DESCENTE DU ST ESPRIT
DESCENTE DU SAINT-ESPRIT. i23
dans la miniature de Saiot-Paul, par de petites flammes qui reposent sur la tête de chacun des assistants; dans les panneaux en mosaïque de Florence, par des flammes qui flott'Mit dans le champ du tableau. Dans aucune de ces anciennes compositions^ on ne voit apparaître la céleste colombe. Elles ont encore ce trait commun, qu'en dehors de l'enceinte où siègent les Apôtres et qui représente TEglise, l'on a représenté le monde qui n*y est pas entré, mais qui est appelé à y entrer. Si l'on voit isolément quelques-uns de ces monuments, la couverture du manuscrit Barberini, par exemple, et encore plus le diptyque de la même collection, on n'attachera aucune signification à l'arcade ou à Tare de cercle qui se dessine en avant de l'estrade où sont assis les^Apôlres ; mais on remarquera que Tespace correspondant, et dessiné sous les mêmes formes, est occupé par des personnages, sur la porte de Saint-Paul, par exemple, et sur la Palad'Oro, Dans la miniature de Sainl-Paul, où les formes sont différentes, c'est clairement une porte que l'on voit à la même place; deux pei*sonnages se voient à ses abords, et beaucoup d'autres sont plus loin, de chaque côté, le long des murs du Cénacle; car, dans cette miniature, son enceinte est, aussi, bien arrêtée. Dans les petites mosaïques de Florence, à M même place, on voit, dans une sorte d'auréole, un personnage couronné, qui lui-même, représenté isolément, serait d'une signiilcation très-problématique; mais ailleurs un personnage semblable est nommé Ko(r^of, « le monde », comme on le voit pi. x\n, dans le petit tableau du Musée chrétien, au Vatican, que nous publions. L'époque de ce tableau est diflicile à déterminer, comme celle de toutes les œuvres de Tart grec moderne. Cette figure du monde a été observée en Grèce par M. Didron, et le Guide de la peinture^ dont nous lui devons la connaissance, prescrit de la représenter en ces termes : «Une maison; les douze « Apôtres assis en cercle. Au-<lessous d'eux, une petite voûte au milieu d^ a laquelle un homme âgé tient des deux mains, devant lui, une nappe « dans laquelle ily adouze cartels roulés; il porte une couronne sur la « tête. Au-dessous de lui, cette inscription : le monde ». Le Guide prescrit ensuite de représenter le Saint-Esprit sous forme de colombe;. en cela il difi'ère des monuments passés en revue jusqu'à présent, et cette particularité est en faveur de T^cienneté du petit tableau que nous donnons comme spécimen du genre.
Tandis qu'en Orient Ton personnifiait ainsi le monde, sur lequel devait se répandre la doctrine évangélique^ en Occident on continuait à s'attacher à la donnée des personnages multiples représentés en dehors de l'enceinte sacrée, et le Cénacle se transformait en tribune, d'où les Apôtres pouvaient faire entendre leurs voix, pour les inviter à entrer. Le mystère de la Pentecôte est ainsi représenté, au xiv^' siècle, par Thadée
A2\ (;uiDE DE l'aut CUnÉTIEN.
Gadrli, dans la chapelle des Espagnols, attenant à Santa Maria Koveih (le Florence, et dans le manuscrit italien de la Bibliotlièque nationale, auquel nous avons fait de nombreux emprunts. Ce mode a été ensuite adopté par le Beato Angelico. Sur le panneau de l'ancienne armoire de sacristie, à l'Académie de Florence, ou voit aussi cinq jiersonnages qui conversent à la port^ <le l'encciure sacrée; on ne sait encore s'ils entreront ; d'ailleurs, les Apôtres, tout absorbés par le charme du torrent de grâce dont ils sont inondés, ne s'adressent |):is encore à eai. Mais dans un autre petit tableau, sur le même sujet, ((ue possède, avec une Ascensioh correspondante, la galerie Corsini, à Rome, et que nous publions (pi. xxu/, le peintre Angélique a fait prendre la parole à saint Pierre, placé à cet effet en avant de la tribune, — disons plutôt, delachaire de vérité. — et les deux auditeurs montrent, l'un par son recueillement attentif l'autre en pressant déjà la porte, qu'ils sont de ceux pour qui elle s'ouvrira.
Dans le tableau de rAcadémie, on ne voit pas la céleste oolouibe, mais cela tient seulement au défaut trespace, car elle a trouvé place dans toutes les autres compositions que nous venons de citçr. depui*^ le XIV* siècle. Auparavant, c'est un trait particulier aux Datentes du Saint- Esprit conçues selon les données que nous venon-^ de décrire, de ne la point faire apparaître. Quand le même mystère a été représenté différemment, au x« siècle, dans le Benedictional de Saint-Œthelvvold (T. H, p. 176): îij xui*", sur la Couronne de lumière, à Aix-la Chapelle, la colombe, au contraire, joue un rôle prépondérant dans la composition. Nous avons parlé de divers monuments: l'ivoire de Narbonne, le grand reliquaire de cuivre émaillé, en forme de triptyque, à Chartres, où, à la place delà colombe, on voit une grande main divine d'où se projettent les rayons inspirateurs * ; c'est là un indice cependant qu'au xn« siècle, auquel appartiennent ces monuments, l'usage de faire figurer le Saint-Esprit sous forme de colombe, dans la représentation du mystère de la Pentecôte, n'était pas d'un usage très-commun, en dehors même des com|>ositions qui nous occupent spécialement en ce moment, et qui .sont caractérisées par la délimitation du Cénacle considéré comme une enceinte. Cette enceinte est devenue une tribune; mais l'Église^u'elle représente est surtout un édifice, et l'expression de la prnsée se complète, quand, au-des.sus des Apôtres, on voit en effet s'élever une construction monumentale. C'est ainsi que, dans la miniature de Saint-Paul, on voit une splendide coupole les abriter; les toitures et les créneaux qui couronnent notre lableau byzantin, ont évidemment la même signllicalion. Le petit tableau du
1. il se pijuiTuil '{uc, dans celte iiutin, il y eût une allusion au : dexlerœ Del (u digilusou Diaîius paternœ de.rtrœ du Veni Creator.