‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 100 sur 216 · Didran, Hitl. it Dku {leon. chrét.), p. G · texte numérisé non relu

Didran, Hitl. it Dku {leon. chrét.), p. G

192 GUIDE DR l'art GHflÉnEN.

Saint-Esprit est représenté en colombe : alors, on le place avec raisoaau milieu, entre le Père et le Fils, pour dire qu'il procède de Tun et de l'autre, et parce que, avec ce mode de représentation, il ne peut pas venir dans ridée qu'il préside.

Les trois figures humaines semblables disent autant que possible la similitude des trois Personnes divines, leur égalité en ancienneté, en puissance, en sagesse, en sainteté, en perfections de toutes sortes ; et leur distinction devant néanmoins se faire toujours apercevoir en quelque chose, on admettra, étant entré dans un pareil ordre de vérité, qu'elle ne s'accentue que faiblement, tandis qu'on voudrait, au contraire, trouver quelque moyen d*insister sur l'unité, qui ne se fait pas assez sentiir. Il y a là l'unité d'un même conseil, Tunité dans une même pensée, une wême décision. Une semblable unité des âmes est bien une des moins imparfaites images de l'unité divine, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême s'est servi de la comparaison : a Afin que tous ils ne soient qu'un, comme vous, mon Père, en moi et moi en vous : Et omnes unum sint êicut tu, Pater ^ in me^ et ego in te^ ut et ipsi in nobis unum sint, d Hais ce qu'il

y a d'ineifable dans ces paroles elles-mêmes, le pinceau ou le ciseau est incapable de le traduire, et tout ce qu'on a pu légitimement imaginer de plus, comme expression de l'unité, dans les conditions de l'art, a été d'envelopper les trois Personnes divines dans un même manteau. Ce mode de représentation paratt avoir été fort affectionné aux xv^ et xvi« siècles, si on en juge par les monuments fort variés où on le rencontre : tel, par exemple, au xv^ siècle, que le beau manuscrit (fr. 245. Voir cidessus, pi. v}, de la Légende dorée^ à la bibliothèque nationale, et, au siècle suivant, la sculpture de l'église de Verrières (département de l'Aube), reproduite p. 172.

Dans le manuscrit, la sainte Trinité est plusieurs fois ainsi représentée, avec ce manteau commun soit aux trois Personnes divines quand elles sont toutes les trois représentées par des figures humaines, soit seulement au Père et au Fils quand le Saint-Esprit est en colombe. Cette dernière disposition se retrouve aussi dans une autre miniature du xvi<> siècle, que nous reproduisons également d'après M. Didron ^ où Ton reconnaîtra une grande analogie de composition avec celle de notre Légende dorée^ vu que les Personnes divines y portent également la tiare, et soutiennent un grand livre ouvert, semblable & celui que nous avons précédemment décrit, comme figurant au-dessus de la scène de l'Annonciation, où la Trinité décrète l'accomplissement de l'Incarnation. Il y a pourtant cette

1. Didron, HUU de Dieu {ieon, chrèt.), p. 586. Cette miiiiatare a été tirée du célèbre manuscrit de Ja Cité de Dieu.

différence entre les deux manuscrits, que, dans les plus anciens, les figures diTioes sont parfaitement semblables, tandis que, dans le plus récent, on

Trinité *isc le Stinl-Eipril en colombe. (Uiaiilnre dn xT'iitcle.)

1 illoogé la barbe du Père, sans doute pour le vieillir. Il est, d'ailleurs, bien dans son rôle, en porlailt le globe à la main, tandis que le Fils se ferait suffisamment reconnaître à son étole sacerdotale. Dans la sculpture de Verrières, il y a si peu de différence dans les visages, que l'intention ^it probablement de les donner comme tout à fait semblables ; mais la dirersité très- accentuée des attributs accuse vivement celle des Per- UDoes : le Père, au milieu, portant seul la tiare sur la tële, et le globe sur les geaoux ; le Fils, étant nu sous son manteau, et portant la couronne d'épines sur la tête, la croix à la main ; le Saint-Esprit ayant sur le poing cette colombe, qui, déjà, avait attiré notre attention.

