‹ Guide de l'art chrétienChapitre 139 sur 238 · Ciampini, VeL mon., T. U, pi. ix · texte numérisé non relu

Ciampini, VeL mon., T. U, pi. ix

4. Livre de Prières de la reine Marie, au Btitith Mnteum, 1310. Hi$t. ofùur lard.

frapper tieDDent aussi chacun des bouts de la corde qui lui lie tes mains derrière le dos. On voit, à l'expression de leur visage, que le peintre a voulu les dire méchants. Cependant ils participent trop de la placidité géoéraleqai fait le fond du tableau, pour se montrer capables de donner des coups bien vigoureux. Hais tenir le Fils de Dieu dans cette position, n'est-ce pas assez pour faire horreur ? Hais le moindre coup qui frappera cette divine poitrine, n'est-il pas abominable?

C'est, en effet, sur la poitrine que les coups vont l'atteindre, la colonne à laquelle il est adossé ne permettant de frapper que difficilement par derrière. Jusque-Ift, au contraire, les artistes avaient supposé que Notre- Seigneur avait été attaché Ji la colonne par devant, de manière à laisser ses épaules etseé reins pleinement à découvert. Nous donnons un exemple emprunté i un diptyque du iit« siècle; on y voit comment on évitait que

Li FligelUlian el le PorUmanl da Croix. (Frigmcnt de dipljque.)

la tûte sacrée du Sauveur ne fiit masquée, en l'inclinant un peu et en réduisant le fût de la colonne aui plus minimes proportions. Sur les plaques d'argent d'Aix-la-Chapelle, la colonne est d'un plus lort diamètre, mais' le Christ tourne le dos au spectateur. Quelquefois, mais rarement, on supprime la colonne. Ni l'un ni l'autre de ces procédés n'est admissible. L'usage de la colonne, dans cette circonstance, est d'une tradition trop universelle et d'un fondement trop probable pour ôlre supprimé. Tout s'explique et s'arrange par la forme de la colonne conservée â Rome, dans l'église de Sainte-Praxède, et sa hauteur, de 70 centimeires environ. La Irès-sainle Victime pouvait être attachée à cette colonne trouquée, soit par derrière, comme l'a fait Jules Romain dans le tableau que

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possède la même église, soit par devant, et laisser son divin corps exposé aux coups de toutes parts ^.

Lady Eastlake dit que le Beato Angelico est peut-être le premier qui ail attaché Notre-Seigneur à la colonne par derrière. Ghiberti, son contemporain, Ta fait également sur la première de» deux portes qu'il exécuta pour le baptistère de Florence. Chez nous, Tancienne manière est conservée sur les toiles de Reims, qui datent à peii près du iBême temps. La colonne est par derrière, dans les vignettes des Heures de Simon Vostre, venues quelques années après. Celte modification fut évidemment adoptée dans des vues d'esthétique. Il s*en faut de beaucoup, rependant, que U^s œuvres subséquentes aient maùitenu le Christ dans des conditions de noblesse que la disposition nouvelle rendait plus faciles. Jules Romain, sous ce rapport, est bien loin de la hauteur de l'humble dominicain. Son tableau e-t conçu sur un ton modéré, quant à Taction des bourreaux et à la souffrance de la victime; mais son Christ n*est que vulgairement résigné. Ceci n'est rien, cependant, comparativement aux contorsions auxquelles beaucoup d'autres peintres ont assujetti le Fils de Dieu.

Plus anciennement, on n'avait pas craint d'exposer le Sauveur «ux

1. Saint Jérôme nous apprend qae, de son tempi, parmi les colonnes qui sopporlaienl l« portique de Téglise bâtie sur la moniagne de Sion , on en monlrail une encore lâchée de sang, à laquelle Noire-Seigneur avait été attaché pour être ftagellé (Lettre 27 à Euslochium). D*aprA8 Tauteur du Livre tur les Lieux naints , attribué au vénérable Bède , cette colonne aurait été plu« tard transportée au milieu de Téglise; Prudence, saint Grégoire de Tours en parlent. Le P. L. Boucher rapporte qur^ dans Téglise du Saint-Sépulcre (non plus dans celle du mont Sion), un autel qu*il désigne t est orné de Tune des colonnes auxquelles le Saa> c veur du monde fut indtgnemeol lié et prnellemenl flagellé » (Bûuquet aaeré, p. 260 : Paris, in-12, 161S). Un pe < plus loin il ajoute : < Élance tes yeux, ômon â ne,.... pur cette, colonne c précieuse dont la compagne est à Rome, dans Péglise de Sainte-Prixède ■ {id , p. 260).

