres. Son talent, plus souple, plus facile, plus fécond que celui de Louis, lui permit de tenter des genres divers, et d'y réussir presque toujours. Cette facilité, cette puissance d'exécution et de production, s'alliaient chez lui à une conscience dans le travail, à un amour pour l'étude, à

Apparilion de la Vierge (l:

un zèle pour Tart, qui lui firent comme entrevoir des voies nouvelles. Ses grands paysages, ornés de figures, sont certainement les premiers véritables paysages historiques qui aient été faits, et s'il n*atteignit pas dans ce genre à la hauteur où se plaça le Poussin, on ne peut méconnaître toutefois que c*est pour Annibal une véritable gloire d'avoir, en quelque sorte,- créé le paysage proprement dit. La part faite à ce maître dans notre Musée est des plus belles, et le montre bien sous ses aspects divers.

— Son Apparition de la Vierge à saint Luc et à sainte Catherine {l38), peut être considérée comme lin de ses plus beaux tableaux, et digne de figurer à côté de ceux des maîtres les plus illustres pour le grand sentiment^ l'ampleur du style, l'énergique expression des têtes, la puis sance de l'effet et la largeur de l'exécution. En revanche, la Vierge aux cerises (136) et surtout le Sommeil de Jésus (137), plus connu sous le nom du Silence du Carràcbe,nous montrent dans Annibal un peintre ingénieux, élégant et poétique. — Le Sacrifice d'Abraham (130). — La Mort d'Ahsalon (131). — La Naissance de la Vierge (132), belle page du maître. — La Salutation angélique (133). — La Nativité de Jésus-^Christ (134). La Nativité de Jésus-Christ {1Z5). — Prédication de saint Jean-Baptiste (139). — Le Christ mort sur les ycnoux de la Vierffe (140), très-beau tableau pour le sentiment et l'expression. •— Le Christ au tombeau (141). — La Résurrection du Christ (142), mérite les mêmes éloges que le no 140. — La Résurrection du Christ (143). — La Madeleine (144). — Martyre de saint Etienne (145). — Martgre de saint Etienne (146). — Saint Sébastien (147). — Hercule enfant (148). — Diane et Calijsto {ih^), — Concert sur Veau (150). — La Pêche U51), paysage. — La Chasse (152), paysage. — Deux Paysages sous les n** 153 et 154. — Portrait (155).

Nous nous arrêterons peu, aux tableaux de Lanfranc lanfranchî il Cavalière (1581-1657). (Ecole lombarde.) Elève des Carrache, praticien expérimenté et audacieux, mais surtout dans ses grands travaux do

décoration , et qu*il ne faudrait pas juger sur la vue de ses toiles, remarquables surtout par la prestesse de rexécution.

— Agar secourue par un ange (226). — Saint Pierre <227). — La Séparation de saint Pierre et de saint Paul (228). — Le Couronnement de la Vierge (229). — Pan offrant une toison à Diane (230).

Le Dominiquin mérite une plus grande attention. Ce peintre , à qui le zèle , l'amour du travail et de la nature tint lieu de génie, atteignit quelquefois presque aux plus hauts sonmiets de Fart. Témoin sa Communion de saint Jérôme , que Poussin mettait au rang des chefsd'œuvre de la peinture. Nous n*avons pas cette belle toile; mais nous possédons, à côté d*un trop grand nombre de peintures médiocres, une sainte Cécile (^h9k) d'une magnifique exécution, d'un sentiment exquis, et d'un goût très-original dans sa naïveté. La naïveté et la conscience furent, en effet, les maîtres véritables du Dominiquin^ Ce qu'on appelle le style lui fait souvent défaut; mais quand il rencontre une inspiration, il se montre avec une originalité sinoère et une vérité d'expression incontestable.

Zampîerl (Domenico), dit SI Bomeniehlno (1581- 16/^1 ). ( Ecole bolonaise. ) Le Dominiquin , d'abord élève de Denis Calvaërt, entra dans l'école des Car» rache, qui furent ses véritables maîtres, et qui avaient pour son talent beaucoup d'estime. La douceur de son caractère et sa parfaite bonté lui valurent quelques amis sincères; mais sa timidité excessive et sa modestie le laissèrent exposé sans défense aux attaques et à la jalousie de ses rivaux. Il se vit forcé de quitter Rome, où il avait de beaux travaux , par les intrigues et les menaces du Guide, de Lan franc et du Josépin. Il ne put pas rester davantage à Naples, d'où le chassèrent les insultes et lès violences des peintres napolitains et espagnols, et de Lanfranc qu'il retrouva dans cette ville. Si l'on en croit le témoignage de la femme du Dominiquin, cet artiste infortuné n'aurait dû la mort, qui vint le frapper à Rome, aussitôt après son retour, qu'au poison préparé par ses ennemis.

— Dieu punit Adam et Eve (489). — David jouant de la harpe (490). — Sainte Famille (491). — Apparition de la Vierge et de l'enfant Jésus à saint Antoine de Padoue (492). — Le Ravissement de saint Paul (493), — Hercule et AchéloUs, Hercule et Cacus (495-496), pa3rsages. — Timoclée et Alexandre (497). — Le Triomphe de l'Amour {498) , œuvre charmante par sa grâce naive et son exécution soignée, malgré certaines lourdeurs de formes. — Renaud et Armide (499). — Herminie (500). — Paysage (501).

Pendant que les Carrache essayaient de faire revivre le culte des grands maîtres, le fils d*un maçon, d'abord maçon comme son père, entreprenait de fonder une nouvelle école, et ne voulait reconnaître d'autres mat* très que la nature.

ikinerîghî ( Michel-Angiolo ), dit il Caravaggîo (1568-1609). Cet artiste original, qui repoussait avec dédain l'imitation du style et des procédés des grandes écoles, eut une influence considérable sur son époque. Un grand nombre de critiques, tout en reconnaissant aujourd'hui la force et la vigueur de son talent, ont trop répété, l'un après l'autre-, que cette influence avait été funeste. Le Garavage se trompait, sans doute, quand il proclamait l'imitation servilede la nature comme un dogme salgtaire, quand il proscrivait l'étude de l'an* tique, et affectait de mépriser Michel-Ànge et Raphaël ; mais on peut le regarder comme un précurseur des grandes écoles flamandes, hollandaises et espagnoles (sur cette dernière même son influence s'établit d'une façon directe), qui cherchèrent le but et la poésie de^ arts plastiques dans une interprétation plus précise de la nature et de ses effets pittoresques qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Il est de la grande famille des maîtres qui, mécontents ou peu soucieux des banalités conveur tionnelles et académiques, agrandirent le domaine de la peinture en y introduisant des éléments nouveaux, et montrèrent que la reproduction des sujets jusqu'alors considérés comme trop vulgaires pouvait produire des ceuvres charmantes, poétiques ou grandioses, quand on s'appelait Van-Ostade, Buysdaël, Rembrandt oii

Velasquez. Tous les genres sont bons, 8*écrie-t-on depuis longtemps et dans toutes les écoles ; cela est vrai, chaque fois qu'ils sont pratiqués par des artistes sincèrement convaincus.

Non contents d'avoir péut-^tre trop diminué le talent du Caravage, les critiques et les biographe» nous semblent aussi avoir calomnié sa vie. Sans doute, il fut violent, emporté et brutal, et recourut trop souvent à son épée pour défendre ses doctrines et ses œuvres ; mais il faut se rappeler que Tépée jugeait alors plus d'un procès dans l'Italie du seizième siècle, et que si l'humeur du fils du maçon était farouche et intraitable, il avait à lutter contre les injustices, les jalousies et les rancunes des écoles officielles. Le Guide, le Cavalier et Josépin, qui furent ses ennemis et qui ne le valaient pas, usèrent contre lui de toute leur influence et réussirent sans peine à lui retirer la protection des grands, toujours médiocrement disposés à favoriser les tentatives des novateurs. Caravage ayant provoqué Josépin, celui-ci refusa de se battre avec lui, sous prétexte que son rival était d'une trop basse extraction. Celui-ci, furieux, quitta Rome à la suite d'un meur- Ire, parcourut diverses contrées de l'Europe, arriva à Malte, et se fit recevoir chevalier. Ayant insulté un chevalier de l'ordre , il fut jeté en prison , parvint à s'échapper, gagna la Sicile, où il séjourna, puis Naples, où il mourut de la fièvre au moment où il se disposait à retournera Rome. Caravage a peint tous les genres avec une vigueur de couleur, d'exécution et d'effet surprenante. Admirateur exclusif de la nature, il la reproduisait souvent avec une sorte de grandeur énergique et sauvage qui donne à ses œuvres un cachet d'originalité puissante. Par contre, on lui reproche des ombres dures, noires et souvent sans transparence.

La Mort de la Vierge (32). 11 ne faudrait pas juger Caravage sur cotte grande toile, où il a traité de commande un sujet en dehors de ses habitudes. La couleur en est terne, les expressions communes, le dessin vulgaire, mais, comme toujours, énergique et vrai. — La Diseuse de bonne aventure (33). — Un Concert (34)

nous fait mieux connaître Fartiste. Belle et puissante peinture, admirable de vie, d'effet et d'exécution. — Portrait en pied d'AIof de Vignacourt, grand maître de Malte (35). Il n*y a rien de plus beau de Caravage, même en Italie. L^exécution est la perfection même, sauf un peu de dureté çàet là; mais la puissance et rénergiedu modelé s'y montrent à côté de l'élégance et de la finesse.

Aem (Guido) (1575-1642). (Ecole bolonaise.) Elève de Denis Calvaert, puis des Carrache, le Guide, avant de se former une manière originale, imita la manière des Carrache et celle de Caravage. Personne n'eut d'abord plus de réputation que ce maître, dont le pinceau abondant et facile séduisit au plus haut point ses contem* porains. Malgré la vogue qui s'attachait à ses ouvrages. Le Guide, dominé par la passion du jeu, mourut dans la misère. Le Louvre compte un grand nombre de ses tableaux ; . peut-^tre serait-il préférable que nous en eussions moins, mais plus choisis.

David vainqueur de Goliath (320), belle et fière peinture dans la manière de Caravage. — L'Annonciation (321). — La Purification de la Vierge (322). — Deux Saintes familles (323-324). -— Jésus et la Samaritaine (325). — - Jésus-Christ donnant à saint Pierre les clefs de l'Eglise (326), composition dans la manière claire et facile qui valut à l'artiste ses plus grands succès. -^ Le Christ au jardin des Oliviers (327). — JJ^cce homo (328). — Deux Madeleine {329-'ô30).-- Saint Jean-Baptiste (331). — Saint Sébastien (332). — Saint François (333). — VUnion du dessin et de la couleur (334), d'une couleur fade et d'un dessin mou. — Hercule tuant Vhydre de Lerne (335). — Hercule et AchéloUs (336). — L* Enlèvement de Déjanire (337), peinture que la gravure de Bervic a rendue célèbre. — Hercule sur le bûcher (338). — Enlèvement dHélène (339). Cette grande toile est de toutes les œuvres du maître celle qui lui attira le plus de réputation ; elle fut célébrée en vers et en prose avec un enthousiasme tout italien. On s'en étonne aujourd'hui, malgré le mérite et J'habileté réels du peintre.

Snadft(LeoneUo ouLionello) (1576-1622). (Ecole bolonaiae.) Ce fut un peintre excellent que cet artiste, enthousiaste tour à tour de la manière du Caravage et de celles du Dominiquin et des Carrache. Il est très-bien représenté à Paris par le Retour de l'enfant prodigue (407) ; — le Martyre de saint Christophe (408) ; — Enée et Anchise (2^09), qui fut longtemps attribué à L. Carrache; et par son Concert (410), tableau qu*on donnait au Dominiquin.

Nous ne nous arrêterons pas longtemps à l-ALbane, Albanî (Francesco) (1578-1660) (école bolonaise), malgré les vingt-deux tableaux que nous possédons de. .lui , et malgré la réputation immense dont il jouit de son temps et qui s'était perpétuée Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Toutes les peintures de ce maître se ressemblent : qui en a vu une les a toutes vues ; c'est toujours le même dessin mou et rond, la même couleur fausse, les mêmes grâces papelardes et affadies. Quand on pense que pendant si longtemps TAlbane fut considéré comme l'héritier direct et légitime du Cor^ rége , -on ne peut que s'étonner de la persistance de certains jugements de l'opinion, et l'on se sent disposé à s'associer à l'esprit de réaction évidemment exagéré qui fait refuser aujourd'hui-tout talent à ce peintre hal)ile jadis si renommé.

— Le Père éternel envoie Vange Gabriel vers Marie (1). — L'Annonciation (2). — L'Annonciation (3). — Deux Repos en Egypte (4 et 5). — Sainte Famille (6). — Jésus et Madeleine (7). — Saint François (8). — La Toilette de Vénus (9). — Venus et Vulcain (10). •— Les Amours désarmés (11). — Adonis conduit près de Vénus par les Amours (12). — Apollon gardant les troupeaux d'Admète (13). — Le Triomphe de Cybéle^ (14). — Trois tableaux d'Actéon métamorphosé en cerf (15, 16 et 17). -^Apollon et Dàphné (18). — Saimacis et Hermaphrodite (19). — Vénus et Adonis (20). — - Latone métamorphosant les paysans en grenouilles (21). — Ulysse ehe% Circé (22).

Avec Turohi (Alessandro), Alexandre TéronèM (ifttl-1648}, l'école de Venise est en pleine décadence.

Ce prétendu sacce(sseur des Titien et des Véronèse, praticien habile, essaya la tâche impossible d*aUier dans ses œuvres le coloris de Venise au style et à l'exécution des Carrache. Il fut, du reste, un arrangeur expérimenté et fécond, et t*on retrouve dans ses toiles des qualités de métier incontestables.

— Le Déluge (425). — Samson et Dalila (426). ^- La Femme adultère (427). — Le Mariage mystique de êainte Catherine (428 J. — Mort de Cléopâtre (429).

Le Guerchin, Barbîe.rî (Giovanni-Francesco), ait îl Guercino, en français le Louche (1591-1066), est encore un de ces féconds disciples de l'école bolonaise dont les œuvres sont nombreuses dans notre Musée. Le Guerchin, rival du Guide, s'efforça de le surpasser dans l'entente et dans la reproduction des effets vigoureux de lumière et d'ombre. Il avait une brosse facile, une. exécution preste et large, et possédait bien la science du clair-obscur.

— La Résurrection de Laiare (48) est un de ses meilleurs tablçaux, moins beau pourtant que la Vision de saint Jérôme (53) d'une belle et puissante exécution et d'une tournure magistrale. — Loth et ses filles (46).

— Sainte Fomi/Zc (47). — La Vierge et saint Pierre (49).

— Saint Pierre (50). — Saint Paul (51). — Salomè recevant la tête de saint Jean-Baptiste (52). — Saint François d*As8ise et saint Benoît (54). — Les Saints protecteurs de la ville de Modéne (55), la plus importante page du peintre au Louvre, par sa dimension, et l'une de celles qui le font mieux connaître. — Her^ silie séparant Romulus et Tatius (56). — Circé {51),*- Portrait du Guerchin (58). — Saint Jean dans le désert {59). — Sainte Cécile (60).

Si le Guide est la dernière gloire de l'école bolonaise. Piètre de Cortone, Berettîm (Pietro) da Cortoaa (1596-1669), peut être considéré, avec Carie Maratte, comme un des derniers représentants de l'école romaine, mais dégénérée et méconnaissable. Il ne faudrait pas cependant considérer Piètre de Cortone comme un artiste sans valeur. Ses tableaux de chevalet, trop nombreux au l.ouvre, composés avec tme

ft& GUIDE DANS LE MUSEE

grande facilité d'arrangement, d^uno exécution facile et aimable jusqu'aux dernières limites de la fadeur, d'une couleur qu'il voulait rendre séduisante, et qui est surtout fausse et conventionnelle, le font mal connaître. Ses travaux de décoration, exécutés avec une intelligence surprenante de la grande décoration, montrent un artiste de la race des maîtres, d'une imagination brillante, inventive et pittoresque.

— Alliance de Jacob et de Laban (73). — La Naiirité de la Vierge (74). — Sainte Martine (75). — Sainte Famille (76). — Sainte Famille (77). — Bomulus et liémvÈ recueilli f par Faustulus (78). — Rencontre d'Enée et de Bidon (79).

maratto ou Maratti (Carlo) (1625-1713). Nous sautons un peu par-dessus Tordre chronologique pour arriver à Carie Maratte, le continuateur direct de Pictre de Cortone, et qui, sans être son élève, hérita de tous ses défauts et non de toutes ses qualités. Pourtant il fut considéré de son temps comme un peintre de madones égal presque à Raphaël. Carluficio délie Madone , ainsi l'appelait-on , se vit honoré et récompensé comme les plus grands maîtres des plus glorieuses époques.

— La Nativité (253). — Le Sommeil de Jésus (25^). •— Prédication de saint Jean-Bapliste (255). — Mariage mystique de sainte Catherine (256). — Portrait de Marie-Madeleine Rospigliosr (257). — Portrait de Carie Maratte (258).

Ihighet ( Gaspre ou Guaspre), dit Gatparo Pous- •îa (1613-1675). ( Ecole romaine. ) Nous ne possédons qu'un seul tableau anthentique de ce beau-frère du Poussin et son élève : c'est un Paysage inscrit soiis le n»186.

Nous ne sommes pas riches non plus en œuvres de Salvator Roia (1615-1673), le peintre le plus célèbre de l'école napolitaine, dont la vie aventureuse contribua autant au moins que le talent à fonder la renommée. Cette vie, qui fournit matière à plus d'un roman ou d'un drame, a été trop de fois racontée pour que nous lui donnions id une place qui nous manque. Cha-

cun sait qu*il prit part au moavemeut révolutionnaire et national du pêcheur Mas Aniello, et qu'il s'échappa de la ville de Naples avec son maître Falcone (dont le Musée possède un tableau, Combat de Turcs et de cheraliers, sous le n** 188). A Rome, Salvator Rosa eut à lutter contre l'Académie de Saint-Leu. Appelé ensuite à Florence, il y fut admirablement accueilli par le grandduc, et revint, après quatre ans de séjour, à Rome, où il séjourna le reste de sa vie, s'occupant tout à la fois de peinture, de musique et de poésie, et vendant fort cher ses tableaux.

Salvator Rosa voulut être un peintre universel, mais il n'atteignit jamais une grande hauteur dans l'histoire. Du Caravage, qu'il admirait beaucoup, il n'avait emprunté que la coloration noire et les effets tranchés ; mais il s'en faut qu'on retrouve en lui le pieux sentiment de la nature et la puissance d'exécution du rival du Josépin. Pourtant son tableau de V Apparition de Tomhre à Samuel (350) est remarquable par une certaine poésie étrange et bizarre. Dans la peinture de marine et de paysage, il s'est montré supérieur. Son grand Paysage (361) nous le fait voir avec ses qualités incontestables de verve et de caractère. Malheureusement cette toile nous semble avoir souffert des restaurations, et on peut lui reprocher, comme aux plus belles productions du maître, une sorte de poésie de mélodrame. Nous aimons moins sa Bataille (360), aussi fort défigurée, pleine de talent et d'habileté, mais où la vie manque, malgré le tumulte de la composition, et où les guerriers portent sur leurs épaules des mascarons et des masques plutôt que des visages véritablement hiunains. — L'Ange Raphaël et le jeune Tobie (358).

N'oublions pas, au milieu de la décadence de l'art en Italie, Cartîglîone (Giovanni-Benetto) (1626-1670) (école génoise), peintre d'animaux comme le Bassan, dont l'exécution habile et spirituelle, le sentiment pittoresque et la couleur agréable, font un artiste éminent.

— Melchisédech offrant un panier de vin à Abrahaui (160). — Adoration des bagers (161). — Les Vendeui s

chassés du temple (162). — Caravane (163). — Batxhanale (16i!i). — Oiseaux et animaux (165). — Animaux (166). — Basse-cour [X^l),

Il serait également injuste de passer sous silence le Napolitain Luca Giordano (1632-1705), ce praticien si consommé et si habile, quMl reçut le nom de Fra Presto, et dont le talent souple, gracieux et pittoresque, rimagination inventive et féconde, font un véritable maître, malgré des défauts qu*il faut surtout reprocher à son époque.

— La Présentation de Jésus au temple (206). — Jésus se soumet à la mort pour le rachat des hommes (207).

— Mars et Vénus (208). Les deux premiers tableaux De nous font connaître qu'imparfaitement un artiste qui aimait surtout à représenter des scènes mythologiques.

Pietrp-Francisco Mola (1612-1668) (école bolonaise) mérite aussi de nous arrêter. Ce fut certainement un peintre plein de talent que cet artiste, qui entreprit de réunir les traditions de Venise à celles de l'école des Carrache, et qui se montra un coloriste vigoureux, un dessinateur expérimenté et habile, fort supérieur à la plupart des maîtres de son temps. Son œuvre est considérable au Louvre.

— Repos de la sainte famille (269). — Saint Jean- Baptiste prêchant dans le désert (270).— Kiston de saint Bruno (271). — Ihrminie gardant les troupeaux {212),

— Tancrède et Herminie.

Canal (Antonio da), dit CanaletU (1797-1768), est bien de la famille des peintres vénitiens. Il a la couleur claire et lumineuse, Tharmonie vraie et solide du Véronèse. Sa touche précise et hardie n'a que le tort de trop rappeler son premier métier de décorateur de théâtre. Nous ne possédons malheureusement qu'un seul tableau de cet artiste, mais c'est un de ses beaux tableaux. — Vue de l'église de la Madonna délia Sa-lute, à Venise (113).

Tiepolo a peint dans les vues de Venise du Canaletti des figures pleines d'esprit et d'élégance. Il en a peint aussi dans les tableaux de Gtorardi (Francisco), élève

DU LOUVRE. e?

et imitateur du Canaletti, mais imitateur iatelligent. — Vue de Venise (219). — Le Doge se rendant processiêtinellement à l église Santa-Maria délia Sainte peur assister à la commémoration de la peste en 1630 <Ï20). — f^éte du jeudi-gras, à Venise (221). — Fête du Cerpw Demini (222). — Couronnement du doge (223). — Procession du doge le jour de Pâques (224).

ÉCOLE EsnevoLE.

Si le Musée du Louvre nous donne le droit de nous montrer fiers de la galerie italienne, nous éprouverons e» revanche quelque honte quand nous arrivei'ons à Pécule espsLgnole. Cette école n'est indiquée, — représentée serait un mot d'une exagération évidente, — au Louvre que par cinq maîtres , et encore un seul , Munllo, y figure-t-il avec honneur.

