Moxzoni, Tavole delta itoria delta Chiesa^ p
3. Onginairemeot, elles étaient venues de la Palestine, où elles étaient destinées à Gooteoir de I*httile des Lieux-Saints.
tenterons do faire observer que, sur Tune de ces fioles, la croix surmontée du buste de Notre-Seigneur est feuillée comme un arbre vivant; que, sur une autre, elle est reportée au revers du petit monument, afin d*étre placée sous un arc triomphal, tandis que, sur la face principale, le Ghriât étend les bras pour rappeler qu'il y fut attaché (fig. 5) : particularités d'autant plus remarquables que^par la présence des larrons et par d'autres accessoires, on a montré aussi clairement que possible l'intention de fixer les souvenirs sur le Calvaire.
L'art chrétien s'étant enfin décidé à attacher le Sauveur à la croix, nous verrons plus loin quel caractèrs il y donna encore pendant longtemps à sa figure sacrée. Ici nous avons à nous occuper de la croix à deux points de vue qu'il ne faut pas confondre : en tant qu'elle constitue l'œuvre d'art elle-même, en tant qu'elle est l'instrument de supplice sur lequel repose le divin Crucifié. La croix de Honza (pi. xvni) nous donne lieu tout d'abord d'appliquer cette distinction : c'est une croix pectorale ; ses formes, appropriées à cette destination, encadrent la croix même qui est réputée porter immédiatement l,e corps de Notre-Seigneur, cette croix et le divin corps étant dessinés sur son champ avec d'autres figures accessoires encore, et ces deux croix, dont l'une est inscrite dans l'autre, n'ont aucunement les mêmes formes. Observation qui nous amène à déterminer les différentes formes de croix.
On distingue trois principales formes de croix, désignées sous les noms de decussata^ commissa et immissa^ qu'il est plus simple et plus selon nos usages d'appeler, dans notre langue, croix en sautoir, croix tronquée et croix proprement dite. La première, en forme de X, est dite aussi croix
de Saint-André, parce que l'usage a prévalu de ral^tribuer à ce saint Apôtre comme instrument de son supplice , bien que la légende fasse entendre qu'il fut plutôt crucifié sur une croix proprement dite, mais posée horizontalement. La seconde affecte la forme d'un T; il y a lieu de croire qu'elle était eHectivement la plus employée comme instrument de supplice. La troisième, f , est la seule à laquelle nous donnions proprement le nom de croix, la distinguant par les noms de croix grecque^ et de croix latine, selon que ses quatre parties sont égales ou que sa tige inférieure s'allonge plus que la tête et les branches. *
Sauf le cas de la croix decicssata ou en sautoir, qui a bien été employée pour rappeler d'une manière large l'instrument du salut, mais non pas au point qu'on y ait jamais attaché le corps du Sauveur, les branches de la croix sont ordinairement perpendiculaires à la tige; il n'est pas sans
1. La croix à quatre branches ëgalea, dite croix grecque, D*a jamais été employée pour les crucifiements.
exemple, cependant, qu'elles s'inclinent en fourche comme les branches d'un arbre vivant, et prennent la forme d'un Y. Telle on la voit dans un Cruci fiement ^ compris parmi les peinturies du xin* siècle, dont est revêtue la chapelle de Saint-Sylvestre, attenant à l'église des Quatre-Gouronnés, à Rome ; et c'est sous cette forme que Gatheïrine Emmerich , dans ses Méditations^ dépeint la croix du Sauveur.