On voit, d*aprè8 ce texte, que, dans la pensée de Boucher , Notre -Seigneur avait été suircessivemeut attaché à deux colonnes. Il ne dit pan, comme le suppose Fauteur dn Supplé* ment au fchap. ui^u livre IV de Molanns (Edit. Migne, col. 309), qu*une seule colonne atsU été partagée en deux, et qu*une portion ayant été transportée à Rome, Ta utre serait demeurée à Jérusalem. Les deux suppositions sont admissibl s. Dans le cas de la première. il faudrait admettre aussi que Nutre-Seigneur aurait été flagellé plusieurs fois, ce qui n*esl nullement impossible, comme le fait observer Severano (Chie$e di Romaf in-8<>; Rome, 1675, p. 682). Dans tous les cas, il est fort à croire que la colonne de Sainte- Praxède étaîl isolée, et spécialement destinée h Tusage auquel elle dut d'être arrosée du sang diTin : c'està-dire quVlle aurait servi à la flagellation des criminels. La forme de sa base est de nature I éloi|(ner la pensée qirel le ail été originairepient destinée à soutenir un édifice quelconque, avec d'autres colonnes semblables. Pour arranger cette supposition avec le texte de saint Jérôme, il faut que, priiniiivement isolée , elle ait été ensuite comme enchàsaée dans un édifice chrétien. Autrement on est for.é de revenir à Tidée des deux colonnes. Celle de Sainte-Praxède a été apportée à Rome en 1223, par le cardinal Jean Colonne.

coups les plus violents, mais ils n'étaient que violents, et nous aimons cette assistance des Anges que le vieux maître Guillaume, dans le tableaude la cathédrale de Saraane, a lait intervenir du haut du ciel. Ces deux Anges représentent toutes les milices célestes, qui seraient si empressées de venir au secours de leur Maître, si un ordre contraire ne leur était donné. A quelque distance, derrière Tun des bourreaux, Ton voit aussi une femme : ce ne saurait être que la sainte Vierge ; elle apparaît là pour montrer que toute la série de tableaux qui entoure le Crucifix, et dont fait partie celte Flagellation, est conçue dans le sentiment du Stabat. Assurément, Marie était présente, du moins, par la pensée, elle voyait son doux Fils lorsqu'il fut flagellé d'une manière si cruelle : vidUiuum duicem naium flagelliê subditum.

LE COURONNEMENT d'ÉPINES.

Notre-Seigneur, étant véritablement roi, a voulu, dans sa Passion, en recevoir le titre, et revêtir les attributs de la royauté. Ils lui ont été donnés par dérision, mais il les a pris dans la rigueur de leur valeur réelle. 7tf diei$ quia rex ego 9um t « 11 est vrai que je suis roi f o Jésus était roi des Juifs par le droit de sa naissance, comme fils et héritier de David ; roi des rois, seigneur des seigneurs, même en tant qu'homme, comme ayant reçu de Dieu toutes les nations en héritage, comme chef de l'humanité entière. Il était le type, dans un degré d'excellence incomparable, de ces princes légitimes qui, faute d'être reconnus par leurs peuples, ne pouvant remplir les fonctions de ta royauté, n'en conservent pas moins le droit et le titre de roi. Ils sont toujours rois en vertu des lois de leur pays, quand leur déchéance s'est faite en violation de ces lois, car le contrat primitif continue de lier les parties, la violation de la loi ne pouvant délier les consciences. En fait, ils peuvent ne jamais régner, mais c'est pour le malheur des peuples, livrés à l'oppression et à la fraude, entre les biens réels qu'ils fuient et les chimères qu'ils poursuivent.

