Tavole délia utoria délia Chiem, i\^ siècle, note D
DE l'ascension. 409
cieux, que telle était la pensée capitale de toutes ces représentations , oit elle s'élevait avec lui et se tenait j|)rès de lui par la prière. S'il s'était agi de son Assomption, Jésus inclinerait la main vers elle; mais non : le geste du Sauveur, le livre qu'il tient à la main, impliquent Tidée de généralité , commune alors à toutes les Ascensions ainsi conçues. La raison , d'ailleurs , la plus décisive pour croire que l'Ascension, et non pas l'Assomption, a été ainsi représentée, c'est qu'on ne sauraii citer un exemple où ce dernier mystère Tait été d'une manière tant soit peu analogue, avant le iiv"* siècle. Nous insisterons sur ce point, quand l'Assomption nous occupera spécialement. En ce moment, il faut que la sainte Vierge nous paraisse d'autant mieux glorifiée , qu'il s'agit moins directement de sa gloritication personnelle.
Tandis que les Apôtres, dans la circonstance, représentent la masse des fidèles, plutôt que le principe d'autorité , Marie , ne partageant pas leur anxiété, n'ayant participé à aucune de leurs faiblesses, est élevée et mise à part comme résumant en elle toutes les perfections auxquelles ils sont appelés, mais qu'ils n'atteindront jamais au degré ineffable nùelle les possède.
On pourrait objecter contre notre interprétation^ que, dans la fresque de Saint-Clément, on ne voit point les deux Anges qui devaient s'adresser aux Apôtres, conformément au texte sacré et à la plupart des représentations de l'Ascension; mais, quoique placés le plus souvent dans la mise en scène de ce mystère, il n'est pas rare, non plus , qu'ils aient été omis. Ils l'ont été sur les fioles deMonza, sur la Paia d'Oro de Venise. Quelquefois, au-dessus des Apôtres, avec ces esprits célestes, on voit s'élever quelques oliviers, pour dire oii la scène se passe : telle la miniature du Vatican (T. II, pi. xxi); il arrive aussi que les oliviers se montrent avec leur signification non douteuse^ et que l'on ne voit pas les Anges : tel l'ivoire Barberini.
On verra, au contraire, que les deux Anges, changeant de rôle', au lieu de. se tourner vers les Apôtres po r les avertir^ se tournent vers Marie, élevant avec elle chacun une main vers le ciel, comme pour dire : il est là : tel le panneau de la porte de Saint-Paul. Le'P. Cahier a publié, dans ses Caractériêtiyues des Saints^ nue kscensiou ob^ les Apôtres ayant disparu, la sainte Vierge occupe seule le bas de la scèiie entre les deux Anges, dont lerôleest,par là méme,complétement transformé. Tenant chacun une bannière à la main, ils donnent lieu de les prendre pour les saints archanges Michel et Gabriel, formant à la Mère de Dieu un cortège d'honneur. Ellemême, pleinement dans l'attitude d'Orante, elle est représentée sous un arc de Irioraphe, comme partageant la glorification de son divin Fils. Celle curieuse composition avait été dessinée par le P. A. Marlin, sur un ancien
oliphant ; son ext^^ution , qui est assez grossière, est certainement anf érieure au xni* siècle, nous croirions qu'elle Testassez notablement *. L'Ascension y paraît représentée avec une pensée générale de gloriGcation pour le Fils de Dieu, qui s'étend à sa très-sainte Mère. La pensée du mystère en particalier est, au contraire, bien positive «ur la miniature du xm* siècle quenoas publions (pi. xxi). Cft V formait la première lettre de l'introït Viri Galitœi, delafétederAscensiôn,dansle Graduel franciscain dont beaucoup de miniatures sont venues entre nos mains '; on voit que Marie, en Orant^,y représente seule l'Église tout entière, restée sur la terre, tandis que le Fils de Dieu, élevé dans les hauteurs célestes, y règne à jamais.
On remarquera que la panse du V offrait assez d'espace pour y faire figurer quelques-uns des Apôtres. Si on ne l'a pas fait, c'est qu'on croyait que Marie seule pouvait suffire pour exprimer la pensée qu'on rendait le plus souvent en les joignant à elle. Il est possible aussi qu'on n'eut pas aimé à ne représenter, dans cette circonstance, qu'une partie du .collège apostolique. On le voulait au complet, parce qu'on voulait qu'il représentât mieux l'Église; on le voulait si bien que, à la seule exception de la porte de Bénévent, où la planche de Ciampini n'en montre que quatre, dans tous les monuments que nous avons cités, même sur les fioles de Monza, où l'on ne disposait que d'un si faible espace, les Apôtres apparaissent au nombre parfait de rJouze, bien que, selon la réalité du fait, ils ne dussent être que onze. Nous avons toute raison de croire que le douzième est saint Paul, mis en regard de saint Pierre. Leurs types, dans la peinture de Saint-Clément, autoriseraient assez bien à le croire. Celui de saint Pierre est moins bien caractérisédans la miniature syriaque, mais le saint Apôtre porte la croix^ qui ne laisse aucune incertitude sur sa désignation ; quant à saint Paul, outre son lype conçu tout à fait selon les données, traditionnelles, il se fait reconnaître au volume roulé» devenu un signe presque suffisant pour le faire distinguer , dès lors qu'il le porte seul parmi les Apôtres. A Lucques, dans la mosaïque de Saint-Frédian, les types de saint Pierre et de saint Paul nous ont paru également très-bien caractérisés, à droite et à gauche de la sainte Vierge, en tête des deux groupes d'Apôtres. Nous croyons aussi qu'on peut parfaitement les reconnaître dans la miniature de la bibliothèque du Vatican, (T. II, pi. xxi), et d'autant mieux que saint Paul, encore une fois, y porte seul le livre, et qu'on le retrouve au sommet de l'édifice, admis à partager