Dictionn. des Ânt. ohrét., article. Jéms
TYPE DU CHRIST DANS l'ART. 345
La figure de terre cuite (voir fig. 4 de notre pi. xil) que M. Perret a fait figurer dans son bel ouvrage^ comme provenant des Catacombes, admirable qu'elle est d'exécution, neserait, selon l'opinion deM.de Rossi, qu'une œuvré du xv^ siècle; et, quant à la figure en imitation de mosaïque qui a trouvé place au musée du Vatican et qui a été également publiée par H. Perret, elle serait une contre façon du siècle dernier ; ces deux portraits, le premier surtout, méritent néanmoins quelque attention, et nous y reviendrons.
La pierre sépulcrale à figures gravées au trait, représentant le don du volume déployé, que Marangoni a découverte, publiée ^ et transportée à Agnani, et dont M. Perret a aussi donné un dessin plus exact,paraU s'être inspirée du type traditionnel. On est fondé à le croire, d'autant mieux que saint Pierre et saint Paul s'y présentent aussi avec les principaux caractères de leurs types historiques; mais ce monument est d'une exécution trop imparfaite pour nous donner, sous le rapport qui nous occupe, rien de plus que des indications. Quant à sa date, Marangoni la supposait du temps des persécutions, niais sur des motifs qui, dans l'état actuel de la science , n'ont pas conservé la valeur qu'il leur accordait : on a plus de chance de rentrer dans le vrai, en faisant descendre ce monument au moine jusqu'au iv« siècle.
Les fonds de verre à figures dorées représentent assez fréquemment le Christ, mais ils ne lui attribuent jamais un type caractérisé; nous n'avons donc pas ici à nous en occuper. Sur les sarcophages, il en est ordinairement de même, dans les scènes latérales où les faits et les vérités fondamentales exprimées par leur moyen sont l'objet de la représen-
tation, plutôt que la personne elle-même. Dans la scène centrale , ou le Sauveur est plus directement mis en vue, on lui a souvent encore attribué le type de l'éternelle jeunesse, mais souvent aussi il s'y montre avec la barbe traditionnelle: ses cheveux alors sont retombants et bouclés, mais non séparés sur le front à la manière nazaréenne. Yu l'ensemble de la figure, on peut se demander si les sculpteurs ont voulu vraiment reproduire le type traditionnel de leur modèle, ou si même ils l'ont bien connu. Nous comprenons que la question soit posée ; nous avons même remarqué certains sarcophages qui faisaient naître l'idée, dans la figure du Christ, de quelque réminiscence du Jupiter païen. On se l'expliquerait, mieux que nulle part ailleurs, dans une branche de l'art qui , jusqu'au triomphe définitif du Christianisme, ne fut point cultivée dan» des ateliers exclusivement chrétiens, si tant est qu'il y en eût même de
1. Marangoni, Acia sancti Vielorini ; Storia del capella ai ian Loren%o» — Revue de FAri chrétien, 1857. — Perret, Cotacombe».
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mixtes, où les chrétiens, faisant plus qued'j choisir les sujets susceptibles d'être innocemment appropriés à leur usage, aient pu aller jusqu'à mettre la main à l'œuvre, sans danger de souiller leur foi et de manquer à leurs devoirs.
H n'en est pas moins probable, tout en admettant que ces circonstances ne furent pas étrangères à la physionomie particulière donnée à la figure du Christ, sur les sarcophages, que cette figure provenaitdu fonds commun des traditions chrétiennes. De plus profondes modifications s'expliquent par des variétés d'interprétation, par des pratiques d'école : cherchant le beau ou dans la force ou dans la grâce, la faiblevsse d'exécution s'en mêlant, on vieillit sans vouloir vieillir, comme l'on énerve sans' vouloir énerver -, et c'est ainsi que se forme ce que nous pourrons appeler, dans l'art, des sous-types ou des types secondaires, quelquefois fort éloignés de la source dont ils proviennent.
Le sous-type des sarcophages se réps^ndit dans le même genre de monuments, de Rome jusqu'en Provence ^,oii nous l'avons trouvé très-caractérisé sur le sarcophage placé à l'entrée de Saint-Trophime d'Arles, dans le Christ central qui fait à saint Pierre le don du volume.
Nous avons cependant parlé d'un sarcophage qui, faisant exception, reproduit le type traditionnel du Christ, quant à ses traits les plus essentiels, et en tout autres termes, — non plus dans la scène centrale du don sacré, Notre-Seigneur étant représenté là avec le type de l'éternelle jeunesse,— mais dans la scène latérale de la guérisonde l'Héraorrhoïsse, inaitée probablement du groupe dePanéas(pl. i). L'artiste a réussi, par ce contraste, à mettre en relief, dans la personne du Sauveur, le Dieu et l'homme, l'un et l'autre glorifiés divinement et humainement dans deux compositions distinctes.
Elevé, en tant que Dieu, dans les régions célestes, tendues comme un voile sous ses pieds, par la main de l'Air personnifié, il reparait en tant qu'homme, dans un groupe de statues où, avec une réiminiscence des traits qu'on lui avait vus sur la terre, il avait reçu les honneurs que l'on rend aux grands hommes.
Les médailles sont aussi classées parmi les monuments qui peuvent nous offrir des images primitives du Christ ; elles nous rejettent cependant tout à coup de plusieurs siècles ev ^vant; le D'Walsh, auteur d'une étude spéciale sur cette sorte de monuments *, donne, comme la plus ancienne des monnaies frappées à l'effigie de Noire-Seigneur, celle de
1. Les sarcophages deRavenne para.ssent, au contraire, provenir d^uoe école parfaitement distincte de celle qui, de Rome , se répandit dans les Gaules.