‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 78 sur 216 · d., id. p · texte numérisé non relu

d., id. p

3. Gen., m, 8. Cum aulUient vocem Domini deambulanlis mparadiso adaurampost me" ridUm.

Exod. , xxxiii Loquebatur Dmninus adMoyien fade ad faàem atcul toUl loqtd himo ad amicum tuum.

lesfiguresdivines.Il n'est pas impossible encoreque quelques-uns des actes divins,ainsi représentés, aient été considérés comme spécialement propres an Verbe lui-même. On peut enfin avoir eu en vue le ministère des Anges qui, dans les apparitions oii ils ont eu la mission de représenter Dieu, ODt aussi fourni un modèle de formes propres à lui être attribuées. Quant à la vision de Daniel et à la figure de TAncien des jours, leur influence était réservée pourles temps modernes, ou pour les époques au moins qui en approchaient ; elles ne paraissent en avoir eu aucunement sur les œuvres primitives de l'art chrétien.

Quelques-unes de ces œuvres cependant semblent bien dénoter l'intention de mettre en évidence la paternité divine. Parmi les sarcophages du musée de Latran, il en est un ^ oii, en regard de quatre sujets du Nouveau Testament placés à la gauche d'une Orante centrale, — la guérison du paralytique, celle de Taveugle-né, le miracle de Cana et la résurrection de Lazare, où le Chri^ est jeune et imhvrbe , — on observe à droite la condamnation d'Adam' et d'Eve et les ofi'randes de Caïn et d'Abel.

Dans le premier de ces sujets, le personnage qui prononce la sentence ou plutôtquilafaitexécuter, tenant la vergeducommandementàla main, conserve ce même type de Vélernelle jeunesse ; dans le second, au contraire. Dieu est représenté avecla forte maturité du milieu de la vie, et il est assis pour mieux indiquer l'ordre hiérarchique. L'artiste se serait-il proposé là défaire apercevoir une opération propre au Verbe divin, ou n'aurait-il pas voulu plutôt faire apparaître, aussitôt après la chute, le Rédempteur qui fut dès lors promis ? Ici , dans tous les cas, le personnage qui siège gravement, pour recevoir les prémices de la terre sous les figures symboliques d'une grappe de raisin et d'un agneau, représente évidemment la première Personne de la sainte Trinité. Debout, derrière ou un peu à côté de lui, on remarque deux autres figures plus jeunes : l'une imberbe, l'autre qui parait avoir un commencement de barbe ; il est fort permis de croire que Ton a voulu figurer ainsi les autres Personnes divines. Il y a, en effet, une grande analogie entre ce groupe et celui des sarcophages du musée de Latran (pi. viu)^, où l'on est généralement d'accord pour reconnaître les trois Personnes de la sainte Trinité concourant à la formalion de la femme. Sur ces deux monuments, le type et l'attitude attribués à Dieu le Père sont à peu près les mêmes ; il n'y a de sérieuses différences que relativement au Fils et au Saint-Esprit, qui, dans le second , traités

1. Il a élé publié par Basio, Roma toU., p 159. Nous r;ivonf reprvduil en plus grande p>rtie. T. 1, pi. v, d*aprës une photographïp prise sur Poriginal, mais sur laquelle les deux t^ersonnes divines, placées près de Dieu le Père, étaient iital tenues.

t. Nous la reproduisM#H*après la photographie.

140 GUIDB DB l\RT CHRéTI£I«.

moins secondairement, ont des figures où, contrairement à l'appréciation du R. P. Garucci, nous sommes d'accord avec M. de Rossi et M. l'abbé Hartigny, pour reconnaître l'intention d'une similitude parfaite avec celle du Père.

On observe également au musée de Latran, un autre sarcophage que nous publierons ci-après (pi. xiv), où, de chaque côté de la croix triomphante qui occupe )e centre, sont représentés d'abord — ou plutôt rappelés avec la réserve de règle alors dans ces sortes de sujets, — le martyre de saint Pierre, celui de saint Paul; puis deux scènes dans lesquelles nous croyons reconnaître, d'une part, l'acceptation du sacrifice d'Abel et de l'autre la condamnation de la première femme, représentées en des conditions exceptionnelles. Ces deux sujets usités pour exprimer les deux idées de chute et de réparation , — de chute en vue de la réparation , de réparation surabondante, venant absorber tout ce qui peut rester du souvenir de la ^hute, — qui forment le fond théologique de cet art éminemment substantiel , sont ordinairement représentés ainsi : la condamnation, au moyen d'Adam et d'Eve au pied de l'arbre fatal, tenant à la main le premier un épi ou une gerbe, la seconde une brebis, symboles du travail que Dieu leur impose, symboles aussi, déjà, des grâces réparatrices; l'oblation, au moyen de deux jeunes gens qui offrent à Dieu ces mêmes symboles de l'épi ou de l'agneau, sans rien pour rappeler que ces offrandes ont été inégalement agréées, car ridée se porte snr la signification également bonne des objets offerts, et non sur les intentions fort différentes des deux frères en les offrant. Dans cette circonstance, l'un des deux seul porte son offrande, c'est Abel, on le reconnaît à son agneau, et Caîn se présente les mains vides; il se peut sans doute que l'épi ait disparu par l'effet de quelque accident ; mais n'est-il pas possible que l'on ait voulu insister surtout sur la valeur réparatrice de ce sacrifice , dont Abel et son agneau sont l'un et l'autre la figure, sans s'attacher pour le moment à l'emblème eucharistique au moyen duquel ce sacrifice s'applique ei se renouvelle? Quoi qu'il en soit, Dieu, qui agrée cette offrande, n'a rien qui le distingue sensiblement, quaut au mode de représentation, de notre description précédente ; tandis que le personnage également assis, qui, à l'extrémité opposée du monument, parait prononcer un arrêt, est vêtu d'une tunique courte au lieu de la longue robe qui seule semblait devoir convenir à la gravité d*une figure divine. Cependant, s'il est vrai, comme les apparences portent à iecroire, que la femme appelée à comparaître devant lui tient une pomme à la main, comment ne pas la prendre pour Eve devant le tribunal de Dieu? Alors, on reconnaîtrait, dans cette composition, la manière toute hiéroglyphique, en raison de laquelle, voulant représenter Dieu comme juge,