Jésus souffrant qiie le monde ait, défait, un autre prince que lui, ne renonce pas cependant pour cela à ses droits, et dans le prétoire de Pîlate, comme sur les nuées du ciel, lorsqu'il reviendra un jour, il est roi : roi de ceux qui l'accusent, roi de ceux qui le jugent, ix>i de ceux qui le torturent. Eh qualité de victime, il se montre particulièrement doux et humblo, quand on le traîne de tribunal en tribunal, quand on l'injurie, quand on le maltraite par des» procédés indignes. Mais, quand on lui demande s'il est roi, c'est avec majesté qu'il répond qu'il est roi!

Quand od ceindra son front d'une couronne, c'est avec majesté qu'il la portera. Cette majesté fut^lle visible aux yeuiL stupides des misérables qui mettaient la main sur lui? N'importe, elle n'eût pas entièrement échappé à Pilate, si l'indigne Romain eût osé le regarder en face. Ce dont on ne peut douter, c'est qu'elle, fut un sujet de ravissement pour les Anges* et l'art chrétien laisse échapper la plus belle part de sa mission, quand, aa moment du couronnement de Jésus, il ne fait pas tous ses efforts pour le représenter d'une beauté surhumaine. Jésus, il est vrai, fut couronné d'épines, et ce jeu dérisoire était, en même temps, un atroce supplice K « Tout autre en eût été avili, et sentant, à la fois, tant de pointes acérées pénétrer toutes ses fibres les plus sensibles, ses traits se seraient horriblement contractés, s'il n'était tombé en défaillance. Jésus n'aurait pais pu souffrir^ s'il n'eût été homme : il n'aurait pas pu tant souffrir s'il n'eût été Dieu. L'excès de ses souffrances dignement supporté, divinement supporté, devait ajouter à ses traits une majesté de plus.

Supposez un roi vraiment digne de l'être, aux prises avec le mal, un mal mortel, ou bien avec une peine excessivement vive et profonde, avec un grand malheur : il a une importante détermination à prendre, un caractère à soutenir, une grande figure à faire dans un intérêt majeure exprime2 ce qu'il souffre, par la pâleur de son visage, par toute altération de traits qui sente la fatigue et l'exténuation , dans les souffrances physiques, par une noble tristesse, dans les souffrances morales ; mais que, par un effort suprême, il élève son expression au niveau de la pensée qui l'occupe; que son effort ne se fasse sentir par aucune cootrac^ tion, car il est accoutumé à se posséder, à s'élever au-dessus des impressions communes; en un mot, que son front soit serein^ et ses lèvres détendues : jamais il n'aura été plus beau, jamais il n'aura eu plus de majesté! Ne vous contentez pas de dire que tel dut apparaître le Fils de Dieu, quand il fut revêtu, par une si amère dérisioo, des attributs de sa dignité réelle.

1. Sans prétendre entraver la liberté qu*ont prise les artistes de représenter la eonroone d*épines comme il leur a plu, il est bon de leur transmettre les notions qve Ton a pa recueillir sur sa véritable forme. « Les auteurs qui Tout examinée de près, à la Sainle-Cha> « pelle, noii> apprennent», dit M. l'abbé (iossin, « qu^elle n'avait pas seulement la forme i d'un bandeau destiné à ceindre le front, mais la forme d*un bonnet destiné à couvrir toute « la partie supérieure de la tête. La forme de bandeau qu'elle a maintenant lui a été donc née en 1806, au moment ob on Fa placée dans le nouveau reliquaire. 11 est à remarquer

« qu'on ne voit plu» aujourd'hui aucune épine autour de la sainte Couronne Kxaminée

« de près, elle offre l'aspect d'un assemblage de plusieurs tresses d'une paille lrè8«forte et c très- touffue, assez semblable à une espèce de jonc ou de sainfoin. » (Notice Ats/ortçue sur la iainte Couronne (Tépines, in>8o ; Paris, 1828, p. 120, 126.) Il paraîtrait que, dans ces tresses, on aurait intercalé des épines ligneuses ; toutes ce» épines on ont été détachées et sont dispersées en beaucoup de lieux.

mais comprenez qu'il monlra alors, à la fois, infiniment plus de douleur, et infiniment plus de majesté.

