‹ Guide de l'AnnamChapitre 5 sur 44 · ITINÉRAIRES · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRES

On arrive en Annam, soit pai' le Nord, soit par le Sud, c'est-à-dire soit de Haïphong, soit de Saigon, par les bateaux de la Compagnie annexe des Messageries maritimes, faisant le service entre ces deux ports extrêmes de la colonie.

Nous donnons ci-dessous quatre itinéraires parmi lesquels les touristes choisiront, suivant le temps qu ils désireront consacrer à l'Annam :

I" l'iiNKKAïKK A. — Durée : De trois à quatre semaines.

Saïgoii-Phanrang i bateau)

Phanran^-Dabang ( voiture

Dabaiig-Dran (chaise à porteurs)

l)rau-l)alat (Plateau (chaise ou cheval)

du Lang-Bian)

Daiat-Dran (chaise ou chevalj Drau-Dabang- —

nabanir-Phaurau" (voilure^

Phanrang-Gamranh (chemin de ïer) Camranh-Suôi-Giao —

Suôi-Giao-Nhatrang —

Nhatrang-Tourane (bateau;

Tourane-Faifoo (chemin de fer, automobile ou poussepousse)

Faifoo-Quang-Ngai ! automobile ou pousse-pousse) Quang-Xgai-P"aifoo —

Faifoo-Grottes de

marbre-Tourane (chemin de l'er Tourane-Hué —

Hué-Tourane —

Aux personnes qui préfèrent éviter la mer et surtout pour celles qui cherchent à voir le plus de pays possible nous conseillerons de moditier la première partie de litinéraire précédent : Saigon-Phanrang de la façon suivante :

Itinéraire A' :

Saïgo n - P h a n t li i ê t c h e m in tl e te rj

Phanlhièt-Giau-Mau automobile, chaise ou cheval;

Giau-Mau-Vankar —

Yankar-Djiring —

Djiring-Danhim chaise ou cheval

Danhim-Dalat —

Dalat-Dran

Dran-Dabang

Dabang-Phanrang.

Le voyao^e se trouve de ce fait augmenté de la durée dune semaine, mais nous ne saurions trop recommander aux touristes cette excursion qui leur fera traverser entièrement lest de la Cochinchine soit en

GUIDK DE L ANNAM

auluinobiK-, par d'excellentes routes, soit en chemin de fer jusqu à Phanthiêt. A l'heure où paraîtront ces pages on pourra même atteindre Djiring en automohile et peut-être aussi Dalat et l'on traversera ainsi l'une des régions les plus belles et les plus ])ittoresques de l'Extrême- Orient.

2" iTiNÉRAiHi: B. — Diirre : De deux à trois semaines.

Saïgon-Nhatrang (bateau)

Nhatrang-Suoï-giao' (voiture ou chemin de fer) Suoï-giao-G;imranh (chemin de fer)

Gamranh-Phanranjj

Phanrang-Tourane

Faifoo-Tourane

Tourane-Hué

Hué

IIué-Tourane

(bateau) (chemin de fer)

'.)" Iri.NKiiAiKi: G. — Durée : Une semaine.

Saïgon-Tourane (bateauj

Tourane-Grottes de (chaloupe ou sampan, chemin de fer)

niarlîre-Faifoo

Faifoo-Tourane (chemin de fer)

Tourane-Hué —

Hué-Tourane —

DE PHANRANG AU LANG-BIANG

A Phanrang-, il faut, pour se rendre au Lang^-Biang, se préoccuper en premier lieu des moyens de transport. Le propriétaire de Ihôtel de Phanrang qui dirige aussi celui de Dalat vous met en rapport avec le Malabar, loueur de voitures ; on trouvera chez celui-ci les moyens de transport nécessaires pour gagner Dabang, c est-à-dire le pied de la montagne. Le tarif, suivant la saison, est de lo à 18 piastres par voiture à deux places ; trois ou quatre relais sont organisés sur le parcours. L hôtelier procurera également soit des chaises, soit des chevaux pour le reste de la route. On priera le Résident de Phanrang de bien vouloir télégraphier à Dran. au garde de milice, afin que celui-ci assure le recrutement des Mois porteurs, (jue l'on loue de 20 à 'iO cents par jours et par tête.