Morales (Luis de), ilBivîno (1509-1586), n'a sous son nom, au liouvre, qu'un Christ portant sa croix (545), dont nous n'oserions garantir l'authenticité, malgré le caractère et .le style mystique du dessin et de la composition.

Nous possédons d'un autre grand maître, Ribera ( le chevalier Joseph de), dit lIBipagiiolet (1 5S8-1656), une toile fort remarquable, l*Adoration des bergers (553). Mais cette peinture, d'une couleur brillante et lumineuse, d'un dessin vrai, ne nous fait pas connaître l'artiste tout entier. C'est une œuvre exécutée sous l'influence du Corrége, et où Ribera se dépouille en partie de cette àpreté puissante et sauvage qui était comme la traduction de ses sentiments et de son caractère, et quMl avait puisée sous la direction du Caravage. Ribera fut en effet un des peintres naturalistes les plus vigoureux,. et, comme son maître, un adorateur de la nature et, ^i l'on peut s'exprimer ainsi, de ses plus horribles beautés : aussi les scènes de martyres, les supplices, furent les sujets qu'Jl affectionnait le plus et qu'il traitait avec une audace et une sûreté de main qu'on n'a jamais surpassées.

L'AdonliDii ia Bergeni (5£3).

t)u Louvre. 69

De 'Collantes (Francisco) (1599-1656), qui fut sui^ tout, bien qfu'il traitât aussi Thistoire, un peintre de paysages et de fleurs, nous ne possédons qu'un seul tableau, et qui n*est pas un chef-d'œuvre :

— Le Buisson nrdeni (544).

Velaf4|aes (Don Diego-Rodriguez de Silva) (1599- 1666). Du favori de Philippe IV , d'un des plus grands peintres qui aient jamais existé, d'un portraitiste comparable au Titien dans ses chefs-d'œuvre , du coloriste harmonieux, savant^ riche et vrai, du dessinateur consommé, plein d'élégance et de souplesse, nous n'avons que quatre peintures, dont la dernière (558) nous semble douteuse, et dont la première, l'Infante Afar guérite (558), est seule digne de lui. — Le Portrait d'un chanoine (556) peut bien appartenir à ce grand maître, mais il n'en est pas digne. L'esquisse intitulée : Réunion de portraits (557) est bien certainement de lui, mais elle a été retouchée, et il faut l'œil d'un artiste ou d'un amateur exercé pour y retrouver la grâce cavalière, l'aisance d'exécution et le sentiment de l'harmonie qui s'y trouvent, et qui .en font le mérite. Un certain intérêt s'attache à ce morceau où l'on voit le portrait du peintre, vêtu de noir, et celui de Murillo, dont on n'aperçoit que la tête, à côté de lui.

Murillo (Bartolome-Esteban), né et mort à Séville (1618-1682)* D'abord élève de Juan dcl Castillo, Murillo étudia ensuite sous Velasquez. Peu de peintres ont joui d'une plus grande renommée et ont produit autant que ce grand artiste qui, tout en s'inspirant des ouvrages de son maître, des Vénitiens et des grands Flamands, reste toujours profondément Espagnol. Peu aussi ont eu son incroyable facilité ; il en abusa souvent, surtout quand il travaillait pour les églises d'Amérique, où il expédiait de véritables cargaisons de peinturés. Toutefois cet abus de sa facilité ne lui enlevait rien de son talent quand il voulait se remettre à des œuvres plus sérieuses. Murillo eut trois manières, non successivement comme presque tous les maîtres, mais h la fois, et dont il se servait suivant le genre du sujet qu'il avait à traiter. Les

EapagiHds ont appelé om trak nuinlËrM IMde, diaade

et ïaporeuee : U première, naturaliste comme celle de Ribern, lui gerrait dans la représentatlDn des scènes de la vie vulgaire ; la seconde, dans celles où la vie liumaine se trouve mËlée k la vie mystique, dans let miracles, par exemple, les apparition s t la tnasiëme, dans les sujets purement mystiques. Il est It remarquer

U Jeune Hcndianl (SSI).

que tous les tableaux de Murillo eiécut^ dans un but de commerce, ses tableaux d'Amérique, en un mot. Turent traités daoi sa manière vi^wreuse.

— Le Jeunt mendiant (551) est un bon tableau de Murillo exécuté dans la mimiëre froide ; mais nous en s pourtant d'une exécution plus énergique

Li CoDceplion ImmacaUc (5U ttiS

72 GUIDE DANS tE ifUSÉE

6t plus Hère, Ce n'en n*est pas moins une toîle qae beaucoup de collections pourraient nous envier. — Conceptton immaculée de la Vierge {^tiQ)* Murillo affectionnait tant ce sujet, qu'il est surnommé dans son pays le peintre des Conceptions. On comprend qu'il les traitait dans la manière vaporeuse. Pourtant, dans celui-ci, la partie inférieure, qui représente un groupe de personnages appartenant à la vie réelle, est exécutée dans la manière chaude,' avec une rare élégance de touche et un ^and charme de couleur. — La Concept lion immaculée (546 bis), ne nous parait pas de beaucoup supérieure à la première, bien qu'elle ait été achetée 615,000 fr. à la vente de la galerie Soult (1852). Il a semblé à beaucoup d'amateurs et d'artistes que cette toile, déshonorée d'ailleurs par des repeints, était loin de valoir deux ou trois chefs-d'œuvre du même maître, vendus à la môme époque et à des prix incomparablement inférieurs. Mais l'excuse de l'administration est dans l'enthousiasme irréfléchi qui se produit dans les ventés aux enchères.

— La Vierge et l'enfant Jésus (547). — Sainte Famille (548). Celui-ci est un vrai chef-d œuvre. — Jésus sur la montagne des Oliviers (549). — Le Christ à la colonne (550),

fCOLES AILEIURDE, HOUAIIBAISE ZT nAMAiniK.

L^école allemande tient s! peu de place au Louvre^ que nous n'avons pas cru devoir la distinguer des écoles flamande et hollandaise, avec lesquelles d'ailleurs elle se confond presque, au moins dans ses commencements. De même, nous n'aVons pas séparé l'école flamande de l'école hollandaise , malgré les différences qui existent entre elles. Il nous faudrait plus de place pour apprécier dignement ces différences, et nous avons l'espoir de les faire comprendre au lecteur dans les jugements que nous allons porter, des divers maîtres de ces deux écoles.

tu LOUVRE. ?3

Le Musée du Louyre ne possède pas un seul tableau d'Albert Dttrer, l'illustre chef de Técole de Nuremberg. En revanche, il peut montrer un beau Yan-Eyck, Ta Vierge au donateur (162).

'Zyok ( Jan Van-], mort en lUM* (Ecole flamande.) Il est à remarquer que Jan Van-Eyck, élève de son frère Hubert, avec lequel il travailla jusqu'à la mort de ce dernier, et qui fut le premier peintre de l'école flamande, comme Rubens en est le plus illustre, eut Une carrière aussi honorée et aussi glorieuse. Comme Rubens, et plus que Rubens, il fut diplomate, et se vit chargé de missions importantes par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, dont il était peintre et valet de chambre. Van-Eyck n'inventa pas, comme on l'a cru longtemps, la peinture à l'huile ; mais il fut certainement le premier qui rendit l'Usage de l'huile tout à fait praticable, et changea, par cette révolution, la face de l'art. Ce n'est pas assez pour le Louvre de ne posséder qu'un seul tableau de ce grand artiste, encore qu'il soit d'une très-belle conservation, comme tous les tableaux du maître qui n'ont pas été g&tés par des retouches , d'une couleur puissante et riche, d'un dessin naif, précieux et vrai , et d'une expression candide et pleine de vie.

Si Albert Diirer manque au Louvre, son maître, 'Wohlcemalh (Michael) tl/i3M519) f école allemande), V est représenté par un Jmis-Cnrist amené devant Pilate (564).

Nous trouvons ensuite un tableau Justement célèbre de IKaUys (Quinten ou Quintin) (U60-1530), le Banquier et sa femme (269). Dans cette œuvre, remarquable par l'énergie de l'expression, on remarque un progrès déjà sensible sur le style des primitifs Allemands et Flamands. Quinten n'était peut-^tre pas un artiste aussi grand que Van-Eyck, mais avec lui la peinture fait des progrès. Sans négliger les détails, il comprend l'art et la nécessité des sacrifices. En un mot, il sait mieux composer un tableau.

Ces progrès de la peinture dans les Flandres sont plus sensibles encore chc lEalraw ( Jan Van-) (1&70-

n GUIDEE DANS LE MUSEE

1532 ) , le premier des peintres des Pays-Bas qui visitèrent ritalie.

— Portrait de Jean Garondelet^ chancelier perpétuel de Flandre (277). — Sainte F«mi7/c (278).

Orley (Bernardin Yan-) (1&70 ou 1400-1560) fut un Flamand encore plus italianisé que le précédent, car il étudia dans Tatelier de Raphaël,

^ Le Mariage de la Vierge (367).

Graaaek ou Kranach le Vieux (Lucas Suider^ dit) (1472*1553), le protégé de Frédéric le Sage, l'ami de Luther, est le premier des peintres protestants. Son influence sur les écoles du Nord est incontestable ; partisan enthousiaste des nouvelles doctrines religieuses, il ne contribua pas peu à faire sortir Tart des voies mystiques où nous le trouvons engagé à cette époque. Ce fut dû reste un maître habile , si habile , qu'il fut considéré de son temps comme le rival d'Albert Dttrer.

— Vénus dans un paysage (98). Dans cette femme nue et d'une physionomie passablement effrontée , coiffée d'ailleurs d'une sorte de chapeau de cardinal, certains commentateurs ont vu une allégorie épigrammatique de l'Eglise romaine. — Portrait de Jean-Frédéric III, électeur de Saxe, dit le Magnanime (99). — Portrait d'homme (100).

Bolbem (Hans) le Jeune, peintre, sculpteur, architecte, graveur, né à Augsbourg en 1498, mort en 1514* ( Ecole allemande.) Il fut l'élève de son père et l'ami d'Erasme ; passa, d'après les conseils de celui-ci, en Angleterre, où il devint le peintre favori du roi Henri VIII et de toute sa cour. Son œuvre est considérable. Au Louvre, il n'est représenté que par des portraits ; mais il fut un grand peintre d'histoire, et poussa .très-loin la science et la vérité de l'expression et l'imitation de la nature. On peut le regarder comme un des premiers portraitistes qui aient existé. Dans les ouvrages que nous possédons, on ne. saurait trop admirer la vie et la puissance du modèle, la fidélité et la conscience du rendu. Il n'a jamais recherché les effets pittor^ues et tranchés de lumière et d'ombre. Ses portraits sont traités en pleine lumière, avec un soin

desdâtaitsqni n'ôterien t lalargearde retémtion.et une intelligence de It pbysioDomie humaine qui n'a jamais été dépassée.

— Porlrait de Nicolis Krotier, utroDome du roi flenrl VIII (106). ~ Portrait de Guillaume Warbam, archCTêque de Cantorbéry (207). — Pof/roil de Didier

Pgrinll <le Didier Érasiie (i08|.

Erasme (aOB), un des cbers^'œaTre du inattre. — Portrait dliocnnie ftgé (309).

Avec Hemlmi ( Hans) ou Kauliiig, qui vécut de 1^70 k USA, et dont la biograpliie est encore k Taire, finit la série des peintres llamands et allemanda primitifs dont le Liouvre possède les eeuTres, Nous ne pou»

vous pas juger, à Paris, du génie de ce glorieux rival de Van-Eyck, coloriste moins puissant peut-être, mais plus harmonieux ; dessinateur moins minutieusement précis, mais plus large et plus idéaliste.

— Saint Jean-Baptiste (288). — Sainte Marie-Made^ îeine (289).

Beliam ou Boelun (Hans-Sebald) (1500-1550).

( Ecole allemande. )

— Sujets tirés de Thistoire i3e David (Ift). Cette curieuse peintiure, destinée à être posée à plat comme une table, est divisée en quatre parties : !<> Entrée 'de Saùl à Jérusalem, autres la défaite des Philistins; 2* David et Belhsabée; 3o Siège de Rahath ; h9 le Prophète Nathan devant David,

VtM (Martin de ) ( 1524-1 603) fut encore un Flamand épHs de Tart italien, et qui chercha surtout à sMnspirer des maîtres de Venise, notamment du Tiritoret.

— Saint Paul, dans Vile de Mytilène, piqué par des vipères (550).

Mor, Moor, Xore ou SCoro ( Antonîs de ) ( 1525- 1581 ). ( Ecole hollandaise. ) On peut dire quMl n'appartient à cette école que par le lien de la naissance. En effet, l'école liollandaise est la plus origimile des deux écoles des Pays-Bas, celle qui a le moins subi l'influence itidienne, et Moor est, avant tout. Italien et Espagnol. Ce fut, du reste, un maître habile et charmant JMais son Portrait d'homme (3/i2)' semble avoir été exécuté à Venise, et son Portrait du nain de Charles- Quint (443), peinture d'une belle et brillante couleur, d'une exécution pleine de verve et de ragoût, comme on dit aujourd'hui, paraît sortir de l'atelier de Velasquez.

Breughel (Peter), dit le Vieux, né entre 1510 et 1530, mort vers 1600. Avec la famille du Breughel commence à se révéler la véritable physionomie de l'école flamande. Déjà Quinten Matsys avait peint des sujets familiers, ou tableaux de genre; mais pour la plupart des maîtres de toutes les écoles, il fallait encore que la «matière fût louable,» comme dit Poussin, et, pour qu'elle fût louable, empruntée à l'histoire sacrée ou profane. Pierre Breughel estimait, lui, qu'une scène

villageoise valait autant la peine d'être peinte qu'un ftujet plus relevé, et que la gaieté, Thumeur, Tesprit d'observation et de satire, étaient des éléments d'art»

— Vue d*un village (50)» — Danse de paysans (57). Bril (Mattheas) (1550-1584). (Ecole flamande. )—

Bril ( Paul ) ( 1554-1626 ). Ceux-là aussi furent des Flamands italiens, des paysagistes de style, des maîtres en même temps. Le fécond Paul, supérieur à son frère^ fut un coloriste vigoureux ; mais il abusa des tons verts et bleuâtres.

Nous ne possédo'ns de Matthieu que deux paysages :

— La Chasse aux daims (65) et la Chasse au cerf{&6). Paul est bien plus complètement représenté au

Louvre.

— La Chasse aux canards (67). Les figures sont attribuées à Ann. Garracbe. — Diane et ses nymphes (68). — Les Pécheurs (69). — Pan et Syrinx (70)» — Quatre Paysages (71, 72, 73, 74).

▼een (Otho Van-), dit Otto Vemiu (1556-1634). Cet artiste, qui fut à la fois un savant, un historien et un poëte, mérite bien une place dans notre Musée, non-seulement pour son talent qui est incontestable, mais surtout parce qu'il fut le véritable maître de Rubens et ouvrit le premier à ce grand artiste la voie où il devait s'illustrer. Otto Venins, qui avait visité l'Italie, était, du reste, un habile homme, savant et érudit, un coloriste un peu pâle, mais harmonieux.

— Otto Venins et sa famille (535).

Arrêtons-nous maintenant devant un Hcrflandais. Mireveld (Michiel-Jansz) (1568-1641) « portraitiste

éminent, coloriste harmonieux et fln^ dessinateur habile.

— Portraits d'hommes (335, 337). — Portrait de femme (336).

Voici un autre peintre de la famille des Ureughel.

Breughel f Johann), dit Breaghel de Teloura, fils de Breughel le Vieux et frère de cet étrange peintre. Peter Breughel ou Breughel d'Enfer, dont nous ne possédons rien au Louvre. Johann fut à la fois paysagiste et peintre de genre. 11 fit de l'allégorie et de l'histoire,

et peignit des paysages pour Snyders et Rubens, et des figures dans les paysages de ses contemporains» Son œuvre la plus importante , dans notre Musée, est la Bataillé d'Àrlèles (60) , un prodige par le nombre incalculable de figurines introduites dans un petit eadre, la variété des épisodes, le rendu et la finesse des expressions et du dessin (aussi la minutie et la sé^ cheresse), et le grand caractère du paysage.

— La Terre et le paradis leirestre (58). — L'Air (59). — Vertumne et Pomone, paysage (61).— Vue de Ri" voli (62). — Deux Paysages (63, 64).

KÙbéns (Peter-Paul), né à Siegen en 1577, mort à Anvers en 1640. Le plus grand peintre des Flandres fut d'abord page de Marguerite de Ligne, mais sa mère, veuve de Johann Rubens, échevin de la ville d'Anvers, et qui avait rêvé pour son fils la carrière d'un courtisan, se décida à céder à la vocation du jeune homme et le laissa entrer dans l'atelier de Van- Noort, qu'il quitta bientôt pour suivre la direction d'Otto Venins, sou véritable maître, comme nous Tavous déjà dit. Rubens, à l'exemple de celui-ci, visita l'Italie, parcourut toutes les villes où les plus illustres maîtres avaient laissé des traces de leur génie, mais il étudift surtout les ouvrages des Vénitiens. En Italie, il était déjà célèbre et avait produit un grand nombre d'ouvrages. Quand il revint en Belgique, il s'établit à Anvers ; sa maison fut le rendez-vous des artistes et de la bonne société. Il devint chambellan de l'archiduc Albert, et était au comble de la gloire quand il épousa sa première femme, Isabelle Brandt, fille du secrétaire d'Anvers. En 1621, il vint à Paris sur la demande de Marie de Médicis, qui lui avait confié les travaux de la magnifique galerie qui porte le nom de cette reine, et qui font aujourd'hui une des gloires de notre Musée. Rubens fit les esquisses à Paris et se fit aider dans l'exécution des tabfeaux, à Anvers, où 11 était retourné, par ses élèves, mais il termina son œuvre sur place. Quelque temps après, il fut chargé par Charles I*' de i^gler les diÂTérends qui existaient entre l'Espagne et l'Angleterre. Il réussit dans cette mission, fut non^mé

chevalier par le roi d'Angleterre et comblé d'honneurs et de présents. De retour à Anvers, sa première femme étant morte, il épousa Hélène Fourment, qui lui donna trois filles et deux fils. Il avait déjà eu deux fils d'Isfrbelle Brandt. En 1633 , il alla en Hollande dans le but d'opérer un rapprochement entre les Etats et Tinfanto Isabelle. Ce fut sa dernière mission diplomatique. Depuis, il se livra entièrement à la peinture et à la direction de son atelier, d'où sortirent des élèves tels que Van-Dyck, Van-Thulxen, Jordaens, Van-Mol, Corneille Schut, Simon de Vos, les deux Téniers, etc.

Rubens est un des plus grands peintres qui aient jamais existé. S'il n'a pas l'élégance magistrale des maîtres- de Venise, s'il ne possède pas la simplicité vigoureuse de leur dessin, l'élévation de leur style, et s'il ne les égale pas dans la puissance et la vérité de la couleur, en revanche personne n'a surpassé l'énergie de son dessin, l'éclat et le charme de son coloris, la puissance et la fougue de son exécution. Compositeur fécond au delà de ce qu'on saurait imaginer, ingénieux et toujours nouveau, il a traité tous les genres et il a imprimé à son style une sorte d'héroïsme grandiose et épique, malgré son exagération et la vulgarité de certains types. (( Ses tètes, disait-on autrefois, manquent de noblesse, et ses femmes de g^âce; » je ne saurais sousciire à ce jugement. Sans doute, la noblesse que Rubens imprime à ses physionomies n'est pas celle qu'ont rêvée RaphatU et Phidias; sans doute, ses femmes ne sont pas celles qu'on rencontre au bord du Tibre ou dans les vallons classiques de la Grèce ; mais qui pourrait refuser le don de l'élégance cavalière et aristocratique aux principales figures de sa galerie Médicis? Qui pourrait méconnaître la splendide beauté de ses types flamands-espagnols, si vivants et si fiers?

— La Fuite de Loth (/i25). — FÀie dans le désert {426). — L'Adoration des mages U27). — La Vierge entourée des saints innoeent$, ou la Vierge attx anges (428). — La Vierge, l'enfant Jéstis et un ange, au milieu d'une guirlande de fleurs (429). Les fleurs sont attribuées^ non sans, quelque vraisemblance, à Breughel de

Velours. — La FuUe en Egypte (430). — Le Christ en croix (431). ~ Le Triomfiie de la reiigion (432). — Tkomyris - fait plonger la tête de Cyrus dans un vase plein de sang (433), œuvre capitale du maître. — La Destinée de Marie de Médicis (434). C'est une opinion assez accréditée parmi un certain nombre de critiques, qu'on ne peut pas juger complètement Rubens au Louvre. Tel n'est pas notre avis. La galerie Médicis est une des œuvres les plus prodigieuses de ce fécond génie. On y retrouve «es qualités les plus éminentes de fougue et d'audace. Il n'a jamais rien exécuté de plus pompeux, d'une ordonnance plus pittoresque, d'une couleur plus séduisante et plus réelle que le CotH ronnement de Marie de Médicis (443), où il faut louer encore et surtout la finesse, l'élégance et la fierté des têtes, et la superbe tournure des personnages* Ces qualités se retrouvent avec autant d'éclat dans l'EdU' cation de Marie de Médicis (436). — Henri IV recevant le portrait de Marie de Médicis (437). — Le Débarquement de Marie de Médicis (439). — Le Mariage (440j.

— La Naissance de Louis Xlll (441). r- Henri l V confie à la reine le gouvernement (442). — L'Apothéose de Henri IV (444)- — Le Gouvernement de la reine (445).

