‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 1 sur 216 · EXPOSE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

EXPOSE PRÉLIMINAIRE

L'iconographie chréti^nne9 dans la forme où nous l'étudions, est chez nous, on peut le dire , une science nouvelle, ta^t elle était délaissée. Le terme même dont nous nous servons pour la nommer, n'avait pas,dansla génération qui nous a précédés, absolument la signification que nous lui accordons aujourd'hui. M. l'abbé Crosnier définit l'iconographie: la science des images*; et cette définition , conforme à Tétymologie (iix«vi image; >/>«^, je décris), est répétée par M. Tabbé Bourassé K Hais avant que l'étude ne se tti portée vers les monumentschrétiens, comme elle l'a fait de nos jours, ce terme, beaucoup moins usité, s'appliquait principalement à la connaissance des monuments antiques, « tels que les bustes, les peinc tures, etc. », dit le Dictionnaire de l* Académie. Millin , qui ne le donne

i. Crosoier, Iconographie chréiienne, in-8<>. Paris, 1848, p. 10.

t. BonrasKé, ùictionnaire tP Archéologie, grand in-8». PHris, 1852, T. 11» p. 223.

pas dans son Dictionnaire des Beatix-ArU^ paratt Tavoir confondu avec celui d' Iconologie , qni en était distinct, l'iconologie étant une science interprétative, tandis que l'iconographie est surtout une science descriptive. Au point de vue où nous nous sommes placé, elles sont liées si intimement Tune à l'autre, que nous ne saurions les séparer, puisqu*il s'agit pour nous , tout à la fois, de connaître les images chrétiennes, de les comprendre et de les apprécier, pour savoir quand et comment il faut les imiter. Ce n'est pas tout, car notre étude ne se borne pas tellement à ce qui a été fait, que nous ne remontions à des sources plus élevées, afin de voir ce qui peut se faire. Toutes les manières de représenter Dieu, la sainte Vierge, les Anges, les Saints , et de rendre par des images les pensées chrétiennes, sont comprises dans le champ que nous avons entrepris de parcourir. Nous considérons Jes images et toutes les représentations de l'art, comme constituant une sorte de langage , et l'iconographie comme étant la science de cette langue. Pour bien comprendre cette langue et la bien parler, il est nécessaire d'avoir une idée juste tout à la fois des choses et des termes; et nous ne parlerons pas des termes , c'est-à-dire des représentations plus ou moins consacrées par Tusage, sans nous être mis en état d'en apprécier la valeur, par un exposé sommaire sur la nature et le caractère des êtres, des hommes et des choses auxquels on les applique.

M. l'abbé Crosnier dit que l'iconographie peut être considérée sous un double rapport : i» comme science pratique; 2^ comme science théorique; et il n'embrasse dans son ouvrage que la science théorique. Quant à nous, on voit que nousnous sommes mis dans l'obligation de traiter de l'une et de l'autre, et par conséquent, pour ne pas donner trop d'extension à notre tâche, nous nous efforcerons de condenser les faits généraux, plus que nous ne nous attacherons à multiplier l'exposition des faits particuliers. «

Avant le mouvement qui , à l'époque de là Renaissance, s'est développé au sein de la société chrétienne, et particulièrement parmi les artistes, dans le sens d'un esprit d'individualisme, la scieaee de l'iconographie n'était pas connue sous ce nom ; mais , en fait , des notions de cette nature étaient traditionnellement transmises d'école en école. Il ne faut pas croire cependant que rien de complet et de fixe ait jamais existé dans ce genre. Un traité comnie celui du moine Athonite Denis eût toujours été impossible en Occident; ce traité même est véritablement trèscurieux , et nous devons une grande reconnaissance à M. Didron pour la publication qu'il en a faite ; il explique bien des choses, et sert de terme de comparaison pour beaucoup d'autres : mais, dans son sec laconisme, il laisse entières un très-grand nombre de questions, et ne^pose pas

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au principe pour les résoudre. Dans l'Église romaine, nous avons la vie; on voit trop, dans l'Ëglise grecque, qu'elle n'y est plus. C'est par un effet de cette iséve toujours vivante au sein du catholicisme, que nous pouvons, après trois siècles , relever la science des images de l'oubli où les plus brillants succès, remportés d'ailleurs dans les arts , ne justifient pas les artistes de l'avoir laissée si longtemps.