Départ de Phanrang le matin de bonne heure (oh. l/2(. Arrivée à Dabang vers 11 h. 1 '2 après avoir parcouru la plaine de Phanrang, puis la forèt-clairière sur une longueur de oO kilomètres. Vers le pied de la montagne, la végétation augmente, on traverse de véritables forêts d arbres à très grandes feuilles : des Dipterocarpus, exploités pour Ihuile que renferme leur bois. Les six derniers kilomètres vous amènent au poste de Dabang à travers de hautes futaies où les lianes enserrent sur 100 mètres et quelquefois davantage des fûts élancés qui atteignent fréquemment 3o et iO mètres de hauteur.

Dabang est enfoui dans l'ombre des grands feuillages. On s installe dans une vaste maison de bois où Ion déjeune avec le repas froid qu'il

(\V\\)K DK L AN.NA.M

ne faut pas oublier dCinporter avec soi. On trouve là les Mois qui vont porter les touristes jusqu'à Dran, où ils coucheront le soir.

11 est bon de ne consacrer qu'une petite heure au repas et de partir (le suite, afin d'ari'iver au poste de Dran avant la nuit.

Dès le déj)art. on escalade les pentes abruptes de la niontag-ne, au niilit'u duiu' vr^élalion débordante, dans laquelle des trouées naturelles laissent apercevoir de place en place la plaine traversée le matin qui se perd au loin dans les brumes marines. De temps à autre le mur-

A Dran, on se trouve à 1.000 mètres d'altitude environ et il faut avoir soin de se couvrir, car les nuits sont très fraîches en saison chaude.

Au matin, la

brume couvre

toujours les fonds

Vu. 2. — Ri)ule de la cascade à Dran. et se traîne en

voiles blancs au

mure lég-er des cascades s affirme jusqu à devenir étourdissant quand on les enjambe sur des ponts de bois jetés en travers de leur cours, puis, s'éteint progTessivement pour faire place au grand silence de la forêt tropicale.

Cliché ilu D'' Thierry.

Ri)ule de la cascade à Dran.

fil des vallées. La vue, de ce point élevé, est de toute beauté : les pointes des sommets environnants se dorent au soleil levant tandis que monte dans l'air le concert non discordant des singes hurleurs et que les fumées du village moï se mêlent au JM'ouillartl d'oîi se dégagent peu à peu les maisons sur pilotis qui le composent.

Il faut réunir les porteurs vers o h. i l'I afin de partir à (» heures environ.

Le trajet de Dran à Dalat va se faire en grande partie à travers les pins qui ont déjà apparu à 800 mètres d'altitude. De loin en loin, dans

LANG-BIANG

les fonds et sur la partie inférieure des pentes, on traverse sur des kilomètres, une forêt aux arbres rabougris, petits chênes dont l'écorce rugueuse, profondément sillonnée, est un excellent support pour les orchidées; on en trouvera de nombreux spécimens en Heurs aux mois de mars, avril, mai et de juillet, août, septembre.

Ce parcours est sauvage et grandiose, d'une beauté prenante : il fixe dans le souvenir des images uniques et ineffaçables.

Vers 11 heures à un tournant de la route, une nouvelle trouée dans le feuillage laisse apercevoir le plateau de Dalat et ses chalets. On se ;

croirait subite- i ment transporté •

en face d'un paysage alpestre et la fraîcheur du climat aide à cette illusion.

Rappelons en passant, que c'est le D'' Yersinqui. en exploration dans le Sud-Annam, découvrit le plateau du Lang-Bianget signala à M. Doumer, alors Gouverneur général de l'Indochine, tout le parti qu'on pourrait tirer de cette station d'altitude pour le plus grand bien et la santé des Européens de la colonie.

^ Cliché du D' Thierry

Route du Bos<{uet près de Dalat.

Ihlal. — Dalat est situé sur le plateau du Lang-Biang à 1 .350 m.

GUIDi: iJi: I. ANNA.M

d allitudi'. (Juel((iu's cluilets en bois dont une grande sala (ranst'orniée en hôtel, puis la poste, sont les premières habitations (jui occujjent la rive gauche du Kanilv. étroite rivière que Ion franchit sur un pont de bt)is. Sur la rive droite sont groupées les maisons du village annamite

installé là depuis peu.

Une larg-e route, dans l'argile rouge, grimpe le mamelon que surplombe le grand chalet du Gouverneur général autour duquel se dresse celui du Déléîcué et celui de l'ancienne douane converti auj our- (1 hui en poste de miliciens.