Cependant le peintre a déjà, dans le premier cas, épuisé tout ce qu'il avait de savoir-faire pour rendre la majesté dans le malheur, et la di* gnité dans la souffrance: que pourra-t-il de plus? Au moyen d'une échelle de proportion, en recourant à des contrastes, il ne rendra pas tout ce que nous venons ^'essayer d'exprimer, mais il ledira, et, appelant à son aide la pensée du spectateur, souvent«par un simple signe, il l'invitd^a à imaginer beaucoup plus qu'il ne voit, à comprendre beaucoup plus qu'il n'entend, et à perfectionner dans son âme un tableau pour lequel ont été épuisées toutes les ressources matérielles de l'art.

Dans l'art chrétien primitif, quand on a voulu représenter le Couronsnement (Téjpines, ou Ton a exclu toute expression qui sentit riiumiliation et la souffrance, comme on le voit dans la peinture du cimetière de Prétextât, ou même on évita de laisser aucune épine dans la couronne, la tissant tout entière de fleurs ou de feuillages, comme si^r le beau sarcophage de la Passion, au muséede Latran. (Voir notre t. Il, pi. iv.) Il nous faut ensuite franchir un grand espace de temps, pour retrouver ce sujet. Au xi« siècle, sur la porte de Bénévent , on a représenté, en généraK les hommages dérisoires rendus à Notre-Seigneur, tels que nous les avons déjà observés sur le candélabre de Saint«Paul*hors-les^Murs et sur les plaques d'argent d'Aix-la-Chapelle, plutôt que son Couronnement d'épines en particulier, et si la place donnée à cette seène, entre la Condamnation et le Portement de croix, la distingue de celles qui étaient réputées se passer chez Caîphe, elle la distingue aussi du Couronnement d*épines proprement dit. Oii l'on voit bien manifestement la représentation de ce mystère, c'est sur la verrière de la Nouvelle-Alliance, à Chartres, où les circonstances de la Passion sont beaucoup plus développées qu'à Bourges. Elle y est mise en pendant de la Flagellation, dans deux des petits médaillons latéraux. Plus tard, il devint habituel d'armer les bourreaux de longs bâtons ou plutôt de roseaux, dont ils se servent pour enfoncer la couronne d'épines sur la tête de Notre -Seigneur, sans être exposés à se blesser les mains; ici, on ne les voit pas encore. Après les avoir observés communément au xiv« siècle, on les retrouve au milieu du xv« siècle, sur les toiles de Keims \ vers sa fin, dans les Heures de Simon Voîitre, et jusqu'au xvi« siècle, dans le tableau du Titien, au Louvre.

Nous nous arrêterons un instant à cq tableau, non pour l'admirer, mais afin de dire pourquoi, étant admirablement peint, il ne saurail nous satisfaire. Ce Christ, avec son type lourd, ses membres contournés, est patient, si Ton veut; mais sou regard cherche de l'aide, loin de pouvoir eu donner. Un chrétien est en droit d'exiger autre chose.

Notre manière d'envisager cette scène est-elle, d'ailleurs, si absolument la seule convenable, qu'il Taille de toute nécessité l'imposer aux arltsies? Notre-Seigneur, demeurant toujours vraiment roi, s'est cependant chargé de toutes nos iniquités : pour expier les travers de la royauté humaine, n'a-t-il pas permis que' les simulacres dont il s'était laissé revêtir, conservassent jusque sur sa personne sacrée, en tant qu elle représentait le vrai coupable, l'aspect dégradant qui avait déterminé leur emploi? En effets nous ne nous démentirons pjis : lorsque nous nous sommes occupé précédemment de YEcce Homo, comme représentant le Sauveur sous Tuo de ses aspects, abstraction faite des circonstances auxquelles Tordre de notre marche nous ramène, nous avons considéré dans cette situation tout ce qu'elle avait d'ignominie et d'amertume. Mais nous ne croyons pas que la poésie de la scène de YEcce Homo^ dans Fart chrétien, doive être confondue avec celle du Couronnement. Cet éclair de toutes les majestés, qui dut alors illuminer son^ divin visage, n'était pas fait pour être aperçu de cette tourbe en fureur, qui, si aisément entraînée par la haine de ses chefs, sollicitait sa mort.

