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Chapitre Premier

ftturô, portée et dFcrttficatiouô

-A la fin du treizième siècle, les Florentins jouissaient de la protection des lois sous un gouvernement sage el éclairé: grâces aux lumières et nu\ prudentes dispositions du digne et honorable patriote Giano délia Bellay ils s'étaient déterminés à faire la paix, et plus animes de l'amour de la patrie que guides par l'ambition et l'intérêt, ils s adonnaient exclusivement à élever des monumens qui pussent augmenter la majesté de leur ville, encourager les beaux arts rcnaissans, et éterniser leur mémoire aux yeux de la postérité. En effet, à la même époque que Ton construisait le grand aqueduc qui, passant par la Porte Guelfa, conduisait en abondance les eaux de l'Arno au lavoir de San Simone pour Tusage des arts et métiers, on élevait les deux temples magnifiques de S.a Croce et de S.a Jteparata (la cathédrale ); qui seront en tous

tems considérés comme des chefs-d'œuvre d' Architecture et une preuve incontestable de h grande richesse du Peuple qui les a bâtis. Dans le même tems, on aidait aussi les Moines de S. Dominique à faire construire la superbe Eglise de S.a Maria Novella, dont je parlerai en son lieu, ainsi que d'autres travaux qui furent faits à cette époque.

On ordonna aussi à Arnolfo di Lapo de tracer le plan des nouveaux murs, tant pour renfermer les faubourgs, que pour faciliter à la population qui augmentait notablement le moyen de s'étendre; et aussi pour s'opposer courageusement aux invasions que Ton craignait de la part des ennemis étrangers.

Ce sont ces mêmes murailles qui entourent aujourd'hui la ville. Arnolfo les commença en 1299, et furent terminés sous la direction de Andréa Pisano , qui lui avait succédé: leur hauteur était de 20 braccia ( environ 36 pieds ) compris les créneaux qui les surmontaient dans toute leur longueur; leur épaisseur du côté droit de TArno était de trois braccia et demi , et de trois braccia seulement du côté gauche du fleuve. Néammoins leur élévation a subi quelque diminution en plusieurs endroits, tant par rapport aux inégalités du terrain que pour d'autres travaux postérieurs qui nécessitèrent ces changemens. Les tours qui flanquaient ces murs, distantes de 200 braccia l'une de l'autre, s'élévaient à 60 braccia du sol (environ 110 pieds). Cette enceinte de murs, en y comprenant le Pescaje qui traversent l'Arno , a en longueur 16330 braccia , ce qui fait environ cinq milles, trois quarts et 38 braccia 1^4.

Que Florence était belle alors, vue du haut des collines qui l'entourent! Située au commencement de cette longue plaine , et entourée de ses nombreuses tours qui lui formaient comme une couronne majesteuse! Mais ce noble et imposant ornement fut presque totalement abaissé au niveau de la muraille en 1527., lors du siège fameux que la ville eut à soutenir, et d'après le conseil imprudent de deux capitaines étrangers , Federico (la Bozzole et le comte Pietro Novarra.

Je pense que cette brève déscription de V enceinte des murs et de tours qui les surmontaient suffira aux curieux qui ne veulent pas étudier l'histoire des travaux publics.

Ainsi dans noire itinéraire de la ville, je suivrai régulièrement le cercle que décrit cette enceinte de murailles.

En partant donc d'un point fixe et d'après Tordre <iéjà établi ; supposant le point de départ au levant , sur la droite de l'Arno ; on voit un édifice appelé la Zecca T cccliia , ou ancien hôtel des monnaies. Au dire du très érudit Manni , lorsqu'on eut à construire ia Galerie des Lanzi , on fut obligé d aller frapper la monnaie dans cet édifice; mais on revint dans l'ancien hôtel des monnaies , sitôt que cette Galerie fut terminée. On conserve encore dans la Zecca Vecchia des machines pour la filature et la fabrication des soieries; il y a aussi des bains publics, et Ton y prépare les terres destinées à la célèbre manufacture de porcelaine du marquis de Ginori.

