LE DESSIN A LA PLUME ET LE LAVIS
Nous pensons que la variété dans les études, à un moment donné, est une loi générale du progrès, surtout lorsqu'on s'adresse aux enfants. Nous savons par expérience combien il faut clierclior à intéresser autant que possible les jeunes intelligences par des sujets d'étude constamment nouveaux, graduellement présentés, parlant clairement à l'esprit et stimulant l'imagination. La monotonie, pour tout et pour le dessin en particulier, est un obstacle insurmontable à l'avancement. C'est cette conviction qui nous a conduit, sans nous faire modifier en rien la donnée très élémentaire de notre méthode, à y introduire quelques études de dessin à la plume, voire même de lavis, qui, nous en sommes persuadé, interrompront aussi utilement qu'agréablement le travail du crayon. L'élève devenu assez fort pour réussir à peu près la copie d'un dessin au crayon noir éprouvera un certain plaisir à changer de temps en temps d'instrument, et à rencontrer dans l'exécution des difficultés d'un autre ordre ; s'il est bien éclairé avant de commencer cette étude nouvelle, la fermeté et la précision de son œuvre seront certainement étonnantes ; lorsqu'il prendra le pinceau chargé d'une couleur bien délayée, son esprit s'éveillera à l'aspect de l'effet rapidement produit par cette touche ample et ferme, et il éprouvera une satisfaction réelle, qui dès cet instant lui fera classer l'étude du dessin parmi celles, qui l'intéressent le plus.
Nous devons nécessairement, pour nos premiers modèles dans ce genre nouveau, nous en tenir encore à l'interprétation d'un objet isolé, afin de ne pas augmenter la difficulté et aussi, pour rester fidèle au programme que nous impose notre titre.
Une Cuiller en bois (i\g. 18) servant à puiser l'eau el une i?«7>e de
Fig. 18.
cuisine (fi?:. 19), tels sont les objets de forme très simple que nous avons choisis pour nos premiers types.
Nous n'avons pas à revenir ici sur l'indication de l'esquisse et sur
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l'application du rectang-le-caclro, pour lesquelles l'élève ne doit plus
maintenant éprouver aucune difficulté, d'autant plus que les modèles laissent bien comprendre le développement des courbes du cercle de la cuiller et du demi-cercle de la râpe.
Disons seulement que, pour le lavis, l'élève arrêtera fortement son esquisse avec la plume, ou avec un pinceau très fin chargé d'encre bien noire, et laissera parfaitement séclier le trait. Il ajoutera ensuite beaucoup dcau à Fencre, trempera largement le pinceau dans la prépai-ation ainsi obtenue et passera vivement un ton clair et pur sur la totalité du dessin ou, comme dans la râpe, sur la partie qui le comporte.
Gela dit et, sans nul doute, bien compris, nous croyons pouvoir arriver tout de suite à une facile étude d'ensemble.
Intérieur d'une cuisine vu à travers nne croisée (fig. 20). — Cet humble coin de cuisine rustique présente réunis en groupe des objets dont les formes ont déjà été étudiées ; mais ils sont ici jetés plus au hasard, ce qui produit des déformations de courbes, des inclinaisons de lignes encore nouvelles pour l'élève. Quant à la matière de ces objets, peu importe : la riche potiche, le meuble confortable donneraient-ils des silhouettes meilleures pour l'étude que ces simples vases de grès, ces écuelles de bois ou ces armoires communes dont on aperçoit les angles ? Il n'y a que quelques moulures ou quelques fleurons en relief, que le dessinateur trouvera aisément, quand il connaîtra bien les formes i)rimitives des divers objets qui se trouvent dans notre modèle.
C'est donc à dessein que nous avons choisi ce petit intéi-ieur ; c'est également à dessein que nous le faisons apercevoir au travers de notre croisée type ; car l'élève aurait tort de s'imaginer, parce que nous lui faisons étudier le lavis, qu'il peut jeter son balancier et marcher seul sans craindre les chutes ; non, le cadre doit lui servir encore, et il devra lui servir toujours, s'il veut obtc^nir bonne et prompte réussite dans sa mise en place.
En elfet, la proportion générale de l'intérieur étant donnée par notre croisée supposée, la place des différents objets concouranl à rciiscndjic! n'est-elle pas claii'ement indi(piée derrière chacune des viti'cs ?
"n'M,>*!sS)Vijil,"V,v^ 'J*
-lU"-"'S-î!'''^^'^-'-'"""'-i' ^^
Fitc. 20.
INTRODUCTION
Fik'. 21.
Le tracé de chaque objet pris en particulier sera soumis à la loi
générale du carré, et les courbes ainsi que les obliques rigoureusement déterminées au moyen des lignes comparatives concourront à donner à Fensemble la véritable illusion de la nature.
Nous aurions encore beaucoup à dire sur 1 exécution de ce petit intérieur ; mais, le dessin étant inventé pour suppléer à la parole, nous renvoyons l'élève à notre modèle.
