‹ Guide de l'art chrétienChapitre 185 sur 238 · C- *''ffS :.'OKH,/fi/AL · texte numérisé non relu

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avec saint Pierre l'honneur de présider le collège apostolique. Là les Apd' très apparaissent comme le conseil souverain qui préside aux destinées de rËglise, désormais bien établie et inébranlable sur ses fondements éternels. Il pourrait se faire que, dans cette partie de la composition, il y eût une réminiscence du cénacle où se renfermèrent les Apôtres pour attendre le Saint-Esprit, après TAscension ; mais cette circonstance de fait ne peut que venir à Tappui de l'idée générale qui, dans l'Ascension représentée comme nous venons de le voir, peut se résunier en ces termes : — Jésus monté aux cieux, TËglise, unie à son divin Chef, a les pieds sur la terre et la tête dans les hauteurs qu'il habite. Marie forme la liaison entre le ciel et la terre, entre la tête et les membres ; elle est le type de tous ceux qui prient, et qui, parla prière, demeurent ici-bas eh union avec Celui qui, monté là-haut, y règne à jamais à la droite du Père avec le Saint-Esprit.

Ce mode de composition s'est maintenu chez les Grecs et les Russes modernes. Voici en quels termes le Guide de la peinture en recommande le maintien : « Une montagne avec beaucoup d'oliviers. En haut, les Apdtres « étonnés, les regards au ciel et les mains étendues. Au milieu d'eux, la « Mère de Dieu regardant aussi en haut. A ses côtés, deux Anges, vêtus c de blanc, montrent aux Apôtres le Christ, qui s*élève. 0 M. Didron ajoute en note que ce sujet est fréquemment représenté dans les coupoles principales des églises grecques, et il en décrit un exemple, tout à fait conforme aux prescriptions du Guide^ qu'il a observé dans c la petite Sainte-Sophie 0 de Salonique. Cette église a été transformée en mosquée, et les mosaïques dont elle e»i ornée sont anciennes, mais l'on voit par les termes de M. Didron que sa description s'applique aussi aux églises moder. nés. D'un autre côté, parmi les nombreux triptyques en cuivre émaillé qui sont venus en France à la suite de la guerre de Crimée, nous en connaissons deux, l'un au musée de Cluny, l'autre que nous possédons, ob l'Ascension est représentée grossièrement , selon les mêmes données , comme on peut le voir par la vignette que nous publions. L'absence des Anges, motivée par l'exiguïté de l'espace , ne montre que mieux l'importance du rôle toujours attribué à Marie. 41

Sur notre petit tableau russe , VAscen- L'Ascension.

sion (T. J, pi. xvii) est conçue, au contraire, (Bas-relief russe moderne.)

d'enu manière tout exceptionnelle , qui contraste par son cachet d'innovation avec le caractère archaïque et traditionnel des autres compositions réunies sur ce petit moTiument. On n'y voit que Jésus, réputé

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élevé dans les hauteurs célestes, la sainte Vierge, un Ange et trois Apôtres: l'Ange ^iit que Jésus est au ciel; Marie semble appuyer son témoignage; les trois Apôtres, l'un à genoux, écoutent avec respect. Cette composition, où l'on remarque que la Mère de Dieu joue encore le principal rôle, pourrait être considérée comme ayant un caractère mystique.

JESUS MONTANT AU CIEL, ACCUEILLI PAR LA UAIN DlVLNË.

La forme de l'Ascension où Notre-Seigneur s'élance de profil vers U main de Dieu, qui lui est tendue, n'est-elle venue que la seconde en date, et comme conséquenced'une disposition — qui sera toujours croissante— à entrer dans la voie des faits pourles représenter ? 11 y a des raisons de le croire, et il y a des raisons d'en douter , ce mode de représentation pouvant très-bien se rattacher à cette première phase de l'art chrétien, oii l'on particularisait la représentation du fait>touten généralisant l'idée. Quoiqu'il en soit, la forme de l'Ascension dont nous parlons, ne vient qu'en seconde ligne d'ancienneté sur les monuments qui sont parvenus à notre connaissance. A supposer même que l'ivoire de Munich (pi. xvni] — où, d'un seul jet, le Fils de Dieu est porté de la tombe jusqu'au ciel — fut aussi ancien que les fioles de Monza et la miniature syriaque, il nous faut ensuite descendre jusqu'au ix*" siècle pour trouver l'Ascension de nouveau représentée sous cette forme. Nous rappellerons l'ivoire de la collection Soltikoff, que nous avons également étudié au point de vue des représentations corrélatives de la Résurrection et de l'Ascension. Au même siècle appartient la Bible de la basilique de Saint- Paul, dédiée à Charles le Chauve, par ingelbert, son scribe. Dans là scène de l'Ascension, le Christ y gravit des nuages assez semblables à la montagne de l'ivoire de Munich ; il porte la Croix, signe de son triomphe, et il est prêt à saisir la main de son Père, qui luiest tendue. L'inscription suivante : AscENDiT xps IN ALTVM, Semble indiquer, en effet, l'intention de le montrer en voie d'accomplir son Ascension. D'ailleurs, ici, la disposition de la sainte Vierge et des Apôtres n'est plus du tout la même. Les Apôtres, ramenés au nombre historique de onze, sont rejetés sur les cAiés. en deux groupes très-séparés l'un de l'autre, et laMère de Dieu se voit seulement en tête du groupe placé à droite, tandis que les Anges sont suspendu:^ dans les airs. 11 est vrai que cet a^'cncement est exceptionnellement motivé par la disposition de la scène int'ériQure, consacrée à la Descente du