En admettant que la vraie croix ait été commissa^ ou en forme de T, quant à son corps principal, elle serait revenue cependant à la forme immissa^ qui, ayant seule prévalu, est devenue pour nous la croix proprement dite, au moyen du support auquel dut être attaché le titre de la croix ; mais de telle sorte que cette tige supérieure surajoutée se distinguât par l'infériorité de ses proportions. Tel est conçu l'instrument du supplice auquel proprement est attaché le Christ sur la croix de Honza, tandis que, dans son ensemble, ce petit monument appartient sans réserve à la forme ordinaire dite immissa. Une observation semblable s'applique à une croix du vm^ siècle, également pectorale et destinée à contenir des reliques» de la classe, par conséquent, des encolpia':qm se trouve au musée du Vatican, où nous l'avons fait photographier, malgré son travail grossier, à raison de son importance iconographique (pi. xvm, fig. 7, 8). Sur la croix des princes de Hohenlohe, publiée par M. l'abbé Bock et par lady Eastlake >, sur celle de Lothaire, publiée dans les Mélanges d'Archéologie 3, qui ellemême conserve la forme immissa^ la croix en T, commissa, qui supporte le Christ, n'a même aucun prolongement supérieur pour porter le titre : là ce titre est supprimé, tandis qu'ici il repose immédiatement sur la traverse. D'ailleurs. les deux croix , bien que dessinées d'une manière aussi distincte l'une de l'kutre, demeurent cependant complètement toutes les deux dans la foiune immissa.
En résumé, la forme decussaia^ en X, appartenant uniquement à la classe et à la période des croix dissimulées, les croix monumentales reviennent toujours à la forme immissa, tandis que les croix employées eflectivement pour le crucifiement, variant de la forme commissa à la forme tnimma , reçoivent plus souvent la première dans l'antiquité primitive» et finissent par ne recevoir à peu près que la seconde.
Ces formes générales se prêtent ensuite à des variétés de détails extrê
i. D'Agincourt, Peint., pi. ci (an liiS). — Jameson et Eastlake , Buiory of.ottr Lord, T, II. p. 175.
S. Bork, Trésors (fe Cologne, pi. xxxvi ; Lady Eastlake, History ofour Lord, T/ !I, p. 330.
3. Cahier et Martin, Mit. d* Archéologie. Nous eu donnerons une réduction un peu plus loin.
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mement multipliées, et qui ne sont pas les mêmes, selon que la croix est un signe, selon qu'elle est un monument ou qu'elle sert, en effet, au crucifiement. Vu les proportions de ces études, nous avons dit suffisamment comment la croix fut figurée comme signe dans l'Eglise primitive, alors que, autrement, elle n'était pas ou elle était peu représentée; depuis lors, elle a pu l'être au même titre, sous toutes les formes employées pour les autres catégories de croix, avec cette seule différence qu'alors on les abrège. On comprend, d'ailleurs, comment les croix employées comme signes, et employées comme monuments, se rapprochent sur des limites ou elles arrivent à se confondre, celles-ci n'étant qu'une réduction des secondes, et les secondes étant des signes qui acquièrent de l'importance par les proportions ou le mérite du travail.
Nous verrons quelles sont les variétés de forme des croix monumentales et des croix de crucifiement, en nous occupant de chacune d'elles en particulier, ce que nous allons faire en commençant par les dernières.
CROIX DU CRUCIHEMENT.
Nous ne discuterons pas ici la question de savoir quelle était, en fait, la forme de la vraie croix : était-elle pleinement tmmissa^ pleinement commissa; participait-elle de ces deux formes, au moyen du titre et de son support; ses bras étaient-ils inclinés ou dans une position horizontale? Nous n'entreprendrons pas d'apporter de nouvelles lumières pour le décider, nous nous contentons de faire ^connaître, à cet égard, la pratique de l'art, et nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'interdire aux artistes, dans ces limites, la liberté dont ils ont joui précédemment. De même, ils seront autorisés à la représenter plus ou moins longue et élevée, faite de bois équarri ou de bois brut ; à verdir même ce bois, à le feuiller, à lui donner des branches, jusqu'à en faire un arbre vivant : cela montre que les règles "de l'iconographie se prêtent à tout ce qui peut faciliter leurs compositions; à tout ce qui peut leur servir pour rendre dos idées vraies, sans rien préjuger de ce que l'on peut savoir ou conjecturer des véritables proportions données à l'instrument du salut. Assurément,- tout fut mystère dans cet arbre sacré : qu'il ait été formé de plusieurs bois différents^ ayant chacun une signification profonde ; que l'arbre de vie lui-même du paradis terrestre, miraculeusement conservé, soit entré dans sa construction; que, par un dessein providentiel, sa tige soit restée plongée dans
la piscine probatique, d'où on l'aurait relirée par une permission divine, au moment voulu, après l'y avoir laissée des siècles sans y prendre garde : aucune de ces pieuses traditions ne nous parait invraisembable. Nous nedoutons pas que les constructeurs de la croiiL n'aient été, à leur insu, guidés par la main de Dieu, pour qu'elle répondit, dans les moindres détails, à sa sublime destination ; et nous croyons que Dieu y mit autant de soin et de précision, au moins, que dans la construction du tabernacle et de l'arche d'allianee. Mais beaucoup de ces choses sont de celles qu'il n'est pas au pouvoir de l'art de rendre, alors même que l'artiste les connaîtrait. Et quant aux proportions générales, leur à-propos et leur harmonie étaient en rapport avec des conditions de perspective et de situation qu'il est impossible de transporter identiquement dans une œuvre artistique.