Le moyen de traduction employé par le dessinateur ne change rien à lapplication du principe, et tous les genres en comportent l'emploi. L'Alphabet la signalé même dans le dessin de la figure humaine ; mais, arrivé à l'ensemble, 1 Alphabet perd ses droits et le principe se simplifie ; car la verticale et l'oblique sont alors presque seules employées pour guider le dessinateur.
Dans tout autre ordre^ où les types de formes plus simples, d'ensemble plus restreint sont encore du domaine de TAlphabet, le principe permet d'en déterminer le contour et les principaux détails presque mathématiquement.
Oiseaux, poissons, insectes, tous les types enfin de la nature vivante aussi bien que les objets inertes peuvent être soumis à sa loi. Nous en donnons comme exemple un Perroquet (fig. 21) et une Perche de rivière (fig. 22).
Au premier coup d'œil, on comprend combien, dans Lun comme dans l'autre de ces l'ig. 2-2.— 2iy' <ahier, dcssins, Ics lignes comparatives ont dû aider planche 180. qu tracé des deux ovales, dont l'un suit presque
parallèlement Tinclinaison de la diagonale, tandis que 1 autre est
régulièrement traversé par la verticale centrale, et combien ces
lignes ont rendu facile la mise en place des différents détails, tels
que le bec et les pattes du perroquet et les nageoires de la perche.
Avant de conclure, nous ne saurions résister au désir de présenter
quelques autres types, quoiqu'ils dépassent peut-être un peu le cadre de notre méthode.
Une Poignée de rapière du seizième siècle (fig. 23), aussi élégante que fine d'ensemble et de détails, nous a paru mériter de fixer l'attention du jeune dessinateur, surtout au sujet de la difficulté que présente, par sa complication et la précision qu'il exige, le tracé de ce motif, difficulté qui sera tout à fait aplanie par l'application du rectanglecadre aux différents cercles et détails de la garde, et par l'emploi de la verticale centrale pour le tracé del'épée, jusqu'à son extrémité supérieure.
Collier de cheval (fig. 24).
— L'assemblage de peaux, de bois et de cuir qui forme en général un collier de cheval nous a paru former im groupe d effet assez pittoresque pour mériter de prendre place dans notre Alphabet.
Pour ce dessin, comme pour tous les autres, l'Alphabet donne la manière d'en préparer le tracé ; nous n'aA'ons donc pas à y revenir. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire remarquer combien, particulièrement dans ce dessin, le rectangle-cadre indique avec précision, dans l'ovale d'ensemble, la place des principaux détails.
Paysage. — Nous avons montré à Télève, au travers de notre croisée type, des vues diverses, dont une, un intérieur de -petite ville (fig. 7), présentait déjà un champ assez vaste ; mais toujours ces vues étaient composées d'objets dont les surfaces déi-ivent des formes géométriques ; nous croyons donc indispensable de faire
Fio-. ^23.
INTRODUCTION
voir au jouno dessinateur que ce cadre peut aussi utilement s^appliquer au dessin d\m ensemble de formes indéfinies et d'espaces illimités.
\'oici (fig. 25) un paysage sans la moindre fabrique qui vienne déterminer d'une manière tangible la verticale et l'horizontale. Un groupe d'arbres assez rageurs de forme (1), deux marches abruptes formées de pierres irrégulières et disjointes, un fond de montagnes
à perte de vue, et... le ciel et l'air, le tout existant en réalité à Cimies, près de Nic<î. Eii bien, supposons un instant que nous avons vu ce site au travers de l'une des fenêtres du couvent de Cimies. La croix de la fenêtre n'a-t-elle pas séparé chaque groupe de manière que l'œil ne puisse se tromper ? En bas, à gauche, sont les troncs de vieux oliviers, dont l'un s'élève à peu près droit, tandis que l'autre se penche obliquement presque suivant la diagonale et que tous les deux remplissent le haut du cadre des masses irrégulières de leur feuillage. Le (quatrième carré, en bas, à droite, est à lui seul presque un tableau, avec les vieilles marches et la montagne du fond, puis au second plan quelques orangers aux têtes arrondies, et la femme qui descend le versant opposé et qu'on ne voit qu'à demi-hauteur. Tout, enfin, n'est-il pas bien à sa place ?
Hàtons-nous d'ajouter que la croisée réelle est fort rarement à la disposition du dessinateur dans de bonnes conditions pour le travail, qu'il ne doit même pas la chercher, que nous en faisons seulement le type comparatif. L'artiste la remplace utilement par le cadre-isolateur, qni est la croisée mobile et qui revient au cadre appliqué par nous jusqu'ici aux objets isolés.
Fig. i't. — 31° cahier, planche 2hi.
(1) Par allusion au Rageur, de la foret de Fontainebleau, illustré par le peintre Théoilore iiousseau.
l'io;. -2c
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