‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 65 sur 216 · SOLUTIONS PROPOSÉES RELATIVEMENT A LA DROITE ET A LA GAUCHE · texte numérisé non relu

SOLUTIONS PROPOSÉES RELATIVEMENT A LA DROITE ET A LA GAUCHE

Tous les motifs exposés nous avaient paru appartenir cependant à l'esprit du moyen âge, beaucoup plus qu'ils ne reviennent à celui de l'anti^ quité primitive. Au iv* siècle , saint Pierre conserve encore la droite, et ne l'a pas encore cédée à saint Paul , selon l'expression du distique d'Urbain Y, sur le plus grand nombre des monuments où ils sont représentés aux côtés du Sauveur oud'un signe central qui tient sa place, notamment dans la catégorie la plus nombreuse de ces monuments, qui est fournie par les fonds de verre^à figures dorées. Nous avions donc cru qu'il fallait chercher l'origine de l'usage qui s'établit bientôtaprès, dans un autre ordre d'idées, où aucune pensée de préférence, même accidentelle, pour l'Âpôtre des Gentils, n'aurait encore pénétré. L'importante composition où Notre-Seigneur remet à saint Pierre, le nouveau Moïse, le dépôt de la nouvelle loi, sous la forme d'un volumen déployé, ou d'une tablette plus propre à exprimer le rapport qu'on entendait établir entre ce don sacré et celui qui fut fait sur le mont Sinaï, nous avait paru de nature à jeter du jour sur la question, et nous avions proposé d'y voir la première cause de cettesorted'interposition entre les deux Apôtres qui, faisant passer le chef de i'Ëglise à la gauche, avait laissé la droite à son saint compagnon. Saint Pierre étant amené à la gauche comme dépositaire et souverain interprète de la révélation évangélique, parce que l'agencement de la composition demandant que la main droite du Sauveur fût libre pour annoncer toute vérité et répandre toute bénédiction, le don sacré ne pouvait être fait que de la gauche, son rôle, dès qu'on le comprend ainsi, est si manifestement le premier, que la question de droite et de gauche perd toute importance. L'ordrede préséance est alors déterminé par l'action des personnages bien plus que parleurs situations. La situation ne signifie quelque chose qu'à défaut d'aucune action caractéristique. ( Voir 5 p ).

Ceci posé, nous avions remarqué que le don du volume sacré a des liens très-étroits, rendus sensibles par des intermédiaires, avec les innombrables compositions où Notre-Seigneur tient toujours de la main gauche le livre divin, sans le remettre actuellement à saint Pierre. Or , en toutes circonstances, il ne le tient que pour le donner, ou comme étant donné, puisqu'il s'est donné lui-même, et l'on doit comprendre qu'une corrélation inséparable se soit établie entre le livre et TApôtre chargé d'en être

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riofaillible interprète. Voici donc une raison permanente pour maintenir saint Pierre à la gauche, puisée dans ses prérogatives mêmes. Saint Paul demeurant en possession de la droite , il était très-loisible de rechercher les motifs de convenance qui se trouvaient, chez lui, en rapport avec cet honneur. Ces motifs auraient plus tard prévalu comme raison principale de l'interprétation, quand le sujet du don sacré cessant d'être usité, on aurait cessé d'en comprendre les conséquences.

Ades époques, d'ailleurs, où les prér<|gatives du chef de l'Ëglise étaient si universellement reconnues et aiBrmf^es en tant de manières, au sein même de Tart, on ne pouvait soupçonner que la préséance accidentelle cédée par saint Pierre pût jamais être invoquée comme affaiblissant la notieo de sa primauté.

D'après les nouvelles lumières que nous devons à M. de Rossi ^, nous croirions, aujourd'hui , que ces raisons de préférence relative ont existé beaucoup plus tôt que nous ne l'avions d'abord pensé, et dès l'origine, pour contribuer à faire attribuer la droite à saint Paul. Des difiScultés semblables à celles qui ont été soulevées relativement aux positions respec^ tivesde saint Pierre et de saint Paul, se rencontrent dans l'antiquité classique, où Minerve est presque toujours à la droite, et Junon à la gauche de Japiter; et cependant, il ressort manifestement de l'étude des écrivains et des inscriptions, que Thonneur et le rang les plus élevés sont attribués par les anciens à Junon , la reinCf au-dessus de Minerve ' : il faut donc admettre qu'il existait, dès lors, des circonstances tendant à jeter du Iroable et de la confusion sur la valeur hiérarchique de la droite et de la gauche.