• Jésus voulait mourir pour le salut de tous, et non pas échapper. au dernier supplice, soit en excitant la compassion de la multitude, comme le voulait Pilate, soit en lui imposant, comme il l'aurait pu facilement par un layon de sa majesté. Le crime des uns et des autres devait être bien plus de sacrifier l'innocent et le juste, qu'ils connaissaient, que d'immoler le Dieu qu'ils ne connaissaient pas. D'ailleurs, n'y avait-il pas en Jésus quelque chose qui méritait d'être condamné? L'homme dont il avait pris à sa charge toutes les iniquités, méritait de l'être; l'homme méritait d'être condamné, précisément parce qu'il s'était fait roi , de serviteur qu'il devait être : roi contre Dieu en lui désobéissant, jusqu'à se permettre d'élever contre lui empire contre empire. L'homme, en effet, est destiné à être roi , mais roi par délégation de Dieu. S'il se fait roi de son chef, sa royauté devient coupable et ridicule. Jéi«us prenant la place du coupable, il était juste qu'il portât les simulacres de cette royauté factice, qui ne charge la tête que d'angoisses et de cuisantes épines, qui ne jette sur les épaules qu uti lambeau de pourpre, et ne met dans la main, comme signe de la pubsance, qu'un fragile roseau. Voilà bien Vkomme, Ce n'est pas assez de s'en moquer, car il est criminel au premier chef, coupable de lèse>majeslé

divine. 7o//e, crucifige eum ! Otcz-le de là, qu'il soit crucifié L'innoceol

paie pour le coupable, l'homme a trouvé un Sauveur \ il recouvre l'innocence, la royauté lui est rendue. Hais cette perspective n'est encore entrevue que par la foi du spectateur, et, sans jamais exclure la dignité, ou admettra, dans VEcce Homo^ une expression dominante d'abaissement et

d'humiliation. Mais YEcce Homo est trivial dans le tableau, par exemple, du TitieQ,*qui est cependant réputé un âes chefs-d'œuvre de la galerie de Vienne ; c'est là ce qu'il ne faut jamais souffrir.

Mieux vaut Rembrandt, dans une de ses eaux-fortes^ ; incapable de cette délicatesse d'expression qu'il aurait fallu pour rendre le Sauveur divin dans i'abattement, il a jeté sur lui la lumière en abondance \ il lui a élevé le i*egarc! vers le ciel, et l'a uni de pensée avec son Père céleste, le mettant, pour ainsi dire, hors de la scène passionnée où, au-dessous de lui, son sort est débattu. Pilate cède, en effet, en ce moment, aux haineuses sollicitations des chefs du peuple juif. Ce peuple est représenté lui-même comme une mer en furie. Celte idée des flots de la multitude, indiquée seulement chez Rembrandt par de sombres linéaments de quelques têtes, est belle en soi, et bien supérieure à l'agitation populaire que le Titien a essayé de peindre dans son tableau, où les mouvements, mieux dessinés, d'une dizaine de personnages, n'engendrent que la confusion.

LA CONDAMiNATION.

Pilate, au terme de ses misérables éternels expédients, sacrifia le Juste, reconnu comme tel, et le livra au supplice et à la mort, par la plus inique (les condamnations. Cet arrêt mit le comble à son crime, et, pour Jésus, il se présente dans l'art chrétien comme le résumé et le complément de tout ce qu'il eut à souffrir depuis son arrestation sacrilège jusqu'à cet abîme d'iniquités où se prt^cipita la justice humaine. Toutes les fois que les circonstances de la représentation n'expriment pas formellement une autre ioteniion, ou que cette intention n'est pas manifestée par quelqu'un des sujets précédents, intercalés entro la Comparution devant Pilate et le Portement de croix, c'est à la Condamnation môme que l'on doit penser en voyant Jésus en présence de son juge. Ordinairement, d'ailleurs, toute incertitude est levée, le stigmate de sa prévarication étant attaché à celui-ci, parle simulacre même qu'il emploie soi-disant pour s'en laver.

La plupart des anciennes compositions qui résument, au moyen de cette scène, la Passion tout entière, sont très-explicites à cet égard. Nous ne reviendrons pas sur lo caractère bien connu de cette composition où les chrétiens ont aimé à voir le cours de la justice rétabli dans son ordre

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