Bioma «oftorafiM, p
318 UUIOS DC l'art CBBéTWft,
d'où coulent lest quatre fleuves évangéliques; très-promptenient il est uimbé. Sa tête est surmontée d'une croix ou du chrisme; quelquefois il réunit plusieurs de ceâ signes de distinction. Sur le sarcopbage de Milan, publié d'abord par Allegranza', ou n'en retrouve plus aucun; mais, outre sa position centrale, il se fait remarquer par la supériorité de ses dimuisions.
Sur le sarcophage de Juiiius Bassus, qui se trouve près de la Confetsim de saint Pierre, dans les cryptes de la basilique, par une singularité dout nous ne connaissons pas d'autre exemple, l'Agneau est mis en action dans quelques-unes des scènes dont la représentation est le plus habituelle sur cette sorte de monuments : ainsi il multiplie les pains, il ressuscite Lazare ', les autres personnages étant ainsi transformés eux-mêmes eu brebis. Cette manière d'associer l'Agneau et les brebis rappelle d'ailleurs lesexpressionsdelaprose piscale, A gnui redimit ovei^el la mise en action de l'Agneau est conforme au langage de l'Apocalypse, où l'Agneau ouvre le livre sacré, où il est dit qu'il faut se garder de la colftre de l'Agneau.
Agoeau Iriomphant. (Masée de Clun;, ivin' ilèele *.)
Néanmoins, c'est bien l'idée même de victime qui domine babituellemenl dans la figure de l'Agneau ; mais cette victime a triomphé par la
I. Spkga%ioiu toprà taeri mon. di Milatio, in-l>, 1757, pi. vt.
t. Dini lei fujeti da Sacrifice tAhraham it do Rocher frappé yor Mcftt, la pcrHinnife* lODt aniii Inniforni j» en igasan ou en brebii , pour dira iiu'ili loal la flgnre do di'ia Agnenn : Abraham , comme lacriQeateuri Itiic , eainme Tictims ; MoTte , comme Sgort d» aaini Pierra, le àilégMi et le repriieatint dn SauTenr,
S. Cet Agneau . fttti an Irait lur ans pUqna d* ctij*ra ddeoup^e 1 jour (■* ISK). Ml
V£TfiMI£NTS, ATTEIBUTS £T KMni.g^gs DL CHRIST. 279
vertu même de sou sacrifice ; elle a été immolée, mais c'est vivante qu'elle dispense les fruits de sa mort. Comme victime triomphante, l'Agneau est représenté debout, et c'est avec cette pensée que. plus tard, on lui a doanéà soutenir une croix pavoisée, tandis que l'idée plus spéciale de l'efficacité de son caractère de viciîme et du prix de son sang se manifeste quand, ouvrant le côté de l'Agneau, on en fait jaillir dans un calice ce sang régénérateur.
Dans la représentation abrégée de l'Apocalypse, qui fut adoptée, en UD certain nombre d'anciennes basiliques, comme un type propre à figurer au sommet de l'arc triomphal, lAgneau est bien couché au-dessus du livre aux sept sceaux ; mais il s'y montre plein de vie comme sur un trône, qui est en même temps l'autel du sacrifice, les quatre animaux lui faisant cortège, les sept flambeaux répandant autour de lui leurs splendeurs, les vingt-quatre vieillards étant là, pour l'acclamer et lui présenter des couronnes (T. I, pi. iv).
Aux époques où les chrétiens n'avaient pu encore se résoudre à représenter le Sauveur attaché à la croix, l'Agneau tint d'abord lieu de cette représentation, exprimant, sous une forme figurée, les mêmes pensées : si bien que les premiers crucifix sont, comme la représentation de l'Agneau lui-même, conçus avec une idée de triomphe. Le concile in Trullo porta un décret pour faire disparaître l'emblème, voulant qu'on lui substituât ce qu'il signifiait, c'est-à-dire l'image même du Sauveur crucifié. Ce concile n'ayant pas été confirmé par le Saint-Siège, fut sans autorité, et son décret n'eut probablement aucune influence sur la marche de l'iconographie chrétienne; mais il manifeste la dispositiondes esprits au vin* siècle. Déjà précédemment, la figure d<^ l'agneau et l'image du crucifii étaient employées parallèlement; ce parallélisme continua; il s'affirme sur la croix de Velletri, où sont représentés sur une face le Sauveur cruciGë,et sur l'autre l'Agneau qui le figure. Le crucifix remj.orte de plus en plus, mais l'agneau ne fut pas abandçnné ; pendant tout le moyen âge, il se dresse sur beaucoup de monunionts avec sa croix pavoisée ; dans cette attitude même, et successivement sous d'autres attitudes diverses, il devient l'un des attributs de saint Jean-Baptiste. Au xv« siècle, Van Eyck lui consacra son fameux tableau de Bruges, composition éminemment vaste, dans un espace restreint, où l'Agneau, élevé sur l'autel du salut, reçoit les adorations des Mages, des Saints, de l'Eglise entière.