Cette bâtisse comprend encore un espacé de terrain hors des murs, et se termine par un bastion qui donne sur la rivière , où Fou

y oit es restes (Tun pont commencé, auquel on voulait donner le nom de Ponte Reale ; peut être en honneur du Roi Boberto qui tenait alors la Seigneurie de la ville. L'historien Lami prétend, je ne sais pourquoi, que ce même édifice a servi autrefois d'asile aux Frères dits de S.a Candida. C'est pour cela que la Porte voisine, qui est maintenant murée, et dont on voit encore les jambages en pierres dures ainsi que les armes du duc Alexandre des Médicis au dessus du ceintre 9 faites en pierres de Calcédoine, a été appelée* Porta di S.<* Candida. D'autres auteurs l'appelèrent Porta di S. Francesco , parcequ'elle est peu distante du Couvent des Frères Mineurs ; mais les plus exacts l'ont nommée Porta alla Giustizia , parce qu'on y faisait passer ceux qui devaient être faits mourir sur la place voisine du faubourg.

En partant de la Porte alla Giustizia , qui est murée maintenant, et près de la rue Ghibellina , on rencontre une tour et une autre porte murée, qui mérite d'être observée en dehors avec plus d'attention ; elle est ornée d'armoiries qui illustre notre histoire , entr'aulres un petit carré en marbre sur lequel est gravé Porta Guelfa. On rappelait néammoins plus communément Porta Ghibellina.

La Porte alla Croce al gorgo , appelée aussi de S. Ambrogio , et par où l'on va au Ponte a Sieve, avait comme les autres une tour qui fut démolie presque jusqu'à l'arceau, et ensuite reconstruite avec des embrasures couvertes d'un toit, sur le dessin à' Antonio du S. Gallo. On lui a fait depuis d'autres

améliorations et embellissemens , tels que deux portiques latéraux pour la commodité des marchands de bestiaux qui y viennent les jours de marché; ils ont été construits en 1 81 7 sur le dessin de Paolo Veraci. Au dessus de ] arc de cette porte, du côté de la ville, on voit une lunette ornée d'une peinture à fresque de Michèle di Ridolfo del Ghirlandajo, qui représente la S.Le Vierge entre S. Jean Baptiste et S. Àmbroise.

A l'angle du mur, en suivant le tour, on voit un arc qu'on prétend être les restes d'une ancienne porte; mais il est facile de reconnaître qu'il n'a été élevé que pour fortifier l'angle du mur et soutenir la tour. Une inscripl ion en marbre qu'on 3 voit encore donne la mesure de la muraille, des fossés et des chemins qui suivent les murs autour de la ville.

La Porte a Pinti, ou Fiesolana selon quelques uns, parcequ'elle conduit à celte ancienne ville étrusque, est surmontée d une tour qui a éprouvée très peu d'altération depuis qu'elle a été construite, excepté ses créneaux que Ton a abattus. Du côté de la ville, on voit une lunette ornée de peintures représentant la S.lc \ ierge avec quelques Saints , de Daddi , ce sont les seules ligures qui ont été respectées par le teins.

La petite Porte dei Servi , qui tire son nom du Couvent voisin et qui est fermée n'a de remarquable que quelques consoles en pierres qui traversent l'arche.

Près de la petite tour del Maglio qui s'élève en forme de pyramide et sert à niveler les eaux du canal royal de Pratotino, et au-

four do laquelle on voit une terrasse à créneaux fourchus , appelés Guelfi , il y a une porte murée de structure moderne qui a été ouverte pendant un tems au lieu de celle de S. Gallo , et qui est fermée depuis un certain nombre d'années.

La Porte S. Gallo tire son nom d'une ancienne Eglise voisine dédiée à ce Saint. Elle fut construite en 1284, lorsque Rolando di Canossa était capitaine du peuple, ainsi qu'on le voit par une inscription en marbre. Ghirlandajo l'a ornée d'une peinture à fresque qui représente la S.te Vierge , ayant d'un côté S. Jean Baptiste et de l'autre S. Corne. Cette porte fut fermée en 1552, par un bastion ou pointe que Corne Ier avait fait élever; elle fut rouverte en 1661 à 1 occasion des noces de ('orne III. On y remarque les lions de pierres en relief , placés aux deux cotes de la tour.

Quoique Tare de triomphe soit détaché des remparts et à une petite distance en face de la porte, j^en parlerai ici. Il fut commencé en 1 739 , en mémoire de rentrée solennelle qu^y fit le Grand-Duc François II, et construit sur Je dessin et d'après la direction de Giadd. Cet architecte lorrain voulut imiter l are de Constantin à Rome , dont on voit les restes dans le Campo Vaccina. I/Empereur à cheval est l'ouvrage de Vincenzo Foggint; les statues qui sont couchées à ses pieds , de Masoni ; le trophée que Ton voit à main droite en venant de Bologne est de Ticciati ; et celui à gauche, de Ghiliô; 1 Apollon est de Barbieri; le Mars, à'Andreoni) le Jupiter, de Piamontifd ; la Junon, de Giannozzi\ THer-

cule , de Malavisti ; le Mercure , de Bruschi ; les bas-reliefs autour de l'arc sont de Jeansens y ce sont les morceaux les plus estimés de tout l'ensemble : il y a encore d'autres statues , mais comme elles méritent peu d'intérêt relativement au travail, je les laisse au jugement de l'observateur. Cet arc a aussi diverses inscriptions en marbre , qui rendent bommage à la sagesse du Prince de Lorraine.