Quelque latitude que l'on puisse se permettre relativement aux formes et aux proportions de la croix, (|uand on la destine directement à recevoir le corps de Notre-Seigneur , cette intention embrasse une certaine mesure de réalité; elle exclut tout ce qui est de pur ornement. Tout ce qui revient à ce caractère, soit dans la disposition générale, soit dans les détails, est propre aux croix monumentales, et de nature à faire rentrer^ dans cette catégorie, dans une mesure correspondante, toutes celles où on le rencontre. Les variétés propres aux croix de crucifiement sont limitées, d'une part, aux formes que la vraie croix aurait pu recevoir effectivement ou qu'on peut imaginera ce point de vue; de l'autre, à celles qui peuvent lui convenir, si on la considère symboliquement comme vivante.
Dans le premier cas rentrent les modifications de forme qui tiennent au plus ou moins d'élévation proportionnelle de la tige, et nous ne voyons guère que celles-là qui aient été adoptées avec une intention soutenue et non fortuite; en désignant les croix vivantes comme entrant dans le second cas, nous avons aussi déterminé le trait commun à toutes les variétés qu'il embrasse.
Les croix des crucifix et Crucifiements primitifs sont généralement toiit juste assez longues pour porter le corps du Sauveur, et ne vont pas au delà. Mais le développement des compositions dramatiques et pittoresques, au xni» siècle, amène à calculer les proportions de la croix^ pour l'effet qu'elle, doit produire : il est évident alors que l'on aime à la grandir, à l'élever dans les airs autant que l'espace le permet. Dans les monuments de petite dimension, comme les miniatures, les diptyques, il faut se resserrer, et de même dans ceux qui, de leur nature, — comme les verrières, — doivent, s'ils sont bien entendus, beaucoup se d iviser,et réduire
chaque scène comme aux proportions d'une strophe dans un chant lyrique. Voyez, au contraire» dans les grandes peintures murales qui Yont se succéder pendant trois siècles : les Cmh'fiemenis de Giunti, à Assise ; de Buffalmaco ou de Pierre d'Orvieto, à Pise ; du Beato Angelico, dans la salle du Chapitre, à Saint-Marc de Florence; de Masaccio, à Saint- Clément de Rome ; ou encore de Mantogna dans son tableau du Louvre : la croix s'y dresse au-dessus des assistants, jusqu'à une élévation qui serait impossible, à considérer seulement la vérité matérielle du fait. Le vieux Giuntà n'a pas grandi la croix proportionnellement au corps du Christ, mais il a diminué de moitié tous les autres personnages. Le procédé de ceux qui l'ont suivi est moins archaïque : tous les corps sont d'égale dimension ; mais la tige de la croix est allongée également, au point que la lance de Longin serait bien loin de pouvoir atteindre le c6té qu'elle doit percer. Le chrétien ne fera pas de cette disposition, naturellement impossible, l'objet d'une critique : il aimera mieux en goûter l'idée vraie; il aimera à diriger ses regards, sans obstacle, sur Celui qui, seul, lù-haut, doit attirer tout à lui. Dans les termes de l'art devenu classique, afin que la représentation puisse, autant que possible, s'accorder avec toutes les conditions du fait, les proportions de la croix ont dû être beaucoup rabaissées ; et pour qu'elle demeure sufSsamntent en vue au milieu des assistants, il faut recourir à d'autres expédients de composition.