Dans les temps modernes, de même qu'on a prétt^ndu, dans la représentation du crucifix, plutôt attendrir qu'exalter, l'Agneau a été étendu
entouré des quatre fleuves du paradis terrestre, personnitiés. Nous reviendrons sur ces figures , et doos pubUerons ua des fleuves dans notre T. 111.
lui-même sur cet instrument du salut, comme une victime immolée et sans vie, et sous cette forme, il était devenu d'un usage habituel comme Tune des figures les plus propres à orner le devant d'un autel, lorsque, sous rinfluence de la vive impulsion donnée tout à coup à Tétude de l'archéologie chrétienne, il s'est relevé pour témoigner que , sans cesser d*étre victime , son sacrifice consommé, il porte incessamment des fruits de vie.
LE IK)ISS0N.
L*emblème du poisson, pendant les trois ou quatre premiers siècles de l'Eglise, a été appliqué à Notre-Seigneur Jésus-Christ aussi généralement que celui de l'agneau a pu l'être depuis : Ton sait qu'il repose principalement sur le célèbre acrostiche au moyen duquel les premiers chrétiens avaient su trouver dans le mot grec ix^v<, poisson^ les premières lettres de ces mots : intrwt Xft<rfs QuV Tm Sdrnp, Jé>us-Christ Fils de Dieu Sauveur. Il devint d'un grand usage, par le besoin que l'Eglise naissante ressentit de jeter le voile du secret sur des vérités trop sublimes pour être comprises sans préparation. Le poisson fut ainsi un signe mystérieux, une tessère oii les fidèles lisaient un abrégé de leurs croyances, qui leur servait àr se reconnaître sans les exposer aux interprétations ridicules ou impies des païens ; un signe par conséquent qui leur devint moins utile quand l'Eglise eut conquis sa liberté sous Constantin^ et d'autant moins que le ciiristianisme fit plus de progrès, si bien qu'ils cessèrent graduellement de s'en servir, et que le poisson employé isolé* ment pour signifier le Christ est déjà rare dès la fin du iv*^ siècle. Si l'on en trouve encore des exemples au v* et au vi% comme l'a prouvé H. de Rossi *, c'est en des conditions mixtes, combiné avec d'autres symboles.
Nous avons dit que l'emblème du poisson, appliqué à Notre- Seigneur Jésus Christ., n'avait pas son fondement direct dans les saintes Écritures, dans ce sens qu'il n'y est jamais appelé de ce nom, comme de celui de l'Agneau. Mais par voie d'allusion, il est indubitable, d'après la doctrine (les saints Pères, qu'il a voulu se faire désigner lui-même, en plusieurs occasions où le poisson figure, dans les récits évangéliques, d'une manière merveilleuse : les miracles de la multiplication des pains et des poissons ; la pièce de monnaie du tribut, trouvée dans le sein d'un
1. /le Chrittiamii tuùHumeniislx'^vi exhibenUbut, SpielL Solê«n., T. 111, p. 547.
VÊTCMBNTS, ArnUBITTS ET KMBIAMKS DU CHRIST. 281
poissoa ; la circonstance du miel et des poissons mangés par lui. quand il apparut à ses disciples après la Résurrection; la rencontre du pain et du poisson rôtis près de lui, sur le rivage du lac de Tibériade.
Le poisson du tribut est une figure de la Rédemption ; dans les autres ciroonstan<5es, le poisson apparaît comme une figure de l'Eucharistie; rappelant d'ailleurs les eaux qui sont son élément, il devient un emblème du baptême, ou plutôt de celui des mérites duquel les eaux baptismales tirent toute leur vertu *. C*est en vue de ces faits et de leurs significations, que le poisson est ordinairement représenté dans les monuments chrétiens, où, sans l'avoir laissé dans un Isolement plus mystérieux, on a entendu le rapporter à la personne du Sauveur. It y parait comme l'aliment eucharistique lui-même *,ou comme le support et le fondement de cet aliment divin (T. I, pl. m), comme le support aussi de la barque qui symbolise l'Eglise '.
Sur la table de ces repas représentés dans les Catacombes, où Ton a vu d'abord un souvenir des agapes, et qui font plutôt allusion aux festins célestes, le poissou est devenu le mets obligé ^; et en des temps postérieurs, xians quelques représentations de la Cène, on a cru avec raison qu'on en rendrait mieux le mystère, si le poisson y figurait encore 5
De même que le mot h/fivt est pris quelquefois, dans les anciens textes, comme le serait un nom propre, pour désigner directement Notre-Seigneur, de même la figure du poisson a été souvent employée comme un moyen de désignation personnelle, mais plutôt avec la valeur d'un signe hiéroglyphique, que dans le sens d'une véritable personnification, à la différence de l'agneau. L'Agneau se prête aux expressions de physionomie qui conviennent au Fils de Dieu : il vous regarde, il souffre, il 4rioniphe, il reçoit les insignes d'ho;iueur qui appartiennent au Sauveur^ en personne. On n'a rien vu de semblable pour le poisson, et dans les sujets dont nous venons de parler, il figure comme un mot dans une phrase pour exprimer des idées qui se rapportent à ce divin Sauveur, sans diriger aussi directement la pensée et les affections vers sa personne sacrée. De ce langage primitif sont dérivés ce que nous pourrions appeler des tours de phrase symboliques, encore usités au moyen âge : c'est ainsi que, dans une miniature du xm* siècle publiée par le cardinal Pitra, d'après un manuscrit de Saint-Germaiu-des-Prés, pour dire que la Synagogue a