— Le Voyage de la reine au Pont-de-Cé (446). — L'Echarige des princesses [447]. — Les Félicités de la régence (448). — La Majorité de Louis XIII (449). — La Reine s' échappant du château de Blois (450). — La Réconciliation de la reine avec Louis XIII (451). — L'Entrevue de la reine avec Louis XIII (453). — Le Triomphe de la Vérité (454). Les autres sujets sont : la Naissance de Marie de Médicis (435). — Le Mariage de Marie de Médicis (438). — Henri l V partant pour la guerre d^ Allemagne [442). — La Conclusion de la paix (452). — Portrait de François de Médicis [455). — r Portrait de Jeanne d'Autriche, mëre de Mane de Médicis (1156).— Portrait de Marie de Médicis (457). — Por- Irait du baron Henri de Vicq (449). — Por/rfiwM'Elisabeth de franco, fille de Henri IV (450). — Portrait d'Hélène Fourment (460). Rubens ne fut pas moins grand portraitiste que grand peintre d'histoire. Cette

8t GUIDE DANS LE MUSÉE

admirable peinture, restée en grande partie à l'état d*ébauche, est un des morceaux les plus intéressants de notre Musée. <^ Portrait d'une dame de la famille Boonen (461). — La Kermesse (462]. Il est intéressant de comparer cette kermesse avec les nombreux sujets du même genre traités par les autres maîtres flamands. Dans celle du peintre d'Anvers, empreinte pourtant d'un réalisme prodigieux, la fougue et la puissance magistrales de l'exécution, l'énergie des tôteset du mouvement, lui impriment une sorte de caractère épique, idéal et sauvage à la fois, qui empêche de ranger ce cheT-d'œuvre parmi les tableaux de genre : c'est la poésie de l'ivresse, le lyrisme de la débauche. — Tour^ noiprès d'un château (463] , curieuse esquisse pleine de fantaisie , d'une exécution véhémente et d'une couleur splendide. Les mêmes qualités se retrouvent dans les deux Paysages inscrits sous les n"* 464, 465.

Snyderf , Sneydert ou Snyert (Franz) (1579-1657) (école flamande), élève de Breughel et de Van-Balen, accompagne dignement Rubens, dont il fut l'ami et souvent le collaborateur. Peintre d'animaux, de fleurs et de fruits, Sneyders montre dans ce genre des qualités analogues à celles du chef de l'école anversoise dans la peinture d'histoire.

— Le Paradis terrestre (489). — Entrée des animaux dans l'arche (490). — Cerf poursuivi par une meute (491). — Chasse au sanglier (492). — Les Marchands de poissons (493). — Chiens dans un garde-manger (494). •^ Fruits et animaux (495).

Crayer, Krayer pu Craeyer (Gaspard de] (1582- 1585) (école flamande) , élève de Corcie. Rubeos faisait le plus grand éloge du talent de Crayer. Celui-ci fut en efiet un artiste émihent, plus calme, plus retenu que Rubens, plus fidèle à la tradition italienne ; coloriste un peu effacé, un peu pâle d'ailleurs, mais harmonieux ; dessinateur habile et correct, mais un peu froid et monotone.

~ La Vierge et Venfant Jésus adoré par des saints (101). — Saint Augustin en extase (102).

Bals (Frans) (1584-1666). (Ecole flamande.) Nous

ne possédons qu'une seule toile de ce portraitiste émi-^ nent, qui partagea sa vie entre les cabarets, les mauvais lieux et son atelier; mais cette toile est doublement précieuse par le mérite de Tœuvre et par le sujet. ^

— Portrait de René Descartes (190). ]PoëIeii]>iirg(Kornolis] (1586-1666) (école hoUan*

daise), élève d'A. Bloëmart. Quelle que soit l'opinion professée aujourd'hui par un certain nombre de critiques et d'amateurs sur le talent de ce maître, il; est certain qu'il mérite une place importante dans toutes collections. Poëlenburg, épris de \^ manière italienne, minutieux et léché dans son exécution, chercha à montrer de l'élégance et de la noblesse. Peut-être résulta* t-il de cette prétention de l'artiste à unir le génie flamand au goût italien une école de décadepce plutôt qu'une école de progrès ; mais Poëlenburg n'en est pas moins un véritable artiste, bien plus estimé d'ailleurs dans les petits sujets que dans les grands.

— Sara engage Abraham à épouser Agar (382). — Les Anges annonçant aux bergers la naissance du Messie (383). — Le Pâturage (384). — Les Baigneuses (385). — Femmes sortant du bain (386). — Ruines du palais des empereurs et du temple de Minerva Medica, à Rome (387). — Le Bain de Diane (388). — Des Nymphes et un Satyre (389).

Honthorti (Gérard) (1592-1680) (école hoUan* daise), élève d'A. Bjoêmart. Largement représenté au Louvre , et sous toutes les faces de son talent varié, original et historique, Gonthorst est surtout célèbre par les effets de lumière artificielle. Son Pilaie se lavant les: mains (215) est conçu tout entier avec cette préoccupation de l'effet. Son Concert (216) est une œuvre originale, très-vivante, d'une couleur un peu pâle, mais non sans charme, d'une exécution trèscouple et très-spirituelle.

— Le Triomphe de Silène (217) est une excellente peinture, large et grasse. — Portrait de Charles-Louis, électeur de Bavière (218), — Portrait dç Robert de Bavière, frère du précédent (219).

Jordaeni ou Jovdaant ( Jakob) (1593-1678). Il ne

faut pas juger ce maître illustre diaprés ses œuvres du Louvre. Si remarquables qu'elles soient, elles ne donneraient pas une idée suffisante du talent de ce grand maître, qui, s'il n'eut pas toutes les qualités de Rubens, son ami, se montra plus Flamand que lui et parfois un coloriste plus puissant.

— Jésus chassant les vendeurs du temple, le Jugerment dernier (251, 252), sont des toiles qui suffiraient à illustrer le nom d'un artiste, mais inférieures aux Quatre évangèlistes (253), à l'Enfance de Jupiter (254), a Le Roi boit (255), au Concert (256), d'une peinture superbe, et surtout remarquables par cette exubérance de vie qu'il savait faire éclater dans ses compositions les plus incorrectes et les plus négligées. — Portrait de l'amiral Ruyter (257).

Ooyen (Jan Van-) (1596-1656). (Ecole hollandaise.) Elève de plusieurs maîtres, et surtout d'E. Van de Veld , Van-Goyen est l'un des peintres hollandais dont l'exécution large et facile, l'harmonie gris&tre, forme une opposition complète avec la manière conventionnelle et léchée de Poëlenburg, de G. Dov.

— Bords d*une rivière (181). — Un canal (182). — Une rivière (183). — Marine (184).

Bov ou Hou (Gérard) (1598-1674) (école hollandaise), était fils d'un peintre verrier, qui le mit d'abord dans l'atelier d'un de ses confrères, où il resta trois ans. Il entra ensuite chez Rembrandt. C'est là qu'il puisa, sans contredit, le goût des effets de lumière et d'ombre ; mais peut-être dut-il à sa première éducation la manière minutieuse et léchée dont ses œuvres peuvent être considérées comme le type le plus complet et le plus exagéré. G. Dov passe aux yeux de beaucoup d'a^ mateurs pour le plus grand des petits maîtres ; mais pour les artistes véritables, pour tous ceux qui cherchent dans l'art autre chose que la perfection du trompel'œil, il n'a pas, à beaucoup près, les hautes qualités de dessin, de couleur et de vérité des Van-Ostade, des Brauwer, de J. Steen.

— La Femme hydropique (121), le chef-d'œuvre de G. Dov. — Aiguière aargent (122). — • Le Trompette

fl23). — Portrait de G. Dov (124). — Portrait de lemme âgée, de la mère de l'artiste selon quelques auteurs (125).

Byck (Anton Van-) (1599-1641). (Ecole flamande.) Elève de Yan-Bolm, puis de Rubens, il fit des progrès si rapides sous ce grand maître, que celui-ci en devint, dit-on , jaloux , ce qui n'est rien moins que prouvé, et ce qui est tout à fait contraire aux sentiments de générosité bien connus du chef de l'école d'Anvers. Il est plus certain que Rubens conçut, au contraire, pour son élève, une amitié fort vive. Yan-Dyck était déjà connu dans son pays, quand il alla en Italie, où il travailla beaucoup et devint célèbre. Charles 1*' , attiré par sa réputation, le fit venir en Angleterre. Son premier voyage (1627) ne fut pas heureux ; mais à son retour dans ce pays , en 1632, il fut comblé d'honneurs , créé chevalier, premier peintre du roi, et largement pen-* sionné. Son élégance, ses belles manières et les igré^ ments de son esprit, autant que son talent, le mirent bientôt à la mode. Il devint le peintre favori de tout ce que la Grande-Bretagne comptait de personnages illustres par le rang et la fortune , et il aurait amassé d'immenses richesses sans sa passion pour le luxe et son goût pour les pluàirs, qui, joint aux excès d'un travail excessif, occasionna sa mort prématurée. Yan-Dyck était né avec toutes les qualités qui font le grand maître. Il avait l'invention, le grand goût ; il possédait une facilité extrême, un dessin élégant et savant, la connaissance et le sentiment de la couleur au plus haut degré ; mais l'abus môme de sa facilité, le besoin de produire beaucoup et de produire vite, l'empêchèrent de s'élever autant qu'il l'aurait pu. Sans doute, il doit être compté comme un maître, et il a laissé une réputation de portraitiste que peu d'artistes ont égalée ; mais, dans le portrait même, il ne saurait être mis au même rang que le Titien, Yelasquez et Rubens lui-même. Sa ma-> nière spirituelle et élégante, son exécution adroite et savante, son habileté à saisir le caractère physiononiique des originaux qui posaient devant lui , le don de la composition, de la tournure et de l'arrangement, se

montrent évidemment et avec un grand éclat dans son œuvre. Mais il céda à l'abus de la pratique, et, chez lui, le métier tient trop souvent la place de Tart. Il est VI ai que, chez lui, le métier est admirable autant qu*il peut Têtre. Cet artiste a laissé, outre ses portraits peints, une merveilleuse collection de portraits gravés à Teau-forte. 11 aurait été certainement un aussi grand peintre d'histoire que de portraits, s'il n'eût pas préféré ce dernier genre, plus lucratif que le premier.

— La Vierge et Venfant Jésus (136), — La Vierge aux donateurs (137), magnifique peinture d'une couleur presque vénitienne et d'un grand styleJ^ — Le Christ fleuré par la Vierge et par les anges (138). — Saint Sébastien secouru par les anges (139). — Vénus demande à Vulcain des armes pour Enée (140). — /?enaud et Armide (1/il). — Portrait de Charles !•', roi d'Angleterre (142), l'un des plus célèbres du maître et l'un des plus admirables par l'élégance du dessin et par le caractère pbysionomique ; non le plus beau, à mon avis, comme couleur. Ce portrait fut acheté 24,000 francs par la comtesse Dubarry, qui prétendait descendre des Stuarts. — Portraits des enfants de Charles 1" (143). — Portraits de Charles-Louis, duc de Bavière, et de Robert, duc de Cumberland (144).— Portrait d'Isabelle- Claire-Eugénie d'Autriche, infante d'Espagne, reine des Pays-Bas (145).— Por (rat ^ équestre de François de Moncade (146), plus beau encore que celui de Charles I*'. •— Portrait en buste de François de Moncade (147). — Portrait d'un homme et d'un enfant (148). -^ Portrait d'une dame et de sa fille [140], œuvre charmante de grâce et d'exécution. — Portraits de Jean Grusser Richardot, président du conseil privé des Pays-Bas, et de son fils (150). Jusqu'à présent, on avait attribué cet admirable portrait à Rubens. Le nouveau catalogue le donne à Yan-Dyck, d'après l'autorité fort contestable de Descamps. Pour nous, ce portrait nous semble aussi certainement de Rubens que s'il était signé. Il l'est en effet, dans chaque touche de cette peinture ample, grasse et souple, plus fraîche que celle de Yan-Dyck, dans cette

UUIOB DANS LE HUSÉB

DU LOUVSE. 89

couleur plus lumineuse et moins conventionnelle. — Portrait du duc de Richemond (151). — Portrait de Van-Dyck (152), Tune des œuvres les plus médiocres du maître, élégante sans contredit, mais d'une élégance àe convention, dessinée mollement et peinte d'un ton fade. — Portrait d'homme (153), d'une superbe tournure , magnifique de couleur et d'exécution , ainsi que le suivant, inscrit sous le numéro 154. — Portrait d'homme (155).

Vot (Henri) (1600-1656). (Ecole hollandaise.)

— Portrait de Charles !•' (398), peinture très-fine de dessin et de couleur, d'un excellent caractère.

Heem (Jean-Davidz de) (1600-1674) (école hollandaise), n'est représenté au Louvre que par un magnifique tableau :

— Fruits et vnisselle sur une table (192).

'Wiiiantsou'Wyiiaiidts(Jan) (1600-1677). (Ecole

hollandaise.) Winantz doit être regardé comme un des premiers maîtres qui traitèrent le paysage dans une manière purement naturaliste.

— La Lisière de forêt (579) peut être considérée comme un des meilleurs morceaux de ce peintre pour l'impression vraie de la nature, la finesse, la conscience de l'exécution , et la juste observation des valeurs de ton — Les Paysages inscrits sous les numéros 580 et 581 sont dignes également de Winantz.

Heltk (Bartholomeus Van-der-), mort en 1670. (Ecole hollandaise.) Nous ne possédons qu'un tableau de ce maître, sur lequel les biographes se taisent presque complètement, et qui fut pourtant un grand maître* Ce tableau , de petite dimension , et qui représente le Jugement du prix de Varc (197), est un chef-d'œuvre, traité avec une ampleur et en même temps une finesse d'exécution qu'on admirerait dans un tableau d'histoire. Ce n'est pourtant que le projet d*iin tableau, avec des figures de grandeur naturelle, du Musée d'Amsterdam.

Champaijnie (Philippe de) (1602-1674). (Ecole flamande. ) Philippe de Champaigne n'appartient à la Flandre que * par sa naissance et par certaines ten-

dances de son talent, à la fois réaliste et mystique, comme celui des maîtres primitifs de son pays. Il étudia en France sous Bouillon, Michel Bourdeaux et Fouquière , et il vint mourir à Paris. Ses relations et son amitié avec le Poussin le portèrent à une recherche du grand style qui ne lui réussit pas souvent. C*est une coutume aujourd'hui assez générale de nier le talent de Philippe de Champaigne. Artiste laborieux et plein de conscience, mais génie médiocrement pittoresque et parfois assez lourd, il s'élève parfois trèshaut quand il rencontre une inspiration véritable ; en un mot, quand il possède bien son sujet. Par exemple, ses Portraits de la mèreXatherine-Âgnès Amauld et de sœur Catherine Sainte-Suzanne, fille du peintre (83), sont un tableau remarquable, où Philippe amis, en plein dix-septième siècle, à une époque médiocrement mystique , toute la ferveur de son sentiment religieux et de père. — Le Portrait du cardinal de Richelieu (87), magnifique de tournure et de caractère, offre un contraste frappant avec celui dujanséniste Arnauldd'Andilly (88) et celui de Philippe de Champaigne lui-môme (89).--Nous mettons au môme rang te Christ mort (70). — Nous ne pouvons estimer autant les tableaux suivants, malgré des qualités réelles : le Repas che% Simon (76).

— La Pâque (77). — Apparition de saint Gervais et de saint Protais à saint Ambroise (80). — Translation des corps de saint Gervais et de saint Protais {SI). — Saint Philippe (82). — Paysages (84, 85). — L'Education d'Achille (95, 96). — Nous leur préférons le Portrait de Louis XIII couronné par la Victoire (86). — Le Christ en croix (70). — Portrait d'homme (90). — Portrait d'une petite fille {91)» —Portrait d'une petite fille (92).

— Portrait de femme (93). — Portraits de Manaard et de a. Perrault (94).

Avec Cuyp (Albert), né en 1605, mort après 1672, nous retrouvons l'école hollandaise. A. Cuyp fut un grand maître, longtemps méconnu, justement à cause de ses qualités les plus hautes : une interprétation nafve et presque grandiose de la nature, dans les divers sujets animaux, paysages, fleurs, genres qu'il aimait &

traiter. Il fut un coloriste savant, harmonieux et puissant, et il posséda une exécution large et grasse ; Û eut surtout à un haat degré le sentiment de la vie.

— Paysage (104). — Le Départ pour la promenade (105). — La Promenade (106). — Portraits d'enfants (107). —Portrait d'homme (108). —Marine (109).

Brower, Brawer, Brauer ou Branwer ( Adriaan ) (1608-1640), n'est connu au Louvre que par un Intérieur de tabagie (47), peint avec l'énergie et la puissance de couleur qui ont fait de lui un grand artiste de l'école hollandaise , malgré ses déhanches et les désor* dres qui abrégèrent sa vie.

Craetbeke ou Oraetbeck (JoostVan-) (1608-1641), qui de boulanger se fit peintre, et devint l'élëve et le compagnon de Brauwer, a au Louvre un charmant tableau d'une couleur charmante, d'une touche large et spirituelle :

— Craesheke peignant un portrait (97).

Rembrandt Tan-nyii, peintre, graveur (1508*

1669). Rembrandt était fils d'un meunier nommé Hermann Goritz, et il reçut le nom de Yan-R3m, parce que le moulin de son père était situé sur les bords du Rhin. Elève de plusieurs artistes, notamment de Yan-Swanenbourg, de Jakob Pinas et de Schvaten, il revint, dès qu'il sut manier une brosse, dans le moulin de son père, et acjieva son éducation d'artiste en face de la seule nature, son véritable maître. L'historien Descamps a fait de la vie de Rembrandt un roman, auquel il n'est pas permis de croire aujourd'hui. Selon Descamps, Rembrandt, parvenu à une immense fortune, aurait souillé sa vie par de nombreux traits d'une avarice sordide , et aurait laissé en mourant des sommes considérables. La vérité est que ce grand homme fut continuellement poursuivi par le besoin d'argent, uniquement parce qu'il consacrait le prix de ses œuvres à satisfaire sa passion de collectionneur de curiosités et d'objets d'art. Plus d'une fois on vendit sa maison et ses meubles pour payer ses dettes, et un document incontestable prouve qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer, et que les frais de ses funérailles furent ac-

8f GUIDE DANS LE MUSEE

admirable peinturé, restée en grande partie & l'état d*ébauche, est un des morceaux les plus intéressants de notre Musée. — Portrait d'une dame de la famille Boonen (461). — La Kermesse (462). Il est intéressant de comparer cette kermesse avec les nombreux sujets du même genre traités par les autres maîtres flamands. Dans celle du peintre d'Anvers, empreinte pourtant d'un réalisme prodigieux, la fougue et la puissance magistrales de l'exécution, l'énergie des têteset du mouvement, lui impriment une sorte de caractère épique, idéal et sauvage à la fois, qui empêche de ranger ce cheT-d'oeuvre parmi les tableaux de genre : c'est la poésie de l'ivresse, le lyrisme de la débauche. — Tout' noiprès d'un château (463] , curieuse esquisse pleine de fantaisie, d'une exécution véhémente et d'une couleur splendide. Les mêmes qualités se retrouvent dans les deux Paysages inscrits sous les n"* 464 1 465.

Snyderf , Sneydert ou Snyerf (Franz) (1579-1657) (école flamande), élève de Breughel et de Van-Balen, accompagne dignement Rubens, dont il fut l'ami et souvent le collaborateur. Peintre d'animaux, de fleurs et de fruits, Sneyders montre dans ce genre des qualités analogues à celles du chef de l'école anversoise dans la peinture d'histoire.

— le Paradis terrestre (489). — Entrée des animaux dans l'arche (490). — Cerf poursuivi par une meute (491). — Chasse au sanglier (492). — Les Marchands de poissons (493). — Chiens dans un garde-manger (494). •^ Fruits et animaux (495).

Crayer, Krayer pu Craeyer (Gaspard de] (1582- 1585) (école flamande) , élève de Corcie. Rubens faisait le plus grand éloge du talent de Crayer. Celui-ci fut en effet un artiste éminent, plus calme, plus retenu que Rubens, plus fidèle à la tradition italienne ; coloriste un peu effacé, un peu pâle d'ailleurs, mais harmonieux ; dessinateur habile et correct, mais un peu froid et monotone.

— La Vierge et Venfant Jésus adoré par des saints (101). — Saint Augustin en extase (102;.

Hab (Frans) (1584-1666). (Ecole flamande.) Nous

ne possédons qu'une seule toile de ce portraitiste émi*. nent, qui partagea sa vie entre les cabarets, les mauvais lieux et son atelier; mais cette toile est doublement précieuse par le mérite de ToBuvre et par le sujet. ^

— Poi'trait de René Descartes (190).

]Po«Ieii]>iire(Kornolis] (1586-1666) (école hollan*

daise), élève d'A. Bloëmart. Quelle que soit l'opinion professée aujourd'hui par un certain nombre de criti* ques et d'amateurs sur le talent de ce maître, il; est certain qu'il mérite une place importante dans toutes collections. Poëlenburg, épris de la^ manière italienne, minutieux et léché dans son exécution, chercha à montrer de l'élégance et de )a noblesse. Peut-être résulta* t-il de cette prétention de l'artiste à unir le génie fia» mand au goût italien une école de décadence plutôt qu'une école de progrès ; mais Poélenburg n'en est pas moins un véritable artiste, bien plus estimé d'ailleurs dans les petits sujets que dans les grands.

— Sara engage Abraham à épouser Agar (382). — Les Anges annonçant aux bergers la naissance du Messie (383). — Le Pâturage (384). — Les Baigneuses (385). — Femmes sortant du bain (386). — Ruines du ptalais des empereurs et du temple de Minerva Medica, à Rome (387). — Zc Bain de Diane (388). — Des Nym* phes et un Satyre (389).

Honthorti (Gérard) (1592-1680) (école hoUan* daise), élève d'A. Bloémart. Largement représenté au Louvre, et sous toutes les faces de son talent varié, original et historique, Gonthorst est surtout célèbre par les effets de lumière ai'tificielle. Son Pilate se lavant les: mains (215) est conçu tout entier avec cette préoccupation de l'effet. Son Concert {21Ù) est une œuvre originale, très-vivante, d'une couleur un peu pâle, mais non sans charme, d'une exécution trèslEOuple et très-spirituelle.

— Le Triomphe de Silène (217) est une excellente peinture, large et grasse. — Portrait de Charles-Louis, électeur de Bavière (218). — Portrait dç Robert de Bavière, frère du précédent (219).

Jordaent ou Jovdaant ( Jakob) (1593-1678). Il ne

faut pas juger ce maître illustre diaprés ses œuvres du Louvre. Si remarquables qu'elles soient, elles ne donneraient pas une idée suffisante du talent de ce grand maître, qui, sMI n'eut pas toutes les qualités de Rubens, son ami, se montra plus Flamand que lui et parfois un coloriste plus puissant.

— Jéivs chassant les vendeurs du temple, le Jugef ment dernier (251, 252), sont des toiles qui suffiraient à illustrer le nom d'un artiste, mais inférieures aux Quatre évangèlistes {zM^èi l'Enfance de Jupiter (254), à Le Roi boit (255), au Concert (256), d'une peinture superbe, et surtout remarquables par cette exubérance de vie qu'il savait faire éclater dans ses compositions les plus incorrectes et les plus négligées. — Portrait de l'amiral Ruyter (257).