Le titre de la croix et le svppedaneum, ou supportdes pieds, sont des accessoires qui appartenaient, le premier certainement, le second trèsprobablement à la vraie croix. Selon une opinion vraisemblable, le titre de la croix reposait sur un support d'une dimension moindre que le corps de l'instrument sacré, et c'est ainsi que le représentent les plus anciens Crucifiements (Voir pi. xvni , fig. 6, 7) ; mais rarement il repose sans intermédiaire sur la traverse de la croix ; puis, l'usage de la croix pleinement immtssa ayant prévalu, on en est venu à l'attacher généralement à la tige supérieure, conçue comme étant d'une seule pièce avec sa base. La forme de la tablette destinée à recevoir l'inscription n'a pas été traitée indifféremment : il est remaj'quable que, pendant toute l'antiquité chrétienne, on ait eu soin le plus souvent de la terminer par deux appendices en queue d'aronde, aux extrémités latérales. Cette disposition parait tenir à l'usage d'exposer à la vue du public , avant de le fixer sur l'instrument du supplice, l'écriteau portant le motif de la condamnation des crirpinels : il fallait qu'on pût facilement tenir cet écri^ teau des deux mains, sans voiler l'inscription.
Les Juifs accusaient Jésus de vouloir se faire Roi : Jésus, interrogé par Pilate, avait répondu qu'en effet il était Roi. Pilate, ayant à dire, sur le
3M GUIDE DB lUrT CHRÉTIEN.
titre de la croix, pourquoi Jésus était condamné, ne trouva pas d'autre motif que cette prétention à la royauté ; et, par une permission divine, il arriva ainsi qu'au lieu d'imputer un crime au royal supplicié, il lui attribua une qualité qui lui appartient légitimement. Les Juifs sentirent le coup, et voulurent faire changer cette inscription ; mais Pilate tint d'autant plus à la conserver, qu'elle les humiliait. Ainsi, sur la croix méme^ Jésus fut proclamé Roi> comme il Tétait en effet ; Aoi des Juifs , c'est-à-dire le Roi du peuple choisi, le Roi de la promesse, le Messie. Le titre de la croix, en conséquence, a pour objet, dans l'iconographie, de dire ou de rappeler tous les titres de Jésus ; il les dit par lui-même et sans qu'on y lise aucune inscription, comme sur Tun des reliquaires de Monza ^ et sur la croix encolpium en relief du musée chrétien, au Vatican *^ Il se présente en outre, sur cette dernière, avec cette particularité remarquable, qu'il est orné de perles et entrecoupé de deux lignes croisées en sautoir : seraient-ce les cordons d'une lettre scellée, et aurait-on voulu^ par là, donner à méditer sur le secret de la royauté divine? (PI. xviii, fig. 7.)
Les auteurs des crucifix les plus primitifs ne se sont pas astreints, d'ail* leurs, à reproduire, en tout ou en partie, les termes mêmes de l'inscription : ils se contentent souvent de divers sigles, de nature à désigner le Sauveur. La croix de Monza porte ceux-ci : ICX, ainsi complétés : ICXC, sur le second des reliquaires du même trésor ^ de manière à offrir la première et la dernière lettre de chacun des deux mots Ucvç-Xftsru, Jésus-Christ. Beaucoup d'autres crucifix portent des caractères d'une valeur analogue, comme ceux-ci : IHS XPS , dans une miniature du sacramentaire de Gellone ^, ou seulement IHS , sur une croix émaillée (lu xii^ siècle, publiée par lady Eastlake et appartenant à sir Robert Curzon, remarquable par le Christ habillé et noblement posé, dont elle est chargée. Le Sanio Volto de Lucques est surmonté, en guise de litre, de l'A et de l'a.
Le texte précis du titre de la croix est donné par saint Jean : Je^us Na-