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NOTICE PHYSIQUE ET POLITIQUE DE LA VILLE DE FLORENCE

-Au pied de belles et délicieuses collines, sur une desquelles on voit, reposant sur ses ruines la ville Etrusque de Fièsole, si célèbre par ses souvenirs, se développe une plaine assez étendue que la rivière Arno arrose et divise en deux parties inégales. Ce terrain, qui était autrefois marécageux en partie, à cause des inondations réitérées produites par les debordemens du fleuve, dont les bords peu élevés retenaient à peine les eaux dans son lit, présente depuis plusieurs siècles, à l'œil de l'observateur curieux, tant par la variété de son sol que par la quantité immense de ses habitations éparses, de ses maisons de campagnes, vtflàSy de ses couvens , de ses châteaux et de ses nombreuses bourgades, l'aspect le plus intéressant, le plus pittoresque qu'il y ait dans notre belle Italie , et même en Europe-

La cultivateur non moins industrieux que par tout ailleurs, veille infaticablement à embellir ses campagnes, qui par leur fertilité, le payent par l'abondance de leurs productions en toute espèce de grains indigènes; et il se réjouit en y voyant prendre place même les plantes exotiques. En effet nous admirons figurer dans nos jardins , parmi autres plantes étrangères , et la Lagalstroëmie indienne et le Podocarpus affricain et le Métrosidère de la nouvelle Hollande.

Ces productions cependant sont dues plutôt à la douce température de l'atmopshè-

re, ou pour mieux dire à celui du climat, qu'à la qualité du sol, car d'après le plus exactes observations météorologiques septenales, plusieurs savans ont calculé qu^il y a a Florence environ 160 jours sereins dans l'année, 110 pluvieux, et 95 d'un temps variable.

Puisque nous sommes venus à parler de météorologie, nous ajouterons que lePrintems est dominé par les vents du sud-ouest, et dure environ deux mois et demi; que les chaleurs de l'Eté se prolongent à peu près trois mois; et n' étant tempérées par aucun souffle de vent, excepté une faible brise maëst raie, elles sont assez fortes; que l'Automne, plutôt humide par suite des vents du midi, dure à peu près deux mois ; et enfin , que l'Hiver, pendant lequel les vents d'est se font sentir, se prolonge environ quatre mois et demi.

Quant à la température, le thermomètre de Réaumur, dans quelques nuits de Janvier, descend à deux dégrés au dessous de glace, et au mois d'Août, il monte quelquefois à 26 ou 27 dégrés au dessus. Quoique cette température soit plutôt ilouce, comme elle est sujette à de grandes variations , il en résulte que les maladies nerveuses n'y sont pas très rares de mèiiie que les ophtalmies, les phthisies et les apoplexies.

Au commencement de la vallée, ci-dessus décrite, est située la ville de Florence, sur une aire presque unie, sous le 28e dégré 55 minutes de longitude; et 43e, 46», 41 n de latitude ; le sol est élevé de 69 braccia ( environ 1 26 pieds ) (1 ) au dessus du niveau de la mer, et la ville est

(i)Le braccio toscan a enriron aa pouces de longueur .

à la distance de 62 milles Est de Livourne ; 44 de Lucques, 20 de Pistoie, 40 nord de Sienne, et 44 nord-ouest d'Arezzo. Elle est divisée par la rivière Arno en deux parties iné gales ; la principale s'étend dans la plaine sur la droite de la rivière, et Fautre , moins éten due, n'a qu'une seule colline.

Cette belle Cité , dont la population est d'environ 100,000 habitans, outre un grand nombre d'étrangers, présente la figure d'un pentagone. Son origine, selon l'opinion de quelques archéologues, mais non des meilleurs, se perd dans la nuit des tems. Parmi ceux qui se sont occupés particulièrement de ces recherches, nous citerons M. Lami qui prétend qu'elle doit son origine aux premiers Etrusques, qui étaient Phéniciens d'origine , 1 440 ans avant l'Ere chrétienne , consé quemment l'an du monde 2564; d'autres la font remonter au tems des Pélagiens; quelques uns enfin , à celui des Lydiens. Ces derniers fondent leur opinion sur ce que les Florentins ont , comme ces anciens peuples, une grande aptitude à l'industrie, et surtout au commerce, sur leur prononciation gutturale , sur la ressemblance de leurs religions, de leur principe dans les sciences , et enfin sur le même goût qu ils ont pour les arts.