Ooyen (Jan Van-) (1596-1656). (Ecole hollandaise.) Elève de plusieurs maîtres, et surtout d'E. Van de Veld , Van-Goyen est l'un des peintres hollandais dont l'exécution large et facile, Tharmonie gris&tre, forme une opposition complète avec la manière conventionnelle et léchée de Poôlenburg, de G. Dov.

— Bords d'une rivière (181). — Un canal (182). — Une rivière (183). — Marine (184).

l>ov ou Boa (Gérard) ( 1598-1674 )( école hollandaise), était fils d'un peintre verrier, qui le mit d'abord dans l'atelier d'un de ses confrères, où il resta trois ans. II entra ensuite chez Rembrandt. C'est là qu'il puisa, sans contredit, le goût des effets de lumière et d'ombre ; mais peut-être dut-il à sa première éducation la manière minutieuse et léchée dont ses œuvres peuvent être considérées comme le type le plus complet et le plus exagéré. G. Dov passe aux yeux de beaucoup d'a^ mateurs pour le plus grand des petits maîtres ; mais pour les artistes véritables, pour tous ceux qui cherchent dans l'art autre chose que la perfection du trompel'œil, il n'a pas, à beaucoup près, les hautes qualités de dessin, de couleur et de vérité des Van-Ostade, des Brauwcr, de J. Steen.

— La Femme hydropique (121), le chef-d'œuvre de G. Dov. — Aiguière d argent (122). — Lt Trompette

8e GUIDE DANS LE MUSEE

(123). — Portrait de G. Dov (124). — Portrait de femme âgée, de la mère de Tartiste selon quelques auteurs (125).

Oyek (Anton Van-) (1599-1641). (Ecole flamande.) Elève de Van-Bolm, puis de Rubens, il fit des progrès si rapides sous ce grand maître, que celui-ci en devint, dit-on , jaloux , ce qui n'est rien moins que prouvé, et ce qui est tout à fait contraire aux sentiments de générosité bien connus du chef de Técole d* Anvers. Il est plus certain que Rubens conçut, au contraire, pour son élève, une amitié fort vive. Van-Dyck était déjà connu dans son pays, quand il alla en Italie, où il travailla beaucoup et devint célèbre. Charles l**^ , attiré par sa réputation, le fit venir en Angleterre. Son premier voyage (1627) ne fut pas heureux ; mais à son retour dans ce pays , en 1632, il fut comblé d'honneurs , créé chevalier, premier peintre du roi, et largement pen* sionné. Son élégance, ses belles manières et les s^réraents de son esprit, autant que son talent, le mirent bientôt à la mode. 11 devint le peintre favori de tout ce que la Grande-Bretagne comptait de personnages illustres par le rang et la fortune , et il aurait amassé d'immenses richesses sans sa passion pour le luxe et son goût pour les plaisirs, qui, joint aux excès d'un travail excessif, occasionna sa mort prématurée. Van-Dyck était né avec toutes tes qualités qui font le grand mai* tre. Il avait l'invention, le grand goût ; il possédait une facilité extrême, un dessin élégant et savant , la connaissance et le sentiment de la couleur au ptus haut de* gré ; mais l'abus même de sa facilité, le besoin de produire beaucoup et de produire vite, l'empêchèrent de s'élever autant qu'il l'aurait pu. Sans doute, il doit être compté comme un maître, et il a laissé une réputation de portraitiste que peu d'artistes ont égalée ; mais, dans le portrait même, il ne saurait être mis au même rang que le Titien, Velasquez et Rubens lui-même. Sa manière spirituelle et élégante, son exécution adroite et savante, son habileté à saisir le caractère physionomique des originaux qui posaient devant lui , le don de la composition, de la tournure et de l'arrangement, se

montrent évidemment et avec un grand éclat dans son œuvre. Mais il céda à l'abus de la pratique, et, chez lui, le métier tient trop souvent la place de l'art* Il est VI ai que, chez lui, le métier est admirable autant qu'il peut l'être. Cet artiste a laissé, outre ses portraits peints, une meneillcuse collection de portraits gravés à l'eau-forte. Il aurait été certainement un aussi grand peintre d'histoire que de portraits, s'il n'eût pas préféré ce dernier genre, plus lucratif que le premier.

— La Vierge et l'enfant Jésus (136), — La Vierge aux donateurs (137), magnifique peinture d'une couleur presque vénitienne et d'un grand style.' — Le Christ pleuré par la Vierge et par les anges (138). — Saint Sébastien secouru par les anges (139). ^- Vénus demande à Vulcain des armes pour Enée (140). — Renaud et Armide (1/il). — Portrait de Charles 1*', roi d'Angleterre (142), l'un des plus célèbres du maître et l'un des plus admirables par l'élégance du dessin et par le caractère pbysionomique ; non le plus beau, à mon avis, comme couleur. Ce portrait fut acheté 24,000 francs par la comtesse Dubarry, qui prétendait descendre des Stuarts. -— Portraits des enfants de Charles 1*' (143). — Portraits de Charles-Louis, duc de Bavière, et de Robert, duc de Cumberland (144).— Potirait d'Isabelle- Claire-Eugénie d'Autriche, infante d'Espagne, reine des Pays-Bas {H^).— Portrait équestre de François de Moncade (146), plus beau encore que celui de Charles I•^ — Portrait en buste de François de Moncade (147). — Portrait d'un homme et d'un enfant (148)* '^ Portrait d'une dame et de sa fille (149], œuvre charmante de grâce et d'exécution. — Portraits de Jean Grusser Richardot, président du conseil privé des Pays-Bas, et de son fils (150). Jusqu'à présent, on avait attribué cet admirable portrait à Rubens. Le nouveau catalogue le donne à Yan-Dyck, d'après l'autorité fort contestable de Descamps. Pour nous, ce portrait nous semble aussi certainement de Rubens que s'il était signé. Il l'est en effet, dans chaque touche de cette peinture ample, grasse et souple, plus fraîche que celle de Yan-Dyck, dans cette

Ckulu I", rd il'Ajit>et«m (!«).

DU LOUVJIE. 80

couleur plus lumineuse et moins conventionnelle. — Portrait du duc de Richemond (151). — Portrait de Van-Dyck (152), Tune des œuvres les plus médiocres du maître, élégante sans contredit, mais d*une élégance dé convention, dessinée mollement et peinte d'un ton fade. — Portrait d'homme (153), d'une superbe tournure , magnifique de couleur et d'exécution , ainsi que le suivant, inscrit sous le numéro 154. — Portrait d'homme (155).

Vot (Henri) (1600-1656). (Ecole hollandaise.)

— Portrait de Charles !•' (398), peinture très-fine de dessin et de couleur, d'un excellent caractère.

Heem (Jean-Davidz de) (1600-1674) (école hollandaise), n'est représenté au Louvre que par un magnifique tableau :

— Fruits et vaisselle sur une table (192).

"WinanU ou "WynaiidU ( Jan ) ( 1600-1677 ). ( Ecole

hollandaise.) Winantz doit être regardé comme un des premiers maîtres qui traitèrent le paysage dans une manière purement naturaliste.

— La Lisière de forêt (579) peut être considérée comme un des meilleurs morceaux de ce peintre pour l'impression vraie de la nature, la finesse, la conscience de l'exécution , et la juste observation des valeurs de ton — Les Paysages inscrits sous les numéros 580 et 581 sont dignes également de Winantz.

Heltt (Bartholomeus Van-der-), mort en 1670. (Ecole hollandaise.) Nous ne possédons qu'un tableau de ce maître, sur lequel les biographes se taisent presque complètement, et qui fut pourtant un grand maître. Ce tableau , de petite dimension , et qui représente le Jugement du prix de Varc (197), est un chef-d'œuvre, traité avec une ampleur et en même temps une finesse d'exécution qu'on admirerait dans un tableau d'histoire. Ce n'est pourtant que le projet d^un tableau, avec des figures de grandeur naturelle, du Musée d'Amsterdam.

GhampaÎMie (Philippe de) (1602-1674). (Ecole flamande. ) Philippe de Champaigne n'appartient à la Flandre que ■ par sa naifisftace et par certaines ten-

Ctute* 1", m d'AngleUrce (IM).

DU LOUVJIE. 80

couleur plus lumineuse et moins conventionnelle. — Portrait du duc de Richemond (151). — Portrait de Van-Dyck (152), Tune des œuvres les plus médiocres du maître, élégante sans contredit, mais d* une élégance àe convention, dessinée mollement et peinte d*un ton fade. — Portrait d'homme (153), d'une superbe tournure , magnifique de couleur et d'exécution , ainsi que le suivant, inscrit sous le numéro 154. — Portrait d'homme (155).

Vot (Henri) (1600-1656). (Ecole hollandaise.)

— Portrait de Charles I*' (398), peinture très-fine de dessin et de couleur, d'un excellent caractère.

Heem (Jean-Davidz de) (1600-167&) (école hollandaise), n'est représenté au Louvre que par un magnifique tableau :

— Fruits et vaisselle sur une table (192).

'WniaiiUou'W]riumdU(Jan) (1600-1677). (Ecole

hollandaise.) Winantz doit être regardé conune un des premiers maîtres qui traitèrent le paysage dans une manière purement naturaliste.

— La Lisière de forêt (579) peut être considérée comme un des meilleurs morceaux de ce peintre pour l'impression vraie de la nature, la finesse, la conscience de l'exécution , et la juste observation des valeurs de ton — Les Paysages inscrits sous les numéros 580 et 581 sont dignes également de Winantz.

Beltt (Bartholomeus Van-der-), mort en 1670. (Ecole hollandaise.) Nous ne possédons qu'un tableau de ce maître, sur lequel les biographes se taisent presque complètement, et qui fut pourtant un grand maître. Ce tableau , de petite dimension , et qui représente le Jugement du prix de Varc (197), est un chef-d'œuvre, traité avec une ampleur et en même temps une finesse d'exécution qu'on admirerait dans un tableau d'histoire. Ce n'est pourtant que le projet d'un tableau, avec des figures de grandeur naturelle, du Musée d'Amsterdam.

GhampaijHM (Philippe de) ( 1602-1 67&). (Ecole flamande. ) Philippe de Champaigne n'appartient à la Flandre que ■ par sa naissftace et par certaines ten-

dances de son talent, à la fois réaliste et mystique, comme celui des maîtres primitifs de son pays. Il étudia en France sous Bouillon, Michel fiourdeaux et Fouquière , et il vint mourir à Paris. Ses relations et son amitié avec le Poussin le portèrent à une recherche du grand style qui ne lui réussit pas souvent. C*est une coutume aujourd'hui assez générale de nier le talent de Philippe de Champaigne. Artiste laborieux et plein de conscience, mais génie médiocrement pittoresque et parfois assez lourd, il s*élève parfois trè»baut quand il rencontre une inspiration véritable ; en un mot, quand il possède bien son sujet. Par exemple, ses Portraits de la mèreCatherine-Agnës Arnauld et de sœur Catherine Sainte-Suzanne, fille du peintre (83), sont un tableau remarquable , où Philippe a mis, en plein dix-septième siècle, à une époque médiocrement mystique, toute la ferveur de son sentiment religieux et de père. — Le Portrait du cardinal de Richelieu (87), magnifique de tournure et de caractère, offre un contraste frappant avec celui du janséniste Arnauïdd'Andilly (88) et celui de Philippe de Champaigne lui-môme (89). — Nous mettons au même rang le Christ mort (79). «-Nous ne pouvons estimer autantles tableaux suivants, malgré des qualités réelles : le Repas che% Simon (76).

— La Pâque (77). — Apparition de saint Gervais et de saint Protais à saint Ambroise (80). — Translation des corps de saint Gervais et de saint Protais {SI), — Saint Philippe (82). — Paysages (84, 85). -^L'Education d'Achille (95, 96). — Nous leur préférons le Portrait do Louis XIII couronné par la Victoire (86). — Le Christ en croix (70). — Portrait d'homme (90). — Portrait d'une petite fille {91).— Portrait d'une petite fille (92).

— Portrait de femme (93). — Portraits de Mansard et de Cl. Perrault (94).

Avec Ciiyp (Albert), né en 1605, mort après 1672, nous retrouvons l'école hollandaise. A. Cuyp fut un grand maître, longtemps méconnu, justement à cause de ses qualités les plus hautes : une interprétation naïve et presque grandiose de la nature, dans les divers sujets animaux, paysages, fleurs, genres qu'il aimait k

traiter. Il fut un coloriste savant, harmonieux et puissant, et il posséda une exécution large et grasse ; Û eut surtout à un haut degré le sentiment de la vie.

— Paysage (104). — Le Départ pour la promenade (105). — La Promenade (106). — Portraits d'enfants (101).— Portrait d*homme (108). —Marine (109).

Brower, Brawer, Braver ou Brauwer ( Adriaan ) (1608-1640), n'est connu au Louvre que par un Intérieur de tabagie (47), peint avec l'énergie et la puissance de couleur qui ont fait de lui un grand artiste de l'école hollandaise , malgré ses débauches et les désordres qui abrégèrent sa vie.

Craetbekeou Graesbeok (Joost Van-) (1608-1641 )t qui de boulanger se fit peintre, et devint l'élève et le compagnon de Brauwer, a au Louvre un charmant tableau d'une couleur charmante, d'une touche large et spirituelle :

— Craesbeke peignant un portrait (97).

BL«nbrandt Tan-Ryii, peintre, graveur (1608«

1669). Rembrandt était fils d'un meunier nommé Hermann Goritz, et il reçut le nom de Van-Ryn, parce que le moulin de son père était situé sur les bords du Rhin* Elève de plusieurs artistes, notamment de Van-Swanenbourg, de Jakob Pinas et de Schvaten, il revint, dès qu'il sut manier une brosse, dans le moulin de son père, et aclieva son éducation d'artiste en face de la seule nature, son véritable maître. L'historien Descamps a fait de la vie de Rembrandt un roman, auquel il n'est pas permis de croire aujourd'hui. Selon Descamps, Rembrandt, parvenu à une immense fortune, aurait souillé sa vie par de nombreux traits d'une avarice sordide , et aurait laissé en mourant des sommes considérables. La vérité est que ce grand homme fut continuellement poursuivi par le besoin d'argent, uniquement parce qu'il consacrait le prix de ses œuvres à satisfaire sa passion de collectionneur de curiosités et d'objets d'art. Plus d'une fois on vendit sa maison et ses meubles pour payer ses dettes, et un document incontestable prouve qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer, et que les frais de ses funérailles furent ac-

d2 GUIDE DANS LE MUSEE

quittés, comme ceux des indigents, par la ville d'Amsterdam, où il mourut. Rembrandt est un des plus grands peintres qui aient jamais existé, et incontestablement le plus original de tous. On peut et on doit le considérer comme un des pères de Tart moderne , si liostile k récole académique. Adorateur de la nature, il ne voulut puiser d'inspiration à aucune autre source, et son éternel souci a été de rester toujours vrai et sincère. II voulut être de son temps et compris de son temps. Cela ne signifie pas quMI fut un réaliste dans Tacception nouvelle donnée à ce mot, c'est-à-dire un copiste servile. Mais quand il interprétait la nature, il ne la travestissait pas sous prétexte de style, il ne l'embellissait pas, il éliminait les menus détails qui gênaient l'impression de l'ensemble. En cela, il restait dans la vérité. Il ne s'agit pas pour l'artiste, en effet, d'exécuter et de rendre un modèle, une scène, un paysage, avec la précision d'un décalque, mais de traduire 1 impression vraie qu'il reçoit de la vue de ce modèle , de cette scène , ou de ce paysage. Rembrandt fut avant tout un maître naïf, comme tous les grands maîtres ; mais il pensa, et avec justesse, que la naïveté ne résidait pas dans l'emploi des procédés anciens et primitifs; il employa la science la plus consommée à traiter les sujets les plus vulgaires, comme les plus sublimes. Personne n'a jamais contesté la puissance et l'harmonie de la couleur de Rembrandt , mais on a nié sa richesse et sa variété. Cette opinion n'est soittenable que pour les tableaux du .Louvre, — encore faut-il en excepter le Ménage du menuisier, — dans lesquels l'artiste s'est surtout préoccupé de Teffet et de l'harmonie. D'aucuns lui ont reproché aussi des incorrections et des négligences de dessin , oubliant ou méconnaissant que ces incorrections et ces négligences avaient été également calculées pour l'effet général, et que personne, quand il l'a voulu, n'a été un dessinateur plus souple, plus fin et plus vrai ; il suffirait de voir ses eaux-fortes, aussi admirables que ses tableaux. Ce n'est pas le comprsodre davantage que de l'accuser d'avoir travesti par grossièreté ou inintelligence les sujets éé l'histoire

n GUIDE DANS LE MUSÉE

il traduisait sur la toile le drame émouvant et douloureux de la passion du Christ, il lui suffisait que la stupide férocité de la foule, la foi héroïque des martjrrs, la douleur de la Mère du Sauveur, fussent rendues avee une frappante éloquence ; peu lui importait la fidélité des costumes. Ce n^était pais par ignorance qu*il habil» lait ses personnages des temps antiques des costumes hollandais du dix-septième siècle, mais pour qu'ils eussent Tair plus réels, en un mot, pour qu*âs semblassent moins jouer un rôle. En attendant, quel taMeau fut jamais plus sublime que les Pèlerins ^Emmaiis (&07), plus religieux dans le vrai sens de ce mot? Je ne sais pas si le Clirist est beau. Il n'est ni beau ni laid ; mais quelle grandeur sereine dans la tête du Fils du Dieu ! quel recueillement et quel respect dans ses disciples t et puis quelle absence apparente de composition dans cette admirable composition, qui semble conçue et exécutée d'un jet !

— Le Ménage du menuisier (/ilO) est dans le salon carré : c'est sa vraie place. Jamais Rembrandt ne s'est montré coloriste plus fin, plus varié et plus lumineux. — les Phihsofihes en méditation (/i08, 409} sont des chefs-d'œuvre de lumière et de fine exécution. — L Ange Raphaël quitte T.ohie (404). — Le Samaritain (405). — Saint Matthieu (40a).— Vénus et l'Amour (411).— Portrait de Rembrandt {k\^),^- Portrait de Rembrandt (413), le plus beau des trois. — Pqrfrait de Rembrandt (414). —Portrait de Rembrandt âgé (415). -—Por^rai7 d'un vieillard (416). — Portrait d'un jeune homme (417), un des chef&ni'œuvre du maître, ainsi que le Portrait de femtne (419). — Portrait d'homme (418).

TerVsrg (Gérard) (1608-1681). ^ole hollandaise.) Le Musée possède de beaux spécimens de ce maître, un des plus estimés parmi les petits maîtres hollandais, pour sa touche grasse et large, sa couleur séduisante et fraîche, tin ÛQ ses tableaux -les plus célèbres est inti-

— Vn MUiêùire offrant des pièces d*or à une jeune ^mm€ (5%). — X,a Leçbn de musique (527). --Xe roficHt (fi^Sj. réassemblée d'ecclésiastiques (520).

Bolk (Jean% ditBoth aitolle (1€10-1650}. (Eoole hollandaise.) Voyagea en Italie et travailla dans Tate* lier du Lorrain. Il y poisa cette lumière chaude et colorée qui est l'un des attraits de ses tableaux, remarquables d'ailleurs à d'autres titres , et notamment pour la manière Intelligente et pittoresque avec la* quelle Jean Botb interpréta la nature Italienne.

— Paysage (43). Les figures sont d'Âdriaan Both , frère du paysagiste, et que celui-ci aimait si tendrement , qu'il ne put survivre à sa mort. Adriaan s'étant noyé par accident dans un des canaux de Venise, Jean mourut de chagrin la même année.

Arnelya (Jan) (1610-1610) fut aussi un Hollandais italianisé. B abord élève de P. Yan-den-Velde, il étudia en Italie sous Bamboche.

— Vue du pont Lameniano [1). — paysage (2). — Vue du Tibre (3). ^^ Ruine da»9 /« campagne de Rome (4).

Qftade [Adriaan Van-| ^1610- 1685) « Le plus grand des petits maîtres hollandais. Coloriste et dessinateur savant et vrai, Ostade a traduit dans son œuvre les scènes familières de son temps, avec une largeur, une bonhomie, une naïveté et une finesse qu'on n'a pas surpassées.

— La Famille d" Adriaan Van-Ostade (369), l'un de ses chefs-d'œuvre. — Le Maître d'école (370), dans le salon carré, un modèle du genre où se trouvent au plus haut degré toutes les qualités du maître. — Le Marché aux poissons (371). — Intérieur d'une chaumière {372J*. — Un Homme d'affaires dans son cabinet (378), — un Fumeur (374). — Un Buveur (375).

Témert (David) te Jeune [1610-16941. (Ecole fia* mande.) Elève de son père, David Téniersle Vieux, puis de Brauwer, et eofiii de Rubens, Xéniers n'arriva pas à. la célébritédtt premier coop ; mais dès qu'il l'eut atteinte, la fortune mit à seconde!^ ton talfnteomme une sorte de hâte, et il fut honoré el récompensé 4 l'égal des plus grands maîtres. CertaineoMBi Ténlere ne fut pas aussi grand peintre ^e les Van-Ostade, Set Brauwer et d'autres encore, c'estpà-dijuiE^ i^u'il ae fut ni

Une TtnlilioD de saini Antoine tSI i] .

dessin souple , une lumière claire et limpide , une fécondité pjur ainsi dire inépuisable. Il excellait dans tous les sujets familiers aux peintres de genre des Pays-Bas, mais particulièrement dans les tabapes et les kermesses. On peut reprocher à Tén'ers d'avoir abusé de sa facilité ; les tableaux qu'il improvisait avec une incroyable rapidité, ou dont il répétait les sujets trop fréquemment, sont nombreux dans son oravre ; on les appelle les Aprcs-dinées de Téniers, pour exprimer le peu de temps qu'il mettait à les faire. Parmi ses toiles les plus remarquables de notre Musée, nous citerons :

— Le Reniement de saint Pierre (511). — L'Enfmt prodigue ti les Courtisanes [5\2]. — Les Sept œuvres de miséricorde (513). — Une Tentation de saint Antoine (51 ft), sujet souvent répété par le maître. — Kermesse (5.15^). — . Deux extérieurs de cabaret (518, 519). Les autres tableaux de Téniers sont intitulés: Vn Cabaret près d'une livière [516]. — Dan^ê de paysans (517). — Chasse au héron (520). — Le Fumeur (521). — Le ftemouieur (522). — Le Joueur de cornfmyse (523). — Portrait d un vieillard 52/»). — Les Bulles de saron (525).