Le plateau mesure

environ 20 kilomètres

carrés et il est entouré

dune véritable ceinture de mamelons couverts de pins. Au fond, le

mont Lang-Biang dresse son sommet à 2.200 mètres et. tapi k ses

pieds, se trouve le village moi de Dang-Kia.

Durant la saison des pluies, de mars à octobre, le thermomètre ne s'élève pas au-dessus de 30° : les soirées et les matinées sont toujours fraiches. La saison sèche est plus agréable encore, les nuits sont froides et l'on n'a jamais plus de lo à 20° dans la journée. C'est un lieu unique en Indochine et la réalisation du projet tendant à y établir non pas un sanatorium à proprement parler mais une station d'altitude est souhaitée vivement par les indochinois de Cochinchine et d'Annam.

Les excursions dans la forêt environnante, sur le plateau même, aux •cascades du Kamly '^ km. de Dalatj et d'Ankroêt .à 16 kilomètres"),

FiG.

Cliché du D' Thierry Délégation de Dalat.

I,AN(;-IUANG

sont d'un charme indéniable. Les chasseurs trouveront là ég-alement un terrain de chasse extraordinaire, de véritables troupeaux de cerfs et de biches paissent sur le plateau, dans une sécurité bien rarement troublée.

Les excursions se feront soit à pied, soit en chaise, soit à cheval.

Cliché Eherluirdt.

FiG. 5.

Cascndc du Kaiiilv.

Dans le cas où Ion voudra employer les chaises, le Déléfj'ué donnera des ordres et fournira des porteurs.

Trois jours suffiront pour Dalat et ses environs.

Les Mois sont les derniers représentants des races aborioènes de ITndochine ; ceux que l'on retrouve au Lang^-Biang- appartiennent à

GlIDK l>H l'A>.\AM.

«aiDi; DK L ANNA M

(les Irihus diverses : Moïs-Lal. Moïs-Kils. Moïs-Gohos. etc. Ce sont (les j)ii|)iilations douces. triiiKjuilles. présentant des ty[)es ethnographic[ues très divers, et quelques spécimens très beaux au point de vue esthétique: les artistes trouveront là des modèles parfaits.

Hommes, femmes et enfants ont les jambes et les bras encerclés dans

de hauts bracelets et tils de cuivre : ils /^"^^ aiment tout ce qui brille et ralfolent

^^^ÉjD^^^^^^^ (les perles de verre et de couleur. Les

^^KL Jk«^Mv^ hommes sont nus. une ceinture entoure

^^BÈk "^/^I^^L seulement leurs reins : les femmes ne

^ ^^P^ ^ portent qu'une jupe courte partant des

reins jusqu'aux genoux. La coquetterie se manifeste chez elles par rallongement exagéré du lobe inférieur de 1 Oreille. Celui-ci d'abord percé, est progressivement distendu au moyen de rondelles de bois, puis on y suspend de lourds anneaux de cuivre, quelquefois de fer mais rarement d argent. C est aussi par coquetterie qu'hommes et femmes de certaines tribus se liment les dents de la mâchoire supérieure jus- (juà la gencive et taillent en pointe les dents de la mâchoire inférieure afin que celles-ci viennent se loger dans l'alvéole dentaire des dents supérieures.

Il Isera bon dans la montée de Dabang à Dalat, comme dans les excursions environnantes, de laisser les porteurs s'arrêter pour se reposer aux endroits (ju'ils choisiront eux-mêmes. Ils ont leurs habitudes et il est préférable de ne point les changer vu qu'ils connaissent les lieux et leurs forces. Du reste ils ne sont point paresseux et fournissent le maximum delforts qu'on peut exiger d eux.

Fis. 6.

Cliché du D' Thierry.

- Femme Moï.

LANG-BIANG

Les personnes de poids léger prendront i C()t)lies porteurs par chaise, mais il en faut 8 pour toute personne dont le poids dépasse 75 kg-.

FiG. 7.

Cliché Ebci-liai'iil .

Mois Cohos.

il I N c n I N K r^

DE PHANTHIET A DJIRING (97 kilomètres).

FiG. 9. — Phanihict. Le Pimt sur la rivière.

De Phanthiêt on va à l'heure actuelle en auto à Neutoung- ; il y a 42 kilomètres de route.

Puis de Neutoung on franchit le col de Loukil à oSO mètres ; on s'élève de 780 mètres entre Neutoung et Yaback, c'est la partie la plvis pénible, elle ne peut se faire qu'en chaise ou à cheval.

