‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 24 sur 216 · NIMBE CARRE · texte numérisé non relu

NIMBE CARRE

Le niint)e circulaire, en général, exprime une idée de gloire et de cou* ronnement parfait, et, sa signification étant bien dégagée de tout alliage, il devient exclusivement le signe de la vie béatifique : le nimbe quadrangolaire exprime une idée de vertu, et il a été accoixié à tout personnage mort ou vivant, mais plus ordinairement vivant, dont on a voulu honorer le caractère et les vertus, sans prétendre le mettre au rang des Saints qui, en possession définitive de la gloire céleste, peuvent être de notre part Tobjet d'un culte.

Le plus ancien exemple connu de cette sorte d'insigne, provient des peintures chrétiennes (découvertes à Alexandrie par M. C. Wescher et publiées par M. de Rossi ; nous n'avons pu en donner qu'une idée im-* parfaite, par le spécimen que nous avons essayé de faire reproduire iso* léiDent(pl. uiyfig. \i) : on juge beaucoup mieux dans l'ensemble offert 4)ar la planche du Bulletin d'archéologie chrétienne^. Ce nimbe carré est attribué à saint André, désigne par son nom et placé à la gauche du Christ, en regard de saint Pierre, qui occupe la droite et ne porte aucun nimbe. Comprenant mal M. de Rossi, nous avions cru qu'il le faisait remonter au in^ou au iv<^ siècle, époque à laquelle appartient une première couche de ces peintures; mais, d'après de nouvelles indications qu'il nous a fait l'honneur de nous communiquer, le nimbe carré de saint André comme le nimbe crucifère dont nous avons fait reproduire les linéaments (pl.'ii, fig. 2), appartiennent également à la nouvelle couche de peinture ajoutée au vi^ siècle. Quelle était, à l'époque encore reculée à laquelle remonte cet exemple, la signification de cette sorte de tabletteappliquéederrièrela tête?

L'attribution qui en est faite à saint André, ne semblerait guère permettre de l'interpréter selon le sens qu'on lui donna plus tard. Cependant, le sujet direct de la représentation étant la multiplication des pains, où, d'après l'Evangile, saint André prit une part nominale, serait-il défendu

t. BuUeHn éCArd^. ekrét., 1865, p. 63.

de conjecturer que Ton a voulu» par ce moy^n, indiquer que, dans la circonstance, il demeure dans la réalité de son rôle historique, tandis que le chef des Apôtres, son frère, est appelé à y prendre part au nom du plus haut symbolisme? Mais il est plus sage de dire simplement que la signiiicatioa du nimbe quadrangulaire, à l'époque dont il s'agit, ou n'était pas encore fixée, ou nous est restée inconnue.

C'est au vm^' siècle que Ton retrouve la première mention écrite de ce nimbe ; elle est donnée par Jean Diacre, dans la Vie de saint Grégoire le Grand. Cet écrivain , après avoir décrit minutieusement un portrait de ce grand pape, qui existait de son tempsdans le monastère de Saint- André, sur le mont Cœlius, monastère qui, depuis , a pris lé nom même de saint Grégoire, termine en ces termes : Circa verticem vero tabula similitudinem quod viventii insigne est^ prœferenSj non coronam^. Ainsi saint Grégoire portait sur la tète, dans son portrait, non pas une couronne, c'est-à-dire un nimbe circulaire, mais une sorte de tablette : d'où son historien infère, comme d'une preuve manifeste, que ce portrait avait été fait de soo vivant, et par sa volonté, pour l'édification des moines qu'il avait gouvernés ^. Nous avions cru que H. de Rossi n'admettait pas ces conclusions, sinon ce témoignage de Jean Diacre ^. Il est bien certain que le nimbe quadrangulaire n'a pas été exclusivement réservé aux personnagesexistants lors de l'exécution des monuments; mais qu'il ait été substitué au nimbe circulaire sur la tête d'un Saint ayant autant droit que saint Grégoire à porter celui-ci, c'est là ce qui dérangeait toutes les notions que nous avons pu recueillir à ce sujet ; puis nous expliquions difiicilement que l'historien do saint Grégoire, écrivant au ix® siècle, eût attribué à la fin du vi^' siècle un portrait qui n'eût pas été antérieur au vn«. Mais, d'après des éclaircissements donnés aussi sur ce point par M. de Rossi , nous savons aujourd'hui qu'il avait voulu dire seulement que le nimbe quadrangulaire était probablement resté rare avant le ix» siècle.

Dans les mosaïques du triclinium de Léon III, il est attribué à Constantin, recevant de Notre-Seigneur l'étendard, comme défenseur de l'Église, bien qu'il fût mort depuis plus de cinq siècles, aussi bien qu'à

i. Vie de saint Grégoire, L. IV, cap. lxxxiv.

2. Papebroke, dans ses Propyléts de mai{Acta Sanclorum, maii, T. 1), et Rocoa {Thésaurus PorUifidarum sacrarumque aniiquarumt 2 yoI. in-fol. Runie, 17i5, T. II, p. 369), ont donné le porlrait de saint Grégoire, avec le nimbe quadrangulaire dessiné d*aprës la description de Jean Diacre. Rocca dit s^étrc aussi servi d*une mauvaise peinture exécutée environ trois cents ans après cet historien , c'est-à-dire sans dovte vers le xii^ siècle, d'après le portrait primitif : il est permis de croire que, par cette voie, on a conservé du moins exactement la forme du nimbe de ce portrait, telle que nous la reproduisons (pi. il, fig. U).

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