OsUde (ïsaack Van-) (1613-1^54). (Ecole hollandaise.) On peut et l'on doit citer Maack Ostade après Adriaan, son frère, dont il fut l'élèvtî, quoiqu'il ne l'ait pas égalé. 11 mérite pourtant le nohi de maître, d'autant plus qu'il sut rester original à ^ôté d'Adriaan.

-^ llaUe de voyageurs (376). — Jhlle de voyageurs (377). — Canal gelé en Hollande. (37^). — Canal gelé en Hollande (379).

Meer (Arnould Van-der-] (1613-1684). {Ecole hoUandaise.) Grand paysagiste, iiabile surtout à rendre les effets de clair de lune, de soleil couchant et ^'hiver.

— Canal hollandais (354). Les animaux sont attribués à A, Cuyp. — Village traversé par une route (355).

Metzu (Gabriel) (1615-1658). (Ecole hollandaise.) Cet artiste, dont le premier maître iest inconnu, se fit une manière individuelle , en étudiant les œuvres de

G. Dov, de Terbug et de Jean Steen. Il occupe dans Testime des amateurs un de.'^ rangs les plus élevés parmi les petits maîtres hollandais, et qu'il mérite pour la finesse de son exécution et l'harmonie séduisante de sa couleur. Metzu peignit que-lqucfois des sujets religieux ; mais il ne montre pas, dans ce genre, les rares qualités qui ont fajt sa réputation comme peintre de scènes familières.

— La Femme adultère (291) ,-r-Le Marché aux herbes d'Amsterdam [292], un de ses tableaux les plus connus. — Un militaire suivant une jeune dame (293), et la Leçon de musique {20ti)^ nous paraissent ses deux meilleurs tableaux du Louvre^ — Le Chimiste (295). — Une femme hollandaise (296). — Une (cuisinière hollandaise (297). — Portrait de l'amiral Corneille Tromp (298).

Wouwerman (Philips) (1620-1668). (Ecole hollandaise). Wouwerman, d'abord élève de son père, peintre peu connu et peu digne de Tôtre, étudia ensuite chez Je paysagiste Winantz et chez le peintre d'animaux P. Verbeck. Ses tableaux, que les amateurs couvrent d'or aujourd'hui, n'eurent pas, à l'origine, la réputation qu'ils acquirent par la suite: aussi, malgré sa prodigieuse facilité et son extrême application au travail, leur auteur, chargé d'ailleurs d'une nombreuse faimlle, n'arriva jamais à la fortune des Téniers et des autres petits maîtres hollandais. Ce fut un habile artiste, qui excella dans la reproduction des chasses, des cours d'auberges, des combats de cavalerie, et qui avait à un degré éminent le don de la composition pittoresque, la finesse et la verve d'exécution, une couleur agréaJ>le et lumineuse. Le besoin de produire beaucoup renîpècha d'atteindre les. sommités de l'art. Il peignit souvent de pratique, bien qu'avec un soin extrême; mais il n'arriva jamais à la réalité puissante et magistrale obtenue par quelques-uns 4e ses compatriotes. On trouve néanmoins, dans -ses tableaux, l'expression vive, spirituelle et animée de la nature.

— Le liœufgras en Hollande (565], très-fin et trèsterminé, — h Font de bois (566), — le Départ pour la

dances de son talent, à la fois réaliste et mystique, comme celui des maîtres primitifs de son pays. Il étudia en France sous Bouillon, Michel Bourdeau\ et Fouquière , et il vint mourir à Paris. Ses relations et son amitié avec le Poussin le portèrent à une recherche du grand style qui ne lui réussit pas souvent.. C'est une coutume aujourd'hui assez générale de nier le talent de Philippe de Champaigne. Artiste laborieux et plein de conscience, mais génie médiocrement pittoresque et parfois assez lourd, il s'élève parfois trèsbaut quand il rencontre une inspiration véritable ; en un mot, quand il possède bien son sujet. Par exemple, ses Portraits de la mère.Catherine-Agnës Amauld et de sœur Catherine Sainte-Suzanne, flUe du peintre (83), sont un tableau remarquable, où Philippe a mis, en plein dix-septième siècle, à une époque médiocrement mystique, toute la ferveur de son sentiment religieux et de père. — Le Portrait du cardinal de Richelieu (87), magnifique de tournure et de caractère, offre un contraste frappant avec celui du janséniste ArnauJdd'Andilly (88) et celui de Philippe de Champaigne lui-môme (89).— Nous mettons au même rang te Christ mort (79). — Nous ne pouvons estimer autant les tableaux suivants, malgré des qualités réelles : le Repas che% Simon (76).

— La Pâque (77). — Apparition ae saint Gervais et de saint Protais à saint Ambroise (80). — Translation des corps de saint Gervais et de saint Protais {Si). — Saint Philippe (82). — Paysages (84, 85). — L'Education d* Achille (95, 96). — Nous leur préférons le Portrait de Louis XIII couronné par la Victoire (86). — Le Christ en croix (70). — Portrait d'homme (90). — Portrait d'une petite fille (91). — Portrait d'une petite fille (92).

— Portrait de femme (93). — Portraits de Mansard et de Cl. Perrault (94).

Avec Cvyp (Albert), né en 1605, mort après 1672, nous retrouvons l'école hollandaise. A. Cuyp fut un grand tnaltre, longtemps méconnu, justement à cause de ses qualités les plus hautes : une interprétation naïve et presque grandiose de la nature, dans les divers sujets animaux, paysages, fleurs, genres qu'il aimait à

traiter. Il fut un coloriste savant, harmonieux et puissant, et il posséda une exécution large et grasse ; U eut surtout à un haut degré le sentiment de la vie.

— Paysage (104). — Le Départ pour la promenade (105). — La Promenade (106). — Portraits d'enfants (107). —Portrait d'homme {lOS), — Marine (109).

Brower, Brawer, Braver ou Brauwer ( Adriaan ) (1608-16&0), n'est connu au Louvre que par un Intérieur de tabagie (&7), peint avec l'énergie et la puissance de couleur qui ont fait de lui un grand artiste de l'école hollandaise , malgré ses déhanches et les désordres qui abrégèrent sa vie.

Craetbeke ou Oraei beek (JoostVan-) (1 608-1 6&1), qui de boulanger se fit peintre, et devint l'éfève et le compagnon de Brauwer, a au Louvre un charmant tableau d'une couleur charmante, d'une touche large et spirituelle :

— Craesbeke peignant un portrait (97).

Hmanbrandt Tan-Byii, peintre, graveur (1608*

1669). Rembrandt était fils d'un meunier nommé Hermann Goritz, et il reçut le nom de Yan-Ryn, parce que le moulin de son père était situé sur les bords du Rhin. Elève de plusieurs artistes, notamment de Van-Swa^ nenbourg, de Jakob Pinas et de Schvaten, il revint, dès qu'il sut manier une brosse, dans le moulin de son père, et aciieva son éducation d'artiste en face de la seule nature, son véritable maître. L'historien Descamps a fait de la vie de Rembrandt un roman, auquel il n'est pas permis de croire aujourd'hui. Selon Descamps, Rembrandt, parvenu à une immense fortune, aurait souillé sa vie par de nombreux traits d'une avarice sordide , et aurait laissé en mourant des sommes considérables. La vérité est que ce grand honmie fut continuellement poursuivi par le besoin d'argent, uniquement parce qu'il consacrait le prix de ses œuvres à satisfaire sa passion de collectionneur de curiosités et d'objets d'art. Plus d'une fois on vendit sa maison et ses meubles pour payer ses dettes, et un document incontestable prouve qu'il ne laissa pas de quoi se faire enterrer, et que les frais de ses funérailles furent txr

chasse (567) , — la Chasse au cerf (569) , — le Mariage (570] , peuvent être mis au rang de ses meilleures productions. — Départ pour la chasse au vol [56%),— Ecurie (571). — Choc de cauaferie (512).— Idem (573). — Halle devant une hôtellerie (574). — Halte de cavaliers (575).— f/fl//c de militaires (576).— La Charrette (577).

Pynacker (Adam) (1621-1663). (Ecole hollandaise.) Coloriste épris de la chaleur du ton, comme tous les artistes des Pays-Bas qui firent le voyage d'Italie.

^L'Auberge (401). — Paysage et marine (402). — Paysoije (403).

Berghem fNicolaas) (1024-1683). (Ecole hollandaise.) Elève ae son p^re d*abord, puis de plusieurs autres maîtres, notamment de Wills et de Weenîx, Berghem, quoique ses biographes se taisent sur cette partie de sa vie, voyagea en Italie. C'est là qu'il prit le goût de la lumière dorée, chaude et limpide, qui fait, avec sa touche spirituelle et son sentiment de composition pittoresque, le caractère principal de son œuvre. Berghem est bien représenté au Louvre par sa Vue des environs de Nice (17), — son Paysage eX animaux (18), — le Gué [19) ^-^ l'Abreuvoir (20), — le Passage du bac (21), qui comptent parmi ses meilleures toiles. Les autres tableaux de cet artiste dans notre Musée, représentant des paysages ornés d'animaux, sont inscrits sous les numéros 22, 23, 24, 25, 26, 27.

Potier (Paulus) (1625-1654). (Ecole hollandaise.) Les tableaux de ce grand artiste , qui fut célèbre dès l'âge de quatorze à quinze ans, et qui mourut si jeune, sont tellement recherchés, que nous devons nous estimer heureux d'en posséder deux. Celui intitulé : Chevaux attachés à la porte d'une chaumière (390) est un chef-d'œuvre de couleur et d'exécution ; et dans celui plus célèbre intitulé : la Prairie (400), nous retrouvons toutes les qualités du maître.

"Weenix (Jan) (1644-1719). (Ecole hollandaise.) Elève de son père, cet artiste traita tous les genres , mais la nature morte avec une grande supériorité. C'est dans ce genre, en effet, qu'il montre la finesse prodigieuse, excessive môme de son exécution*

— Gibier et usiensilès de chasse (554). — Les Produits de la chasse (555). — Port de mer (556).

Fyt (Johannes) (1625). (Ecole flamande), peintre de nature morte, comme )e Hollandais Weenix, mais plus énergique et plus large.

— Gibier et fruits (177). —Gibier dans un gardée manger (178). — Un chien dévorant du gibier (179).

Ruîtdaël ou Ruytdael (Jakob) (1630-1681). Le plus grand paysagiste de la Hollande, le premier qui sut mettre dans ses toiles ce sentiment de réalité poétique qui en fait le charme irrésistible et souverain. Nous avons peu de détails sur la vie 'de cet artiste de génie.

— La Foret (470), d'un aspect grandiose ; les figures et les animaux sont peints par Berghem. — Une tempête (471), la plus belle toile, à notre avis, parmi celles du maître qu'on voit au Louvre , un prodige d'exécution, de vérité et de sentiment. — Le Buisson (472), admirable et plus célèbre. — Le Coup de soleil (473), célèbre aussi , remarquable par les qualités d'air et de lumière. — Paysage (474). — Paysage (475).

Baclcuîsen (Ludolf) (1631-1700). ( Ecole hollandaise.) Peintre de marine, et l'un des plus .grands qui aient existé, par la science unie à la naïveté, l'harmonie du ton, et sa manière large et franche d'interpréter la nature.

— Escadre hollandaise [5].-^ Marines (6, 7, 8, 9j.

▼elde (Adriaan Van-den-) (1632-1672). (Ecole hollandaise. ) Mort presque aussi jeune que Paul Potter, il mérite une place à côté de ce grand artiste. Âdriaan, qui fut l'ami de plusieurs maîtres ses compatriotes, et qui peignit tous les genres, mai$ surtout le paysage et les animaux, posséda au plus haut degré la finesse et l'harmonie du ton, l'esprit, l'élégance et la grâce de l'exécution , un vif sentiment de la nature, et cet art suprême de paraître grand dans les petits sujets.

— La Plage de Schvelingen (53è). —Paysages «< «iifmanx (537, 538, 539], — La.Famille du pâtre (540). — Un canal glacé (541).

Le frère du précédent, Teldele Jeune (Willem Van*

den-) (1633-1707), et qui, comme le premier, avait reçu les premières leçons de Willem Van-den-Velde, leur père, célèbre dessinateur de marine, se distingua surtout dans ce dernier genre, où il devint un peintre fort habile.

— Marine (542). — Escadre hollandaise au mouillage (543).

Meulen (Anton -Franz Van-der-) (1634-1690).

( Ecole flamande.) Ce Flamand, élève de Peter Snayers, passa presque toute sa vie en France.. Il fut en quelque sorte le peintre historiographe de LoUis XIV. Comblé par ce monarque de i:ichesses et de faveurs, gendre de Lebrun, membre de l'Académie, il poussa assurément trop loin la reconnaissance pour son pays d'adoption, en peignant nos conquêtes dans les Pays-Bas. Van-der- Meulen n'a jamais été surpassé dans un genre qu'il créa, pour ainsi dire \ genre ingrat, pourtant, et où il déploya -d'admirables qualités : une grande fidélité historique, le sentiment et la science de la couleur, de la composition, de l'ordonnance et du paysage, et une entente des effets panoramiques qui n'a jamais été surpai^e* Son œuvre est immense ; on trouve de ses tableaux dans presque tous les musées de France. Au Louvre, il compte vingt et une toiles, toutes remarquables à divers titres.

— L'Armée du roi devant Tournai (299). — Arrivée de Louis XIV devant Douai (300). — Entrée du roi et de Marie-Thérèse à Douai (301). — Marche de V armée surCourtrai {302),Siége dOuaenarde (303).— JSn/r ce de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras (304), une des meilleures pages du maître. — Siège de Lille (305).

— Combat près du canal de Bruges (306). — Reddition de Dole (307). — Passage du Rhin (308). — Arrivée du roi au camp de Maëstrimt (309). — Siège et prise du château de Dinan (310). — Prise de Valenciennes (311). — Prise de LuxembourglSlil,-— Siège de Namurl^isj»

— Vue du château de Fontainebleau (314). — Vue du château de Vincennes (3\5).~^ Batailles (316, 317, 31 8|. ^Convoi militaire (319), — Halte (320),— Etude de chevaux (321).

^ârdîn (Kareldu) (1635-1678). (Ecole hollaodaise.) Elève de Berghem et de P. Potter, K. du Jardin peignit le paysage, les animairx, des bambochades et même des sujets de sainteté. Il avait la touche vive et spirituelle, composait facilement, et se plut à reproduire la nature italienne dans le style et le goût de Bergbem, mais avec des (|us^ités individuelles , toutefois.

Hf — Les Charlatans italiens (2^3], un de ses meilleurs tableaux, le meilleur de ceux qu'il ait au Louvre. — Le Calvaire (242). — Le Gué hhli).^-Le Pâturage (245). — Le Bocage (246), — Paysages et animaux (247, 248, 249).— jPor^raJI (250). On croit que c*est le portrait de Tauteur.

Steen (Jan Van-) (1636-1689). (Ecole hollandaise.) C'est un malheur pour le Louvre de ne posséder qu'une seule toile de ce grand peintre, l'un des premiers de son temps et de sa nation. Coloriste harmonieux entre tous,, dessinateur énergique et vrai, et que personne n'a surpassé dans l'art d'animer ses personnages et ses compositions, pleines de Verve et d'humour,. et exécutées avec une largeur digne des peintres -d'histoire les plus célèbres. Jan Steen ne peignit guère que des tableaux de cabaret. Â vrai dire, c'est au cabaret qu'il passa sa vie, c'est au cabaret qu'il travailla, c'est presque là qu'il mourut. Il était l'élève de A. Brauwer, et malhettreusement sa vie ressemble à. celle de son maitre.

—Fête flamande dans Vinlérienr d'une auberge [500]»

La vie de Steen, comme son talent, offre le plus parfait contraste avec celle du peintre de fleurs Abraham MigiMm (1637-1679) , élève de Jacob Moreelser, de David de Heem, peintre de fleurs, amoureux du fini à l'excès, célèbre entre tous aux yeux des amateurs, et dont les tableaux se vendent au poids de l'or.

— le Nid de pinsons (329). — Fleurs des champs, oiseaux, insectes et reptiles (330). — Fleuris dans une carafe (331). — Fleurs dans une carafe (332). —Fleurs, fruits, oiseaux, insectes (333),— Fleurs, fruits in- HCtes (334).

Ifetsclier (Gaspar) (1639-1684). (Ecole hollandaise] Encore un Hollandais de Técole du précieux et du fini, comme les Metzu, les G. Dov et les Mieris, aussi célèbre qu'eux.

— La Leçon, de chant (358), une de ses meilleures toiles. — La Leçon de bassi^ et de viole (359).

Kaîrette [Gérard de) (1640-1711). (Ecole hollandaise^) Elève de son père, Régnier de Lairesse, Gérard traita tous les genres, mais surtout Thistoire et l'allégorie. Malgré sa Tacilité, son esprit ingénieux et inventif, la postérité ne lui a pas conservé restime qu'il obtint de ses contemporains. Son dessin habile, mais mou et rond, sa couleur fausse, froide et monotone, empêchent de' l'estimer à l'égal d'un maître. A la fin de sa vie, Gérard devint aveugle, et, no pouv.ant plus peindre, .Û essaya de se consoler en dissertant sur la peinture. Dans ce but, il réunissait chez lui, une fois par semaine, des amis et des confrères^ qui discouraient avec lui sur toutes les parties de l'art.

— L'Institution de l'Eucharistie (263). — Débarquement de Cléopâtre (264). — Danse d'enfants (265). — Hercule entre le Vice et la Vertu (266).

Sehalken (Gottfried) (1643-1706). (Ecole hollan* daise.) Il peignit aussi tous les genres, majs avec plus de succès les scènes familières. Son renom auprès des amateurs lui vient de son goût pour les effets^dc lumière artificielle, et de son fini précieux.

— Sainte Famille (478). — Cérès cherchant Proserpine (479). — Deux femmes éclairées par la lumière d'une bougie (480). — Vieillard répondant à une lettre (481).

Httysmans (Cornelis), surnommé Httysmaïui 4e Malmes (1648-1727), l'un des plus grands paysagistes de l'école flamande ; assez peu ajiprécié de son temps, malgré ses éminenies qualités de coloriste et sa largeur d'exécution.

— Intérieur d'une forêt (227). — Entrée d'une forêt (228). — Intérieur de forêt (290). — Lisière de forêt {291).

Avec Lairessc l'école hollandaise panUt toucher à

sa décadence, en abandonnant la voie où elle rencontra de si glorieuses destinées ; avec Adriaan Vander-TlTerf (1659-1722), cette décadence semble arrivée. Cet artiste, qui obtint de son temps une immense réputation, essaya d'appliquer à l'histoire les procédés des Mieris et des G. Dov ; il ne réussit guère qu'à exagérer leurs défauts. Malgré son habileté incontestable, il est reconnu aujourd'hui que ses chairs ressemblent à- de l'ivoire, que sa couleur est fausse, monotone et pénible , ses compositions prétentieuses et sans naturel, ingénieuses parfois cependant.

— Adam et Eve (557). —Moïse sauvé des eattx (558). — La Chasteté de Joseph (559). — Les Anges annonçant aux bergers la nai ssuncé, du Messie (bùO). — La Madeleine (561). — Antiochus et Stratonice (562). — Bonde de nymphes (563).

Weris le Vieux (Franz Van-) (1635-1681), que Gérard Dov surnommait le prince de ses élèves , qui égala son maître par la finesse de TeiKécution , et dont la couleur a plus de charme.

— Portrait d'homme (322). — Femme à sa toilette (323). —le Thé [32l^], — Une famille flamande (325).

Mîeris (Willem Van-) (1662-1747). (Ecole hollandaise.] fils et élève de Mieris le Vieux.

— Les Bulles de savon (326). — Le Marchand de gibier (327). — la Cuisinière (328).

Denner (Balthasar) (1685-1747). (Ecole allemande.) Peintre de portraits qui sont des prodiges, mais des prodiges fort ennuyeux, et qui passa sa vie avec une habileté et une adresse sans égale à reproduire les détails les plus ténus du visage humain. Ce sont des œuvres qu'il faut regarder à la loupe, que beaucoup admirent, mais qui font sur l'esprit des amateurs sincèrement épris de l'art, le même effet qu'un moulage sur nature.

— Portrait de femme (117).

Hobbema (1663-.... 7). (Ecole hollandaise.] Ce grand peintre, fort peu apprécié de son vivant, jouit maintenant d'une renommée égale à celle de Ruisdaël, dont il fut, sinon l'élève, au moins l'ami. Ses œuvres atteignent dans les ventes des prix fa-

buleux , effet ordinaire de toutes les réactions. Nous ne possédons de lui qu'un seul tableau fort célèbre inscrit sous le n** 205, mais où il nous est impossible de retrouver les qualités principales du maître, son harmonie si fine et si juste, ce sentiment rôveur et mélancolique qui donne tant de charme à ses compositions, son exécution souple et large. La peinture du Louvre nous semble lourde, sèche, d'une couleur monochrome. Elle conserve, il est vrai, cet accent d'autorité qui annonce le maître, maïs elle ne charme et ne séduit pas. Peut-être ce tableau a-t-il été trop nettoyé et a ainsi perdu une partie des glacis et des demi-pàtes qui l'achevaient et le complétaient.

Xiaar ou Iiaer (Pieter Van-], mort en 1675. [Ecole hollandaise.) Laar passa la plus grande partie de sa vie en Italie, où il gagna l'amitié et l'estime du Poussin et du Lorrain par ses qualités pittoresques. Il aimait à traiter des sujets de foires, des fêtes publiques, des paysages. Laar était bossu, mais d'une humeur féconde en saillies, bon vivant et ami du plaisir, d'où le surnom de Bamboccio (Bamboche), qui lui fut donné par ses camarades, et celui de bambochades qui caractérise ses compositions.

— Le Départ deV hôtellerie (261). — Les Pâtres (262). Avec Hobch, Hooghe ou Hooge (Pieter de) , qui

vivait dans le milieu du dix-septième siècle, nous arrivons au dernier des grands petits maîtres hollandais, si l'on peut s'exprimer ainsi. La vie de cet artiste est à peu près inconnue; mais tous les critiques rendent hommage à ses éminentes qualités. Persoime n'a peint la lumière avec plus de puissance, d'éclat et de vérité. Personne n'a mieux entendu la magie du clair-obscur, ni possédé une exécution plus large, plus flère et plus vigoureuse.