De la Porte S. Gallo jusqu'à la forteresse de S. Jean Baptiste , vulgairement appelée Fortezza da Basso , il n'y a de remarquable qu'une tour couverte d'un appentis avec une petite porte du côté de la ville.

Clément VII , voulant procurer à la famille des Médicis un asile assuré contre les troubles des diverses factions qui agitaient Florence, on plutôt afin que les habitans perdissent tout espoir de liberté , ordonna de construire cette forteresse. On en posa la première pierre le 1 5 Juin 15.37, et l'inauguration se fit par Angelo Marzi, Evêque d*A$sisi , en présence du Duc Alexandre et de toute sa cour. L'arcbitecte qui en traça le plan fut , au dire de Varcbi , Picr Francesco da Viterbo , et selon Anelli et Vasari , ce furent Aiessandre Vitelli et Antonio Picconi, surnommé da S. Gallo. Le Duc Alexandre mit tant d activité et d'empressement à faire élever cette forteresse, qu'à cet effet il leva un emprunt considérable sur les citoyens , lequel uni aux revenus de ses possessions le mirent en état d'employer une grande quantité de paysans et la classe pauvre de la ville ; ils y travaillèrent avec ardeur, et la terminèrent en très peu de tems; on fait monter leur nom-

bre à plus de trois mille. Cette forteresse a près d'un demi-mille de circuit, elle est presque entièrement construite en briques , excepté les angles des bastions qui sont en pierres, ainsi que sa belle façade , du côté de la ville, qui est faite à pointes de diamans , et à balles applaties , pour indiquer les armoiries de son fondateur. Parmi les évènemens remarquables qui eurent lieu dans cet endroit, on doit citer la mort d'un des plus zélés partisans de la liberté de sa patrie, Filippo Strozzi qui, selon plusieurs historiens, y fut enfermé par les ordres de Corne I.er La trahison d' Alexandre Vitelli fit tomber cette forteresse au pouvoir des Espagnols. Corne Ier la racheta ensuite et la paya beaucoup plus cher qu'il n'eut dû le faire. Au lieu même où est située cette forteresse, il y avait deux portes, appe lées Polverosa et Facnza.

En continuant les murs , on rencontre la Porte al Prato* Elle eut comme les autres sa tour, qui fut abattue de la même manière que celle de S. Gallo , anisi que des créneaux et un auvent. Du coté de la campagne, il y a un bout de chaîne , telle qu'on en voit encore quelques restes aux autres portes. Ces chaînes appartenaient au Porto Plsano conquis pnr les Florentins. Du coté de la ville on voit dans la lunette au dessus de l'arche une peinture à fresque de Ghirlandajo , qui représente la S.e Vierge entre S. Jean Baptiste et S. Corne.

Près du boulevard délie Serpi , élevé en 1 529, à l 'occasion du siège , et au delà de 1 antique tour du même nom > on trouve la petite pur le del Mulino^qu'i n'a rien de remarquable.

Les murs de la droite de PArno que nous venons de décrire , commencent donc à ia Zecca Veechia et finissent à la Vaga loggia des Mëdicis, où il y a également des bains publics.

En traversant PArno, on trouve le tabernacle de S.<* Jîosa. Ce tabernacle est un reste du Couvent de certaines religieuses connues sous le nom de la B. Vergine\ il fut destiné ensuite aux Moines Guglielmiti ; et enfin des hommes d'une assez mauvaise réputation de mœurs s'y réunirent et prirent le nom de cette Sainte. Il y a une peinture très estimée de Domenico del GhirlandajOj représentant la S.,e Vierge dans la plus profonde affliction , elle tient Jésus mort sur ses genoux: S. Jean et Sle Madeleine, tous deux dans une altitude de tristesse et de vénération, cherchent à la consoler. On y voit aussi, un Ange qui soutient la croix, le soleil et la lune, ainsi qu'un paysage dans Péloignement.

