Musée du Louvre, collection Sauvageot. A
près, il devient impossible de douter que Tusage d'inscrire la croix dans le nimbe n'en dérive. Dans le plus ancien nimbe crucifère que nous ayons pu citer avec certitude de son antiquité, celui des catacombes d'Alexandrie (pi. iiffig. i), il est à remarquer que l'entrecroisement , se faisant au sommet de la tête, exclut la possibilité d'une autre interprétation ^
A la forme de la croix, consacrée comme signe du salut et comme rappelant le Christ qui en est l'auteur, il s'attache, il est vrai, beaucoup d'autres idées qui ne sont pas propres aux chrétiens, mais qui ont bien pu entrer en ligne de compte dans les vues de Dieu, quand il a choisi l'instrument sacré sur lequel s'est accompli le salut du monde. Que par sa tête s'élevant dans les cieux, par son pied pénétrant les abtmes, par ses branches embrassant l'espace à droite et à gauche, la croix représente une idée d'universalité ; que le front et les tempes soient, comme le dit M. Didron, les points cardinaux de la sphère cérébrale ^ ; que des païens, voulant exprimer l'énergie de la puissance et de la divinité, en soient venus à faire jaillir de chacun de ces points de la tête, trois gerbes de rayons lumineux qui affectent la forme crucifère, il ne faut pas s'étonner de cette rencontre : mais les chrétiens, dans l'usage permanent qui s'est établi parmi eux, ont assurément suivi une ligne qui ne leur eût pas été suffisamment indiquée par quelques cas fortuits. La croix a orné le nimbe du Christ, parce qu'elle est le signe de ce Dieu Sauveur, parce que le nimbe est un emblème de gloire, et que, de tous les signes de triomphe, la croix est devenue le plus glorieux.
Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs (pi. ii, fig. 9) un exemple de nimbe crucifère dans sa forme définitive, quant à la disposition de la croix associée aux cercles irisés de l'époque primitive.
Il est rare au moyen âge, affirme M. l'abbé Crosnier, de trouver l'image du Sauveur avec un simple disque non marqué de la croix. On la trouverait plus rarement encore dans ces conditions, pendant la période romane que pendant la période ogivale; mais si l'on remonte au rx« siècle, on observera quele nimbe crucifèreétait alors moins généralement en usage qu'il ne l'a été depuis. Dans les mosaïques des Saints-Nérée-et-Aquilée, à Rome, de la fin du viii® siècle, et de la cathédrale de Capoue, du commencement du ixe, le Christ en est dépourvu 3. Le crucifix de Lothaire, celui de l'ivoire de Tongres, réputé contemporain parle Père Cahier, sont niême sans nimbe d'aucune espèce, la couronne suspendue sur la tète du Sauveur pouvant
i. A Poussais (Vendée), une descente de croix du xip siècle laisse voir en entier le disque d*un nimbe crucifère avec ses quatre branches.