Gori, Thés vet. dypt., T. III, p
senter à genoux, avec sa femme et son fils, au pied du trône oii règne le Christ triomphant^ ; sur ]e devant d'autel de la cathédrale de Bàle; saint Henri et sainte Cunégonde n*ont voulu apparaître que plus profondément prosternés encore et dans les proportions de taille les plus humbles, aux pieds de leur Seigneur et Maître. Plus d'un siècle après, deux princes bien éloignés de leur sainteté, mais vivant sous Tcmpire des mêmes idées, bien plus conformes à l'esprit chrétien, qui faisaient l'une des supériorités de l'Occident sur l'Orient, Henri H d'Angleterre et Aliénor d'Aquitaine, se faisaient -représenter de même dans la situation la plus humble, au bas du grand vitrail de la cathédrale de Poitiers, soutenant la tiare sous la tête de saint Pierre crucifié la tête en bas ; au-dessus, leur Maître commun est aussi sur la croix , mais le Christ triomphant de l'Ascension domine la composition tout entière.
L'ordre des idées suivi quant aux représentations du Christ triomphant, est à peu de chose près, nous avons pu nous en convaincre, l'ordre même du temps. On a commencé par faire de la gloire du Fils de Dieu le sujet direct et principal d'un grand nombre de compositions ; on s'est ensuite servi de l'image glorieuse du Sauveur, comme d'un élément de composition où Notre-Seigneur , bien que toujours appelé à jouer le premier rôle, à raison de sa supériorité divine , n'était pas toujours entré le premier en ligne de compte dans les intentions des artistes , ou de ceux qui avaient eu la direction de leurs œuvres. A mesure qu'on approche des temps modernes , ces images , quels que soient les termes de leur représentation, deviennent de plus en plus rares, et on arrive à ne connaître plus guère -d'autres manières d'exalter le divin Sauveur que la représentation directe des mystères glorieux de la Résurrection, de l'Ascension et du Jugement dernier , de plus en plus ramenés du point de vue des idées à celui des faits. Hors de là, le Crucifix prime l'image du Christ triomphant , ou , si Notre-Seigneur est représenté, abstraction faite de tout événement historique, c'est plutôt dans le sentiment mystique de son amour que dans le caractère fortement compris de sa gloire. On va plus loin : dans sa gloire même , on lui laisse quelque chose du dépouillement auquel il s'était assujetti dans ses soufl'rances. Prenons, par exemple, l'œuvre culminante de l'art chrétien, la Dispute du Saint-Sacrement : on ne peut pas dire d'une manière absolue que la glorification du Sauveur en soit le sujet, mais, soit que l'on considère l'enchaînement de^ idées, soit que l'on s'attache à la disposition des personnes et des choses, selon qu'elles frappent le regard, le Sauveur glorifié en occupe le centre,