— Intérieur d'une maison hollandaise [223], — Intérieur hollandais (22/i).

Au dit-huitième siècle, l'école des Pays-Bas s'en va mourante. Les grands maîtres ont encore des imitateurs, mais peu d'héritiers légitimes. L'école française, dominante en Europe, est mal comprise des peintres

110 GUlbE t>A^S LE MISEE

flamands, inhabiles à rcproduiio s«s gric^ souvent fades et son maniérisme spirituel. Un Attemand» Raphaël Mengs (1728-177j9]^ entreprend en Italie de régénérer Fart, non en s'in&pirant directement de 1% a»-' ture, non en chercliant une voie nouvelle, mais en écrivant des traités et en peignant des tableaux, où il prétend faire revivre dans une sorte d'éclectisme les traditions des grands de Rome, de Florence et de Venise. Il réussit à faire illusion à lui-même et à ses contemporains, mais non à la postérité. Au reste, nous ne saurions sans injustice vouloir juger Mengs au Louvre, où nous ne possédons de lui qu'une seule toile, d'ailleurs fort roédiodre, le Portrait de Marie-'Amélie- Christine de Saxe, reine d'Espagne (290).

La peintre de fleurs ▼•n-Syep d eack [17&6-iS32) [école hollandaise) , le peintre d'animaux Ofnnie* gaoek (Balthasar^Paul) [1755-1826], essayent de faire i*evivre les traditions de Paul Potter et de A. Mignon.. Tous deux sont des artistes de talent ; mais il ne faut pas mettre leurs œuvres à côté de celles des maîtres que nous venons de citer.

Ommeganck. — Paysage et animaux (364)> — Paysage et animaux [365].

Spaendonek [Gérard Van-). — Vleurs et fruits (Â97).

ÉCOLE FBAKÇAISE.

L'écolo française n'est pas aussi complètement représentée au Louvre qu'on pourrait se l'imaginer et qu'elle devrait l'être en effet. Elle, a beau compter 660 tableaux, chifTic énorme à la vérité, il s'en faut que tous les artistes de notre pays puissent être jugés dans le premier Musée du monde. Pourtant il serait facile, nous le croyons du moins, par des échanges avec d'autres musées, ou avec des collections particulières, de compléter cette exposition, et surtout d'emprunter aux églises, particulièrement aux églises gothiques où les cadres sont mal à leur place et nuisent plus qu'ils ne servent à la décoration de ces édifices,

DU LOUVRE. lli

un grand nombre de toiles importantes qui s'y dégradent et semlMeiitmeBacées d'une destruction complète et procbatoe.

Quoi qu'il en soit, on peut encore étudier su Musée du Louvre ^histoire de )a peinture nationale et s'y rendre compte de ses phases diverses, de ses origines, et des* influenc«!S étrangères qu'elle a subies tout en conservaiit toujours une originalité incontestable.

Sas origines sont visiblement, au moins dans les maîtres qui ont fait école, italienne et flamande* Italienne, et particulièrement florentine, à partir de l'école de Fontainebleau, après le Rosso et Primatice et jusqu'à là fin du règne de Louis XIH. Plus tard elle subit l'influence des Carraehe; les Lebrun, les Jouvenet, les BouUongne, relèvent assurément de l'école bolonaise. Poussin, Lesueur et Cl. Lorrain, les maîtres illustres entre tous, doivent être mis k part, malgré leur respect et leur admiration pour les maîtres italiens. Avec Largillière, avec Wattcau, avec les Vanloo-, l'école française s'ins?ire des maîtres flamands, et particulièrement de Rul)ens. Déjà le portraitiste Rigaud procédait de Van-Dyck, qui fit école, on peut le dire, dans toutes les nations. Au milieu du dix-huitième siècle, l'école française est arrivée à l'excès de SCS qualités et de ses défauts avec Boucher. Elle ne recherche plus l'imitation de la nature, mais seulement l'esprit et le pittoresque. Pourtant, dans cet abandon mî^me des principes les pluft nécessaires, elle conserve, au milieu de ses excentricités, de ses caprices et de ses fantaisies, je ne sais quelle logique et quelle clarté qui sont 16 don précieux du caractère national dans toutes les productions de l'intelligence. Arrive la réaction de David déjà commencée par Vien , réaction qui menace, précisément à cause du génie du maître, de compromettre pour jamais dans notre pays la cause de l'art, et qui, voulant élever Tidéal de la peinture et de la statuaire, les compromet dans une sorte d'archaisme froid et prétentieux' pjus qu'érudit. L'école de David, dévenue l'école officielle, est attaquée à son tour et combattue par les tendances diverses et passa-

blement contraires les unes aux autres des artistes empressés de vouloir échapper au joug dictatorial de rAcadémie. Los partisans du naturalisme, ceux qui voudraient remplacer Timitation de Tart grec et ro* main par celle des monuments du moyen âge, se réunissent d'abord dans la môme croisade pour se séparer ensuite. L'art contemporain en est là ; le jury de l'Exposition universellj, en accordant les récompenses les plus hautes aux talents les plus opposés de l'école moderne, a fourni la preuve de l'état d'anarchie où se trouve à cette iieure la peinture française.

Le premier artiste français ^ue nous rencontrons dans les galeries du Louvre est Clonet ou Cloet (François), dit Jelumnet, né en 1500, mort vers 1572, élève de son père, lequel était valet de chambre et peintre du roi. Il remplit les mêmes charges, et peignit surtout des portraits, bien qu'il ait traité aussi des sujets d'histoire. Le père de Clouet était Flamand, son fils se ressent de cette origine. Il a la finesse d'exécution, la couleur solide et vraie, la naiveté des Memling et des Jean de Bruges; mais il y ajoute une élégance, un esprit , une recherche de la tournure et un goût tout français, qui fait contraste avec le maniérisme véhément et tourmenté que les premiers artistes de notre pays ont emprunté à l'école italienne de Fontainebleau.

— Portrail de Charles IX (107). — Portrait d'Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX (108). — Portrait de François I*' (109) , a été longtemps attribué à François. Cette œuvre 'très-remarquable est certainement due à un peintre de la famjlle des Clouet; mais nul ne saurait dire si elle n'est pas de son père Jean.

CoQsm (Jean) (1500-1589). IVous n'avons que peu de renseignements biographiques sur cet illustre maître, qui fut à la fois peintre, sculpteur, architecte et mathématicien. Les dates mômes que nous donnons ici , d'uprès le livret du Louvre, ne sont pas certaines, mais seulement probables. .Cousin, qui subit l'influence italienne, mais en restant profondément original, futsut^' tout un peintre verrier. Tout le monde connaît, au

DU LQUVUK. 118

moins de réputation, ses magniflqucâ travaux de la cathédrale de Sens, de la chapelle de Viuccnnes, de Saint-Gervais, etc. Le Louvre ne possède qu'un seul tableau de cet artiste, qui peignit du reste peu à l'huile : c'est une œuvre remarquable par la science anatomiquc, l'énergie du dessin et l'étrangeté d'ailleurs fort drama^ ticiue de la composition.

— Le Jugement dernier (137).

DnbbU (Ambroisc) [15^t3-lC15]. Flamand comme Clouet, Dubois, chargé de travailler aux décorations de Fontainebleau, subit lui aussi l'inilnencc italienne; mais il y ajouta une souplesse de forme, une largeur et un sentiment de l'harmonie, qu'il devait sans doute à son origine. Il forma urie. école qui produisit d'excellents ouvrages, malheureusement détruits pour la plupart aujourd'hui.

— Ckariclée subit l'épreuve du feu (190), Cette peinture faisait partie d'une décoration en quinze tableaux exécutée à Fontainebleau , et représentant les Amours de Théagène et Chariclée.

Freminet ou Fremînel (15&7-1619). Comme Dubois, Freminet exécuta pour Fontainebleau de grands travaux, dont il ne reste plus aujourd'hui que la décoration de la chapelle de la Trinité. Il voyagea en Italie. C'était un maître habile et fort célèbre de son temps.

— Mercure ordonne à Enée d'abandonner Didon (211).

Touet (Simon) (1590-1649), naturalisa en France la manière italienne de l'école bolonaise. Il eut une influence immense sur son époque, influence qui se flt sentir longtemps encore après sa mort, quoi qu'en aient dit certains critiques. De son école sortirent les maîtres les plus illustres du siècle de Louis XIV, et Lesueur lui-même, dont le génie semble l'opposé du talent de Vouet, resta longtemps isous l'impression des leçons qu'il avait reçues de ce maître. On se montre aujourd'hui, et depuis trop longtemps, dédaigneux envers cet artiste. Ce fut un homme habile, doué d'un goût pittoresque. Malheureusement il abusa de sa facilité extrême, et flnit par ne plus peindre que

de pratique et k l*aide des procédés les plus expéditi^s. Négligeant comme à plaisir toute étude sérieuse, il arriva à une exécution monotone, à un dessin toujours adroit, mais mou, rond, sans naturel et sans vérité, à une couleur fausse et monotone. Les ouvrages de son bon temps sont au contraire dessinés et peints avec vigueur et avec une grande entente de TeiTet.

— La Préêeniation au temple (641). — Sainte Famille (Oh^), — Le Christ en croix (643). -r Le Christ au tombeau (644). — La Cliarité romaine (645). — Portrait de Louis XIII (6/Î6).— La Richesse (647).— La Foi (648).

Pendant que Vouet fondait avec éclat Técole pompeuse des Lebrun, des Mignard, naissaient dans la ville de LaOn trois frères, les Aenain, qui formèrent à eux seuls, au milieu du dix-septième siècle, une école tout à fait opposée. Qui avait inspiré à ces grands artistes cet amour de la nature, ce sentiment grave et mélancolique qui est le cachet de leur œuvre, ce goût des sujets rustiques, humbles iet familiers, quMls rendaient avec tant de grandeur à une époque où tout ce qui n'était pas personnage illustre, prince ou divinité mythplpgique, semblait indigne d'exercer le pinceau de l'artiste, ou l'imagination du poCtc ? Qui leur avait donné le secret de cette couleur médiocrement séduisante, mais puissante et harmonieuse? Nul ne le sait, nul ne sait non plus quelle est la part qui revient à chacun des trois frères, Louis, Matthieu et Antoine. II est certain toutefois que leur talent fut estimé de leurs contemporains, et qu'ils furent de l'Académie.

— La Crèche (374). — Un Maréchal dans sa forge (375). — L'Abreuvoir (376).

P<mMÎn (Nicolas), né aux Andelys, en Normandie (1594-1665). Ce grand génie, l'un des plus grands qui aient existé, étudiad*abord sous un peintre inconnu, puis sous un homme de talent, Quentin Varin, dont les conseils et l'exemple ne furent pas sans influence sur lo reste de la vie. Nous ne voulons point raconter ici la vie de PouRSin, pleine do difficultés au débiit, noble et

digne jusqu'à sa dernière heure. Tout le monde connaît les phases principales de cette glorieuse existence, et les diverses tentatives du Poussin pour aller en Italie, où

• il n'arriva qu'en 1624, grâce à la protection du cavalier Marini. Il y re&ta jusqu'à sa mort, et ne quitta Rome qu'une seule fois, sur la demande, presque sur les ordres du roi. Accueilli avec beaucoup de déférence dans sa patrie, en 1641 , il repartit Tannée suivante , dédaigneux de lutter contre la cabale et la jalousie de ses confrtrcs. Il se sentftit attiré, sur la terre classique où il s'inspirait non-seulement des souvenirs de l'art antique et des grandes écoles de la renaissance, mais de la contemplation de la nature méridionale, dontlc ferme accent, les lignes solennelles et grandioses, parlaient si fortement à son âme. Malgré sa prédilection pour l'antique et pour les grands maîtres de l'Italie , Poussin resta Français par le caractère, par le goût et par sa façon pittoresque de composer et de comprendre la peinture. Son œuvre a beau apparaître dans l'histoire de l'art comme une antithèse absolue de la manière pom|)euse, emphatique et déclamatoire des peintres favoris de Louis XIV, il estde leur famille et de leur race pour la logique du tableau, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui est dans la peinture française une qualité

' nationale, comme la composition. du lijre dans notre, littérature. Chez lui les qualités pittoresques sont toujours employées pour faire comprendre et .dramatiser le sujet qu'il veut traiter. Peut-être môme sacrifie-t-il trop souvent à ce besoin de clarté et de logique dans la composition : aussi voit-on dans les esquisses de ses tableaux une énergie, un jet et une puissance qui s'amoindrissent dans le tableau. Les partisans des classifications lui leconnaissent trois manières : celle de sa jeunes^se, plus décorative, plus lâcl)ée que les deux autres, mais peut-être aussi plus large et plus séduisante; celle de son âge mûr, où il est en possession de toute sa puissance; et celle de sa vieillesse, où sa main se montre moins preste et fatiguée, mais où son génie poétique se révèle avec peutêtre eneore plus de caractère et de grandeur. Poussin

ne laissa pour toute fortune à ses héritiers qu'une somme de 10,000 écus. Rien ne dit mieux quelle fut la noble indépendance , de sa vie. A une époque où tous les artistes se faisaient courtisans. Poussin travailla peu pour les cours, et une grande partie de ses tableaux furent exécuta pour M. de Chantelou, son protecteur et son ami. Cette élévation de son âme servit â son génie^ elle rayonne dans son œuvre et lui imprime comme une sorte 4e majesté stoïque parfois, digne des héros de son compatriote Corneille. — Elié%er et Rébeeca (415). — Moïse sauvé des eavx (/lie). — Moïse sauvé des eaux {417). *— Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon (418). — Moïse change en serpent lu verge4*Aaron [420]. — Les fsraéliles reeueiUant la manne (420), un des ceaux tableaux du maître, avec le n* 415, parnii ceux que nous venons de nommer. ^- Les Philistins frappés de la peste (421), dans la manière coloriste du Poussin, superbe d'ailleurs d*efl*et dramatique et de composition. — Le Jugement de Salomori (422), très-célèbre. — L'Adoration (tes Mages (4^3). — Sainte Famille (424). — Sainte Famille (425). — Les Aveugles de Jéricho (426). — La Femme adultère (427). — Jésus-Christ inatituant l'Eucharistie (428). — L'Assomption de la Vierge (429). — Apfiari- , lion dé la Vierge à saint Jacques le Majeur (430). -^ Lu, Mort de Saphire (431). — Saint Jean Baptiste baptisant le peuple (432). — Le Ravissement de saint Paul (433)^ une des plus belles compositions de Poussin. — Saint Ftançôis Xavier raftpelànt àja vie la plie d'un Japonais (434). — L Enlèvement des Saisines (435). — Camille Iwre le moUre d'école des Falisques à ses écoliers (436). — Le Jeune Pyrrhus sauvé (437). — Mars et Vénus (438). Ce tableau, comme tous les sujets mythologiques traités par le Poussin, respire ce souffle de poésie antique que tous les jieintres les -plus arcliaistes et les plus érudits ont vainement cherché à reproduire. 11 est dans la manière libre et large habituelle au maître dans ses premiers tableaux. Les mêmes observations peuvent s'adresser aux tableaux du même genre qui vont suivre. ^ Mars et Rbéa Sylvia (43{^. ^DfC'

ou LOUVRE.

lis GUIDE DANS LE MUSEE

gloire des maîtres, conçue avec un sentiment de poésie mélancolique dont personne n*avait eu le privilège avant le Poussin. L'exécution de ce chef-d'œuvre, un peu molle , ne mérite pas à noti*e avis les éloges qu'on en a faits; mais rien n'est au-dessus de ce tableau pour l'élégance des lignes et la grandeur du style.

— Le Temps soustrait la Vérité aux atteintes de VEn-^ vie et de la Discorde [kk^],— Portrait de Poussin (447). Ce chef-d'œuvre a d'autant plus de prix, que le Poussin, qui n'aimait pas à faire de .portraits, n'a jamais exécuté que celui du Lpuvre, destiné à M. de Chanteloup, et deux copies, avec quelques changements, pour deux autres amis.. — Le Prihtefnps, ou le Paradis terrestre (448). — L'Eté, ou Jlutk et Booi (44V). — L'Automne, ou la Grappe de la terre promise (430), un des plus beaux paysages du peintre. — L'Hiver, ou le Déluge (451). Aucun tableau n'a été plus vanté ; c'est à peine si nous osons dire que l'exécution de cett« peinture, produit de la vieillesse de l'auteur, accuse une main^ défaillante. — Orphée et Eurydice. (452), paysage. — Diogèrie jetant son écuelle (453), l'un des plus célèbres du Pmissin et des plus justement admirés.

Talentin, né à Coûlommiers (Brie) (1G09-1G94). Pei*sonne ne connaît le maître de cet artiste éminent, qui vécut continuellement en Italie, et s'inspira de la manière vigoureuse du Caravage. Il fut l'ami de Poussin, qui l'aida de ses conseils et aimait soit talent, d'une nature si opposée aux sujets qu'affectionnait son génie.

— L'Innocence de Suzanne reconnue (583). — Le Jugement de Salomon (584).— le Denier àe César (585). — Un Concert (586).— (/» Concert (587).— La Diseuse de bonne aventure {ôSS), — Un Cabaret (589).

Oellée (Claude) , dit le Iiorram, né à Cliamagne (Lorraine) (1600-1682). Le temps est venu de faire justice de la légende ridicule qu'on a longtemps donnée pour le récit de la vie de ce paysagiste. Il n'est pas vrai qu'il apprit à peindre, à l'&ge de trente-deux ans, chez un artiste où il était employé comme domestique. Dès l'âge de douze ans, il travaillait chez un de ses frères, graveur en Brisgau (Suisse). Il alla

DU UlUVltE.

ensuite à Rome, étudia l'archictocture sous Geoffroy Waels, et le paysage chez Âgostini, élè^ve de Paul Bfil. Forcé de quitter Vltalie, faute de ressources, il revint dans son pays. Nous le retrouvons, en 1627, à Rome, où il devient bientôt célèbre et admiré comme le premier paysagiste du monde. L'œuvre de Lorrain est considérable ; on trouve ses tableaux dans les galeries les plus célèbres. Personne ne l'a égalé dans la reproduction des effets de la lumière; il est^ pour ainsi dire, le peintre du soleil. Pei-sonnc n'a compris et rendu avec autant de justesse et de science ies valeurs de ton, ni mieux fait circuler l'air dans ses tableaux. Ses dessins, exécu-tés au bistre, en quelques coups de pinceau, ont relativement une magie d'effet aussi grande que celle de ses tableaux, où il est iuimitable.

— La Vue d'un port, effet de soleil levant' i2i9)^ — la Vue de Campo-vaccino (220] , — la Fête villageoise (221), — un Port de mer au soleil couchant (222), doivent être estimés parmi ses chefs-d'œuvre. — Le Débarquement (jle Cléopâlre (223). — David sacré roi (224]. — Ulmse remet Chnjséis à son père (225). — Port de mer [226), —Port de mer (227). — j/or/ne (228). — Paysage (229) v encore un chef-d'œuvre. — Paysage (230). — Le Gué (231), admirable tableau, malheureux sèment restauré. — Lorrain n'aimait et ne réussissait pas à faire les figures, et se fit souvent aider par Phiiippo Lauri, J.~J. Courtois, Miel et Francisco Aller grini. * • '

Hîre ou Hyte ( Laurent ^e la] , né à Paris (li506- 1656). Praticien habile et fécond, doué d'une imagination vive et pittoresque, et qui avait un bon sentiment de couleur,

— Laban cherche ses idoles (285). — Sainte Famille (286). — Jésus appnrait aux trois Marie (287). — Saint Pieire guérissant les malades avec, son ombre (288). — Saint Pierre guérissant les malades avec son ombre (289). — Le pape Nicolas V fait ouvrir le tombeau de saint François d'Assise [2^0],^ Paysages (291, 292, 293),

nu LOUVKE.

triste poëme qu'elle inspira à Molière , montre qu*il était capable de concevoir et d^exécuter , avec un grand sentiment pittoresque et une véritable puissance, des travaux importants. Dans sa peinture de chevalet, il montre d'ailleurs des qualités réelles d'exécution et d'esprit, malgré la fadeur et la mollesse de son dessin, et le faux éclat de sa couleur.

— La Vierge à la grappe (3.'i9). — Jhus sur le. chemin du Calvaire (350j. — Ecce Homo (351). — La Vierge enpieurs (352).— Saint Luc peignant la Vierge (353). — Sainte Cécile (354). — La Foi (355). —L*E.smrance f356j. — Neptune offrant ses rwhesses à la rrance (357). — Portraits de Louis de Franco , le grand Dauphin, de sa femme et de ses enfants (358). — Portrait de Françoise d'Aubigné, marquise de Maintcnon (359); l'idéal de la manière du peintre de l'école jésuite » comme l'appelle M. Michelet, par opposition à la manière janséniste de Philippe de Charapaigne. — Portrait de Pierre Mignard (360).

Soeur (Eustache le), né à Paris (1617-1655). Ooa fait de la vie de leÇneur, comme de celle du Lorrain, un roman tout à fait fantastique. Suivant quelques-uns de ses biographes, le Sueur, en butte à la jalousie de Lebrun, persécuté par son orgueilleux rival, et manquant de travaux et presque de pain, serait mort dans la misère. Las du monde^ dégoûté de la gloire qu'il avait vainement poursuivie, il aurait cherché des consolations dans les pratiques d'une piété exaltée, et. se serait retiré aux Chartreux, où il aurait rendu le. dernier soupir, en achevant de peindre le cloître de ce couvent. Rien de cela n'est vrai. lies sentiments de jalousie de Lebrun envers le Sueur semblent avoir été imaginés par les ennemis nombreux, que ce grand peintre s'était attirés par son esprit de domination. Nous voyons, au contraire, qu'il travailla en même temps que Lebrun aux décorations de l'hôtel Lambert, et qu'il fat chargé de commandes, obtint la protection d'An ne d'Autriche, et mourut dans une honnête aisance , sinon dans la richesse. Le^ueur estnon-seulenient. un des plus grands mpltres de hotr^ pays, mais de rart moderne. La naï-

L>Vie^càl>anppi!(Mg).

nière de Vouet, puis singulièrement originale , tantôt fine, tantôt très-large, toujours sincère ; son éloigne* ment pour tous les liystèmes et pour touâ les partis pris de convention, si fort à la mode depuis l'école impériale, lui font une place à part. Comme tous les peintres de l'école française, il chercha la vérité' et la logique, même dans ses compositions leâ plus ascétiques. II n'avait assurément pas le don de la couleur, mais il ne dédaignait pas cette partie importante de l'art; et, dans la Morl de saint Bruno, nous voyons une étude et une vérité d'effet qu'admirerait un réaliste.