Malespini et Jean Villani prétendent, je ne sais pour quel motif, qu'après la destruction de Fiésole, Jules César descendit dans la plaine au même lieu où avait été tué Florinus^ et qu' il y fit construire cette ville. Un grand nombre d'historiens, entre autres Leonardo d'Arezzo, pensent que Florence a été fondée par les légions de Sylla. D'autres, ainsi que Poliziano,

affirment qu'elle fut construite par une colonie romaine, sous le règne des Triumvirs qui l'y avaient envoyée ; mais le Dante et les historiens MaehiaVelli , Varchi et II Migliore soutiennent avec beaucoup plus de probabilité et de raison que ses fondateurs descendirent de Fiésole où ils habitaient, pour venir s'établir sur les rives de l'Arno, et ainsi faciliter leur commerce, auquel les Etrusques étaient particulièrement adonnés.

I/étymologie du nom de Florence n'est pas moins obscure que son origine. Ceux qui prétendent qu 'elle fut construite au même endroit ou mourut Florinus, sont d'avis qu'elle tire de lui son nom. Mais on peut considérer cette opinion sous le même point de vue que l'histoire fabuleuse de ce capitaine. D'autres chronologistes ont pense'* que Florence et les Florentins sont les mêmes que Fluentia et FLuentini qui ont été cités par divers auteurs latins, entre autres Pline et Florus. Enfin, quelques uns prétendent tirer cette dénomination de la Fleur des citoyens romains qui vinrent s'y établir, mais sans chercher à réfuter de telles erreurs, je dirai avec les historiens les plus sensés que la campagne qui entourait la ville, étant alors embellie par une admirable quantité de fleurs, on l'appela Florence. Si ensuite, on m'allègue des raisons contraires et incontestables , je ne pourrai alors m'appuyer que sur l'opinion de ceux qui assurent que ce nom est dérivé de Tétat florissant, auquel les habitans de cette ville étaient parvenus en très peu de tems.

Il est également aussi difficile d'assigner les limites de Florence à ce premier période.

Qulques auteurs ont prétendu contre l'opinion de Borghini, ou plutôt ils ont rêvé, qu'elle avait élé détruite par Totila la 543e année de notre Ere; d'autres prétendent que ce fut la 549% et qu'ayant alors vingt-deux mille hommes capables de porter les armes, sans compter les enfans et les vieillards, elle était plus grande que lors de sa reconstruction, qu^ils disent avoir été faite par Charlemagne sous le pontificat de Léon III. Plusieurs enfin, en citant ïnalespini , présument , je ne sais sur quel fondement , qu'elle, fut rel3atie par cet Empereur, plus grande, plus forte et plus belle. 11 est inutile d'observer qu'on ne peut rebâtir une ville qui n'a pas été détruite!

Je passerai sous silence la vétusté de ses murs du tems des Piomains, dont on ne conserve aucune trace et peu de souvenirs. D'après les informations que nous donnent les historiens et les antiquaires les plus exacts , je parlerai seulement des trois cercles de murailles dont elle a été entourée à trois époques différentes.

Le premier mur fut élevé en 801 ; quoiqu'on n'en ait qu'une connaissance incertaine, on peut néammoins conjecturer avec beaucoup de probabilité qu'il commençait dans le voisinage du Ponte Fecchio , se prolongeait sur la rive droite du fleuve, et, suivant ensuite une ligne droite, il passait à côté du faubourg dei Greci, continuait par la rue del ProconsolOj, renfermait le terrain où est située la Cathédrale, et suivant une courbe vers S. a Trinita, entre le faubourg SS. Apostoli et la rue délie Terme , il retournait vers la rue délie Carrozze.

Le second circuit fut construit en 1 078, à motif d'une augmentation notable dans la population, et aussi pour défendre la ville d'une agression que l'on craignait de la part A'Arrigo III. Ce mur renfermait au levant, le faubourg de'Greci et celui de S. Piero , jusqu'à l'egbse de San Piero Maggiore ; au nord, le laubourg S. Lorenzo; au couchant , les faubourgs de S. Pancrazio, de SS. Apostoll et de Parione; et au midi, en s'étendaut sur la rive gauche de l'Ara©, il renfermait les faubourgs Pitiglioso , S. Jacopo et S. Felice in Piazza , jusqu'à la rue del Aforo.

Enfin, la troisième muraille, dont la République ordonna la construction en 1 '284 fut commencée en 1 299, et entièrement terminée, non en 1327 comme quelques écrivains l'ont affirme, mais plusieurs années après.