La droite continuant en somme d'être néanmoins considérée comme un signe de préférence, mais la valeur en étant affaiblie par des exceptions, il devient de plus en plus concevable qu'elle ait été donnée comme un signe de préférence accidentelle , qui n'implique pas la question de dignité; et si, d'autre part, la gauche s'est trouvée relevée, à ce point de vue, parle rôle prépondérant attribué à l'un des personnages que l'on y voit transportés, on comprend qu'il en soit résulté un moyen de tout accorder.

Effectivement, on découvre depuis lors, dans un certain nombre de monomeots, de la tendance à considérer la gauche comme la place d'honneur. Dans la mosaïque de Saint-Venance , saint Pierre étant à gauche,

1. De Rossi. BuUetin éCArch. ehréi., mai-juia 1868. 1 /<!, id. p. 43 ; Marini, Arvali, p. 104, 105.

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saint Jean-Baptiste, — qui ne doit céder le pas à personne, «i ce ti?%^i à la sainte Yiergé, et aux deux Apôtres lorsqu'ils sont placés les premiers en tant qu'ils représentent l'Église» — se voit aussi à gauche, parce qu'être à côté de saint Pierre est ce qu'il y a de plus honorable. [Ne sommes-nous pas fondés à croire, d'après ce premier exemple, que les exemples suivants ont aussi pour la plupart une cause analogue, en ce sens querhat)itudede voir la gauche occupée par saint Pierre a tendu à la relever de l'idée, d'infériorité qui à'y attachait? C'est ainsi que, surjles triptyques du musée du Vatican et de la bibliothèque^Gastracane à la Minerve, et sur plusieurs autres; d'osigine russe, gravés dans les Propylées de Mai des Bollandistes, la sainte Cierge est à gauche de son divin Fils, saint Jean-Baptiste étant à la droite, et au-dessous du Sauveur. Saint Pierre occupant le milieu d'une rangée inférieure dans les deux triptyques , saint Paul, ap]^elé à passer le premier après lui, est à gauche. Dans la mosaïque de l'église de Saint-Marc à Rom9(vm<^ siècle), le pape saint Marc, principal patron du lieu, est également à gauche, laissant la droite à saint Félicien. Dans celle de Sainte-Marie in Transtevere^ saint Pierre cède la droite, non plus à saint Paul, mais à saint Calixte. Dans un .tableau de Deodato Orlandi, peintre lucquois du xiv^ siècle, il la cède à saint Jacques^ On a jugé que cette tendance était particulière aux Grecs, et chez les Grecs eux-mêmes ce ne sont là que des exceptions, mais des exceptions quelquefois assez suivies pour donner l'indice d'une intention réfléchie.

En résumé, ce qui caractérise le mieux, dans l'iconographie chrétienne, la primauté de saint Pierre, à ne considérer que sa situation par rapport au Sauveur, c'est qu'il tient la place de son Maître, soitqu'il prenne le milieu au-dessous de lui, soit qu'il le prenne quelquefois même au-dessus, car exalter le représentant, c'est exalter celui qui est représenté. Seul, on le verra présider en l'absence de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère; seul, il peut quelquefois être placé plushaut que Marie elle-même. Le genre de supériorité propre à saint Jean-Baptiste, s'exprime, au contraire, par une position latérale, mais plus élevée à gauche du Sauveur, la sainte Vierge étant à droite ; et saint Jean l'Évangéliste, quand il remplace saint Jean- Baptiste, peut participer à ce mode d'exaltation. Enfin, le genre d'excellence particulier à saint Paul, aurait trouvé son expression spéciale dans l'attribution de la droite, sans préjudice, bien entendu, des droits de la sainte Vierge, et sans préjudice des prérogatives de saint Pierre, préco* nisées par d'autres moyens.

Mais à notre époque, oii le sens de ces dispositions n'est plus aussifhcileraent compris, pu, au contraire, on est porté à donner à la droite une

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