Trésors de Cologne, pi. \uu
JBMJS SOUFFRANT. 393
la tête du Saureur crucifié ne de\'ii]t pas commun avant cette époque. Pins anciennement, les couronnes que Ton voulait faire servir à saglorîiication étaient suspendues an-dessus de sa tête; elles étaient d'abord tressées de feuillage, c'est-à-dire qu'elles célébraient sa victoire plutôt qu'elles ne proclamaient sa royauté, et après que les cour(5nnes de feuillage eurent cessé d'être en faveur, il nous parait s'être écoulé un intervall^ de temps assez long avant que les couronnes franchement royales ne Tobtinssent à leur tour. Cette faveur ensuite, dans laproportion toujours restreinte à certaines classes de monuments où elle exista, se maintint pendant le xni« siècle, mais se propagea peu au delà.
Quand le Sauveur est couronné de la tiare, comme sur un petit crucifix conservé au Baptistère de Florence ^ comme sur le plomb de H. Forgeais, c'est évidemment avec l'intention de célébrer son souverain sacerdoce. Nous tenons peu de compte, d'ailleurs, des différences de formes attribuées à la couronne suivant les temps et les lieux. Ainsi le bandeau du crucifix deLilliers nous parait avoir absolument la même signification que la couronne fleuronnée.
En voyant sur la croix le vainqueur, le roi, le pontife, nous ne pouvons oublier que Notre-Seigneur y fut aussi la victime , et l'on se demande si la couronne d'épines ne va pas enfin, à son tour, y prendre décidément la place qui en réalité lui est due. Si ou s'en rapportait aux planches et aux appréciations de Gurti, on trouverait deux exemples de couronnes d'épines qui pourraient, à défaut d'une plus grande antiquité, se rattacher à la période dont nous parlons : l'un de ces exemples serait donné par un morceau de la vraie croix, sculpté en bas-relief par des artistes ruthéniens, conservé dans le trésor de Saint-Pierre du Vatican, et publié d'abord par Rocca^; l'autre, parle crucifix que l'on croit venu de Palestine avec la Sainte-Maison de Loretle 3. Mais l'inexactitude plus que probable des dessins, quant à un détail nécessairement peu apparent sur les originaux, d'après ce ^ue l'on sait de l'exiguïté de l'un et de l'état d'altération de l'autre, ne permet d'en tirer aucune induction sérieuse.
Ces deux monuments mis hors de concours , nous n'en voyons plus aucun dont on puisse s'autoriser pour croire qu'avant le xni* siècle une vraie couronne d'épines ait été posée sur aucune image de Notre- Seigneur crucifié. Sur la dalmatique impériale du Vatican . elle est
t. Gori, The», vet. dypt.y T. \)I, p. 128.
2. Rocca, Theêourui pontif. sacro^que anliq. Roma, 1746,T. 1, p. 155. — Curli, De ehffis dominicis, p. 50. L*époque de cette sculpture est incertaine.
3. Curti,p. i7. A juger d'après Tensemble des formes, ce crucifix nous paraîtrait du xiiie siècle.
3M GUIDE DC l'art CUftÊTlKN.
reprénentée suspendoe à rembranchemenl de la croix ^; mais H M bien différent de la prendre ainsi pour irophëe ou de l'eaftyiioer smt la tète du Sauveur. Tout au plus au xn** siècle, au moment oii Ton donnaplus de développement aux représenlations des mystères doolcHiKuic 4le la Passion, pourra-t-on apercevoir sur cette tête sacrée une récatnisc^iteei plus voisine de la cruelle réalité, dans certaines couronnes tressées! qiidi<fM' sans épines. Celle que Ton observe sur le candélabre de Saint^Paul ; d'après la gravure de Nicola!^, paraîtrait d'autant mieux renlrerxhns ces termes, qu'elle . coïncide avec la figure d'un bourreau armé d'uo
marteau, le seul que nous ayons encore vu et que nous verrons de longtemps représenté auprès de la croix.
Si nous descendons jusqu'au xm" siècle, on sera plus fondé à reconnaître une vraie «DUPO0iie>d'épifie& sur la tête du Christ, dans le crucifix monumental de Weschelbourg, publié par H. Porster ^. Les piquants y sont rare», ils ne pourraiept pas taire souffrir la tèie dans la position qoe la couronne occupe à son sojpomei ; mais enfin, il y a des piquants. Si, placée de la sorte, cette couronne est devenue plutôt un insigne réel d'Jbkomieur, elle rappelle pourtant les trop réelles dérisions du prétoire et les tortures d^ Calvaire. Et comme, même au xur siècle, telle n'était pa;^ encore la pensée dominante que l'on prétendait attacher aucrucitix, la^^çowo.n^ç, d'épines n'y apparut que rarement.
.11 et^ arrivé souveiUque ia couronne a fait négliger le nimbe, ces deex ii^ign$9, oompri^ aouâ le nom générique de corona dans la langue du temps, étant sane doute réputés .pou voir facilement se suppléer ; mais on irait trop loin si on voulait relever une vègle là où il n'y avait que des tendances. Sur l'ivoire de Tongres, vous verrez une couronne suspendue^ et point de nimbe; sur les quatre ivoires qui lui sont comparés, des nimbes crucifèree, et point de couronnes*, sur le candélabre de Saint-PmuK une couronne ceignant la tête et point de nimbe pour le Christ sur la : croix, nimbe crucifère sans couronne pour toutes les autres figures do Cbrist sur le même monument. Au contraire, sur le crucifix désir Hofaot Curzon, la couronne s'associe au nimbe crucifère ; au nimbe simple, sur la châsse de Villemaur (xiii* siècle), publiée par M; Le Brun (f Al^
1. Amiales archéol, T. I, p. 152. Sur ia croix , publiée par GiainpiDÎ, Vel, mon., T. U, pi. XII (et que nous avons tiécrile précédemment) il semble que Toih observe quelque chose de semblable.
^. Basilictt àiStni Paolo^ pi. xvni. La };ravnre du Christ vétn de la lo''$:^ae robe, putiliée par M. Tabbé Bock [Trésort de Cologne, pi. \xxvi), fait soupçonner quelque chose d*afi»logue.