GoH, The$. vet. dypt., T. III, p
il en est le cœur et la vie. En dehors des grandes compositions absidialesetdela représentation des sujets historiques , on en chercherait vainement une autre où la gloire du Fils de Dieu fût mise autant en relief. Voyez-le au milieu des cieux, dans une auréole de Chérubins, entouré de sa cour , où d'autres Anges, par la variété de leurs types, rappellent les hiérarchies qui les distinguent; où, après la sainte Vierge et saint Jean-Baptiste , qui occupent plus près de lui un rang à part, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les martyrs, sont représentés par leurs types les plus illustres, et plus spécialement TÉglise, par saint Pierre et saint Paul. Au-dessus, Dieu le Père n'apparaît dans sou éternelle majesté que pour le couvrir de son ombre et faire comprendre que, dans l'unité d'une seule nature , leurs perfections sont les mêmes. Au-dessous de lui plane le Saint-Esprit qui , procédant de l'un et de Tautrc, est ici plus spécialement représenté , à raison du sujet, comme envoyé par le Fils et se répandant sur l'Église, avec la doctrine évangélique, exprimée par les quatre Livres des Évangélistes soutenus dans les airs par un pareil nombre de petits Anges.
L'Église enseignante et sa doctrine vivifiante, résumées ici-bas par la foi au Sacrement d'amour, voilà, en effet, le véritable sujet de cet admirable tableau. L'Eucharistie implique tous les principaux mystères dont la connaissance est communément nécessaire au salut, l'unité divine et la distinction des personnes, l'Incarnation du Verbe, la Rédemption dont Jésus-Christ nous transmet les fruits par cet aliment sacré qui n'est autre que lui-même , sacrement.au moyen duquel il renouvelle chaque jour le .sacrifice accompli sur la croix, et nous en applique l'efBcaAté avec une profusion sans pareille.
La présence réelle de Jésus sur nos autels se combine avec son assistance souveraine et continue du haut des cieux où il est assis et où il règne à jamais.
Or, ce que nous voulons faire remarquer, c'est que cette figure de Notre-Seigneur, que l'on peut, à tant de titres, appeler une figure du Christ triomphant, est nue et dépouillée jusqu'à la ceinture. Ceci n'avait rien de nouveau , puisque, indépendamment de tous les exemples qui en sont donnés par Raphaël, par ses contemporains et ses prédécesseurs immédiats, nous avons vu qu'il en était ainsi fréquemment dès le xiii® siècle. Nous revenons sur cette observation, afin de bien mettre en relief la différence des époques. Dans l'antiquité chrétienne, au milieu même de ses humiliations et de ses souffrances, le Christ conservait quelques attributs de sa grandeur : on en était venu, à l'inverse, à ne pas séparer des représentations de sa gloire quelque chose qui entretînt la coinponction par un certain souvenir de ce qu'il avait souffert. On pourrait ,
il est Trai, essayer de n'y voir que rimitation de l'antique et le goût du nu, s'il ne s'agissait que du xv* siècle, puisque dès lors l'invasion avait eu lieu. Mais alors même, et sans contester ces influences, on peut assurer qu'elles ne seraient pas venues aussi tôt et n'auraient pas envahi jusqu'à l'école Ombrienne sur un pareil terrain , si les artistes n'avaient eu en vue une substitution , dont les deux termes ne peuvent mieux s'exprimer que par ces deux invocations : JesjUà admirabilis , Jésus amabilis. Elles répondent à l'évolution qui s'était opérée au plus intime de l'esprit chrétien , dans ces régions où il règne et régnera sans affaiblissement jusqu'à la fin des temps, toujours pur des mélanges que l'esprit du siècle et l'esprit de chaque siècle ne répandent qu'en des régions moins élevées de l'atmosphère artistique.