— L* Ange du Seigneur apparaît à Aqar {5H)' — Le Pèrede Tabie donnant des instructions a son fils (515).

— La Salutation angéitque (516). — Jésus portant sa croix (517). — La Descente de croix (518). — Jésus ap^ paraît à la Madeleine sous la figure d'unjardinier (519).

— Saint Gervais et saint Prolais refusent de sacrifier a Jupiter (520). — Prédication de saint Paul à Ephèse (521], une des peintures du maître les plus directement inspirées de Raphaël. — Martyre de saint Laurent (522).

— Apparition de sainte Scholastique à saint Benoit (323). — Les Principaux traits de la vie de saint Bruno. Cette collection est l'œuvre la plus remarquable et la plus originale de Lesueur. C'est là qu'il se montre avec toutes ses qualités, et parfois aussi- avec des naïvetés qui peuvent paraître étranges et inexplicables, ainsi que certaines incorrections tellement visibles qu'elles frappent les yeux ley plus inexpérimentés. Il ne faut pas oublier» à propos de ces incorrections, que les tableaux ont été deux fois restau^rés, et qu'on pourrait trouver dans cette circonstance l'explication de ces fautes, qu'on ne recontre pas dans les études dessinées faites par l'artiste pour ce grand travail. Nous ne pouvons pas avoir la prétention d'analyser tous les tableaux de la Vie de saint Bruno: à peine nous est-il permis d'indiquer la composition si remarquable du Saint Bruno, assistant au sermon de ^Raymond Diocrès (525) ; celle de Saint Bruno distribuant ses biens aux

jpatmes (532), et le caractère si profondément origina " ii\JL§mrU Bruno recevant un message du pape (540) ;

Men d« uni SniM (HB).

enfin la Mort de saint Bruno {H^), d'une poésie si dramatiquc* si vraie et si saisissante, -^Jl/or/ de Raymond Diocrès (526). — Raijmond Diocrès répendani après sa mort (521). — Sairit Bruno en prières (528]. — Saint Brutio enseignant la' théologie [520). — Saint Bruno engage ses disciples et ses amis à. qutiter le monde (530). — Songe dé saint Bruno (531). — Saint Bruno et ses compagnons distribuant leurs biens aux pauvres (533). — Airivée de saint Bruno che% saint Hugues [53h)*r-'Voyaqe à la Chartreuse (535) ; paysage de Patel. — Saint Bruno fait construire le monastère (536).

— Saint Bruno prend l'habit monastique (537). — Le Pape Victor III confirme l'institution des Chartreux (538). — Saint Bruno donne l'habit à- plusieurs personnes (539). — Arrivée de saint Bruno à Bome (541),

— Saint Bruno refuse l'archevêché de Beggio (5/i2). — Saint Bruno dans sa cellule (54.3). *- Le comte Roger rencontre saint Bruno (544). — Apparition de saint Bruno au comte Roger {H5),-^Samt Bruno enlevé au ckl (547). — Saint Bi'uno examine la place de ta chartreuse dé Rome (548). — ■ Plan <te la chartreuse de Paris, porté par deux anges (549). — Dédicace de l'église des Chartreux (550), —La Naissance de l'Amour {b5i). Ces tableaux et les suivants faisaient partie de la décoration de l'hôtel Lambert. Ils sont dans la première manière de le. Sueur, et se rjessenfent de l'école de Vouet. — Vénus présente l'Amour à Jupiter (552), — L'Amour se réfugie dans les bras de Cérès (553). — V Amour reçoit l'hommage des dieux [55 k),— L'Amour ordonne à Mercure d'annoncer son pouvoir à l'univers (556). — L'Amour dérobe la foudre de Jupiter (556).— Ph&èâjon demande à Apollon de conduire le char du soleil {551).—Clio, Euterpeet Vranie {558}.— Melpomène, Erato et Polymnie (559), Ces deux derniers tableaux sont remarquables entre tous par l'élégance et le style élevé de la composition, *— Uranie (560).— Terpsychore (561).— Cfl///ope {562),— Ganymède (563\

— Réunion d'artistes (564). On prétend que le personnage qui tient une palette et des pinceaux est le Sueur lui-même.

(CharlesK né à Paris (161^1690). Après avoir étudié sous la aircctioH de Périer, Lebrun entra dans l'atelier de Vouet, où sa facilité prodi^euse le mit bientôt au premier rang. DJ*s Tâgc de quinze ans, il exécuta pour lé cardinal de Richelieu des compositions si remarquables, qu'il r^ut des compliments du juge le plus difficile et le plus compétent de cette époque, de Poussin lui-nrônie. A Rome, où il se rendit en 1647 et où ir séjourna quatre ans, il passa son temps dans une étude assidue de l'antique et des maîtres, et à peindre des tableaux qui recueillirent tant de suffrages qu'il retourna en France précédé d'une réf^utation déjà incontestée. Il f«t l'un des fondateurs de l'Académie de peinture, le protégé de Fouquet, dont il décora le château de Vaux, et <\m lui fit une pension de 13,000 livres. Présenté au roi par Mazarin ,, il conquit promptement la faveur du monarque et arriva, presque sans coup lérir, à toutes les dignités dont il pouvait être revêtu. Dans cette situation, Lebrun exerça une influence, on peut dire justement un despotisme sans cx)ntrôle sur les arts. Ou l'en a bl&mé, non. sans justice; mais il faut reconnaître que ce despotisme même imprima aux arts un caractère d'unité peut-être sans exemple. Du reste, il se montra infatigable, et d'une fécondité qui surpassa peut-être celle de tous les peintres. A partir de cette époque, nous le voyons maître absolu de tontes lès décorations exécutées dans les résidences royales. Non-seulement il peint les plafonds et les tableaux des palais, mais il dessine les ornements, les groupes de sculpture, et jusqu'à des motifs de serrurerie. C'est à lui qu'on doit la décoration de la galerie d'Apollon, où il ne peignit que quatre tableaux. Mais son œuvre la plus prodigieuse est sans contredit le plafond de la galène des Glaces, à Versailles, longue de plus de 80 mètres sur 12 de large, et tout entière composée par lui et exécutée de sa main. Après la mort de Colbert, Louvois lui opposa Mignard, rival indigne de lui. Dès lûrs sa royauté artistique fut ébranlée dans ses privilèges et dans ses prérogatives. Lebrun ne put -pas supporter ce qui lui semblait une humiliation et

un déni de justice ; il cessa d'aller à la cour, et jzB)urut de chagrin et de langueur. De son temps, Lebrun passa pour le premier peintre du monde. A une époque où la critique n'existait pas, il eut la réputation de réunir toutes les qualités du coloriste et du dessinateur. Quand vint la réaction impériale contre les écoles du dix-septième et du dix-huitième siècle , on le mit au dernier rang. La vérité est que Lebrun fut un grand artiste et, par certains côtés, un peintre détestable, un coloriste fade, lourd et inharmonieux, un dessinateur mou et rond ; mais personne peut^-titre n'a mieux répondu tiux exigences de son temps. Son style manque assurément de finesse et d'élégance, mais il rachète ces défauts par Tamplcur, la richesse et la majesté. 11 fut un des plus grands poètes de hi peinture, et déploya une imagination, une vene, une abondance d'invention peut-être sans exemple. Certaines de ses œuvres prouvent la flexibilité de sou talent, et qu'il n'avait pas besoin d'avoir à traiter uni<|uement des sujets pom~ peux pour être un grand artiste. Dans les décorations de Versailles, nous le voyons s'associer aux travaux de Van-der-Meulen avec une intelligence prodigieuse^ et nous pouvons citer, même au Louvre, une Sainte Famille (57) d'une hauteur de style digne des maîtres les plus illustres de la renaissance.

— L'Adoration des bergers (54). — L'Adoration des bergers (55). — /,« Sommeil de l'enfant Jésus (5G). — Le Christ servi par les anges (58). — Entrée de Jésus- Christ à Jérusalem (5^). — Jésus portant sa croix (60). — Jésus élevé en croix (ôl). — Le Crucifix aux anges (62). — Le Christ mort sur les genoux de la Vierge (63), composition élégante, pathétique et d'une grande tournure. — La Descente du Saint-Espt'it (64). —Le Martyre de saint Etienne (65), un de ses tableaux d'église les plus vantés. — Sainte Ahdeleine repentante (66). — La Chute des anges rebelles {fiV. — Mutius Sverola devant Porsenna (68). — Mort de Caton (69). — Batailles d'Alex A^'DBE. Ces admirables compositions, où se retrouvent certainen.cnt les défauts de Jybrun, mais où il a déployé aussi toutes ses incora-

lae GUIDE PANS LE MUSEE

parables qualités d'invention , d'arrangement, et son prodigieux génie pittoresque, sont certainement une des gloires les plus incontestables de la peinture française. — Le Pa^saqe du Graniqtie (70). ~ BataUle d'ArbfAles (71). — La Tente, de Davms (72-). — Alexf/ndre et Pônis (73). — Entrée d'Alexandre dans Bah\}lone (74). Nous ne faisons plus qu'indiquer les autres tableaux de Lebrun. — La Citasse de Méléagre^t d'Atalante (75). — La Mort de Méléa<jre{16). — 3Jars et Vénus (77). — Portrait de Charles : Lebrun (78). — Portrait de du Fresnoy, peintre et littérateur (79). — Courtois (Jacques), dit le Bourguignon, né à Saint-Hippolyte (Franche-Comté) (1 021-1076 1, peintre de bataille,, dessinateur plein de fougue et d'énergie, coloriste vigoureux,

— Combat de cavalerie {ld2). -^ MareJie de troupes (133). — Combats de cavaleri»^ {13l\, 135 et 130).

Coypel (Noël), habile praticien, compositeur ingénieux et ficond, fort admiré de son temps et .trop injustenîcnt déprécié aujourd'hui.

— Solon soutenant la justice de ses lois contre les objections des Athéniens [}'3$) .y- Ptolemée Phitadelphe donne la liberté aux Juifs (139). — Trajan donne des audiences publiques (1/iO]. — Alexandre Sévère faisant distribuer du blé au peuple (141). — La Réprobation de Caïn (l/i2j.

Monnoyer (Jean-Baptistç) , né à Lille (1034-1099), peintre de fleurs. Les artistes flamands peignaient les fleurs et les natures mortes avec le soin qu'on apporte d'ordinaire à l'exécution, d'un tableau de chevalet. Monnoyer s'est fait Une place à part dans ce genre qui compte des maîtres illustres. Bien qu'il peignît presque toujours d'apW's nature*, il faisait ses tableaux au point de vue.de la décoration; d'où son exécution. large et énergique, sa couleur riche et puissante. Ses tableaux du Louvre, représentant des vases d'or, d'argent ou de porcelaine pleins de fleurs, sont inscrits, sous les n"» 302, 303, 304, 305, 306, 307, 308, 309.

Lafosse (Charles de), né à Paris (1030-1710), élève de Lebrun, l'un des phis habiles praticiens du dix-

DU LOUVRE. iSl

septième siècle, qu'il ne faut pas Juger au Louvre pour apprécier toute retendue de son talent pittoresque et souple, et de sa couleur plus agréable que celle de son niuitre, mais aux Invalides, dont il a décoré le dôme et quatre pendentifs, et à la. chapelle de Versailles, où il peignit une Résurrection du> Christ au-dessus de l'autel.

— Moïse sauvé des eaux (202). — L'Annonciation (203]. — Z.e Mariage de, la. Vkvfpt (204). — L'Enlève-ment de. Proserpine (205) , — Le Triomphe de Bacchus (206). — Sacrifice d'iphigénie (207).

Jéttvenet (Jean), né à Rouen (1644-1717). Jouvenet wprit les premiers éléments deJa peinture de son père, ex étudia ensuite sous plusieurs maîtres. 11 ne vit jamais ritahc. C'est un des peintres les plus féconds et les plus habiles de notre pays. On peut lui reprocher bien des défauts : un dessin maniéré, un coloris et un modelé sans finesse, des contours anguleux ou ronds, un style déclamatoire et théâtral; mais quelques-unes de ses œuvres sont presque entièrement exemptes de ces taches; et dans ses toiles les moins réussies, on ne peut lui refuser sans injustice le don de l'invention, une grande abondance d'idées, une imagination vive cL poétique, rcntcnte des grandes machines, l'énergie du mouvement, et une verve d'cxécuiion, que peu d'artistes ont possédées au même degré.

— Jésus-Christ che% Marthe et Marie (295). — Jésus guérissant les malades (296). — La Pêche miraculeuse (297). On rapporte, au sujet de ce tableau, que Jouvenet, désireux d'étudier des poissons sur nature, lit plusieurs fois le- voyage du Havre pour en peindre et en dessiner sur place. Pourtant les poissons de son tableau ressemblent surtout à des monstres mythologiques, bien que les études qui lui ont servi à les exécuter soient admirablement réussies. Mais Jouvenet n'avait pas compris que des morceaux traités dans une manière naturaliste ne pouvaient pas, à moins do rompre l'unité du style et de l'exécution, entrer dans son tableau. Ne pouvant refaire seà personnages pour ses poissons, il refit, et fit bien, ses poissons pour ses

personnages. — Im Hésurreetion de La%are (208}, nne de ses meilleures toiles, ou, du moins, des plus carao téristiques de son talent. — Les Y^ndeur$ ckassé$ du temple (299). — Zr« Repas che* Simon le Pkari%ien (300).— La Descente, de 'croix (301), le meilleur tableau de Jouvenct, d'une belle et vigoureuse couleur, d*un dessin énergique et vrai, d'un accent passionné et éloquent. — L'Ascension de Jésus-Christ (302). — Les Pèlerins d'Emmaiis (303). — L' Extrême-Onction (304). — Vue du maître-autel de Notre-Dame (305), un chef-d'œuvre dé sentiment et d'exécution, qui montre la flexibilité du talent de Jouvenet, et qui laisse dans Tesprit une impression semblable à celle qu'on éprouve devant les tableaux de le Sueur.

Boidog;ne (^n) ou de BonUongne, dit l'Ainét né à Paris (1649-1717), élève de Louis Boulogne, fut un peintre très-habile et très-laborieux, un décorateur émincnt, dont il faut voir les œuvres aux Invalides et à Versailles.

— L'Annonciation de la Vierge (31), — Saint Benoît ressuscitant un enfant (32). — Hercule combattant les Centaures (33).

Irfirgîllîère (Nicolas], né à Paris (1656-1746). Il est triste de ne voir qu'un seul portrait de Largillière au Louvre. Ce grand artiste, qui produisit un grand nombre de tableaux en tous genres, qui, à plusieurs reprises, refusa d'habiter l'Angleterre, où l'attendaient les plus hautes faveurs, n'était pas courtisan ; et, bien qu'il peignit plusieurs princes, il préféra travailler pour les particuliers, ce qui explique,' à un certain point de vuq, la rareté de ses œuvres dans une collection formée en grande partie avec les toiles du cabinet du roi. Largillière est un des premiers portraitistes français. Son influence sûr notre école nationale est incontestable. Epris de Rubens, il faisait copier par ses élèves les tableaux de la galerie Médicis. .

— Portrait du peintre Charles Lebrun (320).

lUgaad (Hyacinthe), né à Perpignan (1659-1743). Ami et émule de Largillière, Rigaud préférait Van«- Dyck à Rubens; il l'étudia et s'appropria de ce grand

•maître tout ce qui pouvait servir à son génie, sans lui rien faire perdre de son individualité. Rigaud semble avoir été créé pour peindre les princes et les grands hommes du dix-septième siècle. Coloriste un peu conventionnel, mais dessinateur d'une grande ânesse et d*une extrême habileté, il a su transporter sur la toile la pompeuse élégance, le grand esprit- et le grand air de ses modèles. C'est un maitrç essentiellement franfais, et le premier de nos portraitistes avec Largillière, plus peintre que lui.

— La Présentation au temple (473). — Saint André (474). — Portrait de Louis XIV (475), un des chefsd'œuvre du maître. — Portrait de Philippe V , roi d'Espagne (476). — Portrait de Bénigne Bossuet , évèque de Meaox (477J, admirable par l'expression, le caractère et l'élégance suprême des ajastements. — Portrait de Marie Serre, mère de Rigaud (478). — Portrait du sculpteur Desjardins (j5i7&). — Portrait de Ch. Lebrun (480). — Portrait de J. ^Hàrdouin Maqsart (481). — Portrait de personite incdrinue (482). — Portrait de personne inconntie (483).

Coypel (Antoine), né à. Paris (1661-1722), fils et élève de Noël, artiste spirituel, abondant, mais l'un de ceux dont les œuvres, où l'esprit et la recherche exagérée de la grâce et de l'élégance remplacent le caractère et l'ampleur du style, annoncent la décadence de l'école française.

— Athalie chassée du temple {\li3], — Athalie cltassèe du temple (144). —5i/»onne accusée par les vieillards (145). — Eslher et Assuérus (146). •— Rébecca et Eliéier (147).

Importe» (François), né à Champigneul (Champagne) (1661-1743) . Cet excellent maître, qui puisa les premiers éléments de son art chez un vieux maître flamand, Nicasius, de qui il reçut de bons conseils, fut à la fois peintre de portraits et d'animaux. Après avoir abandonné le portrait pour ne plus poindre que les anijnaux, il jouit d'une très-grande faveur auprès de plusieurs souverains et princes de l'Europe. Il est un de ceux qui représentent le plus sincèrement et avec ie

p^tus dVclat la tradition flamande dans notre pays, par son beau sentiment de couleur, son dessin exact et souple, son exécution large et vivante.

— Portrait d'Alexandre-François Desportes (162). — Portrait d'un chasseur (163). — la Chasse au loup (16/i). — La Chasse au sanglier (105). — La Chasse au cerf (166). — La Chasse eux renards (167). — Divers tableaux représentant des Chiens de chasse (168, 169, 170, 171, 172, 174). -— Une Chienne et deux Perdrix (173). — ChienSy lapins, tachons d'Inde et fruits ^(\^5), — Nature worte (176). r— Gibier gardé par des ihiens [111],— Idem (MS), — Gibier, fleurs et fruits (180, 181,^182). — Oie, coq, poules et paon (183).

watteau (Antoine), né à Valenciennes (1684-1721). Apr^s avoir été admiré pendant la plus grande partie du dix-huitième siècle, Watteau fut mis par l'école de David au dernier rang des peintres. Aujourd'hui, l'enthousiasme et l'admiration sont revenus, et c'est jus^ tice ; mais cela ne veut pas dire que cet artiste soit apprécié comme il mérite de l'être. Pour le plus grand nombre des amateurs, en effet, Watteau n'est qu'un artiste ingénieux et spirituel , plein de charme et de fantaisie ; un coloriste agréable, un dessinateur habile, mais aussi un peintre maniéré. Tout le monde, ou presque tout le monde, se fait une opinion sur Watteau d'après deux méchants vers de Lamothc, qui l'accusent d'avoir « fardé la nature. » A notre avis, il fut, de tous les peintres de son temps, celui qui l'a étudiée avec le plus de profit et -interprétée avec le plus de science et d'intelligence. 11 mettait toute sa fantaisie, toute son imagination, dans le choix de ses sujets, dans les costumes de ses personnages ; mais il recherchait d'ailleurs la vérité avec une persévérance et une sincérité qu'aucun de nos artistes n'ont possédées, avant lui, au môme degré. Son desi^in , élégant, fin, nerveux et souple, est d'une exactitude et d'une correctibn qui ne redoutent jamais l'examen ; sa couleur, qui a toute la fraîcheur de Bubens , a en même temps l'harmonie lumineuse, la richesse de Véronèse. Parmi ses contemporains, plusieurs l'admirërent à sa juste valeur. La*

rosse le mettait au-dessus de tous les académiciens. Il eut une existence malheureuse. Fils d*un couvreur de Valenciennes, ses commencements furent difficiles; et nous le voyons tour à tour élève de Métayer, peintre médiocre ; employé chez un barbouilleur à peindre des saints de pacotille ; puis travaillant chez Gillot, où il prit le goût des sujets modernes et de fantaisie ; et enfin employé par Âudran à des travaux de décoration du LuxemboXirg. Son talent finit pourtant par percer; il entra à TAcadémie, et ses ouvrages furent rectierchés de tous les amateurs. Il visita l'Angleterre , où il ue put rester à cause du climat, nuisible à sa santé faible et chancelante. De retour à Paris , il quitta bientôt la capitale pour aller demeurer à Nogent-sur-Marne, où il mourut à trente-sept ans.

— L'Embarquement pour l*He de Cythère (669). Malheureusement pour nous, le Louvi^e ne possède que ce seul tableau de Watteau. Encore ce tableau , pleiii de cette poésie élégante, spirituelle et aimable dont il avait le secret , d'une couleur charmante, est-il traité en esquisse dans plusieurs de ses parties, et ne donne pas une idée complète du génie du maître;

loo (lean-Baptiste Van-), né à Aix (1684-1745). La Famille des Van-Loo, originaire des Pays-Bas, fournit un grand nombre d'artistes ; les plus. célèbres sont ceux qui sont nés en France. Jean-Baptiste était petit-fils de Jakob, le premier des Van-Loo qui se fit naturaliser en France. C'était un habile artiste, qui peignit avec un grand succès presque tous les genres, et qui chercha à réunir dans ses œuvres la tradition flamanide au goût français.

— Institution de l'ordre du Saint-Esprit par Henri ML — Diane et Endtfmion.

Oudry (J.-B.'j, né à Paris (1086-1785). Oudry fut élève de Serre, et reçut aussi les conseils de Largillière, qui lui furent surtout profitables : aussi lui avait-il voué une reconnaissance qui ne se démentit jamais. Largillière lui conseilla d'abandonner l'histoire, où pourtant il avait eu du succès, pour se livrer exclusivement à la peinture des animaux. Il suivit cet avis^ et acquit dans

t, avec Denportes, le premier peintre d'ai

IfZ

les surpasse par Texécution et Tesprit de ses compositions.

— Chiens de la meute. de Louis XV (38&, 385, 386). — La Chasse au toup (387). — Un Chien gardant du gibier [^SS). — Combat de deux coqs (389). — La Ferme (390). — Un Chien avec une jatte de tait (391).