Il en résulte que ces chefs-d'œuvre d'imagination , de vie, de relief , de couleur , de vérité naturelle , qui peuplent nos musées et nos plus eélèbres collections de gravures, nous seront de peu de secours ; le fil traditionnel des pensées chrétiennes se serait plutôt maintenu dans les imparfaites images dont le pauvre ouvrier ornait son échoppe , et que la jeune fille aime à rencontrer en feuilletant ses livres de prières; et nous ne dédaignerions pas les renseignements que l'on pourrait tirer d'une série de ces humbles productions. Qu'il est douloureux cependant , de Toir de si nobles sujets et de si saintes pensées exposés aux grossières déviations et aux puériles inepties d'une petite industrie toute mercantile 1

Parmi les tentatives de notre temps pour relever les arts dans le sens chrétien , il faudra toujours attacher un grand prix à celles qui ont été faites par la Société de Dusseldorf, principalement, en faveur de l'imagerie populaire. Mais il est bien f&cheux que l'impulsion ainsi donnée, au lieu de se maintenir avec une pieuse gravité, par la reproduction d'un certaûi nombre de bons types reconnus comme tels , qu'ils proviennent des anciens maîtres ou des compositions de quelque artiste moderne, se soit éparpillée en pitoyables efforts pour produire chaque année des mièvreries nouvelles.

L'étude que nous entreprenons n'aurait-elle d'autres résultats que de mieux fixer le goût et les idées de quelques-uns des auteurs et des propagateurs des moindres images, que nous croirions avoir été sufiBsamment récompensé de notre travail.

La manière de représenter les vérités de la religion et les saints personnages offerts par elle comme nos protecteurs et nos modèles se transmettait autrefois traditionnellement dans les écoles. Mais toutes les écoles ne suivaient pas une voie absolument identique; elles se distinguent par des différences de temps, de lieux, et même de courants dans les mêmes temps et les mémeslieux, principalement quand les moyens pratiques de représentation dépendaient d'industries différentes: une école d'émailleurs pouvait avoir des traditions iconographiques puisées à des sources bien différentes de celles , par exemple, de l'écQle contemporaine des tailleurs d'images; mais il arrivait aussi qu'elles se pénétraient réciproquement de leurs traditions propres. Il n'y avait pas immobilité dans

l'esprit humain' par rapport à la représentation des vérités religieuses : au contraire, l'étude des monuments , soit que Ton se porte vers l'Ëglise primitive, soit que Ton descende au moyen ftge^ accuse une grande activité de rintelligence et de l'imagination; mais le mouvement se produisait par masses, sans solution de continuité, et de telle sorte que, dans la transition graduelle d*un mode de représentation à un autre , on fit pénétrer dans les germes de l'avenir, quelque chose de la fleur et comme la quintessence des hautes pensées et de la suave poésie du passé.

Il en résulte qu'aucune question iconographique ne saurais être bien traitée et passablement approfondie, si on n'en connaît suffisamment l'histoire. Ces considérations déterminent la marche que nous allons suivre.

Au commeacement de chaque étude, nous déterminerons de notre mieux le caractère des hommes et des choses dont la représentation devra nous occuper ; nous verrons ensuite comment ils ont été successivement représentés. Il y a quelque chose à prendre dans le» œuvres des * temps les plus divers; elles nous apprendront tour à tour comment on peut ou rehausser un sujet par la pensée, ou le vivifier par le sentiment , ou l'animer par l'imagination , ou l'embellir par la forme.

La base de nos divisions sera la hiérarchie elle-même des êtres que l'art chrétien est appelé à représenter. Nous nous attacherons d'abord à Dieu, l'Être par excellence : à Dieu en tant que Dieu , puis à l'Homme- Dien. Viendront ensuite la sainte Vierge et les Anges; l'homme enfin, et tout ce qui s'y rattache : son âme, sa vie , les associations humaines, ses vertus , ses vices , ses connaissances , etc.

Tous les êtres compris dans cette échelle hiérarchique ne peuvent être représentés au même titre, puisqu'il yen a qui sont de purs esprits dont on ne peut faire que les représentations figuratives. Tel est Dieu d'abord, tels sont les Anges ensuite. Aux bons Anges nous devons joindre les démons. L'âme humaine séparée du corps rentre dans la même catégorie. Les êtres de raison, à leur tour, seront représentés par des allégories.

A l'iconographie de chaque personnage se rattache la représentation de ses actions principales. Mais les actions et les œuvres de Dieu : — la création , les arrêts de sa justice^ ses promesses, ses manifestations; les mystères de la venue, de la vie et de la mort de Notre*Seigneur Jésus- Christ, compris dans la sainte Écriture et célébrés dans le cours annuel des fêtes de l'Ëglise , — nous ouvrent un champ si vaste que,^si nous le parcourions tout d'abord , nous rejetterions trop loin les études qui doivent être consacrées à la sainte Vierge et aux Anges. Puis n'est-il pas vrai que, de tout temps, les Anges ont été appelés à jouer un rdle dans les drames sacrés? que là sainte Vierge y tient extérieurement la première place.

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