AUTRES PERSONNAGES HISTORIQUES DANS LE CRUCIFIEMENT
Le centurion ayant été, dans un certain nombre de Crucifiements, mis plus qu'aucun autre personnage en rapport avec la sainte Vierge et saint Jean, nous avons été amené à nous occuper de lui dans la partie de cette étude que nous leur avons consacrée. Maintenant, reprenant la revue des autres acteurs qui ont réellement figuré dans le drame du Calvaire, les saintes Femmes se présentent comme tenant de plus près à la Mère du Sauveur; mais leur rôle étant subordonné, nous l'aurons suffisamment fait connaître par le peu de mois que nous en avons dit, et que nous en dirons encore en passant; nous ajouterons s'^ulement quelque chose de plus relativement à celui de la Madeleine et à l'imporlance spéciale qui lui est accordée dans la plupart des Crucifiements modernes. On la voit communément prosternée au pied de la Croix, la presser dans ses bras. Le premier exemple que nous en connaissions a été donné au xiv' siècle par Giotto, à VArena de Padoue; au xv", il a été: imité, à Rome, par Masaccio, dans les fresques de Saiiil-Clément; chez nous, sur les toiles de Reims. Cette effusion affectueuse pour le divin Crucifié et l'instrument du salut avait éié attribuée d'abord à saint François. On l'observe à Assise, dans le Crucifiement de Giuntà de Pise, et plusieurs autres qui l'ont suivi de près; dans Je réfectoire de Santa-Croce. à Florence, au pied de la Croix en arbre réputée de Giotto (T. II, pi. xix). Pleinement mystique quand il était rempli pai* le Séraphin d'Assise, ce rôle n'a pas perdu son caractère en passant au personnage historique de Madeleine; mais il lui doit quelque chose de mixte qui lui a valu d'être conservé, alors que l'art est entré dans une tout autre phnse.
Au pied de la Croix, dans les compositions antérieures au xiu^ siècle, et encore à cette époque, on mettait habituellement la tête de mort, la figure d'Adam, pu endormi ou ressuscitant, ou bien encore — mais non pas peut-être aussi tardivement — l'homme et la femme régénérés, figures qui revenaient toutes à la pensée de l'humanité renouvelée. Il (allait cependant, pour recourir à ces figures symboliques, <{ue la com-
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position eût pris dans son ensemble une forte teinte de symbolisme et s'en fût ténueàdespersonnageshistoriques : les soldats tirant au sort la robe sans couture, comme dans le Crucifiement syriaqve de Florence et sur l'un des reliquaires de Slonza, sembleraient les mieux appropriés à cette situation^ pendant la dernière période de Tantiquité chrétienne et la première du moyen âge.
Le rôle des soldats au pied de la Croix a été généralement pris en bonne part ; ils le doivent à la conversion du centurion et à celle de celui d'entre eux qui perça de sa lance le côté du Sauveur. De celui-ci la sainte Écriture ne dit rien de plus ; mais il est de tradition que non-seulement il se fit chrétien^ mais qu'il termina sa vie par le martyre, et sa légende est rapportée par Métaphraste au 15 mars. On lui donne lo ..uai Jo Longîn. Il pourrait se faire qu'il lui vînt de celui de la lance même (aiVx«)M ^^^^ peu nous importe que le nom sous lequel il est connu soit son véritable nom ou un nom de circonstance, dès lors que le personnage est réel et bien déterminé. Métaphraste ne dit pas qu'il eût une faiblesse de la vue, dont il aurait été guéri au contact de l'eau et du sang qui jaillirent du sein de Notre-Seigneur. Mais cette particularité, qui joue son W>le dans l'iconographie chrétienne, est rapportée dans la légende dùrk. L'importance de Longin, dans l'art chrétien, tient beaucoup moins, d'ailleurs, à sa personne qu'à la signification de la blessure faite au coté du Sauveur, à ce sang et à cette eau qui en sortirent, et, par conséquent, à la lance qui fut l'instrument de ce coup mystérieux. Voilà pourquoi il a été si souvent représenté, tandis que le centurion l'a été moins fréquemment. Le besoin de condenser la composition a rarement permis de faire figurer ensemble ces deux personnages. Ceci, toutefois, se voit plus souvent à mesure que l'on avance dans les temps modernes.
Le porte-lance apparaît dans le plus ancien Crucifiement^ celui du manuscrit syriaque, à Florence; dès lors il est nommé AoriNOC, etle porte-éponge lui est opposé. Le besoin d'un agencement symétrique, autant que la correspondance des idées exprimées par chacun d'eux, a fait qu'on les a peu représentés l'un sans l'autre. 11 semble qu'on ait voulu dire, par leur opposition : Vous abreuvez le Sauveur de vinaigre, il vous donne son sang et une eau vivifiante. Longin porte un costume militaire, dans la miniature syriaque, à la différence de son compagnon; mais également au vi^ siècle, sur l'un des reliquaires (ieMonza, auvm^sur la tablette en ivoire donnée par le duc lombard Ursus à la cathédralede
1. Mélaphiaslc le dit centurion lui-môme, et paraît le confondre avec le centurion d* l*Évangilc. Tillemonl s'est cru obligé de réfuter celle confusion : il e«l à croire que le p'»rl«* lance clait ollicitr sous les ordres du centurion, coince le représentn Calherine,Kroinericb.
LA PASSION. ;i23
Cividale S au xi' dans les peintures de Saint-Urbain alla Caffarella^ près de Rome, ils portent l'un et Tautre la tunique courte, qui convient h des soldats. Il en est de même sur te peigne de Saint-IIéribert 3, — environ du même temps, d'après M. Tabbë Bock, — et où ils sont l'un et l'autre à genoux; sur les ivoires de Bamberg et de la Bibliothèque nationale et sur celui qui est connu par le plâtre de M. Carrand ^, A Saint-Urbain, ils sont nommés Tun et l'autre : Longin..., calpvrn... ^.
A partir du xiii^^ siècle, le costume militaire continuant d'être l'attribut ordinaire de Longin, quoique non sans exception, il arrive bien plus souvent que le porte-éponge en est privé. Nous observons notamment cette différence dans le Crucifiement de Giuntà, à Assise; dans celui de la chapelle Saint-Sylvestre, près l'église des Quatre-Couronnés, à Rome, l'un et l'autre du xin^ siècle et publiés par d'Agincourt ^, Au contraire, à la même époque, dans la verrière de la Passion, à Bourges, ils sont
1. Hozzoni, Tavole délia storia délia Chiesa, p. 79, 89. 1 Boek, Trésors de Cologne, pi. xliii.