DE l'ascension. 413

Saint-Esprit. Ces deux scènes sont mises en connexion, quoique d'une manière moins intime que la Résurrection et l'Ascension sur Tivoire de Munich. Nous verrons que l'idée capitale qui a présidé à la représentation de la Descente du Saint-Esprit, a été de figurer le Cénacle comme l'image de l'Église. Ici, conformément à cette idée, l'enceinte ob les Apôtres sont réunis pour recevoir l'Esprit sanctificateur est surmontée d'une coupole qui, en s'élevant, empiète sur l'espace réservé à l'Ascension. Mais il en résulte que, la Mère de Dieu n'y trouvant plus une place aussi prépondérante que précédemment, une large compensation lui est ménagée dans la Descente du Saint-Esprit. Assise isolément au milieu de l'enceinte sacrée, elle y pose comme une reine. Aussi, cette miniature réunissant dans un même tat)lenu l'Ascension et la Pentecôte, la pensée de l'Ëglise et l'importance.du rôle attribué à la sainte Vierge, si fortement accentuées dans la représentation du second 'de ces mystères, s'étendent à la représentation du premier. Celui-ci n'a donc rien à envier, sous ce rapport, à aucune des autres formes sous lesquelles nous l'avons vu jusqu'ici apparaître.

Au x^ siècle, en Angleterre, dans Y Ascension du Benedictionai de Saint- CËthelwold, où le Sauveur s'élève de même obliquement, une croix à la main, — l'espace laissé libre au-dessous le permettant — la sainte Vierge reprend sa place au milieu des Apôtres; mais quoique élevant les mains, on ne peut pas dire qu'elle y soit en Orante, son sentiment comme son mouvement partagé par les Apôtres eux-mêmes, étant celui de l'admiration, plutôt que l'expression de la prière. Sa position oblique est d'ailleurs déterminée par la direction même oii s'élève son divin Fils. Dans cette miniature, Notre-Seigneur est entouré d'une auréole, mais cette enveloppe d'honneur n'est plus soutenue par les Anges. Lady Eastlake s'estoccupéeTiela lourdeur qu'elle prend spécialement dans un ivoire du xi^'ou xn^'siècW» moulé parla Société d'Arundel ^; mais ce n'est là qu'une question d'exécution dans ce travail, où le mouvement ascendant du Christ ne manque pas cependant d'aisance et de majesté. Les nuages^ amoncelés comme un monticule, sur lesquels il pose le pied, ne sont-ils pas également lourds comme un rocher? On n'eu comprend pas moins que ceUe auréole suspendue sans !»outien, est une dépendance de sa Personne qui s'élève avec lui. Là aussi, il porte, non plus une croix, mais un étendard, qui est l'équivalent; les Apôtres, qui n'étaient que onze dans le Benedictionai de Saint- Œthelwold, y sont ramenés au nombre de douze, mais l'on n'y voit plus la sainte Vierge. C'est la figure du prophète Habacuc, désigné par bon noxn , sur une banderole , qui occupe ,

1. Soeiété d^Arundel, classe x, n» 8. History of our Lord, T. Il, p. 3 û.

au-dessous du Sauveur, le milieu du tableau, dans la partie la plus inférieure. Nous adoptons Tinterprétation de lady Eastlake, qui explique sa présence dans cette composition, par le souvenir de ces paroles qu'on lit dans son livre et que Ton a voulu rappeler : Dominus aulem in templo sancto suo : sileat afacie ejus omnis terra^ « Le Seigneur est dans son saiat temple :que toute la terre se taise devant lui. d

Cette intervention du prophète Habacuc est exceptionnelle. Mais quant à la manière de représenter Notre -Seigneur montant au ciel, comme un triomphateur qui marche sur les nuages, elle continua de se main* tenir parallèlement avec les autres modes étudiés précédemment , où nous voyons le Sauveur comme déjà en possession de son trône éternel ; car ces deux formes de TAscgnsion étaient encore en usage au xiii*' siècle, puisque nous avons observé celle*ci dan& la miniature de notre Graduel franciscain. Nous retrouvons celle-là à Aix-la-Chapelie, parmi les émaux de la Couronne de lumière, que le P. Cahier a publiés d^ns ]esi Mélanges d'Archéologie^. On n'y voit plus, d'ailleurs, que trois des Apôtres pour les représenter tous; ils sont à genoux avec la sainte Vierge, dans une parfaite conformité de sentiment avec elle. Et ce sentiment est déjà celui de la contemplation mystique, qui va devenir le trait le plus caractéristique du tour que prit la représentation de l'Ascension au XIV® et au xv* siècle.

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