LES APÔTRES DANS LE CÉNACLE
Les Apôlres n'étaient pas seuls avec Marie, la Hère de Jésus, renfermés dans le Cénacle, et ils ne furent pas seuls avec elle à recevoir le Saint- Esprit : il y avait. avec eux des saintes Femmes et un certain nombre de disciples, parmi lesquels saint Mathias fut choisi pour remplacer Judas. Le collège apostolique était donc au nombre complet de douze lors de la descente du Saint-Esprit, et ce nombre semblerait ne plus impliquer, comme dans l'Ascension, la pensée de s'élever, dans l'ordre des idées, par delà l'ordre strict des faits. Il s'y élève cependant par là même qu'on exclut de la représentation les autres disciples et les saintes Femmes, et c'est ce qui a lieu si généralement jusqu'au xv siècle , que nous ne connaissons pas d'exemple du contraire. Le Beato Angelico est le premier que nous puissions citer comme ayant introduit dans le Cénacle un plus grand nombre de disciples; il l'a fait sur le panneau de l'armoire de YAfmuneiata, Dans le tableau de la' galerie Gorsini, au contraire, on voit qu'il n'a mis en scène que neuf des Apôtres. Mais c'est évidemment faute d'espace. L'on en peut dire autant de toutes les Descentes du Saini-Espjit où le nombre dedouze n'a pas été atteint, tandis que ce nombre précis a été adopté,toutequestiond'espaceà part, comme exprimantridée de plénitude, non-seulement par rapport au collège apostolique, mais par rapport à rÊglise tout entière, ainsi représentée en la personne de ses chefs et de ses fondateurs.
La preuve que cette pensée entrait dans l'esprit des compositions dont
4!28 GUIOK DK l'art CURKTIKN.
nous parlons, c'esi qu'on y voil quelquefois manifestement figurer saint Paul, (lont la présence dans VAmteHsitm nous avait d^jà suggéré des rijieiiions analogues. Nous croyons le reconnaître à son type sur la oouvei*tttre d'évangéliaire de la biUkHbèque Barberinl. Sa désignation par le même moyen ne nous parait pas douteuse surtout dans la miniature provenant du Graduel franci$C:»fn , souvent cité , dès que nous ia ccmiparons avec plusieurs autres de même source, entrées également dans notre collection. L'Apôtre placé arec saint Pierre au sommet de l'hémicycle , dans la lettre S , initiale de l'introït au jour de ia Pentecôte , Spiritw Domini , est absolument le saint 'Faut qui est représenté, toujours en compagnie de saint Pierre, dans ia lettre M, initiale de Tintroït de la messe au commun des Apôtres, Mihi antem. et dans la lettre G de Gaudeamus^ introït du jour de la Toussaint '. Nous pouvons invoquer un témoignage plus sûr encore, parmi les miniatures du X* siècle tirées d'un manuscrit de la Bibliothèque de Florence que Gori a publié; celle qui représente la Descente du Saint-Esprit donne les noms des Apôtres, qu'elle a réunis seulement au nombre de six : ce sont saint Pierre et saint Paul au milieu, puis saint Jacques, saint Philippe, saint Thadée et saint Thomas. Le type de saint Paul, d'ailleurs, s'y montre parfaitement caractérisé •. L'Apôtre des Gentils reparaît, reconnaissàble à son type, très-probablement du moins, dans les Descentes du Saint-Esprit qui sont fréquentes dans les Bibles moraliîfées. Le caractère emblématique de ces représentations était fail pour l'y appeler plus que partout ailleurs, mais en contribuant cependant à nous éclairer sur les autres monuments du moyen âge, et à nous faire comprendre comment, dans le mystère de la descente du Saint-Esprit, on embrassait volontiers la pensée de l'assistance perpétuelle de l'Esprit sanctificateur descendu
1. Ces aUribulions sont toutes justitiées par les fragments du Graduel restés écrits au revers de chaque miniature, quand elle en a été retranchée. Ainsi, au revers de la lettre Ses! demeuré il//... Feni..., qui terminent rA//e/t<^oeti'omfflencentle verset Veni, Sanele, au jour de la Pentecôte. Au revers de la lettre M , ces fragments, complétés par les parenthèses: [Pro pajtribui tu{i$ nati iunt libi fi)lii; propte(;rea popuU e(mfilebunl,ur tibi^ a|»pariieBOfBl au Graduel de la Messe désignée. Ce mèiUe Graduel se retrouve dans la Messe propre de U fêle de saint Pierre et saint Paul. Mais Pinlroît de cette fête commençant par ces mots : Nunc sciOf c*est un N el non pas un M qui en est Tinitiale. Nous possédons aussi cet N : U miniature y représente saint Pierre délivré de sa prison, toujours Avec le même type soutenu. Au revers oft lit : /Edi/kabo eeielesiam meûm\ appartenant aux demifsrs mots dv
verset qui suit le Graduel cité, et de Sancti Pauli iniroUus (Seio eui cndi^diei
cerius...t fragment d'un verset spécial à saint Paul, en prunlé à rinlroTl de sa Messe propre. Au revers du G de Oaudeamus, on retrouve ces mots : Onerati e{8(is), du verset, el comiae indicatio 1 complémentaire, un renvoi pour TOIferlo ire Juêtûrum.