DE DIBD. 141

00 se ne serait nullement attaché à représenter autre chose qu'un juge : le type du juge dans cette circonstance pouvant être pris de la figure de Pilate, telle qu*on la voit cooimunément dans cette classe de inonaments.

On s'expliquerait ensuite comment la femme seule comparaîtrait devant ce tribunal, par cette pensée que la condamnation, selon Tesprit qui présidait à Texécutionde ces monuments, ne devait pas tellement y prévaloir, qu'ils ne fissent songer aussi à la régénération, au mystère de la nouvelle Eve, au fruit fatal reconquis, à l'Église représentée si souvent par la femme. La pensée générale du salut et de la réparation s'affirme, en effet, dans ce monument, par la présence de la croii qui en occupe le centre, par la scène où saint Pierre est emmené au supplice, — communémentemplqyée pour exprimer la réparation de son reniement,— mise en regard do martyre corrélatif de saint Paul.

Dans les anciennes mosaïques, nous voyons se continuer, sous des conditions nouvelles, les deux modes de représenter Dieu: parla main céleste et par une figure humaine. Dans les mosaïques absidiales du vi« siècle, on voit apparaître la main divine soutenant une couronne au-dessus du Christ, au-dessus de la croix qui tient sa place, ou de l'un de ses Saints que Ton veut honocer pour l'honorer lui-môme *. Telle est, dans ces monuments, la solennité du Sujet et la valeur de la situation, comme exprimant un culte manifeste, rendu non-seulement au prototype, mais aussi à cause de lui dans une certaine mesure encore à son image, que, dans ces temps primitifs, on s'est gardé d'y faire intervenir aucune de ces figures de Dieu, d'autant plus imparfaites qu'elles sont trop humainement complètes, relativement au Dieu invisible qui règne dans les cieux : au moyen d'une indication réduite, on disait tout ce qu'il fallait dire, et on n'avait pas à craindre de donner à ces images une importance capable de diviser l'attention et de troubler les idées qui doivent se reposer sur le Dieu fait homme, car seul il a fourni^ dans son corps.^acré, un digne moyen de figurer extérieuremenrla Divinité.

Mais quand il s'est agi d'un récit et non plus d'une solennelle exaltation, la même réserve n'a plus été jugée nécessaire, et dans les mosaïques représentant toute l'histoire de l'Ancien Testament, dont, au v<^ siècle, fut * («"néedans toute sa longueur la nef de Sainte-Harie-Majeure, les figures humaines de Dieu reparaissent sans difficulté ; elles sont aussi alors généralement d'un âge mûr, et non plus posées sur la terre, mais suspendues dans l'espace. L'artiste s'en est servi, comme le P. Cahier le dit de la roain divine, toutes les fois qu'il a voulu ren.ir*' ces mots : Factum est ver-

1- Ciampini, Vtt. mm., pi. xv, xxv, xxix, xxxn, xxxv; FonUna, Chiua ai Rama,

bum Dominiad.,J, et rappeler les paroles que rËcriture rapporte comme adressées directement par Dieu à Abraham, à Jacob, à Moïse, à Josué^. Il s'est contenté de la main, quand U a voulu seulement exprimer la protection divine, lorsque Moïse et Aaron, par exemple, trouvèrent un refuge dans le tabernacle contre la fureur des Juifs, après la mort de Coré, Dathan et Abiron 3.

Dans d'autres mosaïques du même temps, la main de Dieu reparaît audessus d'Abraham prêt à sacrifier son fils, au-dessus de Hoîse se déchaussant; elle exprime Tinspiration sur la tète des Prophètes, elle suspend le livre sacré près des Evangélistes. On voit que l'usage de ces figures est réglé par le besoin que l'on en a pour l'expression des pensées, selon la nature des sujetset des compositions, soit que l'homme soit représenté tout entier, soit que l'on se contente d'un seul membre de son corps

Page 1