Moine ou Moyne (François le), né à Paris (1688- 1737 ). Un grand artiste, mais qu*on ne peut pas juger au Louvre. Il faut aller à Versailles, voir son plafond d'Hercule, composition gigantesque, d'une ordonnance pompeuse et pittoresque, d'un dessin facile et hardi, d'une harmonie douce et argentine, pour l'apprécier à sa juste valeur. Malgré son génie, le Moine ne vécut pas heureux ; son ambition était mal satisfaite du titre de peintre du roi Louis XV ; il aurait voulu jouir des prérogatives que ces fonctions avaient values à Lebrua sous Louis XIV. Sa raison finit par s'altérer, après la mort du duc d'Antin, son protecteur, et il se perça dé neuf Coups d'épée, dans un accès de fièvre chaude.

— Hercule assommant Cactis [SQl),

lêanetet (Nicolas), né à Pîiris (1690-17/^3), mérite encore une belle place dans l'école française après Watteau, dont il fut l'imitateur. Lui aussi eut en partage la grâce, l'esprit, la finesse et i'atnbur. du travail et de la nature. Peut-être eût-il été plus gçand s'il eût moins cherché à ressembler au grand artiste que. nous venons de nommer, et qu'il n'égala jamais..

— Le Printemps lz\0), —L'ECe [311].— L'Automne [zn]. — L'Hiver (313).— Les Tourterelles (SU), — Le Nid (315).

X^ater (J.-B. -Joseph), né à Valenciennes* (1698- 1736 ). H fut l'imitateur de Watteau, comme Lancret, et son élève, et mourut d'excès de travail.

— Une Fête champêtre (403);

Chardin (J.-B.-Siméon), né à Paris (1699-1779). Chardin fut le premier peintre français après les Lenain, que personne n'avait pensé à imiter, qui prit pour sujets de ses tableaux des scènes de la vie familière de son temps, sans les transformer. Si Watteau et son école habillaient leurs bergers de satin, Chardin

peignait sans les embellir, avee un sentiment profond de la réalité, les intérieurs bourgeois, les servantes puisant de Teau ou occupées à la besogne la plus vulgaire. Il le fit en maître qui ne redoute aucune comparaison. Sa peinturé large et grasse, son harmonie lumineuse et puissante à la fois, le mettent au. rang des Hollandais et dés Flamands les pluà illustres.

— Intérieur de cuisine (96). — Fruits et animaux {91). — La Mère laborieuse (98). — Z-e Benedivite (99). — Natures morte» (100, 101, 102, 104). -^Ae Singe antiquaire (103).

Boocher (François), né à Paris (1704-1770). Au moment où Chardin voulait faire entrer la peinture dans la voie d'un réalisme où elle ne devait s'essayer de nouveau qu'au dix-neuvième siècle, François Boucher mettait toute sa verve, toute sa facilité incroyable, toute son imagination , toute soii adresse et son habileté, à rompre en visière, pour ainsi dire, avec la nature. Bouclier ne fût pourtant pas, dans l'expression la plus absolue , le créateur du genre auquel il a attaché son nom, mais il en recula les limites aussi loin que possible. Son style et sa manière sont comme l'exagération dès grandes qualités et des défauts de l'école pompeuse du dix-septième siècle. Avant lui et en même temps que lui, les, peintres avaient travesti la nature; et, parmi ces peintres, des maîtres habiles et savants. Les ITatoire (1700-1777), les ITattier (1685-1706) (1), les Pierre (2) et bien d'autres avaient préparé cette école de roman et d'opéra, qui domfna au dix-huitième siècle. Pour un observateur attentif, pour un esprit impartial. Boucher reste un maître. David disait de lui : «N'est pas Boucher qui veut;» et David disait vrai, et appréciait à leur valeur les qualités de cet artiste, à qui l'école impériale voulait refuser tout talent. Du r^ste, on ne peut pas juger Boucher au Louvre. Comme peintre de décorations, il mérite une place

(1) La Madeleine (382).

(2) Jean-Baptiste-Marie, né à Paris (4713-1789). Décollatwn de saint Jean- Baptiste (412).

DU LOUVRE. Ht

^Benàud et Armide (23). — Diane sortant du bain (26). — Vénus commandant à Vulcain des armes pour Enée {25), — Pastorales (26, 27, 28, 29).

En même temps que Boucher, vivait un peintre qui lui fut bien supérieur, le plus illustre membre' d'une famille d'artistes, Cbarles-Louis ou Carie ▼an4EiOo, le dernier des peintres d'histoire de son temps. Praticien habile, coloriste séduisant et harmonieux, dessinateur souple et élégant, et qui aurait peut^tre pris place à côté des maîtres les plus justement renommés s'il eût vécu dans une autre époque. Il faut juger Carie Van-Loo ailleurs qu'au Louvre , par exemple à Saint-Eustache ou à Saint-Merry.

— Mariage de ta Vierge et de saint Joseph (326). — Apollon fait écorcher Marsyas (327). — Énée portant Amkise (328). — Une Halte de chasse (329). — Portrait de Ma,rie Leczinska, reine de France (330).

Après Boucher, et jusqu'à la réaction tentée par Vien , accomplie par David et ses élèves , l'école française tombe dans une véritable décadence. Elle suit pour ainsi dire la pente de la société. Oi* la société de la fin du règne de Louis XV et du règne de Louis XVI ne ressemble plus à la société française contemporaine des Lebrun et des le Sueur d'abord, des Watteau et des Lancret ensuite. L'art cherche sa voie entre les incertitudes du présent et les promesses vaguement entrevues de l'avenir. D'où une école officielle, froide, monotone, plus esclave de la routine que de la tradition véritable, et qui ne produit que des oeuvres, non sans talent, mais sans verve et sans saveur. Les Lagrenée, les Doyen, les H. Taraval, les Casanova, les Callet, les Suvée^ les Ménageot (1), etc., appartiennent à cette école,

(I) Lagrenée aîné (Louis-Jean-Franço's), né à Paris (i724-{805K L'Enlèvement de Déjanire (307). — Lagrenée jemié, né à Paris (1740-1821). La Mélancolie (308). —4>oycn (Gabriel-François)» Hé A Paris (1726-1806). Triomphe d'AmphUrite (185). —Callet (Ant.-FraDçois) (1741-1823). Les Saturuales, ou l'Hiver (f^); Hommage des Romains à Junon Lucine, ou le Printemps (88) ; les Fêtes de Céris, ou l'Eté (89); les Fêtes de Baechus, on

Pendant que Vien, artiste patient et laborieut, tentait de ramener Tart à une imitation plus directe de la nature, et fondait ainsi une école qui devait dépasser de beaucoup ses théories, le fils d*un maçon de Tournus, Greuze{iean-Baptiste) (1725-1805), essayait' de traduire sur la toile le roman et le drame, tels qu'ils commençaient à se former dans la littérature. Il prend ses sujets dans la vie bourgeoise ou populaire; mais au lieu de n'y voir que des motifs pittoresques comme Chardin et de chercher d'abord la vérité d'imitation des objets matériels, il veut être vrai surtout par le sentiment, dans une époque qui se piquait d'être sensible. Greuze fut un grand artiste qui sut imprimer à ses œuvres, malgré ses défauts d'exécution , une sorte de caractère passiomié et véhément , trop souvent mélodramatique.

— Sévère reproche à Caracalh d'avoir voulu l^flssas^ siner (259). -^ L'Accordée de village (260). — La Malédiction paternelle (261), une des meilleures toiles de l'auteur. — Le Fils puni (262). — La Cruche cassée (263). — Portrait de Greuze (26^). — Portrait du peintre Etienne Jeaurat (265).

Vemet (Claude-Joseph), né à Avignon (17U-1789). Cet illustre maître,, le plus grand peintre de marine frani^ais, à l'exception du Lorrain, résume dans son œuvre presque toutes les qualités de notre école nationale. 11 a l'esprit et le sentiment de la. composition, l'entente du tableau, une exécution nette, facile, pleine d'esprit dans les figures, parfois un peu sèche, une remarquable intelligence des eflets de lumière, avec une

Sovée (Jos.-Benoil), né à Bruges (4743-1807). Mortde Coligny (568. — Ménageot (François-Guillaume), né à Londres (1744- 1816). L'Etude arrête le Tenrtps (34()). — Vien (Joseph-Maiic\ né à Montpellier {1716-1809).-Sairtt Germain, évéqued'Auxerre, et faint Vincent, diacre de l'égliser de Saragosse (634) ; Dédale et Icare (035) ; l'Ermite endoitni (636), une des meilleures peintures du maître ; Amourt iouant avec des fleurs, des cognes et des colombes (637).

iU GUIDE DANS LE MUSEE

— Vue de Ventrée du port de Marseille (592).— Vtie de l'intérieur du port de Marseille' (593) . — Golfe'de' Bandai (59û). — Port neuf de Toulon (595). — Ville et rade ae Toulon {59^),— Vieux port de Toulon (597), —Rade d'Antibes (598).— Por/ de Cette (599).— Kf/te et port de Bordeaux (600). — Ville et port dé Bordeaux, pris du Château'Trompette <60l). — Ville et port de Bayonne, pris du gtacis de la citadelle (602). — Ville et port de Bayonne, pris de Vallée de Boufflers (603). — Port de la Bochelle (604), — Rochefort (605).' —Ville et port de Dieppe (606). — Le Naufrage (607). -^Paysage {QOS).^ le Matin, ou la Pêche (609). — /.c Midi, ou la Tempête (610).— Le Soir (611).— Xa Nuit (^\2). — Le Matin QiS).— La Nuit (614). — -^^c Torrent (615). — Les Baigneuses (616). — Le Retour de la pêclie (617). — Paysage (618).-^ Le* Cascal elles de Tivoli (619). —I Environs de Rome ^20). — Un Port de mer ; effet de lune (621). — Un Port de mer ; effet de brouillard (622). — Le Midi, ou le Calme (623). — Le Soir, ou la Tempête (624). — Marines (625, 626, 627, 628). — Environs de Marseille (629, 630). — Pont et Château Saint-Ange, à Rome (631). — Restes du pont Palatin, à Rome (632).

Fragonard (Jean-Honoré), né à Grasse (1732-1806). II est le dernier représentant de la peinture du dixhuitième siècle. Il est de la postérité de Watteau et de Boucher; s'il ne possède pas les hautes qualités, le sentiment du vrai, comme le premier, en revanche il ne dédaigne ni les maîtres, ni la nature, comme le second. II a Tesprit, la grâce, l'élégance, la facilité, l'abondance de tous les deux, leur imagination féconde et inépuisable, et de plus, une sorte de sentimentalisme sensuel, qui est T^cho de la littérature contemporaine. Il pro* cède presque de Diderot; Jqati-Jacques et même Parny peuvent compter parmi ses maîtres.' Ce n*est pas au I^uvre qu'il faut voir les œuvres de cet artiste éminent, qui mourut dans la misère, obscur et dédaigné, sous l'empire, après une vie dont la première moitié fut remplie d'œuvres et de succès. M. Walferdin, un de, ses descendants, a rois un soin pieux et éclairé à for-.

mer une collection de tableaux et de dessins de Fragonard, qui est admirable et donne une idée complète de son talent

— Le Grand prêtre Corrésus se sacrifié pour sauver Cailirhoé (208), — Paysage (209^). — La Leçon de mwsiq lie (21Ù),

l>avid (.Tacques^Louis], né àParis (1748-1823). Après avoir été mis au-dessus des plus grands peintres par tous les critiques et par tous les artistes de son temps, L. David, quand vint la réaction romantique qui renversa son école, fut traité à Tégal des plus médiocres ; on lui nia jusqu'aux plus évidentes qualités de son génie. La vérité est qu'il rompit avec les traditions pittoresques de Técole française; mais que quand il essaya cette tentative , Técôle française était en pleine décadence. Il poursuivit jusqu'à la lin de sa vie cet idéal de retrouver, si l'on peut s'exprimer ainsi, la forme et le style de l'antique dans l'étude de la nature. De là ce compromis entre la forme vivante et la statuaire grecque et romaine, cette prédilection exclusive pour le dessin, ce mépris pour les effets pittoresques, qui donnent tant de froideur à ses compositions les plus remarquables ; de là cette ignorance dans l'art de peindre, que ses élèves, plutôt que lui, prirent pour de la sagesse ; de là aussi cet abandon des études les plus indispensables du peintre, sur le jeu de la lumière, le clair-obscur, toute la magie de l'art en un mot, au profit d'une recherche de la correction dans lé dessin, qui arrivait souvent au pédantisme et au banal plutôt qu'au naturel. Néanmoins David fut un peintre de génie, qu'on estimerait bien aundessous de sa valeur réelle si on le jugeait dans les élèves à qui il imposa ses goûts et ses théories avec une sorte d^autorité dictatoriale, sans pouvoir, en même temps, leur donner ses qualités de dessinateur, sa puissance, sa science du modelé, et l'élévation de sa pensée.

— Léonidai aux Thermopyles (148). — Les Sabines (149). — Le Serment des Iio'ares (150). — Les LiC" tturs rapportent à Brutus le corps de ses fils (151). — Bélisaire {i52],-^ Combat de Minerve contre Martt

David jeune (156).— Por^raJMe M. Pécoul (157).— Portrait de M"« Pécoul (158). — Por/raiï du pape Pie Vil (159). — Portrait de M"* Récamier.

Bmn (Elisabeth-Louise Vigée le), née à Paris (1755^ 1742). Portraitiste célèbre en son temps, dont la manière, Texécution habile et adroite, semblent une transition entre Técole du dix-huitième siècle et Técole de David.

— La Paix ramenant V abondance (SI). — Portrait de M*« Lebrun et de safllle (82, 83). -^Portrait du compositeur italien Paisielk) (84).

Fradiion (Pierre), né à Cluny (Saône-et- Loire) (1858-1823]. Prud'hon, élève de Devosges, directeur de l'école ae Dijon , qui avait gardé les principes de la vieille école nationale, conserve une physionomie tout à fait originale à côté de David et de ses disciples. Epris de Tart antique , de celui des maîtres italiens de toutes les époques, il reste Français avant tout, et semble, peut-être agissait-il ainsi à son insu, vouloir renouveler les traditions du dix -septième et du dixhuitième siècle, en les imprégnant d'un sentiment tout individuel et moderne. Il a la grâce et le style autant que pas un des maîtres les plus vantés do notre pays, et un style qui se prête à tout : à la poésie élégante, naïve et familière comme aux plus grandes et aux plus fières acceptions de l'épopée. Mais c'est la grâce dans le sentimeptct la passion qui est le but le plus constant son génie. II serait certainement plus grand encore, celui qu'on surnomma le Corrêge français, s'il eût consulté plus souvent la nature pour l'exécution de ses œuvres, et si les difficultés sans nombre qu'il rencontra dans sa carrière ne lui avaient pas fait perdre un temps précieux, qu'il eût plus utilement et plus glorieusement employé à des travaux importants.

— Le Christ sur la croix (457). — L'Assomption de la Vierge (458). — La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (459). — Portrait de M"« Jarre (460^. — Portrait du naturaliste Bruun-Neergaard (461)*

Oirodet dé Honoy-TruMon (Anue-Louis), né à Montargts (1767-182A).

guidb; pans lk musée

— Scène du délai/e (390). Ce tableau obtint le grand il d'histoire au concours diJcennal, en ISIO, coutre tHbleau des Sabitiei de David, le mallre du peinire.

LaposlérilS n'a pas confirmé ce jugement. —ie Stmmtil d'Eadymion [351}. — Alala au lombeau (3S2). CMrard (Frautois), aé à Rome (1770-tS37). Gérard,

presque égale à. celle de son maître, dout il ue posséda pas les liatHes qualités de dessinateur^ En revanche, il se montra moins exclusif, et, par cette raison même, il plut peut-être davantage A la foule. Plus que David il se préoccupa de l'effet général, et si sa couleur est fausse et commune, ce qui pour un amateur véritable est un pire défaut que l'absence môme de la couleur, au moins ne semble-t-il pas la proscrire systématiquement. Avec des qualités pour ainsi^dire négatives, auxquelles il joignait des qualités très-remarquaWes, l'intelligence de la composition et de la mise en scène, il eut plus d'influence peut-être que David lui-môme sur l'art de l'empire et de la restauration, et il peut être regardé comme le véritable chef de l'école académique si. fort en péril à cette heure. 11 fit, du reste, de remarquables poitraits.

— Entrée de Henri IV à Paris (235), répétition réduite du grand tableau qui orne le Musée de Versailles.

— Psycfté reçoit le premier baiser de l'Amour (236). — Daphnis et Chloé {231). — La Victoire et la Renommée (?38). — L'Histoire et la Poésie (239).— Portrai/ de M. Isabey, peintre (240j. — Portrait du sculpteur A. Canova (241).

Gros (Ant.), né à Paris (1771-1635). Le sentiment pittoresque, l'entente des effets dramatiques et de la composition d'un tableau, devaient trouver, au milieu même de la réaction' accomplie par David, et dans un de ses élèves les plus aimés, un partisan sincère et enthousiaste. Gros eut le double, bonheur de se trouver forcé par les circonstances d^abandonner l'atelier de son maître avant d'avoir terminé toutes ses études de peintre et d'avoir à traiter des sujets contemporains. En Italie, il admira et étudia les coloristes, et se fît un dessin énergique, savant, plein de vie et de mouvement. Il garda sans doute de ses études danç l'atelier de David une certaine empreinte académique qui se retrouve bien plus dans ses dernières productions que dans ses chefs-d'œuvre exécutés vers le milieu de sa carrière. Nul ne peut échapper absolument à l'influence de son temps; mtds il retint: aussi des conseil» du

GUIDE DANS LE HUSÉE n sli U liérol(|ue <)ui le met bi'jn »u-(icssas des

portance, Gros, qui aurait dû peut-être y applaudir, éprouva quelque dépit de se voir dépassé, au moins dans ses théories. 11 se fit académique dans sa vieillesse, et eut alors à essuyer des critiques acerbes et des sarcasmes. II en conçut un chagrin si profond et si amer, un découragement tel, qu'il mit fin à ses jours en se noyant dans un petit bras de la Seine, en face la commune de Meudon.

— La Pesle de Jaffa (274V — Le Champ de bataille d'Eyîau (il5), — François I*' et Charles-Quint visitant les tombeatix de Saint-Denis (276).

Guérîn (Pierre-Narcisse), né à Paris (1774-1833). Moins dessinateur que David> mais d*un esprit peutûtre aussi élevé et d'une imagination plus. poétique, malgré sa couleur blafarde et terne, Pierre Guérin se rattache è^ la tradition du Poussin par sa recherche presque constante de Tefiet dramatique. Bien plus que l'illustre chef de l'école impériale, il' se préoccupa de l'entente du tableau^ et si on peut lui reprocher un style théâtral et déclamatoire, il faut reconnaître le souffle pour ainsi dire héroïque qui anime ses meilleures compositions.

«—Le Retour de Marcus Secttus (277). Ce proscrit romain, qui revient dans sa patrie après un long exil, et qui retrouve sa fille en pleurs au pied du lit de sa feiïime morte, est un personnage de l'invention du peintre, dont on clierchcrait vainement le nom dans l'histoire. — Offrande à Esculapé (278) — Phèdre et Hippolyte {^19), — Andromaque et Pyrrhus (280). — Enee racontant àDidon les malheurs de la ville de Troie i'2Sl). — Clytemne8tre (282).

Gténcault (Jean-Louis-Ândré-Théodore), né à Rouen (1791-1824). Ce grand artiste, tour à tour préoccupé de l'art antique, de Michel-Ange, de Rubenset du Tintoret, dont la fougue audacieuse rêvait des voies nouvelles, était élève de Guérin. Ses premières productions excitèrent parnii ses confrères un étonnement, presque une répulsion universelle. David, Gros et Gérard seuls peut-être y reconnurent la griffe du lion. On a peine k coùiprendre le dédain qui accueillit les

GUIDE DANS LE MUSÉE de Géricault, Aprka le auccùs qui «ccueiUit

iM œnTret de Gro». A dnh atIs, Gérîcftult est plua

DU LOUYHE. 155

académique dans sa page la plus importante, et qui souleva le plus d*orages, le Naufrage de la Méduêe^ que Gros.dans son Départ de Louis^ XVltl des Tuileries. l\ a moins que lui aussi le sentiment et la science de la couleur, mais autant d*énergie et peut-ôtre plus d*audace et de fierté. Quoi qu'il en soit, on doit le regarder comme une des gloires de notre école. Quand il mourut des suites d'une chufe de cheval, dans la force de Vtk$e et dans toute Texpansion de son génie, il était loin d*avoir dit son dernier mot. H nourrissait alors les* plus vastes projets, et nul doute qu'il les eût accomplis d'une façon - digne' de lui et de son génie. Géricault mourut avec la préoccupation constante d'atteindre au plus baut style et à la plus grande poésie en s'inspirant de la réalité. C*est le caractère de l'art moderne dans ses manifestations les plus diverses : aussi doit-il être regardé comme un de ccuii q^ui h&tèrent son avènement..

— Le Naufrage de la Méduse (242).— Officier de chasseurs à cheval de la yarde impériale (2A3J. — Le Cuirassier blessé (244). — Un Carabinier (2ft5).— Le Four à plâtre (2i6). — Cheval turc (247). — Cheval espagnol (248). — Ecurie (240).

Robert (Lo\iis-Léopold) , né à la Chaux-de-Fonds (Suisse) (1704:1835). Doué d'une imagination poétique, d'une mtelligence élevée, Léopold Robert, dont les œuvres soulevèrent trop d'admiration et d'entliousiasme quand on les compare au dédain dont on veut les accabler, est la meilleure preuve qu'avec les plus hautes qualités de l'âme et de l'esprit, et même avec l'amour de l'art et du travail, on peut ne pas devenir un très-grand peintre. II y a évidemment des natures pittoresques, celle de Robert ne l'était pas. 11 voulut mettre en pratique les théories du Poussin , en les appliquant à des sujets modernes, mais son intelligence fut toujours mal servie par sa main. Bien qu'il dessinât avec le plus grand soin, il ne devint jamais un dessinateur ; malgré ses efforts pour rendre avec éclat et fidélité les effets de la nature, il ne fut jamais qu'un coloriste indigent et inharmonieux. Aussi dans ses ta^

bl«aux rinfériorité de Texécution nuit au grand style de la composition. Cette difficulté dans rexécution, quand il poursuivait Tidéal même de la perfection, fut, croyons^-nous, malgré les romans publiés à ce sujet, le vrai motif qui le conduisit au suicide.

— L'Arrivée des moissonneurs dans les marais Pontins (493). — Le Retour du pèlerinage à la madone de l'Arc (W).

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