La similitude est portée aussi loin que possible dans aotie Légende iarét, à tel point qu'autorisé à reconnaître le Père au milieu, par cela

Id4 GUIDE DE l'art CHRÉTIEN.

seul qu'il y doit être, nous jugeons que le Fils est à droite, principalement par ce motif que cette place lui appartient : car si nous ue coasidërioas que le globe surmonté de la croix, que porte le troisième personnage, nous jugerions qu*il convient au Fils plus qu'au Saint-Esprit. M. Forster a publié un Couronnement de la Vierge du plus ancien des Holbein (Jean-Michel}, peint à Augsbourg, ob la similitude des trois Personnes divines est portée de même si loin, avec une telle incertitude dans la répartition des attributs, qu'il est non moins difficile de déterminer avec assurance quelle est chacune d'elles. Celle du milieu couronne: l'auteur la désigne comme étant le Fils; nous sommes d'avis» en effet, que c'est auFils qu'appartîentcette opération; maislesmonumentsoùelleest manifestement attribuée au Père sont très-nombreui. La figure de droite porte le globe, et le globe est plutôt l'attribut du Père que celui du Fils, quand ils sont représentés simultanément, à tel point que, dans la sculpture de Verrières, ne pouvant le lui donner à la main, on le lui a mis sur les genoux ; puis, à supposer que l'artiste eiit fait ce que nous jugeons le mieux quant au couronnement, il ne l'eût pas fait en plaçant le Fils au milieu. La figure placée ensuite à gauche porte un sceptre : la ressemblance de ce sceptre avec une croix nous avait invité à juger, de prime abord, que celui auquel il est confié était le Fils, mais, tout bien considéré, il n'est plus possible de douter que ce ne soit le Saint-Esprit : il n'y a donc d'incertitude qu'entre le Père et le Fils. Une inscription qui se déroule sur le bord de la robe de la figure de droite, devrait trancher toute la question; mais, sur la planche, nous n'avons pu la déchiffrer, et l'intention du peintre, à nos yeux, reste indécise^.

L'observation attentive de ces divers monuments amène, d'ailleurs, i cette réflexion : que, tousf ils ont tendu, en représentant les trois Personnes divines par des figures semblables, à exprimer non-seulement leur similitude essentielle, mais encore leur communauté d'action, préférablement à leurs opérations distinctes. Dans la miniature de la Légende dorée^ elles rendent en commun leur décret : décret distinct lui-même de l'accomplissement du mystère qui se réalise au-dessous, et où l'opération se particularise. Ce sont comme deux scènes consécutives d'un même drame. S'il ed était autrement, on serait très-fondé à critiquer la double représentation du Saint-Esprit, qui, après avoir apparu sous figure ha* maine dans le conseil divin, descend au-dessous sous figure de colombe dans l'Annonciation > , et plus loin, pour la fête de la Pentecôte, sur les

i. Forster, Mon. de ta Peinture en Allemagne, T. I, p. 20.

2. L'ange Gabriel est aussi doubleiuenl représenté, car nous eroyoos que c'est lui qui est à genoux devant Tauguste Trinité. Il se trouYerait donc en haut , soil pour solliciter raccom*

Apôtres. Là, les trois Personnes mettent simultanément la main sur le livre; dans la sculpture de Verrières, sur la couronne. Dans la peinture d'Augsbourg, ta même intention n*est pas aussi explicitement exprimée; mats Ton voit qu'elle existe, et l'on trouve là une excellente raison de la transmission des attributs. Tous ceux qui seraient convenablement donnés à Dieu représenté par une figura unique,-* le globe, le sceptre, — peavent être répartis entre les trois figures ainsi unies, selon des oonveeances de pur agencement. Ainsi, dans la miniature de Y Annonciation de notre Légende dorée , Ton voit que, le Père ayant les deux mains portées sur le livre, le Fils y portant la main gauche, le Saint-Esprit la maiq droite, il ne reste plus de libre ^ue la main droite du Fils pour bénir ^t proclamer la décision, la main gauche du Saint-Esprit pour porterie globe : ces deux mains étant ainsi employées comme le seraient celles d'une Personne divine unique.