On trouve à Yaback un très joli campement, une maison bien installée avec 5 grandes chambres. De cet endroit la vue est merveilleuse, on domine toute la province de Phanthiêt jusqu'à la mer qui limite l'horizon.

De Yaback à Srépa (820 mètres), la route est très belle, carrossable; elle court sur un plateau boisé coupé d'immenses clairières herbeuses.

Après Srépa, on gagne Y a n k a '" (1.000) par le col d'Haloung situé à I.OoO mètres, la route est en pente très douce (o °/o de pente).

Yankar est un campement très bien situé au milieu des Pins, dans un site merveilleux qui rappelle un peu les coins pittoresques des Vosg'es.

r.UIDE F) F, I. ANN AM

La route conduit ensuite de Yankar à Djiring- ' 1,01 (I lu. par le col de Datroum 1.230 m. . Du haut du col on jouit des deux côtés d'un panorama splendide.

Enfin Djirino-, situé sui le sommet d'un plateau mamelonné com-

Cliché du D' Pic.

l-'iii. 10. — Neiitoun^'. Route de Phanthiet à Djiriui;.

prend une délégation admirablement aménagée et les touristes trouvent en même temps que l'accueille plus charmant de la part de M. et M""' Gunhac, le Délégué et sa femme, à se loger confortablement dans la maison des passagers en attendant l'établissement très prochain d un hôtel, dans cette merveilleuse station d'altitude environnée de forêts de pins qui donnent à l'air une puissance vitale très réelle. On trouve à Djiring un bureau postal télégraphique.

A l'est de Djiring se dresse le massif duDaïan 1 .700 m. : au Nord-

LA.NG-BIANG

Cliché du D'' Pic .

FiG. 11. — Tram de Yankar.

Nord-Est le plateau du Laiii^-Biano^ ! 1.650 m. i avec ■ mont Lang-Biang- (2.200 m.) et au Nord-Ouest le

grand massif du Taodung (2.400 m.).

Tiinpéraluie maxima. 30° plutôl rare.

— minima. 25° rare.

— moyenne. 22°.

La température y est des plus agréable :

La saison des pluies règne d'avril à octobre :

il tombe de 2 à 3,5 mètres cubes d'eau par an.

Il faut visiter, à 6 kilomètres de Djiring, à l'Ouest, la chute du Da-kiam au village de Bobla. De 32 mètres de hauteur, cette chute est située au milieu d'un décor de verdure du plus bel ellet.

Le plateau de Djiring est un lieu de chasses des plus Aariés ; la chasse à la grosse bête .surtout y réserve maintes émotions (éléphants, bœufs et buffles sauvages, cerfs, etc.).

De Djiring pour gagner Dalat (75 km.i on descend par une bonne route qui sera rendue carrossable fin 1014. Le mieux est, pour le moment, de la faire soit à cheval soit en chaise à porteurs. On parcourt de Djiring à Tambou une région très bien cultivée par les Mois et relativement peuplée, les rizières abondent entre Tambou et Danhim : après 13 kilomètres en terrain rocailleux et accidenté, on traverse une série de cols et de cours d'eau, puis la route redevient très bonne en pleine forèt-clairière et forêt de pins.

Le tram de Danhim est une construction confortable et bien abritée, au bord même du fleuve Danhim que l'on passe sur un bac

parfailenicnl ainénai't'' avec càl)lc iii(Halli(|iir U-ndu diin bord à rautre. Le tram de l)anliim csl ii la limite des deux délégations de Djirinj^ et de Dalat.

De l'autre côté du tleuve, on se trouve en terrain [)lat, dans la forêt de pins et on se dirigée sur PHmnom. Quatre kilomètres avant d y arriver, la route long-e les chutes du Danhim, de 28 mètres de hauteur sur une centaine de largeur : suivant la saison elles se divisent en deux ou trois branches.

Cliché Cniiivcl.

l*"i<i. \'2. — D.jiriui;-. Troupeau de bullles.

De Pfîmnom à Dalat, on parcourt ' lo km. environ^ une étroite vallée cultivée sur la rive droite du Da-Tam avec au N.-O. les deux massifs très escarpés du Mnil et du Bo-Roué (tête d'éléphant). Puis on remonte pendant 6 kilomètres le lonsf du Da-Prenn et Ion suit sur 4 kilomètres un chemin (pii serpente sur la crête de mamelons rocheux. Le sentier est des plus pittoresques ; on surplombe par moments des abîmes de i^lusieurs centaines de mètres de profondeur, toujours au milieu des pins.

