‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 101 sur 216 · TYPE DU CHRIST D'APRÂS LB6 TRADITIONS · texte numérisé non relu

TYPE DU CHRIST D'APRÂS LB6 TRADITIONS

BEAUTÉ DU GHBIST.

L'bumaDÎté du Fils de Dieu est Taxe sacré autour duquel gravite l'Art chrétien tout entier ; le culte des images y puise son principe, y trouve son terme le plus élevé ; le beau y verra son idéal et sa plus haute expression.

Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble dans une personne unique, Dieu au complet, homme au complet, de sorte que, susceptible d'être représenté par son image comme un homme ordinaire, quand on le représente selon la vérité de sa nature huniaine, on fait une imagedeDieu. — On peut le direau même titreque la sainteYierge est appelée véritablement la mère de Dieu, bien que l'humanité seuleduVerbe divin ait pris naissance dans son sein très«chaste.^Et cette image mérite le méoie respect^ la môme vénération auxquels elle aurait droit si elle pouvait exprimer la nature divine elle-même du Sauveur; elle a les mêmes titres pour \e représenter selon la rigueur du terme, c'est-à-dire pour faire qu'on puisse le considérer comme présent et lui adresser tous les honneurs, toutes les demandes que comporte sa double tiature,en les adressant extérieurement 'à son image.

La valeur de l'image, comme représentant l'original, selon cette manière rigoureuse de parler, plutôt dans le sens d'une idée morale que dans celui d'une œuvre artistique, n'ebt pas essetitiellement liée à la perfection du travail, à l'exactitude avec laquelle l'artiste a su reproduire lestraitsdu modèle; elle dépend principalement de l'intention manifestée, par des efforts d'imitation sans doute , mais aussi par la situation donnée ^ l'image, par les attributs destinés à la caractériser ; et quand surtout elle est bénite, selon les rites de l'Ëglise, elle reçoit comme une déléga-

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tion sacrée, qui la rend plus spécialement propre à remplir l'office qu'on lai demande.

Mais si l'on considère la chose sous le rapport de l'art, l'office propre da peintre lui*méme est essentiellement de faire ressemblant^ avec toute la perfection dont l'œuvre est susceptible. Relativement à l'humanité du Fils de Dieu en particulier, nous entendons qu'il tende de tous ses efforts à se conformer au modèle divin, et nous comprenons que, pour y réussir d'une manière satisfaisante, il faudrait s'élever à des hauteurs 'désespérantes. Les œuvres des artistes les plus vantés demeareot au-dessous de nos pensées, au point de nous arracher un soupir qoaod nous les comparons avec l'idée adorable que nous nous faisons des traits du Sauveur.

Nous le verrons, ce visage qui ravit incessamment de joie et d'admiration toutes les puissances célestes, et, nous reportant, avec la connaissance parfaite que nous en aurons, vers le passé qui se sera écoulé ici-bas, faisan entrer l'art et l'histoire en participation de notre existence éternelle, nous Doosferonsdes tableaux oiinous nous représenterons sans fin les situationit ou il a plu à Jésus de passer pendant sa vie mortelle, et dans chacune d'elles il nous apparaîtra avec le genre de beauté qui leur sera le plus admirablement approprié.

Aujourd'hui, tout ce que peuvent de mieux le génie et la science, c'est de nous soulever vers nos destinées immortelles; mais soulever ainsi, c'est faire quelque chose de grand, et on le fait toutes les fois que, dans une haute mesure, l'on nous met en voie d'imaginer quel fut sur la terre le type visible le plus accompli de toute perfection, de toute beauté, le vrai corps du Fils de Dieu.

On a fait bonnejustic^ des doutes élevés sur la beauté deNotre-Seigneur Jésus-Christ.

Le prophète Isaîe, dans le célèbre passage ou il décrit avec tant de vérité et de pathétique les souffrances et les opprobres de THomme-Dieu, nes'étai aucunement proposé de nous faire connaître ses traits, et le portrait qu'il en trace ne peut se rapporter qu'aux circonstances de sa Passion : c'est alors que lésus, épuisé, défiguré par la douleur, souillé de boue et de crachats, a pu paraître dans un état véritablement vil et abject, aux yeux grossiers de ceux qui l'entouraient.

L'opinion de quelques-uns des Pères ne peut avoir plus de portée que le textede leurs commentaires, et si l'on peut en conclure quelquecbose, relativement à l'aspect du Sauveur, c'est qu'il n'avait rien qui, dans l'habitude de la vie, frappât le commun des hommes par aucun éclat extraordinaire, rien surtout de ce qui, appelé beau par des hommes sensuels, se verrait refuser ce nom dans le langage des Anges.

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Il tenait voilë ce rayonnement céleste qui, naturellement, aurait dû toujours rejaillir de son corps, comme cela est arrivé sur le Thabor.

Il n'avait point cette pompe etcette majesté d'emprunt dont s'entourent les rois et les grands de ce monde.

Ayant voulu, pendant trente ans, vivre ignoré, passant pour lefils illettré d'un simple artisan, il faut croire que, par son extérieur, il évitait de se distinguer sensiblement des autres hommes.