La justesse de ces combinaisons, jointe à l'ancienneté de l'usage, jointe

aux motifs tirés de l'apparition des trois Anges à Abraham, achève, à nos yeux, de justifier la représentation de la sainte Trinité au moyen des trois figures humaines semblables, dès lors qu'on ne peut invoquer contre elle aucune prescription formelle de l'autorité ecclésiastique, mais seulement des avis contraires, formés sans que toutes les raisons aient été bien entendues et pesées. Mais du moment que Ton entre dans la voie des opérations distinctes, nous maintiendrons strictement la loi de s'en tenir aux figures distinctes aussi, sous lesquelles les Personnes divines se sont manifestées chacune en particulier s nous en tenant à ce principe que, en matière d'images de Dieu, l'art ne saurait apporter trop de réserve, de circonspection et de respect.

L'apparition desi trois Anges à Abraham, l'un des motifs qui autorisent la représentation de la sainte Trinité par trois figures humaines semblables, parait faite également pour justifier celle où trois Anges tiennent, sous les figures qui leur sont propres, la place des trois Personnes divines. Quand il s'agit de mettre en scène cette apparition même, il ne saurait y avoir de doute. En dehors de là, ce mode de représentation est peu usité; mais nous en avons publié un exemple remarquable (T. I, pi. xvu), tiré du petit tableau russe que nous possédons. Les trois Anges, expressément désignés comme représentant la sainte Trinité, y tiennent conseil avant de procéder aux préliminaires de l'Incarnation ; ces Anges sont en tout semblables, et ne portent aucun attribut qui les distingue ^

piinemeat des promesse* divines, soifc pour recevoir l'ordre d'aller en aDOoncer rexéea- Uoa ; en bas, pour participer à cet accomplisseineiit même, i. Noos en avons depuis peu observé nn noavel eiomple dans un auire tableau russe, au

496 GUIQE DB l'art CBR6T1BN.

Le pli]s souvent, au contraire, l'on veut distinguer les Personnes, tout en exprimaDt leur similitude, et nous avons vu comment on pouvait le faire par leur position, par leurs opérations et par leurs attributs. Nous ajoutons cependant quelques mots à ce sujet, afln d'y apporter plus de précision. Quand les trois Personnes divines sont représentées par des ligures humaines, nous maintenons, malgré des exemples contraires, que le milieu appartient au Père, la droite au Fils, la gauche au Saint- Esprit. Cette autre miniature que nous reproduisons en ottn no beuieax exemple. Les trois Personnes sont parfaitement semblables de visagea ;

Lu Iroit Penonnra dWinei lembliblc*, ivec de* illrihnU diitioctib. (HinUUreda XiViièele.]

le même manteau qui les enveloppe ()it leur parfaite unité; leur action est la même : ils bénissent tous également ; et leurs attributs cependant

mntia da Clno]r, n' 3068. Tro» conpoi el trois ptlni y lont tepritentét, d'une manière plu diilÎDCle, mr li lible du Canieil divin : louTenir du rep*» utti par Abrihtni, «t es mtmt Unpt «llaiieo 1 rKacbaiiiiie.

so&tparfoitement choisis pour exprimer leur distinction, le globe étant rattribot du Père, la croix plus absolument Tatlribut du Fils, et les Tables de la Loi étant très-bien appropriées au Saint-Esprit^ eu égard & rinspiration qui est particulièrement dans ses attributions. Le livre eût rendu la même idée, mais on se serait trop souvenu qu'il appartient plus spécialement au Fila. On ne pouvait pas plus approximativement qu'on ne l'a fait dans cette composition, exprimer, avec trois figures humaines, Tanitë, la similitude et la distinction entre les Personnes divines.

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