LANG-BIANG

Enfin 1914 on pouiTa probablement aller de Phanthiêtà Djiring-, voire à Dalat en automobile, mais à l'heure actuelle les moyens de locomotion les plus pratiques sont le cheval, le pousse-pousse et la chaise à porteurs.

Les touristes trouveront ci-dessous les tarifs et les distances.

Les chevaux se louent dans la rég-ion moi environ 1 piastre par jour, la nourriture non comprise.

Phanthièt-Giau-Mau Giau-Mau-Neutoung Neutoun^-Yabak. . .

Yabak-Yankar

Yankai'-Djiring

Djiring-Tambou. ...

Tanibou-Danhim. ..

Danhim-Piimnom . .

Pfimnoin-Dalat

Km.

Tarif

Porteurs

Annamites

Chams

Mois

0,iO

De Phanthièt à Neiitoung' pai charrette à bœufs : 1 charrette 1 piastre.

Phanthièt à Giau-Mau : 3 S 50.

Phanthièt à Song-Quao : 4 S 50.

Pousse-pousse. Lajournée de 5 h.

1 S. La journée de 10 h. : 1 S 75.

Fig. 13.

GumE iiE i."Ann.\ji.

Cliché Eberhardf.

Musiciens Mois. Plateau du Lanc'-Bian.

DE PHANRANG A NHATRANG

Au retour du Lang-Biang, on s'arrêtera au G*" kilomètre avant Phanrang-, à la station du chemin de fer dite «Tour cham ». Cette excursion peut aussi se faire de Phanrang même, soit le matin soit le soir : des voitures de Malabars ou de Chinois partant toutes les demi-

Fio. 14.

Récolte de sel aux salines de Trai-Ca.

heures de Phanrang assurent le service Phanrang-Tourcham et retour '^ tarif : 1 piastre aller et retour).

Là, sur un mamelon qui domine toute la plaine de Phanrang à 300 mètres de la route environ, s'élève un groupe de ruines chames des plus intéressants.

L'ensemble des ruines est constitué par (i bâtiments dont le principal est une grande tour, la « tour centrale », en bon état de conservation. Elle montre o étages en jiyramide avec des motifs d'angle qui

CAMRANH 35

découpent leur silhouette sur le ciel dans une harmonie de courbes des plus gracieuses. Le vestibule d'entrée a sa première porte surmontée d'un tympan sur lequel est sculpté Çiva dansant. A gauche, en entrant, se trouve un nandin grossièrement sculpté, agenouillé, le cou entouré d'un collier de grelots. Les tympans des fausses portes représentent un roi barbu, la tête coiffée d'une tiare, les mains jointes, assis sur ses genoux repliés. La salle est un édifice de forme rectangulaire aux murs nus ; malg-ré son état de délabrement elle sert encore de salle de festins.

Tout le groupe forme le temple de Po-Kloun-Garaï ; il daterait du xiii" siècle. Les Chams, dont quelques villages ont subsisté jusqu'à nos jours dans la plaine de Phanrang y rendent encore le culte jadis pratiqué par leurs ancêtres. On pourra, si l'on s'intéresse à l'ethnographie et à l'histoire des peuples, visiter, à quelques kilomètres des ruines, deux villages chams ; on aura ainsi une idée de ce qu'étaient ces populations d'origine malaise, les premiers conquérants de la presqu'île indochinoise.

Une voie ferrée relie Phanrang à Nhatrang. Les touristes visiteront en passant les salines de Traïka avant d'arriver à Bangoï. De Bangoi ils se rendront à Gamranh que les efîorts persévérants du marquis de Barthélémy ont appelé à devenir l'un des ports d'avenir de l'Extrême- Orient. La rade immense et parfaitement abritée, communique avec la mer par une seule passe et les fonds de la baie permettent aux navires du plus fort tonnage d'y évoluer avec facilité, toutes dispositions qui appellent, indubitablement, l'installation définitive d'un port d"où notre escadre pourra rayonner dans les mers de Chine.

La baiede Gamranh, depuis l'installation du marquis de Barthélémy, en 1902 a été le centre de travaux importants qui méritent d'être signalés :

En 1903 se placent les études de défense faites par le commandant FiLLONNEAU et le capitaine Favelli.