Derrière le tabernacle, on rencontre la tour délia Sardigna , ainsi appelée, selon Minucci, pour Podeur infecte qu'elle donne presque toujours à cause des bêles mortes qu'on y jette ; elle fut donnée par le Grandduc Pierre Léopold à Antonio Viricenzo Marchesini pour y établir une tannerie.

Entre cette tour et la Porte 5. Fredia no , il y en a une autre avec son toit et une porte en bossage , qui porte au dessus de son cintre , les armes et la couronne des Médicis.

La Porte S. Frediano tire son nom d'une Eglise voisine dédiée à ce Saint; on Papj elait anciennement Ferzaja; elle ne présente rien

de remarquable , excepté la tour dont elle était surmontée. C'est l'ouvrage A' Andréa Pisano , et peut-être , par la grandeur de sa masse , la plus belle porte de la ville. Elle est célèbre par l'entrée triomphante de Charles VU! et de son armée victorieuse. Il m'est agréable de rappeler ici que l'intrépidité et le patriotisme de Pier Capponi obligèrent ce souverain d'évacuer la ville avec toutes ses troupes , après y avoir séjourné très peu de tems.

La Porte dei Camaldoli d'un Couvent de Moines de cet ordre , est maintenant murée et ne présente rien de remarquable.

La Porte de S. Pier Gattolino , appelée aussi Porta a Piazza j et plus communément Porta Romana , est une des plus belles de la ville. Elle fut construite en 1327 sur le dessin de Jacopo Orcagna , et tire son premier nom d une ancienne Eglise qui avait cette dénomination, et qui était située au lieu même où se trouve maintenant celle nommée di Serumido. En dehors de la porte on voit deux inscriptions sur des tables en marbre blanc, Tune parle de l'entrée qu'y lit Léon X en 1 51 5 ; et l'autre , de celle de Charles V en 1536. Franciabigio en a peint la lunette, où, malgré les ravages du tems, on distingue encore la Sle Vierge avec S. Jean et S. Corne.

Montant ensuite le coteau qui suit les murs , après avoir passé quelques tours qui en dépendent, on rencontre le grand bastion, sur lequel il y a un jardin dit del Cavalière. Cette petite forteresse fut élevée peu de tems avant le siège , sur le dessin et d'après la di-

rection de Buonarroti. On y plaça la célèbre Coulevrine fondue par Vincenzo Brigucci , de Sienne , elle pesait 18 mille livres.

A peu de distance en suivant la muraille, on voit le château S. Georges , appelé plus communément la forteresse di Belvédère.

Quoique ce fut le Duc d'Athènes qui en avait ordonné le plan à Andréa Pisa.no 3 cet ingénieur ne l'exécuta pas alors; la gloire en était réservée au Grand-duc Ferdinand Ier, qui la fit construire d'après le beau dessin et sous la direction de Bernardo BuontalentL Ce Prince voulut ainsi fortifier la ville, et surtout défendre le palais Pitti qu'il habitait. Cette forteresse est toute construite en pierre, la première fut posée le 28 Octobre 1590, par l'Evéque d'Arezzo Pietro Usimbardi. Parmi ce qu'il y a de plus remarquable on cite un palais élégant et un puits taillé dans le roc, qui a un escalier très commode ; il servait à cacher les richesses des Médicis. La serrure de la porte de ce trésor fut inventée par Buontalenti ; elle était faite de manière à donner la mort à quiconque aurait eu l'imprudence de tenter de Y ouvrir sans en connaître le secret.

Près de la forteresse on voit l'ancienne Porte S. Georges . célèbre par un grand basrelief représentant ce Saint à cheval qui tue le serpent avec sa lance , et une peinture dans la lunette qui représente la Ste Vierge avec son Fils, S. Georges A son côlé et un autre Saint vêtu en longue robe. On prétend que cette fresque est de Bernardo Daddi.

La porte a 5. Miniato , ainsi appelée de la célèbre Basilique de ce nom, est plutôt sur-

montée d'un vestibule crénelé que d'une tour, elle ne présente rien d'intéressant.

Enfin la Porte S. JMccold > du nom de l'église paroissiale qui l'a voisine, est remarquable par sa tour élevée et par sa lunette dont les peintures sont de Daddij elles représentent la Sle Vierge et l'Enfant Jésus , entre S. Jean Baptiste et S. Nicolas.

Indépendamment des petites portes qui sont sur le bord de l'Arno , celles qui donnaient entrée dans Florence étaient au nombre de seize , dont neuf seulement sont ouvertes aujourd'hui.

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