Pie Pellicane, Jean Domine
Me immanduin manda tuo sanguine, Cvjns nna atilla saWnm facere Totnin mandom quît ab omoi sedere.
286 GUIDB DB l'art CHRtTieN.
de les représenter l'un et l'autre, en faisant observer quMls ne sauraient figurer dans une même composition, tant qu'ils demeureront caractéristiques de deux modes différents.
Aucun animal réel ne rendrait suffisamment, par ses formes, l'idée qu'on doit se faire de ces deux merveilleux okeaux. En se rapportant aux meilleures iig ires du phénix, celles oii il se dresse et lève sa noble tète surmontée d'une aigrette, le corps et le cou allongés» on lui donnerait quoique chose du paon et du faisan, mais sans aucun développement de la queue, au delà de ce qui est nécessaire pour éviter la diflTormité, et il achèverait de s'en distinguer par la couleur ; le blanc est,, pour le fond, celle qui lui convient, et de même du pélican, mais chez l'un principalement avec l'éclat de la lumière, chez l'autre avec celui de la pureté : li un plumage dont les extrémités se dorent et s'irisent brillamment, ici la blancheur sans tache de la neige.
Les modernes, lorsqu'ils ont représenté le phénix, •— non plus coiaaie un emblème du Sauveurressuscité, puisqu'il avait depuis longtemps cessé d'être usité dans ce sens, mais pour exprimer une idée d'excellence eu de renouvellement plus vulgaire, — l'ont ordinairement montré étendant les ailes sur les flammes d'un brasier. Il serait bien préférable, se plaçant dans un ordre d'idées aussi supérieur que celui dont nous parlons, d'imiter les anciens artistes chrétiens, et de toujours poser l'oiseau de la Résurrection au faite du palmier dont le symbolisme est le complément du sien. Si on lui étend les ailes pour lui donner plus de vie, que ce ne soit point avec la pensée qu'il ait besoin de s'envoler pour monter plus haut, car, sur l'arbre sacré, il est au plus haut des cieux.
Aucun artiste chrétien ne songerait à copier, sur la nature, le pélican réel, avec la grande poche qu'il porte sous le cou : pour représenter Toi* seau symbolique, on raccourcit son bec, on lui allonge le cou selon des formes idéales qui lui donnent quelque ressemblance avec le cygne. Au moyen âge, le type du pélican s'éloignait encore plus de la réalité, et, par son profil dégagé, il avertissait mieux qu'il ne le fait avec les dispositions plus compactes du groupe moderne, d'élever sa pensée au-dessus de tout ce qui peut s'observer naturellement.
Nous ne nous arrêterons pas aux autres animaux, réels ou fabuleux, qui, d'après les Bestiaires^ ont été représentés au moyen âge comme em* blêmes du Christ. Leur usage sous ce rapport n'ayant été que transitoire, et ne méritant pas de revivre, nous nous contentons de mentionner, pour exemple, la calandre, dont le regard était réputé pour certains malades un gage de guérison, et dont la description imaginaire, avec son plumage blanc et ses cornes fantastiques, semble se rattacher à l'existence réelle de l'orfraie ou de quelque autre oiseau de nuit. Lîaigle aurait des titres
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plus sérieux que ceux qui lui viennent de même source» pour figurer le Sauveur; mais le besoin ne scf faisant nullement sentir de l'employer désormais dans ce sens, il y aura tout profit pour la netteté et la précision du langage iconographique, de laisser le noble oiseau tout entier et uniquement i son rôle d'emblème évangélique. Nous en dirons autant du taureau, dont le nom est attribué par saint Damase à Notre-Seigneur, parmi tous les titres qu'il accumule, pour dire que ce divin Sauveur réunit tous les genres de force, de puissance, de vertu.
La nature entière est faite pour exprimer en détail toutes les perfections de Dieu ; rien même n'est fait de main d'homme qui ne puisse tendre à ce but, car lliomme ne fait rien qui ne soit la mise en œuvre des propriétés que Dieu a placées dans les créatures, au moyen des facultés qu'il lui a données. Dans les êtres inanimés, et jusque dans l'échelle inférieure des choses sans vie, le Fils de Dieu a trouvé des emblèmes dignes d'exprimer, par rapport à 1 uiJes pensées les plus saintes, des emblèmes dignes de le représenter lui-même: il s'est comparé à un cep de vigne dont nous serions les brandies, et dans quelques-uns des anciens sarcophages on voit en effet serpenter une vigne, qui a probablement pour but de rappeler cette fmage. Saint Damase a compris le nom de l'olivier parmi les titres qu'il lui donne. Le palmier, enfin, figure dans beaucoup de monuments du premier âge, sinon comme un nom propre qui lui soit donné, . du moins comme une épithète associée à Texpression principale pour dire qu'il est la résurrection et la vie, comme il est la paix, comme il est le principe et la racine de toute vertu, de tout bonheur, de toute gloire.
Notre-Seigneur Jésus-Christ est encore la source d'eau vive, il est la montagne sainte: saint Damase le dit également, et, dans l'iconographie primitive, ces figures sont assez souvent associées à son image, plutôt pour dire quel il est, que pour exprimer rien qu il ait fait. Il serait difficile, au contraire, de rendre convenablement, dans le langage iconographique, les noms de pierre angulaire, de pierre précieuse , et nous ne voyons pas en effet qu'on ait tenté de le faire, pas plus qu'on n'y rencontre les figures de mur, de porte, de colonne, de maison, appliquées au Sauveur, comme elles le sont dans les vers de saint Damase, bien qu'elles se prêtassent facilement à ce genre de représentation *.