36 (Il IDE DE I. ANNA.M

Va\ I !)().") raclu'NH'mcnl du premier appontement et d'une jetée ; Tappoutenienl arrivait sur des fonds de 7 m. oO. Cette même année vit passer à Camranh l'escadre russe qui y séjourna quelque temps. Une première jetée mise en construction en 1900 s'achevait en 1907. Le « Vauhan » et la défense mobile occupèrent la baie pendant H mois jusqu au jour où brusquement une dépêche la leur fit abandonner, la France ralliait à ce moment toutes ses unités devant un dano^er éventuel.

En 1910-1!M I M. de Barthélémy obtint (jue les paquebots mixtes de la lig"ne commerciale de l'Indochine touchassent Camranh.

Une maison de commerce fut installée à Camranh. Prochainement sans doute on verra l'unification des escales Phanrang-Xhatrang à la jetée de Dabac au fond de la baie et à l'arrivée du chemin de fer.

C'est à Camranh que se trouve lag^ence du Yacht-Club de France pour l'Indochine représentée par le marquis de Barthélémy et le comte de HouDEDOTqui sont, de plus, membres correspondants du Saint-Hubert-Club. Les amateurs de yachting- ou de chasse trouveront auprès d'eux les meilleurs renseig-nementscomme lesplus aimables directions.

CAMRANH

Camranh, point d'escale pour les navires au long cours, est exactement placé sur la gi'ande ligne d Extrême-Orient.

On peut y louer des canots à voiles français et des chaloupes à vapeur pour tous les points de la baie, à la journée ou au voyage.

Les points d'accostage sont :

Camranh, deux jetées 7 m. 50

Salines de Trai-Ca, une jetée ô m. 00

Dabac ^chemin de fer) i m. 00

Camranh (phare ) 8 m. 00

CAMRANH

A Dabac, les trains viennent à la tête de la jetée et la navig^ation trouve correspondance directe avec Nhatrano^, tête de ligne du chemin de fer, Binh- Thuàn, Khanh-Hoa. Lang-Biang et Phanrang-Tourcham. Les travaux se continuent et en fin 1914, Camranh sera relié à Saigon. De Phanrang'-Tourcham.

un embranchement dit embranchement de Xomghom mènera d'ici deux ans les voyageurs en chemin de fer jusqu'à

^ Dabang, c'est-à-dire jusqu'au pied de la

^ chaîne annamitique.

J On trouve à Camranh un dépôt de

■^ charbon de la maison de Barthélémy et

^ de PouRTALKS. des entrepôts de transit

' dont nous avons déjà parlé.

L'hôtel tenu par les Comptoirs fran-

'L çais du Sud-Annam possède 6 chambres. 11 est bon de les retenir à l'avance : l'adresse télégraphique est la suivante : Sanh-Hung Caranh.

Une expédition de chasse peut être montée de toutes pièces à Camranh. en s'adressant à la maison de Barthélémy

et de POLRTALÈS.

A certaines époques, des milliers de perruches au vol rapide s'abattent sur les mais de Trai-ca fournissant des coups de fusil nombreux et difficiles.

Parmi les promenades aux environs.

citons celles de : My-Ca, Thuy-Triêu, pointe du Doig-t, Gio-Ta, Hoa- Tan, Lac Mercier.

My-Ca est à 12 kilomètres de Camranh dans le Nord, sur la lagune de Thuy-Triêu. Un pavillon de chasse de l'agent du Yacht-Club de France est situé en face la merveilleuse plaine de Hoa-Du à cause de la facilité avec laquelle on y chasse le g-ibier variant de l'éléphant, bulTïe, tig-re, aux plus petits animaux dans un espace de 10.000 hectares peu boisé et où l'on se repère facilement. Pour les guides on s'adressera au gardien annamite du pavillon.

La lagune de Thuy-Triêu est fort agréable à remonter entre les sables des dunes bordées de cocotiers et la vaste plaine de Hoa-Du dominée par la g'rande montagne Hon-Rông-.

Thuy-Triêu, joli village dans les cocotiers, est situé entre la maison

Fig-. 10. — Le séchage du poisson au bord de la lagune.

CAMRAMI

de M. le Comte de Houdetot, planteur, et l'amorce de la route de Nhatrang-. Les chaloupes accostent à rextrémité du village grâce à un appontement. C'est également un lieu de chasse recommandé. Le trajet, c'est-à-dire les 22 km. qui le séparent de Camranh sont faisables en chaloupe à vapeur à toute marée.

Pointe du Doigt. On y a fait des plans de ville et d'établissement d'un grand port militaire. Les rochers y sont pittoresques et les promenades fort belles avec vue sur les baies intérieure et extérieure.

