‹ Guide de l'art chrétienChapitre 193 sur 238 · UARIE DAN8 LE CÉNACLE · texte numérisé non relu

UARIE DAN8 LE CÉNACLE

La positiou centrale atlribuce à la sainte Vierge dans la représentation du mystère de la Pentecôte, a été critic^uée par les protestants, par Théodore de Bèze en particulier. « Il est ridicule », dit cet hérésiarque, « de « placer dans la représentation de ce sujet, Marie, la Mère du Seigneur,

S « au milieu des Apôtres; comme s'ils lui accordaient la présidence du « Collège apostolique, ce qui ne put jamais venir dans l'esprit de la sainte « Vierge. nMolanus et Ayala citent cette attaque pour soutenir victorieusement un usage* de l*art chrétien devenu général de leur temps. Le second de ces auteurs se fonde, dans l'ordre des faits, sur la vénération des Apôtres pour la Mère de Dieu, qu'ils considéraient comme leur mère commune, faisante tous l'application de ces paroles adressées à saint Jean en particulier : « Voilà votre Mère ». Nous aimons mieux encore les raisons données par Molanus, parce qu'elles s'élèvent dans un ordre d'idées

I plus général. Il s'appuie sur les Pères , qui exaltent les prérogatives de Marie; sur saint Jean Damascène, qui la dit honorée par-dessus

toutes les créatures ; sur saint Chrysostôme, voulant qu'elle le soit bien au-dessus des Chérubins, et incomparablement au-dessus des Seraphins, etc.

Si, du IX* au xiv* siècle, Marie n'a pas été plus communément représentée au milieu des Apôtres réunis dans le Cénacle, c'est évidemment pure raison d'agencement ; puis une fois le mode de représentation adopté, [ sa continuité a été l'effet de la persistance des types. La preuve qu'aux I mêmes époques, on ne marchandait pas à la sainte Vierge les honneurs

I 1. Molanus, HiîL SS. hmg , L. IV, cap. xv. A}ala, Pic/. Christ, erud., L. III , cap. xx, g 8.

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qui lui sont dus« cest le rôlo qu'on. lui faisait jouer dans l'Ascension. Nous avons fait observer que, eu égard à la <:onnexion établie entre les deux mystères, dans la Bible de Saint-Paul, la place d'honneur qui lui était accordée dans la Descente At Scnnt-Eipni^ avait dispensé de la représenter dans Tilic^vston. Dans cette miniature, leaApôtres formant un cercle, Harie est au milieu de ce cercle, élevée sur un trône au-de^us d'eux tous, et comme dans une catégorie à part. Il est remarquable, d'ailleurs, queee soient les monuments les plus anciens, cette miniature et celle du manuscrit syriaque, qui aient pris soin ainsi de faire passer la sainte Vierge en première ligne, quand il s'agit de faire descendre sur TËglise les grâces du Saint-Esprit. Quoi qu'il en soit, c'est au xiv* siècle, et probablement sous l'influence des tendances mystiques, que Marie reprit généralement sa place d'honneur. Rien n'empêche de croire, que notre petit tableau byzantin (pi. xxn) ne soit de cette époque. Il a, dans tous les cas, le mérite de clore avec cet heureux complément la série des compositions où le Cénacle prend la forme d'un hémicycle ^

Giotto lui-même n'a pas représenté la sainte Vierge dans les Descentes du Saint-Esprit de ses petits panneaux à Florence, et de VArena à Padoue : il s'est contenté de resserrer les Apôtres sous une petite cou pôle soutenue par des colonnes. Mais ses disciples et ses contemporains, inventeurs ou propagateurs de la forme de tribune donnée au Cénacle, oe manquèrent pas de faire figurer Marie au point culminant, et dans le siècle suivant, — en 1444, selon M. Rosini, — Troso de Monza peignit, dans la cathédrale de sa ville natale, une Descente du Saint-Esprit ob, sous un édicule fort analogue à celui de Giotto, la sainte Vierge est assise surunsîë^e d'honneur au milieu des Apôtres qui ont repris la disposition circulaire*.

Dans la Descente du Saint-Esprit . des petits panneaux de YAnnunciata, le Beato Angelico a isolé la sainte Vierge, entre deux groupes d'Apôtres, un peu comme dans l'Ascension. On remarquera que, dans le tableau de la galerie Corsini (pi. xxni), saint Pierre a pris place au-des-

1. Oo remarquera que, dans le Guide de la Peinture grecque, les influences plus aocieoDcs te faisant plus fortement sentir, il n^est pas parlé de la sainte Vierge dans la Deteente au Saint-Espril. •

2. Sloria édia PUL Ual, T. III, p. 60. Oans ce tableau, on voit, précisément au-dessoi de la sainte Vierge, une ligure divine étendant les bras, ei d*où émanent des rayons. Oa pourrait croire que le peintre a voulu ainsi représenter le Saint-Esprit , et il serait Utmhè sous les prohibilioiis qui interdisent de représenter sous figure humaine la troisième Personne de la sainte Trinité isolément. Mais il peut bien se faire que ce soit Notre-Seigneur Jésus- Christ envoyant le SaiiU-Ësprii, comme dans la miniature de la Bibliothèque ilu Vatican que nous avons reproduite T. H, pi. v. Alors le Saiitt-Kspril serait uniquement r<*prés«H(<^ par les langue» de feu.

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sous d'elle et eu avaiU^ pour se rapproclier de ceux a«ique1s il adresse la patole, tandis que Marie semble le souteDir par la ecmtiaiitté de sa prière. Désorasats il est rate ifiie Marie ne soit pas repiéMiitte «i oùKev des Apôtres réanisdaiB le Géaeole, et toujours elle Test avec un caractère de distiuelioB, ou plutôt eooinie présidaat Taseeuiblëe. Nous la Toyoss dans les tapisseries du Vatican, exëeotëes sur les dessins de Raphaël, conmie sur l'un des panneaux modernes du PoUMo dOro de Milan ; dans les Hewrm de Simon Yostre, comsie dans les estampes du Père de Natalis, et dans les vignettes de Sébastien Le Clerc. Sur ce point, grAce i Dieu, les récriminations des protestants n'ont pas été écoutées, et c'est Marie à sa tête que l'Église reçoit incessamment les grâces du Saint-Esprit, dans la personne des Apôtre».

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