Pour expliquer comment ses bourreaux ont traité si ignominieusement son divin visage, il n'est nullement nécessaire de supposer, comme Tertullien semblerait le dire par hyperbole, qu'ils y étaient excités par la déformation de ses traits. Sans avoir besoin de creuser bien profoodément dans nos propres âmes, nous verrons qu'il suffit de déchaîner les maavais instincts de la nature, pour qu'ils deviennent capables de pareils excès : la jeunesse, la naissance, la beauté ne font alors qu'exciter ces sortes de tigres que Ton appelle encore des hommes. Hais, assurément , personne n'eût osé mettre la main sur le Fils de Dieu, si ses traits avaient dit soffisamment quel il était.

Le problème se résout en associant la pureté des lignes, la noblesse et la régularité des traits, l'épanouissement d'une âme toujours sainte, toujours sereine, toujours maîtresse d'elle-même, à la simplicité du maintien, à la modestie d'attitude, à la pauvreté des vêtements. Ces traits peuvent pâlir parles veilles, se creuser parles jeûnes et les larmes, s'altérer au Jour des grandes ignomi n ies et des suprêmes douleurs, deven ir mécon naissables; comme nous le disons de quelqu'un que nous reconnaissons cependant, comme aussi nous voyons la maladie et la mort faire des ravages inouïs sur un visage naguère plein de fraîcheur et de vie, sans y faire disparaître les lignes d'une admirable beauté.

Nous est-il arrivé quelquefois de rencontrer des Saints, de ces hommes que l'on peut coudoyer dans la rue sans y prendre garde, et qui sont déjà à moitié dans le ciel? Nos yeux s'arrétant sur eux, nous aurions pu dire dans un premier mouvement : qu'ont-ils de plus que les autres? En les considérant avec plus d'attention , n'avons-nous pas entrevu d'abord, puiA reconnu bientôt après sur leur front, dans leurs yeux, sur leurs lèvres, dans toute leur personne, une paix qui n'est pas de ce monde? C'est un rayonnement, c'est une lumière qui nous soulèvent doucement vers les sphères ou ils vivent; notre admiration en serait exaltée, enflammée hors de toute mesure, si nous y étions mieux préparés.

Toi sur les chemins delà Galilée, tel dans les cités de Juda, devait paraître habituellement le Fils de Marie. Mais, par moments, quelle dc'licieuse expression devait s'épancher sur ses lèvres, quels éclairs de-

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▼aient jaillir de ses yeux, de quelle majesté devait s'empreindre toute sa personne !

« L'éclat et la majesté de sa divinité cachée», ditsaint Jérôme, à propos delavocation de saint Matthieu, aqui rejaillissaientsurson visage humain, ff pouvaient, à première vue, attirer à lui ceux qui le considéraient *. » Saint Thomas d'Aquin , qui cite ces paroles, les fait suivre de cet autre passage du même Père, relatif aux vendeurs chassés du temple : a Parmi c tous les prodiges du Seigneur , aucun ne me parait plus éton- < Daut : oooçoit-on qu'un homme, à une époque oii il pouvait paraître • méprisable, ait pu, armé seulement d'un fouet, chasser une aussi grande f multitude? Il faut qu'il se soit échappé de ses yeux des traits de feu tout « célestes >. a

Saint Jean Ghrysôstôme dit que les peuples étaient comme cloués à sa vue, ne pouvant se lasser de le voir et de l'admirer ^ ; qu'il était plein de grftces et qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer ^. Saint Bernard répète qu'ils s'attachaient à lui, entraînés à la fois par ses paroles et par Taltrait de sa personne : car il n'y avait rien de doux comme sa voix , rien de beau comme son visage '. Son regard était plein de beauté et de pudeur, ajoute saint Laurent Justinien; l'humilité, la douceur le rendaient aimable à tout le monde; ses lèvres étaient comme des lis d'où coulaient le lait et le miel et qui répandaient les parolesde la m éternelle •.

Ce sont là, dirons-nous, deselfels qui tiennent au charme de la physionomie et non à la perfection des lignes, et nous savons que ces deux genres de beauté ne sont pas toujours réunis dans la même personne. Telle ligure parfaitement conformée nous laisse, faute d'expression , froids et insensibles, et telles persennes que nous préférons nous parattraient laides et difformes si la beauté de leur âme ne se peignait sur leurs visages en traits accentués. Le Sauveur a certainement réuni en son corps tousles genres de perfection ; il était, comme le dit l'Ange de l'école,

t. Cam trensiret, vidii hominem nomioe Maiibeum, etc. (Matth., ix.) Fulgor ipse %i majtttas divinitatia occult», qu» eliam io facie relucebal humana, videntea ad se trahere poterilei primo aspecta. {Summa Theoiog., part, iii, q. xuy, a. 3.)

1 Mibi, interomnia signa qu» fecit Dominas, hoc videtur esse mirabilias, quod nnas boiDo, in illo tempore contemptibilis, potaeril ad unios flagelli verbera tantam ejicere mallitadioem : ignoom enim qniddam atqve sidereom radiebat ei ocnlie ejua. (Ifferofi-, ad Mattb.. XXL)

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