Gio-Ta. Riche village au fond de la baie, mais l'accostage en est difficile pour les canots et les chaloupes, surtout en mousson de N.-E.

Hoa-Tan, situé à 28 km. environ au nord de Camranh au milieu des rizières et de grandes forêts, est désigné spécialement aux chasseurs d'éléphants.

Lac-Mercier. Dans les dunes de sable, au-dessus de Camranh, on a, de Lac-Mercier, une vue magnifique sur la baie extérieure. Pour cette promenade, il est facile de se procurer des mulets à l'hôtel.

Après Camranh, le chemin de fer traverse de pittoresques vallées. Dans l'une d'elles, la vallée de Suoï-Giao, leD'" Yersin élève et entretient le bétail dont il a besoin pour ses expériences. De plus il y a créé une plantation de caoutchouc où les essais les plus intéressants ont été faits sur la culture de T Hévéa, ainsi que sur celle de la Coca, de l'Eloeïs guienensis (palmier à huilej, etc. C est un véritable jardin dessais, comme il serait à souhaiter d'en voir beaucoup dans la colonie.

De Suoï-Giao à Nhatrang, on parcourt les 16 kilomètres, qui séparent ces deux points, soit en chemin de fer, soit sur une bonne route qui traverse la citadelle annamite de Khanhoa.

40 (iUlDE DK l'aNNAM

Dans le cas où l'on arriverait directement à Nhatran^, il serait bon de télég-raphier à l'avance à l'hôtel de Nhatrang- afin de retenir des chambres et aussi pour qu'on envoie des voitures chercher les voyaij;eurs à Khanlioa, point terminus de la voie ferrée, à '■) kilomètres environ de Nhatrano-ville.

NHATRANG

Nhatrang est un port de la côte d'Annam. On y compte relativement peu d'Européens, une trentaine environ ; néanmoins im hôtel bien tenu permettra aux voyageurs de se reposer de leurs fatigues.

Deux choses à visiter : l'Institut Pasteur de Nhatrang- et les Ruines de Po-Nagar.

1" Institut hactériologique . — L'Institut Pasteur de Nhatrang est dirigé par le D'' Yersin. Il serait déplacé de retracer ici la biographie du savant que ses belles recherches sur la peste ont rendu illustre à côté de tant d'autres travaux dont la science française lui est redevable. Nous rappellerons seulement que c'est en Indochine, dans ce même Annam où il a établi le premier laboratoire scientifique de la colonie, qu'il fut frappé du nombre de rats morts qu'on trouvait dans les cases des indigènes. Là fut le point de départ de ses recherches ; l'examen du sang des rats morts, lui révéla chez eux la même maladie que celle des indigènes. Il cultiva les bacilles inconnus qu il décela dans leur sang, il inocula des rats et des souris bien portants avec ses cultures; ces animaux ne tardèrent pas à succomber après avoir manifesté tous les symptômes de la peste : le bacille de la peste était découvert. Le D"" Yersin poursuivant ses recherches avec une inlassable énergie finit par obtenir les fonds nécessaires pour établir im Institut bactériologique en Indochine. Il créa alors à Nhatrang le merveilleux organisme scientifique auquel les touristes ne peuvent manquer de s'intéresser.

Ml AT RANG '(. |

Le nombre d'animaux indispensables pour continuer les recherches et fabriquer le sérum ne pouvant trouver dans la plaine sableuse de Nhatrang l'alimentation nécessaire, le D'" Yersin fut amené à créer plus tard à Suoi-Giao, la concession qu'on a visitée avant d'arriver à Nhatrang et dont nous avons déjà parlé.

2" Les raines de Po-Nagar. — Un peu en arrière de Nhatrang, la rivière coupe une lagune qu'un banc de sable sépare de la mer laissant seulement une passe étroite par où sortent et rentrent les barques des pêcheurs. Il faut traverser cette lag^une pour g-agner la proéminence rocheuse sur laquelle s'élèvent les ruines d'un sanctuaire cham : le temple de Po-Nagar. que la science ingénieuse de M. Parme.nïier. le chef du Service archéologique de l'Ecole française d'Extrême-Orient a pu sauver de la destruction et remettre en état. Ce monument était l'un des principaux sanctuaires des Chams.

Sur le sommet du mamelon deux rangées de tours sont enfermées dans une clôture visible encore. Un escalier très raide conduit de là à une terrasse où s'allonge de l'est à l'ouest une grande salle à piliers.

