‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 142 sur 216 · Ps. CI · texte numérisé non relu

Ps. CI

i' Ou bien elle leur a été enlevée par un serpent. Voir Vtiraux de BwrgeM, p. 100, note. Les autres Yersious cadrent moins avec la symbolisme du pélican.

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fait seuiir le poids de sa justice, qu'où a pu le tenir en aussi grande estime que si, au lieu d'être adapté au récit de la Passion avec une autre origine, il eût été calqué sur elle. L*emblème du pélican, à ce titre, méritait de survivre au discrédit où sont tomt>ées la plupart des fables du Physiologus, La faveur dont il est devenu l'objet se rattache d'ailleurs aux dispositions plus affectueuses et plus personnelles» pour ne pas dire plus sentimentales» que commença à prendre l'ascétisme cliritien au moyen âge. On ne le voit point figurer dans les monuments de l'antiquité chrétienne ; nous n'en connaissons pas d'exemples avant le XLn^ siècle, et ce n'est qu'au xiv^ que nous le voyons employé commeTaQ des accessoires du crucifix.

Plus anciennement, un autre oiseau plus' fabuleux encore, puisque son existence même est une fable, le phénix, avait eu à son tour le privilège de représenter le Sauveur. Le phénix et le pélican expriment l'un et l'autre des idées de résurrectiou : c'est, en effet, dans des temps beauocNip plus rapprochés de nous, que le sang du pélican a été considéré comme entretenant la vie de ses petits, tandis qu'il est versé* pour la leur rendre , et qu'on y a vu un emblème plutôt de l'Eucharistie que de la Rédemption.

Dans la transition du phénix au pélican, suivie des modifications survenues dans la manière de comprendre <îelui-ci, on peut voir un nouvetii spécimen de la marche générale des idées : le phénix, c'est le Sauvear recouvrant la vie par sa propre vertu ; c'est le soleil de justice bien supérieur à l'astre qui, à la chute du jour, au déclin de l'année, nedisparaitoa ne semble perdre de sa force que pour éclairer, réchauffer d'autres mondes, et reparaître bientôt plus brillaut de puissance et d'éclat. Le chrétien des premiers temps s'identifiait avec son divin Mattre ; il comprenait que, le Christ ressuscité, lui-même était ressuscité : ressuscité à la grâce d'à* bord, il avait reçu en don le principe de la résurrection à la gloire. Sod amour pour ce Sauveur^ à raison même de semblables pensées, s'élevait du premier jet à des hauteurs sublimes; déjà, il aimait un peu comme l'on aime dans les cieux : qu'avait-il besoin de s'attendrir au souvenir des luttes douloureuses au prix desquelles )e Fils de Dieu avait infiniment accru le prix de ses victoires, quand, au contraire, il eût craint de l'abaibser, en envisageant quelque chose de ce qu'il fut hunotainement, si ce n'est à titre de trophée ?

L'emblème du pélican, associé à la Résurrection dans les verrières du xiu^' siècle, atteste que, pour les chrétiens de cette époque, la corrélation entre la résurrection du Sauveur et la résurrection à la grâce avait continué d'être une idée courante; mais le besoin s'était fait sentir, d'émouvoir les âmes par des représentations et des images qui, non cou-

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tentes de leur mettre sous les yeux, avec le triomphe de leur chef, le sort qui les attendait à la condUion de s'élever jusqu'à lui, leur montrassent ce que Jésus avait fait, afin de descendre jusqu'à nous. Dans cette voie, il y avait place pour un autre genre de sublime ; les âmes des Saints n'y faillirent pas : le séraphin d'Assise, au souvenir des souffrances de son Jésus, Alt pénétré de tels traits d'amour, qu'il mérita de partager jusqu'à Tempreinte douloureuse de ses plaies sacrées ; l'Ange de l'école tira de son cœur, pour le Pélican divin, un cri de componction capable d'attirer snr le monde des flots de ce sang, dont une seule goutte suffii^ait pour en laver tous les crimes ^.

Saint Thomas, dans ce chant, se montre encore principalement de l'école primitive, si on le compare aux accents et aux images de la piété dans les temps tout à fait modernes. Il ne s'apitoie point: s'il gémit, ce n'est point sur le sein paternel cruellement percé ; il gémit sur luimême, et en horreur de ses souillures; s'il le fallait pour s'en purifier, il solliciterait plutôt de nouveaux déchirements de la pieuse Victime. Cependant, par la place n>éme qu'il accorde au pélican dans une hymne au Saint-Sacrement, on peut dire qu'il le fit entrer dans Tordre d'idées où l'on viendra à ne plus y voir qu'un touchant emblème de l'Eucharistie.

Tandis que le pélican prenait racine dans l'iconographie chrétienne, lephénix avait cessé depuis longtemps d'y figurer, du moins comme emblème du Sauveur. Considérée, en outreja différence complète des compositions oà on les rencontre , on ne peijtf dire aucunement de ces deux emblèmes qu'ils y fussent substitués l'un à l'autre, d'autant moins que le phénix n'a point reçu, dans les monuments figurés, une valeur de personnification égale à celle que le pélican s'est vu donner. Néanmoins, il n'était pas hors de propos de les comparer. Les compositions où ils figurent le Sauveur à des points de vue divers, expriment également les idées fondamentales du Christianisme : mais elles le font selon le tour des esprits et la modification des aspects, amenés par l'évolution des années.

Pour nous qui cherchons à faire revivre, des autres époques, tout ce qui peut s'adapter aux besoins de notre temps, disposé comme nous le sommes à voir le phénix reprendre sa place dans l'art chrétien, à y rappeler le pélican en sa plus large signification, nous avons à voir sous quelles formes, sous quelles couleurs, dans quelles conditions il convient

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