Les Florentins forment un peuple qui est reconnu presque exclusivoinenl pour avoir fait les premiers pas vers la civilisation en Europe, par 1 inclination bien marquée qui s curent pour les progrès dans toutes les sciences et dans tOUS les arts; ainsi, on pourrait m accuser d inexactitude, si je passais sous silence les gloires qui leur appartiennent à si juste titre: néanmoins je ne puis les citer une à une, car il me faudrait alors étendre de beaucoup les limites que je me suis lixées, et cette tache deviendrait pour moi difficile, vu l'étendue du sujetci ailleurs ces détails seraient d'un très faible intérêt pour les personnes versées dans l'histoire de la Toscane. Je me contenterai donc, rte citer les hommes illustres qui furent les régénérateurs des sciences, des lettres et des arts, et qui eurent leur berceau dans cette

heureuse patrie , où ils répandirent la lumière du beau et de la philosophie, en dissipant les ténèbres de l'ignorance dans lesquelles l'Europe était plongée. Je ne ferai que nommer les grands hommes tels que; Uberti, Délia Bella^ Ottobuonij, Falori, Capponi^ Gondij Barbadori, etc, qui ont fait connaître aux nations avec quelle ardeur on doit aimer sa patrie. Je ne m'étendrai pas d'avantage sur Amerigo Vespucci et Verrazzatto qui par leurs découvertes ontprocuré tant d'avantages aux deux Mondes. Je voudrais rendre un hommage bien mérité aux Dino del GarbOj Marsilio FicU nOj Niccolij Rucellai > Strozzi j Falcuccij Ammannati, Armati, AlbertiJ Torricelli ^ Vivianij etc., et enfin à ce grand Galilée dont le nom illustre est entouré d'une éternelle auréole de gloire; ces génies supérieurs ont tous contribué à tirer du barbarisme obscur du moyen-âge les institutions de la philosophie, à laquelle ils ont donné une vie nouvelle en dévoilant ses plus difficiles et plus profonds mystères. Et quels hommes ont-ils surpassé en politique sans parler du Villani, les Guicciardiiii les Machiavelli? . . . Je citerai aussi en passant Brunetto Latini > Guido Cavalcantij Sannuccio del Bene j Pulci j Alamanni y Fillcaja Menzini, etc. Quels écrivains furent-ils supérieurs dans la république des lettres à un Petrarca > à un Boccaccio, et au divin poète le Dante Alighieri ?.... Non moins illustres en architecture ont été Orcagjia^ Michelozzo ^ Baccio d'Agnolo , Dosio Ammannatiy Buontalenti et le cé lèbre Arnolfo di LapOj qui tenta le premier de sortir l'architecture de l'ordre gothique; quoi-

qu'il n'obtint pas un succès complet, il sut du moins l'embellir par les prodiges de son art: Briuiellesco lui donna l'élan et la splendeur : Léon Baitista Alberti fut rauteur de ses immenses progrès; et enfin Michelangelo lui rendit l'élégance et la majesté de celle des Grecs et des Romains, et la rendit immortelle ainsi que son nom dans l'histoire des beaux arts.

Quant à la sculpture et à la peinture, combien d'hommes illustres font la gloire de l'Italie et de Florence en particulier! tels sont parmi les sculpteurs: Orcagna, Luca délia Rob bia, Donatello y Bandinelli 3 Filarete, Ber toldo j Namii dl Banco , Michelozzo j Ghi berti , Cellini , etc.; et parmi les peintres: Ci mabuej Gaddi, Ncllo, Paolo Uccello, Ferroccliio , Botticelli , Ghirlandajo , Léonard o da Vinci y II Fraie, Andréa del Sarto -3 II Rosso , (jli Allori , Cristùforo delV Altissimo , Poccetti J Rosselli , Do Ici, Gabbiani , etc., et au dessus de tous le divin Buonarroti, qui fut tout à la foi littérateur, peintre , sculpteur et architecte. Voilà de quels noms s'honore cette belle Cité des fleurs , cette Athènes de l'Italie.

Je donnerais bien volontiers quelques notices sur les diversgouvernemens qui se sont succédés à Florence ; mais ce ne serait pas compatible avec les limites d'une préface ; et comme il appartient à l'hisloire des nations illustres à lui dédier de nombreuses volumes, qui retracent toutes ses vicissitudes et Sv double destinée; je rappelerai seulement qu'au tems de l'Empire romain, cette ville eut aussi ses Consuls , et plus tard ses Ducs et ses Marquis.

Après la mort de Matilde, elle secoua le joug, eut une seconde fois des Consuls, et, au milieu de ses guerres civiles , elle devint une République puissante, soumit toute la Toscane à son obéissance et brilla pendant long-tems d une gloire immortelle. Vint ensuite Corne de Médicis qui fut proclamé il Padre délia Patria ; ses descendans gouvernèrent la Toscane jusqu'à Jean Gastone. Quelques uns de ces princes furent grands et magnanimes, d'autres au contraire se sont montrés faibles et peu capables de commander.

Enfin, cette ville illustre, ayant passé sous le gouvernement sage de l'auguste Maison de Lorraine, heureusement régnante, a oublié ses désastres; ses habitans parlent de ses gloires avec enthousiasme , et livrés entièrement à la culture des sciences et des beaux arts ainsi qu'à une industrie active, ils vivent heureux, et tranquilles au sein de la paix.

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