Dans la salle principale de la grande tour, signalons une belle figure d'Uma en très bon état de conservation.

La tour comprend 4 étages en pyramide ; sur les frontons antérieurs les sculptures présentent le motif habituel : têtes de lions et têtes de Makara. A remarquer sur le corps principal du '1" étage de grands oiseaux, des oies, les ailes déployées, un collier de grelots au cou, qui jouent le rôle de métopes.

Sur le terrasson du 1"' étage, elles sont remplacées par des biches et sur celui du 3*^^ étage par des éléphants en marche. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des descriptions des bâtiments, nous renvoyons pour cela au volume si intéressant de ^L Parmentier ' : nous nous

1. Pahmi;ntieh, //iren/.K/r (/es niDiiitinenIs chuma. Guide de i/Annam. 6

GlIUE DE L AN.NAM

bornerons à signaler rexistenee. dans la lour Xord-Uuest, du piédestal dune statue aujourd'hui disparue et dans la tour Ouest d'un linga avec les cuves à ablutions.

Cet ensemble du monument nest pas dune seule date, le morceau le plus ancien, la tour Nord-Ouest est de 813. le plus récent, l'édifice Sud-Ouest, aurait été édifié en 12o5.

La situation de ce sanctuaire est unique. En arrière et à gauche, de riches vallées au premier plan, puis la montagne couverte de forêts au second ; à droite, le cours sinueux de la rivière qui se perd dans les sombres verdures, en face le village de pêcheurs, la lagune et la mer.

L'hôtelier assurera le transport des voyageurs de Xhatrang à 1 embarcadère situé au fond de la baie à 2 km. 700 de l'hôtel, les navires n'avant pas assez de fond en face de Xhatrang même. Les touristes pourront ainsi reprendre le bateau parti de Sa'igon 8 jours après celui qui les a conduits k Phanrang, et se rendre directement de Xhatrang à ïourane.

TOURANE

Le port et la ville de Tourane qui semblaient appelés à un développement qu'ils n'ont pas atteint, confinent à la province du Quang-Nam. Concession française depuis l'ordonnance royale du 9 octobre 1888, elle comprend en outre quelques villages voisins.

FiG. 17.

Hôtel Morin. Tourane.

Les courriers annexes du Tonkin et de la Gochinchine, les cargoboats pour la France et les bateaux mensuels vers la Chine mouillent près de la presqu'île de Tiên-Cha ; ils sont signalés dès qu'ils arrivent

44 GUIDE DE l'aX>AJ1

en vue (K' Li lack- par le poste de télégraphie installé à l'îlot. Les appontements imposants que l'on remarque en arrivant à Tourane n'ont pas de chance d'être utilisés avant qu'un drag-age sérieux n'ait rendu la passe praticable.

Pour descendre à terre on aura la chaloupe des Messageries Maritimes. Elle peut prendre une quinzaine de passagers, mais pas de bagages. Le mieux est de s'entendre entre trois ou quatre voyageurs et de fréter un sampan sur lequel on les fera disposer avec les boys et qui. à raison de 0 S 15 par malle, les transportera directement à l'hôtel.

Il existe k Tourane un seul hôtel, l'hôtel Morin, situé au bord même de la rivière de Tourane. On y trouve de grandes chambres au l*"'' étage sur la rivière et, sur la cour, des chambres plus petites. Vu le nombre réduit des chambres il sera toujours prudent de les retenir télégraphiquement de Nhatrang.

La visite de la ville est vite faite ; elle ne renferme aucun bâtiment important, à part la gare dite de « Tourane central » située à la pointe dans les sables, mais au centre de l'endroit où on avait pensé voir la ville se construire. Tourane est relié à Hué, Quang-Tri. Dông-Hà par une ligne ferrée qui traverse le col des Nuages.

Les quelques jolies promenades que l'on peut faire hors de Tourane en voiture ou en automobile, conduisent immédiatement sur le territoire de la province du Quang-Nam.

Citons cependant :

Tourane-(Jam-Lê, route uiaudarine et retour, soit par la route de la concession (Travelle, soit par Ihôpital indigène ouïe bord de la nier.

Tounine-Hmite nianilunne-Marché de Tu y-Loan el relour.

Tourane- Tu ij-Luai^-Phu-Thuonif -Tourane.

Tourane-X(jhi-An et retour. Concession Gravelle. Différentes cultures : manioc, thé.

Page 1